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Full text of "St Justin Martyr oeuvres complètes"

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(Euvres de St Justin 

Philosophe apologiste et martyr 




Apologie en faveur des Chretiens adressee a Antonin le Pieux 

Apologie en faveur des Chretiens adressee au Senat Romain 

Dialogue avec le Juif Tryphon 



Precedees d'une 

Introduction 

et suivies des 

Actes du martyre de Justin et de ses compagnons 



Documents compiles par Albocicade 
2009 



Presentation de Justin 

Preambule 

Les ecrits Chretiens au He siecle presentent generalementun caractere nettement apologetique. 

Les Chretiens avaient a justifier leu r foi devant les Juifs (qui voyaient en eux des paiens) et 
devant les paiens (qui les c o n s id eraien t com me des athees). Le christian is me n'avaitpas 
d 'existence legale, etle gouvernementromain le considerait comme un culte contra ire a la 
religion officielle. Le peuple le poursuivait de sa haine et de ses calomnies, les philosophes 
attaquaient au nom de la raison la doctrine chretienne. L'ceuvre des apologistes fut de 
repondre a ces contradictions. Aux Juifs, ils chercherent a montrer que les Chretiens avaient la 
veritable intelligence des livres saints ; aux empereurs, ils denoncerent l'injustice des 
procedures suivies a leur egard ; au peuple et aux philosophes, ils montrerent la purete et 
l'excellence de leur religion. 

U n des principaux represen tan t de la litterature apologetique au He siecle fut saint Justin dit 
"le philosophe". 

Elements biographiques 

Justin eta it en effet un vrai philosophe, de tendances et de gouts comme de profession et de 
costume; un philosophe qui, d'abord paien, se convertit au christianisme, mais qui, apres sa 
conversion etjusqu'a son martyre, resta philosophe. 

II naquitdans les premieres annees du Heme siecle, en Palestine, a Flavia Neapolis, 
aujourd'hui Naplouse, l'ancienne Sichem, pres de Samarie. Son pere, Priscos, et son grand- 
pere, Baccheios, etaient Grecs d'origine et paiens. Lui-meme fut eleve dans le paganisme. 
Grand travailleur, d'esprit ouvert et curieux, le jeune Justin se passionna pour la philo-sophie. 
II raconte, dans le Dialogue avec Tryphon, comment il suivit successivement les legons de 
plusieurs maitres, appartenant aux ecoles les plus diverses. II fut seduit surtout par 
l'enseignement des platoniciens ; mais, la encore, il ne trouvait pas toute la verite qu'il 
cherchait. 

Entre temps, il eut l'occasion d'assister a des scenes de martyre ; il fut tres emu par ce 
spectacle et tres frappe de l'heroisme des chretiens. Un jour, il rencontra un vieillard, qui lui 
vanta et lui expliqua la religion du Christ. Le jeune philosophe se mit a lire et a etudier les 
livres sacres du christianisme, qui produisirent sur lui une grande impression. Enfin, vers 130, 
etant a Ephese, il se convertit. H avait alors environ trente ans. Devenu chretien, et chretien 
tres ardent, il ne renonca pas pour cela a la philosophic, ni au costume et a la vie nomade des 
philosophes. H parcourut le monde, a la facon des sophistes de cette epoque, prechant sa foi, 
la doctrine du Christ, la presentant comme la seule conforme a la raison. II finit par arriver a 
Rome, ou il fit un premier sejour, sur lequel nous sommes mal renseignes. 
II y revint un peu plus tard, et, cette fois, s'y fixa. La, quoique simple laique, il avait groupe 
autour de lui comme une ecole de disciples volontaires. Son enseignement ne fut pas du gout 
de tous ses "confreres" philosophes. On lui chercha querelle a ce propos : il eut a soutenir de 
tres vives polemiques, souvent d'un tour personnel, contre plusieurs philosophes, surtout 
contre Crescens le Cynique. 

Apotre batailleur, champion hardi du christianisme, auteur fecond, Justin avait compose une 
dizaine d'ouvrages : des livres de controverse, des apologies, un grand traite contre les 
heretiques. La plupart de ces ouvrages sont perdus, et connus seulement par quelques 
fragments ou par divers temoignages. 

Crescens, a bout d'arguments, l'avait plus d'une fois menace de le denoncer comme chretien. 
Justin lui-meme declare, dans sa seconde Apologie, qu'il s'attend a ce denouement de leurs 



polemiques On a suppose que Crescens avait tenu parole ; mais nous n'en avons pas la preuve. 
Les Actes du martyre qui relatent sa mort (et sont considered comme authentiques) disent 
seulement que, pendant une persecution, on arreta Justin avec six autres chretiens sous la 
prefecture de Junius Rusticus, c'est-a-dire entre 163 et 167. 

La memoire de St Justin et de ses compagnons de martyre estfetee le l er juin 

Ses oeuvres 

Parmi les oeuvres attributes a saint Justin qui sontparvenues jusqu'a nous, trois seulement 
sont certainem ent authentiques : 
les deux apologies : 

* Apologie en faveur des chretiens adressee a Antonin le Pieux (A7toAx>yia wisp Xpioxiavcov 
7ipoc; Avxovivov xov euaePfj) 

* Apologie en faveur des chretiens adressee au Senat Romain (AvxoXoyia wisp Xpioxiavrov 
7ipoc; xuv 'Pcoumcov guykAtitov) 

et 

*le Dialogue avec le Juif Tryphon, (JJpoa Tpucpcova iouSaiov SiaXoyoc;). 

Beaucoup d'autres ecrits ne sont pas parvenus jusqu'a nous. 

Nous savons par lui-meme (Apol., I, xxvi) qu'il avait compose un ouvrage contre les heresies : 

Xwrayua Korea 7iaod5v xrov ysysvr|[xsvcov aipsoscov. 

Saint Irenee cite (IV, vi, 2) un 2X>Tayp,a 7tpoc; MapKicova; 

Tatien (18) un Aoyoc; 7tpoc; "EXkr\vac,. 

Eusebe (IV, xviii) fait mention de ce dernier ouvrage, ainsi que de plusieurs autres, egalement 

perdus : "EXsyKoc; 7tp6<; "EAArrvac;; Ilspi 9sou [xovapxixiai;; *FdA-Tr|(;; Ilspi \\iv%r\c,. 

Plusieurs autres ouvrages portent le nom de saint Justin, mais ne sont pas de lui. On rejette 
generalement comme apocryphes le Discours aux Gentils, YExhortation aux Gentils, et le De 
Monarchia. Au reste, il n'est pas impossible que merae des ecrits attribues par Eusebe a saint 
Justin ne soient pas authentiques. 

Les oeuvres de saint Justin sont d'un philosophe autant que d'un theologien. Eleve dans les 
speculations du Platonisme, il est le premier qui ait tente un essai de conciliation entre la 
philosophic et le christianisme. A ses yeux, la verite est une : elle a pour source unique le 
Verbe divin. Le Verbe repandu dans le monde (Ax>yo<; 07iep[iaTiK6c;) s'est revele partiellement 
aux sages de l'antiquite, Socrate, Heraclite et les autres, qui furent chretiens sans le savoir. 
Plus tard, le Logos se revela completement, quand il s'incarna dans la personne du Christ. La 
doctrine chretienne n'est pas la negation, mais l'expression la plus haute de la philosophic 
rationnelle. Aussi philosophes et chretiens s'accordent- ils dans leurs enseignements sur Dieu, 
l'ame, la vertu, l'immortalite. II n'est done pas etonnant qu'ils aient les memes ennemis, les 
demons, dont la haine poursuivit Socrate, comme elle poursuit les fideles du Christ. Cette 
approche des rapports entre la philosophic et la theologie chretienne s'expliquent d'autant plus 
facilement que, d'apres saint Justin, les ecrivains de l'antiquite sont posterieurs a Moise et 
doivent aux Livres Saints la plupart des verites qu'ils ont exprimees. 



St Justin le Philosophe 

Premiere apologie, 

adressee a Antonin le Pieux 

A7io^oyia rJ7iep Xpioiiavaw 
7ip6c; Avtovivov tov erjospfj 



Traduction franchise indeterminee 







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1. A l'empereur Titus Elius Adrien Antonin, Pieux, Auguste 
Cesar; a Verissime son fils, philosophe, et a Lucius, 
philosophe, fils de Cesar par la nature et de l'empereur par 
adoption; au sacre senat; et a tout le peuple romain; pour ces 
hommes de toute race, injustement hai's et persecutes, moi, l'un 
d'eux, Justin, fils de Priscus, fils de Bacchius, de la nouvelle Flavie en Syrie, Palestine, j'ai 
ecrit et presente la requete suivante. 

2. C'est pour tous ceux qui sont reellement pieux et sages un devoir commande par la raison, 
de cherir et d'honorer exclusivement la verite, en renongant a suivre les opinions anciennes si 
elles s'en ecartent. Car non seulement cette loi de la raison ordonne de fuir ceux qui font et 
enseignent le mal, mais il faut encore que l'ami de la verite s'attache, fut-ce meme au peril de 
sa vie et y trouvat-il danger de mort, a strictement observer la justice dans ses paroles et dans 
ses actions. Or, vous tous qui vous entendez partout appeler pieux et sages, gardiens de la 
justice et amis de la science, il va etre prouve si vous l'etes en effet. Car nous n'avons pas 
compose cet ecrit pour vous flatter ni pour gagner vos bonnes graces: nous venons pour vous 
demander d'etre juges d'apres les preceptes de la saine raison, et pour empecher aussi 
qu'entraines par la prevention, par trop de condescendance aux superstitions des hommes, par 
un mouvement irreflechi, par de perfides rumeurs que le temps a fortifiees, vous n'alliez 
porter une sentence contre vous-memes. Car tant que Ton ne nous convaincra pas d'etre des 
malfaiteurs et des mechants, on ne pourra pas nous faire de mal. Vous, vous pouvez nous tuer, 
mais nous nuire, jamais. 

3. Et pour que ces paroles ne vous semblent ni temeraires ni deraisonnables, nous vous 
supplions de rechercher les crimes dont on nous accuse. S'ils sont prouves, que Ton nous 
punisse comme cela est juste: que Ton nous punisse meme avec plus de severite. Mais aussi, si 
vous ne trouvez rien a nous reprocher, la saine raison ne s'oppose-t-elle pas a ce que, sur des 
bruits calomnieux, vous persecutiez des innocents, ou plutot a ce que vous ne vous fassiez tort 
a vous-memes, en suivant moins les inspirations de l'equite que celles de la passion? Tout 
homme sense conviendra que la plus belle garantie et la condition essentielle de la justice est, 
d'une part, pour les sujets, la faculte de prouver l'innocence de leurs paroles et de leurs 
actions, et, d'autre part, pour les gouvernants, cette droiture qui leur fait rendre leurs sentences 
dans un esprit de piete et de sagesse, et non pas de violence et de tyrannic Alors souverains et 
sujets jouissent d'un vrai bonheur. Car un ancien l'a dit: "Si les princes et les peuples ne sont 



pas philosophes, il est impossible que les etats soient heureux." Ainsi done e'est a nous 
d'exposer aux yeux de tous notre vie et notre doctrine, pour qu'a tous ceux qui peuvent ignorer 
nos preceptes, nous leur fassions connaitre les chatiments que, sans s'en douter, ils encourent 
par leur aveuglement: et e'est a vous de nous ecouter avec attention, comme la raison vous 
l'ordonne, et de nous juger ensuite avec impartialite. Car, si en pleine connaissance de cause, 
vous ne nous rendiez pas justice, quelle excuse vous resterait-il devant Dieu? 

4. Ce n'est pas sur le simple enonce du nom et abstraction faite des actions qui s'y rattachent 
que Ton peut discerner le bien ou le mal. Car, a ne considerer que ce nom qui nous accuse, 
nous sommes irreprochables. Mais, comme, au cas ou nous serions coupables, nous tiendrions 
pour injuste de devoir a un nom seul notre absolution, de meme, s'il est prouve que notre 
conduite n'est pas plus coupable que notre nom, votre devoir est de faire tous vos efforts pour 
empecher qu'en persecutant injustement des innocents, vous ne fassiez affront a la justice. Le 
nom seul en effet ne peut raisonnablement pas etre un titre a la louange ou au blame, s'il n'y a 
d'ailleurs dans les actes rien de louable ou de criminel. Les accuses ordinaires qui paraissent 
devant vous, vous ne les frappez qu'apres les avoir convaincus: et nous, notre nom suffit pour 
nous condamner. Et pourtant, a ne considerer que le nom, vous devriez bien plutot sevir 
contre nos accusateurs. Nous sommes chretiens: voila pourquoi Ton nous accuse: il est 
pourtant injuste de persecuter la vertu. Que si quelqu'un de nous vient a renier sa qualite et a 
dire: Non, je ne suis pas chretien, vous le renvoyez comme n'ayant rien trouve de coupable en 
lui: qu'il confesse, au contraire, courageusement sa foi, cet aveu seul le fait trainer au 
supplice, tandis qu'il faudrait examiner et la vie du confesseur et la vie du renegat, et les juger 
chacun selon leurs ceuvres. Car, si ceux qui ont appris du Christ leur maitre a ne pas se 
parjurer donnent par leur fermete dans les interrogatoires le plus persuasif exemple et la plus 
puissante exhortation, ceux-la aussi qui vivent dans l'iniquite fournissent peut-etre un pretexte 
a toutes les accusations d'impiete et d'injustice que Ton intente aux chretiens; mais ce n'est 
certes pas la de l'equite. En effet, parmi tous ceux qui se parent du nom et du manteau de 
philosophes, il en est beaucoup aussi qui ne font rien de digne de ce titre, et vous n'ignorez 
pas que, malgre la plus complete contradiction dans leurs idees et leurs doctrines, les maitres 
anciens ont tous ete compris sous la denomination unique de philosophes. Quelques-uns 
d'entre eux ont enseigne l'atheisme. Dans leurs chants, vos poetes celebrent les incestes de 
Jupiter avec ses enfants. Et a tous ceux qui donnent de pareilles lecons, vous ne leur fermez 
pas la bouche: que dis-je? Pour prix de leurs pompeuses insultes, vous les comblez d'honneurs 
et de recompenses! 

5. Pourquoi done tant de haine contre nous? nous nous declarons les ennemis du mal et de 
toutes ces impietes, et vous n'examinez pas notre cause: loin de la, victimes de votre aveugle 
emportement, tournant sous le fouet des genies du mal, vous vous inquietez peu de nous punir 
au mepris de toute justice. Or ecoutez: car il faut que la verite se fasse jour. Quand autrefois 
les genies du mal eurent manifeste leur presence en enseignant l'adultere aux femmes, la 
corruption aux enfants, et en frappant les hommes d'epouvante; alors, sous le coup de cette 
immense terreur, le monde entier, abdiquant les conseils de la raison, cedant a l'effroi, et aussi 
ignorant la pernicieuse mechancete de ces demons, le monde en fit des dieux et les revera 
sous le nom qu'ils s'etaient eux- memes choisi. Et si, dans la suite, Socrate, avec la puissance 
et la droiture de sa raison, tenta de devoiler ces choses et d'arracher les hommes au joug des 
demons, ceux-ci mirent aussitot en ceuvre la malignite de leurs adorateurs, et Socrate, accuse 
d'enseigner le culte de genies nouveaux, fut condamne a mort comme impie et comme athee. 
Meme conduite envers nous. Car ce n'est pas seulement au milieu des Grecs que le Verbe a 
fait, par l'organe de Socrate, de semblables revelations; il a parle au milieu des barbares; mais 
alors il etait incarne: il s'etait fait homme et s'appelait Jesus-Christ. Et nous, qui avons mis 



notre foi dans ce Verbe, nous disons que tous ces demons-la, loin d'etre bienfaisants, ne sont 
que de perfides et de detestables genies, puisqu'ils agissent comme ne ferait pas un homme 
quelque peu jaloux de pratiquer la vertu. 

6. De la vient qu'on nous appelle athees. Athees; oui certes, nous le sommes devant de pareils 
dieux, mais non pas devant le Dieu de verite, le pere de toute justice, de toute purete, de toute 
vertu, l'etre de perfection infinie. Voici le Dieu que nous adorons, et avec lui son fils qu'il a 
envoye et qui nous a instruits, et enfin l'esprit prophetique; apres eux, l'armee des bons anges, 
ses satellites et ses compagnons recoivent nos hommages. Devant eux nous nous prosternons 
avec une vraie et juste veneration. Voila ce culte tel que nous l'avons appris et tel que nous 
sommes heureux de le transmettre a tous ceux qui sont desireux de s'instruire. 

7. On nous dira peut-etre: Des chretiens arretes ont ete convaincus de crime. Ne vous arrive-t- 
il pas sans cesse, quand vous avez examine la conduite d'un accuse, de le condamner? Mais, si 
vous le condamnez, est-ce parce que d'autres ont ete convaincus avant lui? Nous le 
reconnaissons sans peine, en Grece la denomination unique de philosophes s'est etendue a 
tous ceux qui ont ete les bienvenus a y exposer leurs doctrines, toutes contradictoires qu'elles 
pussent etre; de meme, parmi les barbares une qualification accusatrice s'est attachee a tous 
ceux qui se sont mis a pratiquer et a enseigner la sagesse: on les a tous appeles chretiens. C'est 
pour cela que nous vous supplions d'examiner les accusations dont on nous accable, afin que, 
si vous rencontrez un coupable, il soit puni comme coupable et non pas comme chretien; mais 
que, si vous trouvez un innocent, il soit absous comme chretien et comme innocent. Alors, 
croyez-le bien, nous ne vous demanderons pas de sevir contre nos accusateurs; ils sont assez 
punis par la conscience de leur perfidie et par leur ignorance de la verite. 

8. Remarquez-le d'ailleurs; c'est uniquement a cause de vous que nous donnons ces 
explications. Car a vos interrogatoires nous pourrions nous contenter de repondre non; mais 
nous ne voudrions pas de la vie achetee par un mensonge. Tous nos desirs tendent a cette 
existence, eternelle, incorruptible, au sein de Dieu le pere et le createur de l'univers; et nous 
nous hatons de le confesser hautement, persuades fermement que ce bonheur est reserve a 
ceux qui par leurs ceuvres auront temoigne a Dieu leur fidelite a le servir et leur zele ardent a 
conquerir cette celeste demeure, inaccessible au mal et au peche. Voila en peu de mots quelles 
sont nos esperances, les lecons que nous avons recues du Christ et les preceptes que nous 
enseignons. Platon a dit de Rhadamanthe et de Minos que les mechant etaient traduits a leur 
tribunal et y recevaient leur chatiment: nous, nous disons cela du Christ; mais, selon nous, le 
jugement frappera les coupables en corps et en ame, et le supplice durera, non pas seulement 
une periode de mille annees, comme le disait Platon, mais l'eternite tout entiere. Que si cela 
parait incroyable, impossible, nous repondrons que c'est la tout au plus une erreur sans 
consequence dangereuse, et qu'il n'y a pas la matiere au plus leger reproche. 

9. Si nous ne nous couronnons pas de fleurs, si nous ne sacrifions pas de victimes en l'honneur 
de tous ces dieux que la main des hommes a tailles et qu'elle a dresses dans les temples, c'est 
que dans cette matiere brute et inanimee nous ne voyons rien qui ait meme une ombre de 
divinite (en effet, il nous est impossible de croire que Dieu ressemble a ces images que Ton 
pretend faites en son honneur). Non, ce sont la les simulacres et les insignes de ces genies du 
mal dont nous parlions naguere. Est-il done besoin de vous le dire, et ne savez-vous pas bien 
comment les artistes travaillent la matiere, comme ils la taillent et la sculptent, comme ils la 
fondent et la battent? Et combien de fois les vases les plus ignobles, n'ayant fait sous la main 
de l'ouvrier que changer de forme et de figure, ne sont-ils pas devenus des dieux? Voila ce qui 
a nos yeux est une absurdite, et, de plus, un outrage a la majeste divine, puisqu'au mepris de la 



gloire et de l'ineffable substance de Dieu, son saint nom est prostitue a de viles et corruptibles 
creations. Tous ces artistes eux-memes, ce sont des impies, vous ne l'ignorez pas. lis sont 
livres a tous les vices; et, pour n'en citer qu'un trait, ne vont-ils pas jusqu'a outrager les jeunes 
filles qui partagent leurs travaux? Stupidite incroyable! C'est a des debauches qu'il est donne 
de creer et de faire ces dieux devant qui le monde va se prosterner! Et voila les gardiens du 
sanctuaire de ces divinites! et on ne comprend pas tout ce qu'il y a de criminel a penser et a 
dire que des hommes sont les gardiens des dieux! 

10. Quant a nous, nous savons que Dieu n'a pas besoin des offrandes materielles des hommes, 
lui qui possede toutes choses; mais nous avons appris et nous tenons pour veritable qu'il agree 
ceux qui tachent d'imiter ses perfections et de pratiquer la purete, la justice, la charite, enfin 
toutes les perfections de ce Dieu ineffable. C'est lui qui dans sa bonte souveraine a daigne 
tirer le monde du chaos primitif pour le donner aux hommes; c'est lui qui leur a promis aussi, 
s'ils se montrent par leurs ceuvres dignes des desseins de la Providence, de leur accorder, dans 
le sein de sa gloire la couronne incorruptible de l'immortalite. Car, si dans l'origine, lorsque 
nous n'etions pas encore, il a bien voulu nous creer, de merae aussi il accordera l'eternelle 
jouissance de sa gloire a ceux qui se seront efforces de choisir les moyens de lui plaire. En 
effet, il ne dependait pas de nous d'etre crees; tandis que, pour nous attacher a ce qui peut 
plaire a Dieu, il suffit d'employer les forces de la raison qu'il nous a donnee, il suffit de ceder 
aux inspirations et aux lumieres de la foi que sa grace nous prodigue chaque jour. Aussi 
regardons-nous comme de la plus haute importance pour tous les hommes, non seulement de 
ne pas etre detournes de ces enseignements, mais d'y etre, au contraire, puissamment 
encourages. Car ce que n'avaient pas pu faire les lois humaines, l'esprit divin l'aurait fait, si les 
demons, appelant a leur aide la nature perverse et les mauvaises passions de chacun, n'avaient 
invente et repandu contre nous, malgre notre innocence, les plus odieuses calomnies et les 
plus perfides accusations. 

11. Quand vous nous entendez parler de ce royaume, objet de nos esperances, vous vous 
imaginez bien a tort qu'il s'agit d'un royaume humain: non, nous parlons du royaume de Dieu. 
Ce qui le prouve, c'est que nous confessons hautement devant vous notre titre de Chretiens, 
quoique nous n'ignorions pas que cet aveu vaut la mort. Et ne voyez-vous pas que, si nous 
attendions une couronne humaine, nous renierions notre foi, nous prendrions le plus grand 
soin de nous cacher pour conserver notre vie et pour arriver au but de nos desirs? Mais non, 
nos esperances ne sont pas dans le temps, et alors nous nous rions des bourreaux; car, apres 
tout, ne faut-il pas mourir? 

12. Certes vous trouvez en nous les plus utiles amis et les plus zeles partisans de l'ordre et de 
la paix, puisque, d'apres notre doctrine, nul ne peut se soustraire aux regards de Dieu: le 
mechant, l'avare, le perfide, pas plus que le vertueux et le juste, et qu'en raison de ses ceuvres, 
chacun marche au supplice ou au salut eternels. Si tous les hommes etaient bien persuades de 
cette verite, quel est celui qui voudrait commettre un crime d'un instant avec la conscience 
d'avoir a l'expier par les tourments du feu eternel? Avec quel soin, au contraire, chacun ne se 
contiendrait-il pas, ne s'ornerait-il pas de toutes les vertus, autant pour eviter le chatiment que 
pour meriter la recompense promise! Ce n'est jamais la crainte de vos lois et de vos peines qui 
fait chercher au coupable le moyen de se cacher; car il sait bien, quand il commet son crime, 
que vous etes des hommes, et que Ton echappe a votre justice. Mais, s'il etait persuade que 
Dieu ne peut rien ignorer, pas une action, pas meme une pensee, alors peut-etre l'imminente 
frayeur du supplice lui ferait pratiquer la vertu; vous n'en disconviendrez pas. Et pourtant il 
semblerait que vous redoutez de voir tous vos sujets vertueux, que vous craigniez de n'avoir 
plus a frapper. Ce serait la agir en bourreaux, et non pas en bons princes. Tout cela, nous le 



croyons fermement, est l'ceuvre de ces perfides demons, divinites auxquelles sacrifient les 
mediant et les insenses. Mais vous, princes, qui aimez la piete et la sagesse, vous n'agirez pas 
ainsi contre toute raison. Que si, dans un semblable esprit de demence, vous preferiez ecouter 
le prejuge et faire taire la verite, deployez alors toute votre puissance. Les princes eux-memes, 
quand ils sacrifient la verite a l'opinion, ne sont pas plus forts que de miserables brigands dans 
le desert. Et prenez-y garde, car il vous en arrivera malheur: c'est le Verbe lui-meme, de tous 
les princes le plus royal et le plus saint avec Dieu son pere, qui vous le declare. Or comme 
personne n'est jaloux de recueillir en heritage la pauvrete, la douleur ou la honte, tout homme 
sense se gardera bien de suivre les voies interdites par le Verbe. D'ailleurs toutes ces 
persecutions dont j'ai parle, elles ont ete predites par notre maitre, le fils et l'envoye du pere et 
du souverain de l'univers, Jesus-Christ, a qui nous devons notre glorieux nom de Chretiens. Et, 
nous vous le demandons, notre foi dans sa parole ne devient-elle pas inebranlable quand nous 
voyons toutes ses predictions se realiser? C'est la l'ceuvre de Dieu: il parle, il annonce l'avenir, 
et l'evenement s'accomplit tel qu'il l'a predit. Ici nous pourrions nous arreter et ne plus rien 
ajouter; nous avons prouve la bonte de notre cause et la justice de nos reclamations. Mais il 
est difficile, nous le savons, de convaincre un esprit possede par l'ignorance. Aussi, pour 
achever de convaincre les sinceres amis du vrai, nous avons resolu d'ajouter encore quelques 
mots, dans la persuasion que l'eclat de la verite pourra dissiper les tenebres de l'erreur. 

13. Est-il maintenant un homme raisonnable qui oserait dire que nous sommes des athees, 
nous qui adorons le createur de l'univers? Notre Dieu n'a pas besoin de sang, ni de parfums, ni 
de libations: les offrandes dignes de lui sont des hymnes de piete et de reconnaissance. La 
vraie maniere de l'honorer, ce n'est pas de consumer inutilement par le feu les choses qu'il a 
creees pour notre subsistance, mais de nous servir de ces aliments, de les partager avec les 
pauvres, et aussi, dans un juste sentiment de gratitude, de celebrer la gloire divine par de 
saints cantiques: nous le savons, et en consequence nous le benissons de toutes nos forces et 
nous lui rendons graces pour la vie qu'il nous a donnee, pour les soins qu'il prend de notre 
existence, pour les diverses qualites des choses, pour les changements des saisons, et surtout 
pour cette immortalite future, magnifique recompense promise a notre foi. Avec ce Dieu 
supreme nous adorons encore deux autres personnes: celui qui est venu pour nous enseigner 
sa doctrine, Jesus-Christ notre maitre, crucifie en Judee sous Ponce-Pilate, du temps de 
Tibere-Cesar, veritablement fils de Dieu; et enfin l'Esprit prophetique, culte eminemment 
raisonnable, comme nous vous le demontrerons. A ce propos on crie a la folie: quelle 
absurdite, en effet, de placer a cote du Dieu immuable et eternel, a cote du createur du monde, 
un homme crucifie! C'est qu'il y a la un mystere que vous ignorez: nous allons vous le 
decouvrir. Ecoutez et pretez-nous toute votre attention. 

14. Avant tout, nous vous en prevenons, prenez bien garde de ne pas vous laisser seduire par 
la malice des demons souleves contre nous; prenez garde qu'ils ne vous detournent de nous 
lire et de nous comprendre (car ils emploient tout leur pouvoir a vous vaincre, a vous asservir; 
et par les visions du sommeil comme par les prestiges de la magie, ils enveloppent et 
saisissent tous ceux qui ne veillent pas et ne combattent pas pour leur salut). Aussi, des que 
nous avons cru au Verbe, nous sommes-nous eloignes d'eux, et les avons-nous fuis pour nous 
attacher invinciblement par Jesus-Christ au Dieu incree. Autrefois nous prenions plaisir a la 
debauche, aujourd'hui la chastete seule fait nos delices. Nous avions recours aux sortileges et 
a la magie, et maintenant nous nous devouons tout entiers au Dieu bon et immortel. Au lieu de 
cette ambition et de cette insatiable avidite qui nous devoraient, maintenant une douce 
communaute nous reunit; tout ce que nous possedons, nous le partageons avec les pauvres. 
Les haines, les meurtres devastaient nos rangs; la difference de mceurs et d'institutions nous 
faisaient refuser a l'etranger l'hospitalite de notre foyer; et maintenant, depuis la venue du 



Christ, une fraternelle charite nous unit; nous prions pour nos ennemis; ceux qui nous 
persecutent, nous tachons de les convaincre: nous nous efforcons de leur persuader que tous 
ceux qui suivent les divins preceptes du Christ ont droit d'esperer comme nous la recompense 
promise par le maitre de l'univers. Mais pour que Ton ne nous accuse pas de vouloir vous 
payer de paroles, il ne sera pas inutile, je pense, de vous rappeler, avant d'en venir a la 
demonstration, quelques-uns des preceptes du Christ; et nous nous en remettrons a vous 
comme a de puissants et d'equitables princes, pour juger si nos enseignements sont conformes 
a ceux que nous a donnes notre maitre. Ses maximes sont breves et concises; car ce n'etait pas 
un sophiste, mais la puissance de la parole de Dieu etait en lui. 

15. Voici ce qu'il dit de la chastete: "Quiconque aura regarde une femme pour la convoiter a 
deja commis l'adultere dans son coeur." Et: "Que si votre oeil droit vous scandalise; arrachez- 
le et jetez-le loin de vous; il vaut mieux n'avoir qu'un oeil et entrer dans le royaume des cieux, 
qu'avoir deux yeux et etre jete dans le feu eternel." Et: "Celui qui epouse la femme repudiee 
par un autre homme commet un adultere." Et: "II y a des eunuques sortis tels du sein de leur 
mere; il y en a que les hommes ont fait eunuques, et il y en a qui se sont faits eunuques eux- 
memes en vue du royaume des cieux; mais tous n'entendent pas cette parole." Ainsi ceux qui, 
selon la loi des hommes, contractent un second mariage apres leur divorce, comme ceux qui 
regardent une femme pour la convoiter, sont coupables aux yeux de notre maitre; il condamne 
le fait et jusqu'a l'intention de l'adultere; car Dieu voit non seulement les actions de l'homme, 
mais meme ses plus secretes pensees. Et pourtant combien d'hommes et de femmes sont 
parvenus a plus de soixante et soixante-dix annees, qui, nourris depuis leur berceau dans la foi 
du Christ, sont restes purs et irreprochables durant leur longue carriere! Ce fait se retrouve 
dans les peuples de toute contree; je m'engage a le prouver. Et faut-il a ce propos rappeler la 
multitude innombrable de ceux qui ont rompu avec le vice pour se captiver sous l'obeissance 
de la foi? car ce ne sont pas les hommes chastes et saints que le Christ convie au repentir, se 
sont les impies, les debauches, les mechants. II le dit lui-meme: "Je ne suis pas venu appeler 
les justes a la penitence, mais les pecheurs; car le Pere celeste aime mieux le repentir que le 
chatiment du pecheur. Ecoutez maintenant ce que dit le Christ sur la charite envers tous: "Si 
vous aimez ceux qui vous aiment, que faites-vous de nouveau? Les impudiques en font autant. 
Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis; faites du bien a ceux qui vous haissent; benissez 
ceux qui vous maudissent; et priez pour ceux qui vous calomnient." Sur l'obligation de donner 
aux pauvres et de ne rien faire pour la vaine gloire, voulez-vous savoir ce qui nous est 
present: "Donnez a celui qui vous demande: Ne refusez pas a celui qui veut emprunter de 
vous; car si vous pretez a ceux de qui vous croyez recevoir, quel gre vous en saura-t-on? Les 
publicains en font autant. N'amassez pas de tresors sur la terre, ou la rouille et les vers 
devorent, et ou les voleurs fouillent et derobent; mais amassez des tresors dans le ciel, ou ni la 
rouille ni les vers ne devorent; car que sert a un homme de gagner l'univers entier et de perdre 
son ame? Et qu'est-ce que l'homme donnera en echange pour son ame? Amassez done des 
tresors dans le ciel, ou ni les vers ni la rouille ne devorent." Et: "Soyez doux et misericordieux 
comme votre Pere est doux et misericordieux; lui qui fait lever son soleil sur les bons comme 
sur les mechants. Ne vous inquietez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour 
votre corps ou vous trouverez des vetements. Ne valez-vous pas mieux que les oiseaux et les 
betes? et Dieu les nourrit. Ne vous inquietez done pas pour votre vie de ce que vous 
mangerez, ni pour votre corps ou vous trouverez des vetements; car votre Pere celeste sait que 
vous avez besoin de tout cela. Cherchez le royaume de Dieu, et ces choses vous seront 
donnees par surcroit. Lame de l'homme est la ou est son tresor." Et: "Ne faites pas ces choses 
pour etre en spectacle aux hommes; car autrement vous ne gagnerez pas la recompense 
promise par votre Pere qui est dans les cieux." 



16. Faut-il nous rendre humbles, serviables, patients? Voici ses preceptes: "Si Ton vous frappe 
sur une joue, tendez l'autre; si Ton vous enleve votre manteau, donnez aussi votre tunique. 
Celui qui se met en colere s'expose au feu eternel. Si quelqu'un vous force a le suivre pendant 
un mille, accompagnez-le pendant deux; et que vos bienfaits brillent aux yeux des hommes, 
de sorte que, les voyant, ils admirent votre Pere qui est dans les cieux." Dieu ne nous permet 
pas de nous revolter: il ne veut pas que nous nous fassions les imitateurs des mediants; au 
contraire, il nous engage a employer la patience et la douceur pour arracher les hommes a 
l'avilissement des mauvaises passions. C'est ce dont nous pourrions facilement trouver des 
preuves parmi vous, en vous citant tous ceux qui ont change leurs habitudes de violence et de 
tyrannie, vaincus par l'experience journaliere et par l'exemple de la purete de leurs voisins; par 
la vue de leur admirable patience a supporter les outrages, ou enfin par l'examen de leur 
conduite et de leurs moeurs. Nous ne devons pas jurer, et nous sommes obliges de dire 
toujours la verite. Ecoutez: "Ne jurez en aucune maniere: que si c'est oui, dites oui; que si c'est 
non, non; ce que vous ajouteriez de plus serait mal." La loi de l'adoration d'un seul Dieu, voici 
comme il nous l'impose: "C'est ici le plus grand commandement: tu adoreras le Seigneur ton 
Dieu, et tu rendras a lui seul le culte souverain de tout ton coeur et de toute ta force, car c'est 
ton Seigneur Dieu qui t'a fait." Un homme s'approche de Jesus, en lui disant: "Maitre parfait! 
Nul n'est parfait que Dieu seul, le createur du monde, "repond Jesus. Et pour etre reconnu 
comme chretien, il ne suffit pas de proclamer de bouche la doctrine du Christ, il faut la suivre 
dans toutes les actions de la vie; car ce n'est pas a ceux qui parlent, mais a ceux qui agissent 
que le salut eternel est promis. Ecoutez: "Tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, 
n'entreront pas dans le royaume des cieux: celui-la y entrera qui fait la volonte de mon Pere 
qui est dans les cieux; car celui qui m'ecoute et fait ce que je dis ecoute celui qui m'a envoye. 
II y en a beaucoup qui me disent: Seigneur, Seigneur, est-ce que nous n'avons pas bu et mange 
en votre nom? est-ce que nous n'avons pas fait des miracles? Et alors, moi je leur dirai: Loin 
de moi, artisans d'iniquite! Et alors, il y aura la des pleurs et des grincements de dents; et les 
justes brilleront comme le soleil, et les mechants seront precipites au feu eternel. Et, en effet, 
vous en verrez beaucoup venir en mon nom, qui au dehors seront revetus de peaux de brebis, 
et au dedans sont des loups ravissants. Vous les connaitrez par leurs oeuvres; et tout arbre ne 
portant pas de bons fruits sera coupe et jete au feu." Chatiez done tous ces gens qui ne sont 
Chretiens que de nom, et se conduisent en depit des enseignements du Christ; chatiez-les, nous 
vous le demandons. 

17. Nous sommes les premiers a payer les tributs entre les mains de ceux que vous avez 
preposes a la levee des impots, car c'est encore la un precepte du Christ. Des Juifs etant venus 
un jour lui demander s'il fallait payer le tribut a Cesar: "Dites-moi, je vous prie, de qui cette 
piece d'argent porte-t-elle l'effigie? De Cesar, "repondirent-ils. "Rendez done a Cesar ce qui 
est a Cesar, et a Dieu ce qui est a Dieu." Aussi nous n'adorons que Dieu, et pour tout le reste 
nous vous obeissons de grand coeur, nous plaisant a reconnaitre en vous les princes et les 
chefs des peuples, et priant Dieu de vous accorder avec la souveraine puissance le don de la 
sagesse et de la raison. Que si, apres tout, vous dedaignez nos prieres, si vous meprisez nos 
suppliques et nos discours, nous ne nous en plaindrons pas et nous n'y perdrons rien; car, nous 
le croyons avec toute l'energie de la conviction, chacun expiera ses actes dans le feu de 
l'eternite, chacun rendra compte en raison de ce qu'il aura recu. C'est le Christ qui nous 
l'enseigne par cette parole: "Celui qui aura recu davantage, il lui sera demande davantage." 

18. Tournez les regards vers les empereurs qui vous ont precede. Ils ont suivi la loi commune; 
ils sont morts comme tous les hommes. La mort devait-elle les plonger dans l'insensibilite du 
neant? Non, ce serait pour les mechants une faveur exorbitante. L'existence n'abandonne pas 
ceux qui ont vecu, et les supplices eternels les saisissent au sortir de ce monde. Ecoutez, 



pretez la plus grande attention: croyez surtout; car tout ceci est la verite. Tous les prestiges de 
la necromancie, l'inspection du cadavre palpitant d'un enfant, revocation des ames humaines, 
le ministere de tous ceux que les magiciens appellent les dispensateurs et les satellites des 
songes, les operations de ces adeptes, en est-ce assez pour vous faire croire que l'ame apres la 
mort conserve sa sensibilite? faut-il vous parler de ceux que vous voyez saisis et subjugues 
par les ames des morts, furieux et demoniaques aux yeux de tous, oracles a vos yeux, les 
Amphiloques, les Pythies, les Dodonees et mille autres? Voulez-vous les temoignages des 
ecrivains, d'Empedocle et de Pythagore, de Platon et de Socrate? Et le gouffre infernal 
d'Homere, et la descente d'Ulysse dans ce Tartare, et tant d'autres auteurs? Eh bien! nous ne 
vous demandons qu'une chose, c'est de nous mettre a l'egal de tous ces ecrivains, nous qui 
croyons autant et bien plus qu'eux en la divinite, puisque nous esperons voir un jour nos corps 
eux-memes, cadavres enfouis dans la terre, se relever pour nous recevoir une seconde fois; 
car, nous le disons, rien n'est impossible a Dieu. 

19. Certes, a y reflechir attentivement, ne nous semblerait-il pas incroyable, si nous n'avions 
pas nos corps, d'entendre quelqu'un nous dire: Vous voyez ces chairs, ces os, ces nerfs, toute 
cette substance de l'homme, quelques gouttes de liqueur seminale suffisent pour la former et 
la produire? Or, raisonnons dans cette hypothese: oubliez un instant votre humanite et votre 
origine, et supposez que Ton presente a vos regards, d'un cote l'image d'un homme, et de 
l'autre cette faible semence, et qu'on vous dise: Ceci peut produire cela; croiriez-vous une 
pareille assertion avant de l'avoir vue realisee? Personne n'osera dire que oui. Eh bien! 
cependant, vous ne croyez pas a la resurrection des morts. Nous n'avons pas vu de mort 
ressuscite, dites-vous? Et la possibilite de la generation par des moyens aussi debiles, vous ne 
l'auriez pas crue d'abord; cependant vous en voyez partout le phenomene accompli chaque 
jour. Consequemment vous devez admettre la possibilite d'une resurrection pour ces cadavres 
corrompus que la dissolution a presque reduits a l'etat de semence. Vous devez croire qu'a la 
parole de Dieu ils pourront bien, au jour marque, se redresser et revetir l'immortalite. Et, en 
effet, serait-ce donner une idee convenable de la puissance divine que de dire avec certaines 
gens: Chaque chose retourne a l'element d'ou elle est sortie, et Dieu merae ne peut rien faire 
de contraire a cette loi? Non, nous ne pouvons accorder une opinion semblable. Mais ce que 
nous en concluons, c'est que ceux qui la defendent n'auraient jamais era a la possibilite de leur 
propre creation, de celle du monde entier, tel qu'il est, et avec l'origine qu'ils lui voient. Plutot 
que de partager leur incredulite, ajoutons foi a ces mysteres incomprehensibles pour notre 
humaine nature: c'est le parti le plus sage, c'est la doctrine de Jesus-Christ; car ne nous a-t-il 
pas dit: "Ce qui est impossible a l'homme est possible a Dieu." Et: "Ne craignez pas ceux qui 
vous tuent, ils ne peuvent rien au-dela. Mais craignez celui qui, apres la mort, peut precipiter 
votre corps et votre ame dans la gehenne." Or, cette gehenne, c'est le lieu ou sont tortures ceux 
qui ont vecu dans l'iniquite et qui n'ont pas era a la realisation des paroles que Dieu nous a fait 
annoncer par le Christ. 

20. Et la Sibylle et Hystaspe vous disent que toute la nature corruptible perira par le feu; et 
les philosophes de l'ecole stoicienne pretendent que Dieu lui-meme se resoudra en feu, et 
qu'apres la raine universelle le monde renaitra de nouveau. Mais nous, combien ne sommes- 
nous pas superieurs a ces doctrines versatiles, avec notre croyance en un Dieu createur de 
l'univers? Ainsi, non seulement nos doctrines ressemblent a celles des philosophes et des 
poetes le plus en honneur aupres de vous, mais meme, dans de certains points, nous parlons 
un langage plus vrai et plus saint. Seuls enfin, nous prouvons nos assertions. Pourquoi done 
maintenant sommes-nous injustement poursuivis de la haine de tous? Dire que Dieu a tout 
cree et tout ordonne dans le monde, n'est-ce pas repeter un dogme de Platon? L'idee de 
l'embrasement universel nous est commune avec les stoiciens. Croire que les ames des 



mechants conservent la sensibilite apres la mort, et qu'elles sont chatiees pour leurs crimes, 
tandis que celles des justes evitent les supplices et jouissent de la felicite, ce n'est que partager 
le sentiment des poetes et des philosophes. Quand enfin nous detournons les hommes d'adorer 
des etres pires qu'eux, nous ne faisons que rappeler les paroles de Menandre le poete comique, 
et de tous ceux qui ont ecrit dans le meme sens. Tous en effet ont proclame que le createur 
etait plus grand que la creature. 

21. Et quand nous parlons du Verbe engendre de Dieu avant tous les siecles; quand nous 
disons qu'il est ne d'une vierge sans aucune cooperation etrangere; qu'il est mort, et qu'apres 
etre ressuscite il est monte au ciel; nos recits ne sont pas plus etranges que l'histoire de ces 
personnages que vous appelez fils de Jupiter. Vous n'ignorez pas en effet combien vos plus 
celebres auteurs lui donnent d'enfants. C'est un Mercure, son interprete, son verbe, charge de 
tout apprendre au monde; c'est un Esculape, qui, foudroye pour avoir exerce son art de 
medecin, est enleve au ciel; un Bacchus, qui est mis en pieces; Hercule, qui se briile pour faire 
cesser ses travaux; les Dioscures, fils de Leda; Persee, fils de Danae; Bellerophon, que le 
coursier Pegase ravit du milieu des mortels. Parlerai-je d'Ariane et de tous ceux qui comme 
elle sont devenus des astres? Et tous vos empereurs, a peine sont-ils morts que vous vous 
hatez d'en faire des immortels, et ne trouvez-vous pas au besoin un temoin tout pret a jurer 
qu'il a vu Cesar s'elever resplendissant de son bucher vers les cieux? Au reste, il n'est pas 
necessaire de faire ici l'historique des hauts faits attribues a tous ces enfants de Jupiter; vous 
les savez assez bien, et d'ailleurs ces recits n'ont ete ecrits que pour corrompre et depraver 
l'esprit qui les etudie, puisque chacun pense qu'il ne peut mieux faire que d'imiter les dieux. Y 
a-t-il rien de plus contraire a la saine idee de la divinite que de representer Jupiter, le 
souverain et le pere des dieux, comme fils d'un parricide et parricide lui-meme, livre aux plus 
honteuses debauches, poussant la brutalite jusqu'a abuser de Ganymede, jusqu'a deshonorer ce 
prodigieux nombre de femmes d'ou lui naquirent tous ces enfants, dignes imitateurs de leur 
pere? Ne voit-on pas la l'oeuvre des genies du mal? Pour nous, notre doctrine nous apprend 
que l'immortalite est reservee a ceux qui tachent de ressembler a Dieu par la saintete de leur 
vie et la pratique de la vertu; tandis que le supplice du feu eternel attend ceux qui s'obstinent a 
demeurer dans l'iniquite. 

22. Quant a Jesus-Christ, que nous appelons le fils de Dieu, ne fut-il qu'un simple mortel, sa 
sagesse lui meriterait ce titre; puisque tous les auteurs s'accordent a donner a la divinite le 
nom de pere des dieux et des hommes; que si, le croyant engendre d'une maniere toute 
particuliere et surhumaine, nous l'appelons le Verbe de Dieu, nous ne faisons que lui 
appliquer la denomination affectee a Mercure, puisqu'on en parle comme du verbe, messager 
de Dieu. Nous objectera-t-on qu'il a ete crucifie; nous dirons qu'en cela il ressemble a tous 
ceux des fils de Jupiter qui, selon vous, ont eu des tourments a souffrir. Loin d'etre uniforme, 
leur genre de mort a ete tres different. Jesus aussi a eu son agonie a part. II ne le leur cede pas 
meme en cela. Combien au contraire ne les surpasse-t-il pas en tout! Hatons-nous de le 
prouver, ou plutot la preuve est deja faite; car c'est par les actions que se constate la 
superiorite. Jesus est ne d'une vierge? oui, il a cela de commun avec Persee. II guerissait les 
boiteux et les paralytiques, les infirmes de naissance; il ressuscitait les morts. C'est ce que 
vous racontez d'Esculape. 

23. Mais, remarquez-le bien, si nous avons employe ce genre de preuves et ces assimilations, 
c'est que nous voulions vous demontrer que la verite se rencontre uniquement dans les lecons 
du Christ et des prophetes ses predecesseurs, plus anciens que tous vos ecrivains; et quand 
nous demandons d'etre crus, ce n'est pas en raison de ces ressemblances, c'est en raison de la 
verite que nous annoncons, c'est parce que nous vous disons que Jesus-Christ est le fils unique 



du Pere, son premier-ne, sa puissance, son Verbe; qu'il s'est fait homme par sa propre volonte, 
et qu'il est venu nous instruire pour le salut et la regeneration du monde. Or, avant qu'il parut 
parmi les hommes, ces genies du mal, les demons dont nous avons deja parle, se sont servis 
des poetes pour fausser d'avance le recit de ces grands evenements, comme s'ils eussent deja 
eu lieu; et ainsi ils sont parvenus a inventer et a faire croire contre nous les accusations les 
plus odieuses sans la moindre preuve et sans un seul temoin. Voila la raison de notre 
argumentation. 

24. Ainsi done, en premier lieu, nous ne faisons que ce que font les Grecs, et pourtant seuls 
nous souffrons persecution pour le nom du Christ. Nous ne commettons aucun crime, et on 
nous tue comme des scelerats. Tout autour de nous on adore des arbres, des fleuves, des chats, 
des souris, des crocodiles, des animaux de toute espece. Et ce culte n'est pas universel; non, 
chacun a son idole, en sorte que pour son voisin, dont il ne partage pas la croyance, e'est un 
impie. Et le seul chef d'accusation que Ton puisse invoquer contre nous, e'est que nous 
n'adorons pas vos dieux, que nous ne faisons aux morts ni libations ni offrandes; que nous ne 
consacrons aux idoles ni couronnes ni victimes; des victimes! mais vous n'ignorez pourtant 
pas que ce qui est ici une victime, la est un dieu, plus loin une brute. 

25. En second lieu, remarquez-le bien, tandis que le genre humain entier se prosternait aux 
pieds de Bacchus et d'Apollon, dont les infames debauches font horreur; tandis qu'il adorait 
Proserpine et Venus, dont vous celebrez dans vos mysteres le honteux amour pour le jeune 
Adonis; tandis qu'il rendait un culte a Esculape et a toute cette multitude de pretendus dieux; 
nous, au nom de Jesus-Christ et au peril de notre vie, nous avons foule aux pieds ces divinites, 
et embrasse la foi a ce Dieu incree, inaccessible au mal, et qui jamais ne descendit sur terre 
pour seduire une Antiope ou abuser d'un Ganymede; non, jamais notre Dieu n'eut besoin, pour 
se delivrer de ses chaines, que Thetis implorat le secours du geant a cent bras; jamais pour 
prix d'un tel service il ne sacrifia des milliers de Grecs a la colere d'Achille furieux de 
l'enlevement de sa Briseis. Ceux qui croient a de pareilles fables nous font pitie, et nous n'y 
pouvons reconnaitre que l'oeuvre des demons. 

26. En troisieme lieu, lorsque par son ascension le Christ eut ete enleve au ciel, les demons 
susciterent des hommes qui se pretendirent dieux: et vous, bien loin de les poursuivre, vous 
les avez combles d'honneurs. Un certain Simon, du bourg de Gitton, vint a Rome du temps de 
l'empereur Claude. Aide par les malins esprits, il fit dans votre ville imperiale quelques 
prodiges de magie, et aussitot on le prit pour un dieu, on lui eleva une statue comme a un 
dieu. Cette statue est dans l'ile du Tibre, entre les deux ponts, et elle porte cette inscription 
latine: Simoni Deo sancto. Presque tous les Samaritains et quelques hommes d'autres nations 
le reconnaissent et l'adorent comme leur premiere divinite. Et vous savez ce qu'on rapporte de 
cette Helene, qu'il avait retiree d'une maison de prostitution pour en faire sa compagne et son 
expression intellectuelle, comme il le disait. Menandre de Capparetee, Samaritain aussi et 
disciple de Simon, ne parvint-il pas, toujours par l'assistance des demons, a seduire par ses 
magiques operations les habitants d'Antioche, au point de persuader ses adeptes qu'ils ne 
mourraient jamais? et nous voyons encore nombre de ses sectateurs. Marcion de Pont, qui vit 
encore, n'enseigne-t-il pas la croyance a un dieu superieur au createur du monde? C'est la 
encore une oeuvre des genies du mal, qui se sont servis de lui pour repandre le blaspheme sur 
la terre, pour faire nier aux hommes que le createur tout-puissant fut le pere du Christ, et pour 
leur faire professer, au contraire, l'existence d'un etre dont la puissance superieur avait cree 
des ouvrages plus merveilleux. Tous les disciples de ces imposteurs sont, comme nous l'avons 
dit, compris sous la denomination generale de chretiens, de la merae maniere que le nom de 
philosophes s'applique a une foule de gens qui ne partagent pas les memes idees 



philosophiques. Maintenant ces sectaires se rendent-ils coupables des crimes atroces dont la 
malignite publique nous accuse, comme ces extinctions de lumieres, ces melanges confus des 
sexes, ces repas de chair humaine? Nous l'ignorons; mais ce que nous savons bien, c'est qu'au 
moins, vous, vous ne leur faites pas un crime de leurs opinions et vous ne les massacrez pas. 
Au reste, nous avons compose un livre contre toutes les heresies, et si vous voulez, nous vous 
en donnerons connaissance. 

27. Quant a nous, loin de commettre aucune impiete, aucune vexation, nous regardons comme 
un crime odieux l'exposition des enfants nouveau-nes; parce que d'abord nous voyons que 
c'est les vouer presque tous, non seulement les jeunes filles, mais meme les jeunes garcons, a 
une prostitution infame; car de meme qu'autrefois on elevait des troupeaux de boeufs et de 
chevres, de brebis et de chevaux, de meme on nourrit aujourd'hui des troupes d'enfants pour 
les plus honteuses debauches. Des femmes aussi et des etres d'un sexe douteux, livres a un 
commerce que Ton n'ose nommer, voila ce qu'on trouve chez toutes les nations du Globe. Et 
au lieu de purger la terre d'un scandale pareil, vous en profitez, vous en recueillez des tributs 
et des impots! D'ailleurs ne peut-il pas resulter de cet odieux et sacrilege commerce un 
melange affreux des peres avec leurs enfants, des freres avec leurs freres? II est des 
miserables qui prostituent leurs filles et leurs femmes: il en est qui se mutilent pour cette 
infame turpitude, pour les mysteres de la mere des dieux; et a chacune de vos divinites vous 
donnez pour attribut ce grand et mysterieux symbole du serpent. Voila ce qui se fait chez vous 
a la face du soleil: voila votre culte: Et vous nous imputez vos actes; et vous pretendez que 
nous etouffons toutes les lumieres divines ! Au reste ce n'est pas a nous que peut nuire une 
calomnie de ce genre; elle retombe sur ceux qui commettent tous ces crimes et osent nous les 
imputer. 

28. Parmi nous, le prince des genies malfaisants s'appelle le serpent, le tentateur, Satan; et 
vous pouvez vous en assurer par la lecture de nos saintes lettres. C'est lui qui sera precipite 
avec toute son armee et avec les hommes ses adorateurs dans le feu eternel pour y briiler a 
jamais: le Christ nous l'a predit. Si un sursis a ete accorde a cette condamnation, c'est en 
faveur de l'homme; c'est en consideration de son salut. Car Dieu sait bien que plusieurs se 
repentent deja, et que bien d'autres qui sont a naitre se repentiront aussi. Quand Dieu crea la 
nature humaine, il la fit intelligente et lib re de choisir le bien et de s'y attacher, en sorte qu'a 
l'homme raisonnable et intelligent il ne restat aucune excuse devant la justice divine. Aussi 
pretendre que Dieu ne se met point en peine des choses de ce monde, c'est dire qu'il n'y a pas 
de Dieu, ou que, s'il y en a, il ne se plait que dans le mal ou dans une insensibilite de pierre; 
c'est dire qu'il n'y a ni vice, ni vertu, et que le bien et le mal ne sont que des distinctions 
chimeriques inventees par l'imagination humaine, ce qui est une haute impiete et une odieuse 
injustice. 

29. Quant a l'exposition des enfants, il est un motif encore qui nous la fait abhorrer. Nous 
craindrions qu'ils ne fussent pas recueillis, et que notre conscience restat ainsi chargee d'un 
homicide. Au reste, si nous nous marions, c'est uniquement pour elever nos enfants; si nous ne 
nous marions pas, c'est pour vivre dans une continence perpetuelle. Naguere, un de nos freres, 
pour vous persuader qu'il n'y a parmi nous ni mysteres impurs, ni melanges infames, presenta 
a Felix, prefet d'Alexandrie, une requete afin d'obtenir de se faire enlever les organes de la 
generation. Les medecins de la ville pretendaient ne pouvoir executer cette operation sans la 
permission du prefet. Felix ne voulut pas obtemperer a cette demande, et le jeune homme fort 
de sa conscience et content de cet hommage rendu a sa foi, conserva sa purete et vecut dans la 
chastete avec tous ceux qui partageaient sa croyance. Et a ce propos, il me semble assez 



curieux de faire mention ici de cet Antinous qui parut il y a peu de temps, imposteur effronte 
que Ton adorait deja comme un dieu, quoiqu'on sut bien qui il etait et d'ou il venait. 

30. Maintenant pour que personne ne tente de nous opposer que le personnage nomme par 
nous Christ n'est qu'un homme, fils d'un homme, et que ses miracles ne sont que des 
sorcelleries et des oeuvres de magie a l'aide desquelles il a reussi a se faire passer pour le fils 
de Dieu, nous allons commencer notre demonstration sur ce point, et vous prouver que ce 
n'est pas sur des on dit que notre foi est fondee, mais sur des proprieties publiees bien avant 
l'evenement et sur la realisation certaine et indubitable de ces faits annonces, realisation a 
laquelle nous avons assiste, a laquelle nous assistons encore. Et ce sera la une magnifique et 
irreprochable demonstration, nous en avons la ferme confiance. 

31. H s'est rencontre chez les Juifs des hommes prophetes de Dieu, et dont l'Esprit saint se 
servait comme de herauts pour annoncer l'avenir. Leurs proprieties, a mesure qu'elles etaient 
prononcees, etaient soigneusement recueillies par les rois du moment, qui en possedaient les 
textes; ecrits en hebreu de la main merae des prophetes. Quand Ptolemee, roi d'Egypte, 
composa sa fameuse bibliotheque, il eut connaissance de ces livres prophetiques, et il envoya 
une ambassade a Herode, alors roi des Juifs, pour les lui demander. Herode donna le texte 
hebreu; mais cette langue etant inconnue aux Egyptiens, une nouvelle deputation vint 
sollicker du roi des Juifs des hommes capables d'en faire une traduction grecque. Cette oeuvre 
fut executee, et ces livres sont restes jusqu'a present aux mains des Egyptiens, comme ils sont 
par toute la terre entre celles des Juifs. Mais c'est en vain que les Juifs les lisent, ils ne les 
comprennent pas; au contraire, ils nous traitent comme leurs ennemis declares; ils nous 
persecutent autant qu'il est en leur pouvoir; ils nous infligent comme vous les supplices et la 
mort: vous pouvez en avoir facilement la preuve. Voyez la derniere guerre de Judee, 
Barcochebas, le chef de la revoke, ne sevissait-il pas contre les Chretiens et contre eux seuls? 
Ne les accablait-il pas des plus cruelles tortures s'ils ne renoncaient pas a Jesus-Christ et s'ils 
ne blasphemaient pas son saint nom? C'est pourtant dans les livres des prophetes qu'est 
annoncee la venue du Christ. II y est dit qu'il doit naitre d'une vierge; que, parvenu a l'age 
d'homme, il guerira toutes les maladies et toutes les douleurs et ressuscitera les morts: que 
meconnu, persecute, il sera mis en croix, qu'il mourra et se ressuscitera pour remonter au ciel. 
II y est dit qu'il est le fils de Dieu et qu'il sera reconnu pour tel; qu'il enverra par tout le genre 
humain des herauts pour l'annoncer, et que toutes les nations croiront a sa parole. Et tout cela 
a ete prophetise cinq mille, trois mille, deux mille, mille et enfin huit cents annees avant 
l'evenement, car telle est la succession des temps ou ont paru les prophetes. 

32. Moise, le premier de tous, a parle ainsi: "il ne manquera pas de prince de Juda, ni de chef 
de cette race jusqu'a ce que vienne celui qui est attendu: celui-la sera l'esperance des nations; 
il attachera son anon a la vigne, et il lavera sa robe dans le sang de la grappe." Et voyez et 
recherchez avec soin jusqu'a quelle epoque les Juifs ont eu un roi de leur nation. C'est 
justement celle ou parut Jesus-Christ, notre maitre, l'interprete des mysterieux oracles; et en 
lui s'est accompli ce que l'Esprit prophetique avait annonce par la bouche de Moise, a savoir 
que le prince ne manquerait pas chez les Juifs jusqu'a ce que fut venu celui a qui le royaume 
etait reserve. Car Juda est le patriarche des Juifs, et c'est de lui qu'ils ont pris leur nom. 
Aussitot la venue du Messie, vous avez commence a regner sur les Juifs, et vous avez soumis 
tout leur pays a votre domination. Cette parole, il sera l'esperance des nations, signifiait que 
par toutes les nations il se trouverait des hommes qui soupireraient apres sa venue. C'est la un 
fait que vous demontre votre propre experience. Ne voyez-vous pas que dans toutes les 
nations on espere en ce crucifie de la Judee, apres la mort duquel la terre des Juifs a ete prise 
et livree entre vos mains? Cette autre parole, "il attachera son anon a la vigne, et il lavera sa 



robe dans le sang de la grappe, "est un symbole qui figure en partie ce qui devait arriver au 
Christ, en partie ce que lui-meme devait accomplir. Car il y avait a l'entree d'un village un 
anon attache a une vigne, et le Christ ordonna a ses disciples de le lui amener: il y monta et fit 
son entree a Jerusalem, ou etait ce grand et magnifique temple que vous avez detruit depuis. 
Apres cela il fut crucifie, pour que le reste de la prophetie fut accompli. Car cette robe lavee 
dans le sang de la grappe" etait l'annonce des douleurs qu'il devait endurer, pour racheter par 
son sang tous ceux qui croient en lui. La robe dont parle l'Esprit de Dieu represente les 
hommes qui ont foi en Jesus-Christ, et dans lesquels habite le Verbe, cette semence de Dieu. 
Le sang de la grappe signifiait aussi que le Messie aurait du sang, non pas du sang de la 
semence humaine, mais de la puissance divine. La puissance souveraine avec le Pere et le 
maitre de l'univers, c'est son fils, c'est le Verbe. II a pris chair, il s'est fait homme, nous le 
dirons ensuite. Or, maintenant, comme ce n'est pas l'homme mais Dieu qui a fait le sang de la 
grappe, de meme le sang du Christ etait ainsi clairement designe comme ne pouvant pas 
resulter de la semence humaine, mais de la vertu de Dieu, comme nous l'avons dit deja. Un 
autre prophete a dit exactement la meme chose en termes differents, c'est Esaie: "Une etoile 
sortira de Jacob, et une fleur poussera sur la tige de Jesse, et les nations espereront en son 
bras." N'est-ce pas une etoile brillante, n'est-ce pas une belle fleur sur la tige de Jesse, que 
notre Seigneur Jesus-Christ? La vertu de Dieu l'a engendre, et il est ne d'une vierge de la race 
de Jacob, le pere de Juda (et nous avons vu que Juda est le patriarche des Juifs). Jesse aussi 
fut; selon les saints oracles, un aieul du Christ, fils lui-meme de Jacob et de Juda, comme le 
prouve la suite de sa genealogie. 

33. Ecoutez maintenant comme Esaie annonce que le Christ naitra d'une vierge. Voici ses 
paroles: "La vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, et les hommes appelleront ce fils, 
Emmanuel, Dieu avec nous." Or c'etaient des choses incroyables et impossibles a l'homme 
que Dieu faisait predire par l'esprit de prophetie; en sorte qu'a l'evenement on ne leur refusat 
pas creance, et qu'au contraire on leur accordat une confiance illimitee. Actuellement, pour 
que dans l'ignorance du sens veritable de cette prophetie, Ton ne vienne pas confondre nos 
paroles avec les recits de vos poetes, qui representent Jupiter descendant des cieux; pour se 
livrer a un commerce impur avec des femmes mortelles, nous allons entrer dans l'explication. 
Une vierge, dit Esaie, sera enceinte: c'est-a-dire qu'elle concevra sans cooperation humaine; 
car si ce commerce avait eu lieu, elle ne fut pas demeuree vierge. Mais ici la vertu de Dieu est 
descendue sur cette vierge et l'a environnee comme d'un nuage sacre, et restant toujours 
vierge, elle est neanmoins devenue enceinte. Ce fut un ange de Dieu qui fut alors envoye vers 
cette vierge, et qui lui annonca cette bonne nouvelle en disant: "Voici que vous concevrez du 
Saint-Esprit et que vous enfanterez un fils, et il sera appele le fils du Tres-Haut, et vous le 
nommerez Jesus; car il sauvera son peuple de ses peches." C'est ce que nous apprennent ceux 
qui ont ecrit la vie et les oeuvres de Jesus-Christ, notre Sauveur; et c'est la ce que nous 
croyons; car c'est la realisation de ce qu'avait predit le Saint-Esprit par la bouche d'Esaie. 
Done cet esprit et ce souffle de Dieu n'est autre chose que son Verbe, son premier-ne: il est 
impossible de penser autrement, et le prophete Moise l'a clairement annonce. C'est lui qui s'est 
repandu sur la vierge et l'a enveloppee de son ombre; c'est lui qui l'a rendue feconde, non par 
les voies humaines, mais par la vertu de Dieu. Le nom hebreu de Jesus se traduit par Sauveur: 
de la vient que l'ange dit a la vierge: "Vous l'appellerez Jesus, et il sauvera son peuple de ses 
peches." II n'est pas besoin, je pense, de vous faire remarquer que l'Esprit de Dieu peut seul 
dieter des proprieties pareilles: c'est une verite que vous ne contesterez pas. 

34. Quant au lieu de la naissance du Christ, ecoutez ce qu'en a dit Michee, un autre prophete: 
"Et toi, Bethlehem, terre de Juda, tu ne seras pas toujours la derniere parmi les princes de 
Juda; car de toi sortira le chef, le pasteur de mon peuple." Or Bethlehem est un bourg dans la 



terre de Judee, situe a trente-cinq stades de Jerusalem: c'est la que le Christ est ne; vous 
pouvez vous en assurer par les tables du recensement que leva en Judee Cyrenius, le premier 
des presidents de cette province. 

35. Apres sa naissance, le Christ devait rester cache aux yeux des hommes jusqu'a l'age de 
virilite: c'est ce qui arriva. Mais ecoutez la prediction: "Un petit enfant nous est ne, et un jeune 
adolescent nous a ete donne, et la marque de l'empire est sur ses epaules." Cette marque, c'est 
la croix qu'il porta au jour de sa passion, comme nous le dirons dans la suite de ce discours. 
Voici sur le merae sujet des paroles de ce divin prophete Esaie: "J'ai etendu mes mains vers le 
peuple incredule et contradicteur, vers ceux qui marchent dans la voie mauvaise; et 
maintenant ils demandent que je les juge, et ils osent approcher de Dieu." Et encore ces autres 
paroles: "Us ont perce mes mains et mes pieds, et ils ont jete le sort sur ma robe." Et certes ce 
n'est pas David, le roi-prophete, d'ou ces paroles sont tirees, qui a souffert ces tourments. Mais 
c'est le Christ Jesus, dont les mains furent etendues quand il fut crucifie par les Juifs, ces 
incredules qui niaient sa divinite. Comme le prophete l'avait dit, il fut place par derision sur 
un tribunal, et le peuple lui disait: Juge-nous. Ces mots :11s ont perce mes mains et mes pieds, 
etaient l'annonce de ces clous qui, sur la croix, percerent et ses pieds et ses mains. Apres qu'on 
l'eut crucifie, ses bourreaux tirerent ses vetements au sort et se les partagerent. Vous pouvez 
voir tout ce recit dans les Actes de Ponce-Pilate. Outre ce qui a ete deja rapporte sur l'anon du 
Christ et son entree a Jerusalem, voici encore des paroles d'un autre prophete, Sophonias: 
"Rejouissez-vous, fille de Sion; chantez, fille de Jerusalem, voici votre roi qui vient 
humblement a vous, monte sur une anesse et sur son anon." 

36. Lorsque vous entendez toutes ces proprieties mises dans la bouche d'un homme, gardez- 
vous de les attribuer a ceux qui les prononcent; ayez grand soin, au contraire, de ne voir que le 
souffle de Dieu qui les dicta, et qui tantot prend la forme d'une prediction, tantot met ses 
paroles dans la bouche de Dieu le pere et seigneur de l'univers, tantot fait parler le Christ lui- 
meme, ou enfin les nations qui repondent a Jesus ou a son Pere. C'est, au reste, une habitude 
commune a tous vos ecrivains; l'auteur, toujours le meme, introduit et met en scene des 
personnages differents: c'est ce que ne comprirent pas les Juifs. lis avaient entre les mains les 
livres des prophetes, et ils ne reconnurent pas Jesus-Christ venant en ce monde. Loin de la, ils 
nous persecutent, nous qui croyons a la venue de ce Messie, et qui prouvons que, selon les 
oracles, il a ete crucifie par leurs mains. 

37. Pour vous prouver ce que nous disions a l'instant de la maniere dont les prophetes font 
parler le Pere eternel, ecoutez ces paroles du prophete Esaie: "Le boeuf connait son maitre, 
Fane son etable; mais Israel ne m'a pas connu, et mon peuple ne m'a pas compris. Malheur a la 
race pecheresse, au peuple rempli d'iniquites, au sang des mechants! Fils insenses, vous avez 
abandonne votre Seigneur!" Et ailleurs encore, toujours dans la bouche du Pere, ces mots: 
"Quelle maison me batissez-vous? dit le Seigneur; le ciel est mon trone, et la terre mon 
marchepied. Encore: "Mon coeur deteste vos neomenies et vos fetes; votre grand jeune, temps 
d'oisivete, je le hais, et quand vous viendrez a moi je ne vous exaucerai pas. Vos mains sont 
pleines de sang, et vous m'offrez de l'encens et de la fleur de farine: cela m'est en 
abomination. Je ne veux plus de la graisse des agneaux et du sang des boucs. Qui a exige de 
tels presents de vos mains? Rompez tous les liens de l'iniquite; brisez les chaines de la 
violence; conviez et recueillez celui qui est sans asile; partagez votre pain avec celui qui a 
faim." Tels sont, vous pouvez en juger, les enseignements que les prophetes font donner par 
Dieu meme. 



38. Quand le Saint-Esprit introduit le Christ, il le fait s'exprimer ainsi: "J'ai etendu mes mains 
vers le peuple incredule et contradicteur, vers ceux qui marchent dans les voies mauvaises." 
Et encore: "J'ai presente mon dos au fouet et mes joues aux soufflets; je n'ai pas detourne ma 
face de l'affront des crachats, et le Seigneur a ete mon aide: c'est pourquoi je n'ai pas eu honte, 
et mon visage a ete comme un rocher solide, et j'ai su que je ne serais pas confondu; car celui 
qui doit me justifier est proche." II dit encore: "lis ont jete le sort sur mes vetements, et ils ont 
perce mes pieds et mes mains; et moi, je me suis endormi et j ai pris mon sommeil, et ensuite 
je me suis reveille; car le Seigneur m'a releve." Puis, plus loin: "Ils ont remue les levres et 
secoue la tete en disant: "Qu'il se delivre lui-meme." Tous ces faits ont ete realises par les 
Juifs en la personne du Christ; car, pendant qu'il etait en croix, les passants grimagaient des 
levres et branlaient la tete en disant: "Lui qui ressuscitait les morts, qu'il se delivre!" 

39. Le Saint-Esprit veut-il employer le ton de la prediction, ecoutez-le: "Or la loi sortira de 
Sion, et la parole de Dieu de Jerusalem, et il jugera parmi les nations, et il gouvernera une 
grande multitude. Et les nations forgeront leurs glaives en fers de charrue, et leurs lances en 
faucilles; et les peuples ne leveront plus l'epee contre les peuples, et ils n'apprendront plus a se 
faire la guerre." L'evenement a confirme cette parole, vous pouvez vous en convaincre. Car 
douze hommes sont sortis de Jerusalem pour parcourir le monde; ils etaient grossiers et ne 
savaient pas parler; mais la vertu de Dieu les soutenait, et ils ont annonce a tout le genre 
humain qu'ils etaient envoyes du Christ pour enseigner la parole de Dieu; et nous qui jadis 
nous souillions de meurtres et de carnage, nous ne faisons plus la guerre, merae a nos 
ennemis. Bien plus, de peur d'un mensonge, et pour ne pas tromper ceux qui nous font subir 
des interrogatoires, nous confessons avec joie notre Seigneur Jesus, et nous mourons pour lui. 
II nous serait facile pourtant de nous autoriser de ce proverbe: Mes levres ont jure, mais mon 
coeur refusait (Hippolyte d'Euripide, vers 612); Mais ce serait chose ridicule que Ton vit les 
soldats enroles sous vos drapeaux rester fideles a leur serment, au mepris de leur propre vie, 
au mepris de leurs affections de famille et de patrie, eux a qui vous ne pouvez promettre 
qu'une recompense corruptible, tandis que Ton nous verrait, avec la perspective de 
l'immortalite, refuser de nous exposer a toutes les persecutions qui peuvent nous obtenir les 
recompenses promises par notre souverain maitre. 

40. Ecoutez maintenant ce que l'Esprit saint a inspire au roi- prophete au sujet de ces herauts 
de la doctrine de Jesus-Christ, qui ont prophetise sa venue: "Le jour le raconte au jour, et la 
nuit le redit a la nuit. H n'est point de nation, quelle que soit sa langue, qui n'entende leur voix. 
Le bruit qu'ils font a parcouru toute la terre et leurs paroles sont allees jusqu'aux confins du 
monde. H a place son tabernacle dans le soleil, et sortant de la comme l'epoux de sa couche, 
semblable a un geant, il s'elance dans la carriere." Puisque nous parlons de David, nous ne 
ferons pas mal de rapporter ici quelques passages qui pourront vous faire juger quelle regie de 
conduite le Saint-Esprit donne a l'homme, et aussi comme il predit la coalition d'Herode, roi 
des Juifs, avec Ponce-Pilate, votre procurateur, et ses soldats, contre Jesus-Christ; comme il 
annonce la conversion du genre humain a la foi, comme il dit que Jesus-Christ sera appele le 
fils de Dieu, et comme il prophetise la promesse que le Pere fait a son fils de lui soumettre ses 
ennemis, les efforts des demons pour se soustraire a la puissance de Dieu le Pere et de Jesus- 
Christ lui-meme, et enfin ce grand appel a la penitence, que le Seigneur adresse a tous les 
hommes avant le jour du jugement. Voici ces paroles: "Heureux celui qui ne suit pas 
l'assemblee des impies, et ne marche pas dans la voie du pecheur, et ne s'assoit pas sur le siege 
d'iniquite! Heureux celui dont la volonte est dans la loi du Seigneur, et qui medite jour et nuit 
ses commandements ! II sera comme l'arbre plante sur le bord des eaux; il donnera son fruit 
dans la saison, et sa feuille ne se fanera pas, et tout ce qu'il fera prosperera. II n'en est pas ainsi 
pour les impies, non, il n'en est pas ainsi. Ils seront comme la poussiere que le vent enleve de 



la face de la terre; aussi les impies ne siegeront pas au jugement, ni les pecheurs au conseil 
des justes, parce que le Seigneur connait la voie des justes, et le chemin des impies perira. 
Pourquoi les nations ont-elles fremi, et pourquoi les peuples ont-ils forme de vains complots? 
Les rois de la terre se sont leves, et les princes se sont ligues contre le Seigneur et contre son 
Christ, disant: Rompons les chaines qu'il nous a donnees, et rejetons son joug loin de nous. 
Mais celui qui habite aux cieux se rira d'eux, et le Seigneur les tournera en derision. Puis il 
leur parlera dans sa colere, et il les dispersera dans sa fureur. Mais moi, je me suis constitue 
roi par sa puissance, roi sur Sion, sa montagne sainte, et j'annonce les preceptes du Seigneur. 
Le Seigneur m'a dit: Tu es mon fils: je t'ai engendre aujourd'hui. Demande-moi, et je te 
donnerai les nations en heritage, et je ne bornerai tes possessions qu'aux confins de la terre. 
Tu les gouverneras avec une verge de fer, et tu les briseras comme des vases d'argile. Et vous 
maintenant, rois, comprenez; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. Servez le Seigneur avec 
un respect mele de crainte, et tremblez, lors merae que vous chantez ses louanges. Saisissez 
ses lecons, de peur que le Seigneur ne s'irrite et que vous ne vous ecartiez du droit chemin. 
Lorsque son courroux s'allumera tout-a-coup, heureux ceux qui auront mis en lui leur 
confiance." 

41. Dans une autre prophetie, l'Esprit de Dieu voulant annoncer le regne de Christ apres le 
supplice de la croix, fait dire encore a David: "Chantez un cantique au Seigneur par toute la 
terre, et annoncez chaque jour son salut, car le Seigneur est grand et digne de louanges; il est 
terrible au-dessus de tous les dieux, car tous les dieux des nations sont les simulacres des 
demons, et c'est Dieu qui a fait les cieux. La gloire et la majeste marchent devant lui; la force 
et la splendeur habitent dans son sanctuaire. Rendez gloire au Seigneur, pere des siecles; 
recevez sa grace; prosternez-vous devant lui et adorez-le dans les parvis de son sanctuaire. 
Que la terre tremble en sa presence; mais si elle fait le bien, elle prosperera. Qu'elle ne se 
trouble pas; que toutes les nations se rejouissent: le Seigneur regne du haut du bois." 

42. Parfois aussi, vous avez pu vous en apercevoir d'apres ce qui a ete deja cite, le Saint-Esprit 
parle des evenements futurs comme s'ils etaient arrives, et a ce propos nous nous empressons 
de lever toutes les difficultes et d'oter toute excuse aux lecteurs. L'Esprit saint connait l'avenir; 
aussi le raconte-t-il comme s'il etait accompli. Voulez-vous la preuve de cette explication? 
ecoutez: David parla du crucifiement quinze cents ans avant la naissance du Christ; or 
personne avant lui n'avait, par son supplice, apporte une pareille felicite au monde; personne 
ne l'a fait depuis le Christ. Au contraire, notre Seigneur Jesus, crucifie et mort, s'est ressuscite; 
et, de retour au ciel, il y a repris son empire, et c'est cette bonne nouvelle qui, portee en son 
nom a toutes les nations par les apotres, fait la joie de tous ceux qui vivent dans l'attente de 
l'immortalite promise. 

43. Que d'ailleurs, si nous parlons de prescience et de prediction, on se garde bien de conclure 
que nous croyons a la fatalite et au destin. Non, et en voici la preuve. II est, disons-nous, pour 
les mechants des punitions et des supplices, pour les bons des recompenses et des bienfaits; 
les prophetes nous ont appris cette doctrine, et nous en soutenons la verite. S'il n'en etait pas 
ainsi, si tous suivaient la loi du destin, ou serait le libre arbitre? car si c'etait par necessite que 
celui-ci est bon, celui-la mauvais, le premier ne serait pas digne d'eloges, pas plus que le 
second ne serait coupable. Et si le genre humain n'avait pas le pouvoir de choisir par un acte 
de sa libre volonte le sentier de la vertu ou le chemin du vice, il n'aurait pas a repondre de ses 
actions. Mais l'homme a cette liberte de faire le bien ou le mal a son choix: nous le pouvons. 
Ne voit-on pas en effet le merae homme tenir la conduite la plus diverse. Si la loi du destin le 
forcait a etre mechant ou vertueux, certes il ne serait pas soumis a ces contradictions et a ces 
perpetuelles variations. Loin de la, il n'y aurait ni un homme vertueux ni un homme deprave, 



puisque le destin serait la cause du mal et en meme temps la cause du bien. Ou encore, nous 
tomberions dans cette doctrine dont nous avons parle plus haut, et qui consiste a nier la vertu 
et le vice, et a ne voir dans le bien et le mal que des opinions differentes; ce qui est aux yeux 
de la saine raison une impiete et une absurdite monstrueuses. Pour le destin inevitable tel que 
nous l'entendons, c'est celui qui attend les bons pour les recompenser selon leurs merites, et 
les mediants pour leur infliger les supplices qu'ils ont encourus. Car Dieu n'a pas cree 
l'homme comme les plantes et les brutes qui ne savent ce qu'elles font; et l'homme ne 
meriterait ni recompense ni louange s'il n'avait pas le choix de la vertu et s'il y naissait tout 
faconne; de meme qu'il ne pourrait encourir aucune peine s'il etait mediant, et qu'il ne le fut 
pas de lui-meme, mais qu'enchaine au vice par sa naissance, il ne put se delivrer de son joug. 

44. C'est le Saint-Esprit lui-meme qui nous a donne ces enseignements, puisqu'il atteste par 
l'organe de Moise que Dieu dit au premier homme sortant de ses mains: "Voici le bien et le 
mal devant toi: choisis le bien." C'est ce que confirme un autre prophete, Esaie, quand il met 
dans la bouche de Dieu le Pere les paroles suivantes: "Lavez-vous de vos souillures et 
purifiez-vous; enlevez le mal de vos coeurs, et apprenez a faire le bien; rendez justice a 
l'orphelin et defendez la veuve. Presentez-vous alors, et nous compterons, dit le Seigneur. Vos 
peches vous eussent-ils rendus rouges comme la pourpre, je vous rendrai blancs comme la 
laine; fussiez-vous ecarlate, je vous rendrai plus blancs que la neige; et si vous le voulez, et 
que vous m'ecoutiez, vous serez nourris des biens de la terre; mais si vous ne m'ecoutez pas, 
le glaive vous devorera; car c'est la bouche du Seigneur qui a parle." Or ces paroles, le glaive 
vous devorera, ne signifient pas que la desobeissance sera punie par les coups du glaive; mais 
ce glaive de Dieu, c'est le feu dont ceux qui s'attachent au mal deviennent la pature. Aussi dit- 
il: "Le glaive vous devorera; car c'est la bouche du Seigneur qui a parle." Et ce terme devorera 
ne peut s'appliquer a l'epee qui frappe et tue d'un seul coup. Aussi quand Platon a dit: "La 
faute est a l'homme libre qui choisit. Dieu n'y est pour rien, " il a emprunte cette parole a 
Moise; car Moise est plus ancien que tous les ecrivains de la Grece. Et tout ce que les poetes 
et les philosophes ont pu dire sur l'immortalite de l'ame, sur les chatiments apres la mort, sur 
la contemplation celeste de la divinite ou tout autre dogme semblable, ils en ont pris le 
principe dans les prophetes, et sont ainsi parvenus a comprendre et a expliquer ces verites. 
C'est la qu'ils ont puise tous les elements du vrai qu'ils possedent, et si leurs emprunts sont 
difficiles a constater, cela tient a la grande contrariete de leurs opinions. Maintenant, de ce 
que nous disons que l'avenir a ete predit, il n'en resulte pas que nous consacrions le principe 
de la necessite et du destin. Non, mais comme Dieu prevoit toutes les actions futures des 
hommes, comme il doit rendre a chacun selon le merite de ses oeuvres, et recompenser les 
actes de vertu, il fait faire des predictions par l'Esprit saint, appelant ainsi sans cesse le genre 
humain au souvenir et a la reflexion, et montrant pour lui toute sa sollicitude et sa providence. 
Aussi les genies du mal sont-ils parvenus a obtenir que Ton punit de mort ceux qui liraient les 
livres d'Hystaspe, de la Sibylle et des prophetes; car ils voulaient, a force de crainte, detourner 
les hommes de cette lecture et des salutaires enseignements qu'ils y devaient trouver, et par ce 
moyen les retenir sous leur joug; mais ils n'ont pas pu interdire ces ouvrages pour toujours; 
car non seulement nous-memes nous les lisons sans crainte, mais nous vous les offrons pour 
que vous les voyiez, et dans la persuasion qu'ils seront agreables a tous. Et quand meme nous 
ne les ferions lire qu'a un petit nombre, ce serait toujours un gain immense; car, semblables a 
de bons laboureurs, nous recevrions pour cette moisson une abondante recompense. 

45. Le Pere eternel devait enlever le Christ au ciel apres sa resurrection, et l'y conserver 
jusqu'a ce qu'il ait frappe les demons ses ennemis, jusqu'a ce que le nombre des predestines et 
des saints soit rempli; car si la conflagration generale n'a pas encore eu lieu, ce delai n'a ete 
accorde qu'en faveur des elus. Or, ecoutez comme David va predire ces evenements: "Le 



Seigneur a dit a mon Seigneur: Asseyez-vous a ma droite jusqu'a ce que j'aie fait de vos 
ennemis l'escabeau de vos pieds. Le Seigneur fera sortir de Jerusalem le sceptre de votre 
force, et vous dominerez au milieu de vos ennemis. A vous est le commandement dans le jour 
de votre puissance et dans les splendeurs de vos saints. Je vous ai engendre de moi avant 
l'etoile du matin." Ces mots: "II fera sortir de Jerusalem le sceptre de votre force, "etaient le 
symbole et l'annonce de cette parole puissante que, sortant de Jerusalem, les apotres allerent 
precher au monde. Nous le savons, il y a peine de mort pour tous ceux qui enseignent, pour 
tous ceux qui confessent le nom du Christ, et neanmoins nous l'enseignons partout, partout 
nous embrassons sa foi. Que si vous lisez ces pages avec un esprit de haine, vous pouvez nous 
tuer, et rien de plus, nous vous le repetons; car en quoi nous nuit-elle cette mort? Tandis que 
vous et tous ceux qui nourrissent une animosite injuste, tous ceux qui ne se repentent pas de 
leurs erreurs, elle vous devoue au feu eternel! 

46. On pourrait peut-etre, dans une intention mauvaise, fausser le sens de ce que nous avons 
dit; et comme nous avons avance que Jesus-Christ etait ne il y a cent cinquante ans, sous la 
presidence de Cyrenius, et qu'il a commence a enseigner sous celle de Ponce-Pilate, on 
pourrait pretendre, par une fausse induction, que tous les hommes anterieurs a cette epoque ne 
sont aucunement coupables. Nous allons detruire cette objection. Le Christ, avons-nous dit 
deja, est le premier-ne de Dieu, il est son Verbe, sa parole, a laquelle tous les hommes 
participent. Or tous ceux qui ont vecu selon les inspirations de ce Verbe sont Chretiens, 
eussent-ils merae passe pour athees. Tels furent, chez les Grecs, Socrate et Heraclite; chez les 
barbares, Abraham, Ananias, Azarias, Misael et Elie, et une multitude d'autres dont nous nous 
abstiendrons de citer ici les noms, ce qui serait trop long. Et aussi ceux qui ont vecu 
contrairement a ces inspirations du Verbe ont ete vicieux, ennemis du Christ, meurtriers des 
disciples du Verbe. Ceux, au contraire, qui ont vecu ou qui vivent selon le Verbe, sont des 
Chretiens intrepides et inaccessibles a la peur. Maintenant, pourquoi, accomplissant les 
desseins de Dieu, Pere et souverain de l'univers, le Verbe s'est-il incarne? pourquoi est-il ne 
d'une vierge et s'est-il fait appeler Christ? pourquoi est-il mort sur la croix? pourquoi est-il 
ressuscite et remonte aux cieux? c'est ce que tout homme sense comprendra sans peine d'apres 
ce que nous avons dit deja. Quant a present, comme la demonstration de ce point est moins 
necessaire, passons a ce qui est plus urgent, et continuons nos preuves. 

47. L'Esprit saint annonce ensuite la devastation de la terre de Judee; il met en scene les 
peuples stupefaits de cette ruine, et voici comment ils s'expriment: "Sion est devenue une 
solitude; Jerusalem est devenue un desert; la malediction est sur le temple et sur le sanctuaire, 
et sa gloire, que celebraient nos peres, est devenue cendre et poussiere; tous ses ornements les 
plus beaux ont ete detruits, et a cette vue vous etes reste impassible, vous vous etes tu, et vous 
nous avez humilies durement." Or, de la devastation de Jerusalem et de l'accomplissement de 
cette prophetie, vous devez etre, je pense, assez pleinement convaincus. Mais Jerusalem 
devait etre reduite en solitude, et il ne devait plus etre permis a personne de l'habiter; Esaie le 
prophete l'a dit ainsi: "Leur terre est un desert, et en leur presence, leurs ennemis la devorent, 
et pas un seul d'entre eux ne l'habitera." Le soin que vous prenez de ne pas laisser un Juif en 
Judee, la peine de mort qui attend l'audacieux infracteur de cette loi, c'est ce que vous savez 
mieux que nous. 

48. H etait aussi predit que Jesus-Christ guerirait les malades et ressusciterait les morts. 
Ecoutez: "A son arrivee, le boiteux sautera comme un cerf, et la langue des muets sera 
eloquente; les aveugles verront, et les lepreux seront purifies, et les morts se leveront et 
marcheront." Les Actes de Ponce-Pilate vous donnent la preuve de tous ces faits. La mort du 
Christ et le supplice de ceux qui esperent en lui etaient aussi annonces par Esaie, dans ces 



paroles: "Voici que le juste est tue, et personne ne le comprend dans son coeur; voici que les 
hommes de bien sont mis a mort, et personne n'y pense. Le juste a ete enleve en presence de 
l'iniquite, et sa sepulture sera en paix. H a ete enleve du milieu des hommes." 

49. C'est encore Esaie qui annonce que les Gentils adoreront le Christ, quoiqu'ils ne 
l'attendent pas, et que les Juifs, qui l'attendent toujours, ne reconnaitront pas sa venue. Les 
paroles du prophete sont mises dans la bouche du Christ lui- meme: "Je me suis manifeste a 
ceux qui ne me demandaient pas, et j'ai ete trouve par ceux qui ne me cherchaient pas. J'ai dit: 
Me voici, aux nations qui n'avaient pas appele mon nom. J'ai etendu mes mains vers un peuple 
incredule et contradicteur qui marchait dans une route mauvaise a la suite de ses peches, et ce 
peuple ameutait la haine contre moi." En effet les Juifs, qui avaient les proprieties entre les 
mains, et qui attendaient toujours la venue du Christ, ne l'ont pas reconnu; et non seulement 
ils ne l'ont pas reconnu, mais ils l'ont mis a mort. Les Gentils, au contraire, qui n'avaient 
jamais rien appris du Christ avant que les apotres, venant de Jerusalem, ne leur eussent 
annonce sa venue et ne leur eussent transmis les propheties, ont renonce a leurs idoles, et 
pleins de foi et de bonheur, se sont consacres par le Christ au culte du Dieu incree. Quant aux 
persecutions dont les nouveaux confesseurs du Christ furent les victimes, quant a la pitie que 
doivent inspirer ceux qui accablent le Christ de maledictions, et qui trouvent beau de defendre 
et de conserver les vieilles institutions, voici a leur sujet un seul mot d'Esaie: "Malheur a vous 
qui appelez doux ce qui est amer, et amer ce qui est doux!" 

50. Jesus-Christ fait homme pour nous, devait souffrir la honte et l'ignominie sur la terre, et il 
doit venir une seconde fois, mais alors environne de toute sa gloire. En voici la prophetie: 
"Parce qu'ils ont livre son ame a la mort, parce qu'il a ete compte parmi les mechants, il s'est 
charge des peches de plusieurs, et il obtiendra le pardon des pecheurs. Car, je vous le dis, mon 
serviteur comprendra, et il sera exalte, et il sera grandement glorifie. Plusieurs seront 
emerveilles de vous, et plusieurs aussi mepriseront votre aspect et votre gloire. Et aussi 
plusieurs nations vous admireront, et les rois resteront muets devant vous, parce que ceux-la a 
qui rien n'avait ete annonce et qui n'avaient rien entendu comprendront. Seigneur, qui a era a 
votre parole? Et a qui le bras du Seigneur a-t-il ete revele? Nous l'avons annonce comme un 
petit enfant, comme une plante sur la terre dessechee. II n'a ni eclat, ni gloire; et nous l'avons 
vu, et il n'avait ni eclat, ni beaute; au contraire, son aspect etait miserable, et il etait 
abandonne devant les hommes. C'etait un homme devoue aux coups et sachantsupporter son 
supplice, et les injures, et les indicibles mepris dont on accablait sa face. Celui-la porte nos 
peches et souffre pour nous, et nous avons reflechi qu'il etait dans la souffrance et dans les 
supplices et dans l'affliction. Et lui, il a ete charge de coups, a cause de nos iniquites, et il a ete 
supplicie; pour nos peches. Nous avons appris la paix de lui, et nous avons ete gueris par ses 
plaies; car, tous, nous errions comme des brebis: l'homme s'etait perdu dans sa voie, et il l'a 
livre pour nos iniquites; et lui, au milieu de l'affliction, il n'a pas ouvert la bouche. II a ete 
conduit comme une brebis au sacrifice, et comme un agneau muet sous le ciseau qui le tond: il 
n'a pas ouvert la bouche, et dans cette humiliation, sa condamnation a ete trouvee juste." En 
effet, lorsque Jesus fut crucifie, ses disciples eux-memes l'abandonnerent et le renierent, et ce 
fut seulement quand, apres sa resurrection, il leur eut apparu et leur eut appris a lire les 
propheties dont l'accomplissement venait de se faire en lui, quand ils l'eurent vu monter au 
ciel, et que pleins de foi et de croyance, forts de la puissance que Jesus leur envoya, ils s'en 
furent alles vers toutes les nations, ce fut alors seulement qu'ils instraisirent la terre et qu'ils 
recurent le nom d'apotres. 

5 1 . Pour nous montrer que celui qui s'etait soumis a ces douleurs avait une origine ineffable et 
qu'il devait dompter tous ses ennemis, voici ce que nous dit le Saint-Esprit:" Qui racontera sa 



generation? H a ete retranche de la terre des vivants; il est passe dans la mort pour les iniquites 
des hommes, et les mediants seront rachetes par sa sepulture, et les riches par sa mort; car, 
lui, il n'a pas commis l'iniquite, et le mensonge n'a pas souille sa bouche. Le Seigneur veut le 
guerir de ses plaies. S'il a ete livre pour le peche, c'etait afin que votre ame recut une semence 
d'eternite. Et le Seigneur veut retirer son ame de la douleur, lui montrer la lumiere, le remplir 
d'intelligence et justifier ce juste qui s'est devoue pour tous. H portera lui-meme tous nos 
peches: c'est pourquoi il regnera sur un grand peuple, et il partagera les depouilles des forts, 
parce que son ame a ete livree a la mort, et qu'il a ete compte parmi les mechant; et il a pris 
sur lui les peches de plusieurs, et il a ete livre pour leurs iniquites." Ecoutez maintenant la 
prophetie de son ascension: "Ouvrez les portes des cieux, dit-il; ouvrez-les, pour que le Roi de 
gloire y fasse son entree. Quel est-il ce Roi de gloire? C'est le Dieu fort et le Dieu puissant." 
Et au sujet de son second et glorieux avenement, Jeremie ajoute: "Voici le fils de l'homme qui 
vient sur les nuees du ciel, et ses anges l'accompagnent." 

52. Ainsi done, puisque nous avons deja montre que tous les evenements accomplis avaient 
ete predits a l'avance par les prophetes, il en faut necessairement conclure que tout ce qui a ete 
encore annonce, et dont la realisation n'a pas encore eu lieu, ne peut manquer d'arriver. Les 
faits accomplis, dont la prediction etait certaine et le moment inconnu, se sont realise; il en 
sera de meme pour ceux qui sont encore a venir: ils sont predits, on les ignore, on ne veut pas 
y croire; ils arriveront cependant. Les prophetes ont parle de deux avenements pour le Christ: 
le premier, qui a eu lieu, avenement sous la figure d'un homme meprise et persecute; le 
second, dans lequel il viendra resplendissant de toute la gloire des cieux, et entoure de ses 
legions d'anges; alors il ressuscitera les cadavres de tous les hommes qui auront vecu sur la 
terre, et il revetira les corps des justes d'une immortalite glorieuse, et il enverra ceux des 
mechants, incorruptibles aussi, bruler eternellement dans le feu infernal. En voulez-vous la 
prophetie? Ecoutez Ezechiel: "La jointure se reliera a la jointure, et l'os a l'os, et les chairs 
recroitront une seconde fois. Et tout genou flechira devant le Seigneur, et toute langue 
confessera son nom." Voulez-vous savoir ce que sera la douleur et le supplice des mechants? 
Ecoutez encore: "Le ver qui les ronge ne s'assoupira pas, et le feu qui les devore ne s'eteindra 
jamais." Ils se repentiront alors, mais leur repentir ne leur servira de rien. Et que feront, que 
diront les Juifs a ce glorieux avenement? Entendez le prophete Zacharie: "J'ordonnerai aux 
quatre vents de rassembler mes enfants epars; j'ordonnerai au vent du nord qu'il porte au loin 
ma parole, et au vent du midi qu'il n'y fasse pas obstacle. Et alors il y aura dans Jerusalem un 
grand gemissement, et ce ne sera pas un gemissement des levres et de la bouche, mais un 
gemissement du coeur; et ils ne dechireront pas leurs vetements, mais leurs esprits, et ils se 
plaindront tribu a tribu, et alors ils verront celui qu'ils ont frappe, et ils diront: Pourquoi, 
Seigneur, nous avez-vous fait errer loin de votre voie? La gloire dont se rejouissaient nos 
peres, elle est devenue pour nous une ignominie." 

53. Nous aurions encore bien d'autres temoignages des prophetes a invoquer; mais nous nous 
arreterons ici, persuades que nous en avons rapporte assez pour convaincre ceux qui ont des 
oreilles disposees a entendre et a croire, et pour etablir qu'a la difference des faiseurs de fables 
et de tous les historiens des pretendus fils de Jupiter, nous ne disons rien que nous ne soyons 
en etat de prouver immediatement. Comment, en effet, aurions-nous cru que cet homme 
crucifie etait le fils de Dieu, appele a juger tout le genre humain, si nous n'avions pas vu 
toutes les proprieties qui d'avance annoncaient sa venue, se realiser de point en point; si 
maintenant nous ne voyions pas et la devastation de la Judee, et la conversion de ces hommes 
de toute race, qui, a la voix des apotres, ont abandonne leurs antiques erreurs pour embrasser 
la sainte doctrine; et nous-memes, et cette foule de Gentils, Chretiens plus sinceres et plus 
vrais que les Juifs et les Samaritains convertis? Ce nom de Gentils a ete donne par le Saint- 



Esprit lui-meme aux nations de la terre, par opposition aux tribus de Judee et de Samarie, qu'il 
appelle Israel et la maison de Jacob. Hya meme une prophetie qui annonce plus de croyance 
dans les Gentils que dans les Juifs et les Samaritains. La voici: "Rejouissez-vous, vous qui 
etes sterile et qui n'enfantez pas; eclatez en cris de joie, vous qui n'engendrez pas; car il sera 
donne bien plus de fils a l'epouse abandonnee qu'a celle qui a un epoux." Ces abandonnees 
etaient les nations qui ignoraient le vrai Dieu et adoraient les ceuvres de leurs propres mains, 
tandis que les Juifs et les Samaritains, qui connaissaient par les prophetes la venue du Verbe 
de Dieu, et qui avaient toujours attendu le Christ, ne le reconnurent pas quand il descendit au 
milieu d'eux. A peine y eut-il quelques exceptions, dont le Saint-Esprit parle dans Esaie: "Si le 
Seigneur ne nous avait pas laisse son germe, leur fait-il dire, nous serions devenus comme 
Sodome et Gomorrhe." Or Sodome et Gomorrhe sont deux villes representees par Moise 
comme des receptacles d'iniquites, que le Seigneur ruina par une pluie de soufre et de feu. 
Personne n'y fut sauve, excepte un etranger chaldeen, nomme Loth, qui echappa avec ses 
filles. Toute la contree devint un desert, et depuis elle est restee bailee et sterile: chacun peut 
s'en convaincre. Les Gentils devaient se montrer bien plus croyants et bien plus fideles c'est ce 
qu'Esaie nous apprend par ces mots: "Israel est incirconcis du coeur, et les Gentils ne le sont 
que du prepuce. "Or, nous vous le demandons, tant et de si formels temoignages ne sont-ils 
pas, pour ceux qui aiment la verite, qui ne sont pas sous l'influence de vaines opinions ni sous 
le joug de leurs passions, un motif irresistible de foi et de conviction? 

54. Ceux qui enseignent aux jeunes gens les fabuleuses inventions des poetes n'apportent 
aucune preuve a l'appui de leurs recits. C'est encore la, nous l'avons demontre, un des moyens 
dont les demons se servent pour tromper et egarer le genre humain. En effet, sachant par les 
prophetes la venue future du Messie et le supplice reserve aux impies, ils se sont efforces 
d'inspirer croyance a une multitude de pretendus fils de Jupiter, dans l'espoir qu'ils 
parviendraient a melanger et a confondre les proprieties relatives au Christ et les fables 
merveilleuses inventees par les poetes. Aussi repandirent-ils ces absurdes recits, surtout parmi 
les Grecs et parmi ceux des Gentils qu'ils croyaient, au dire des prophetes, les plus disposes a 
recevoir la foi du Christ. II nous reste done a vous montrer quel moyen ils ont employe pour 
detourner le veritable sens des proprieties et pour donner le change sur les oeuvres de Jesus- 
Christ. Le prophete Moise, le plus ancien de tous les ecrivains, comme nous l'avons deja dit, 
avait prononce ces paroles, que nous avons rapportees plus haut: "II ne manquera pas de 
prince de Juda, ni de chef de sa race, jusqu'a ce que vienne celui qui est attendu; et celui-la 
sera l'esperance des nations, et il attachera son anon a la vigne, et lavera sa robe dans le sang 
de la grappe." Les demons eurent connaissance de ces mots, et ils supposerent un Bacchus; 
fils de Jupiter; ils firent croire qu'il avait decouvert la vigne; ils introduisirent le vin dans ses 
mysteres, et enseignerent qu'il etait monte au ciel apres avoir ete mis en pieces. Ensuite, 
comme dans les proprieties de Moise il n'est pas clairement exprime si celui qui doit venir est 
le fils de Dieu, et si cette bete attachee a la vigne doit lui servir pour rester sur la terre ou pour 
monter au ciel; enfin, comme le mot employe par Moise peut signifier aussi bien un petit 
cheval qu'un petit ane; les demons, ne sachant pas si le Messie devait etre fils de Dieu ou des 
hommes, ignorant egalement s'il devait monter un ane ou un cheval, s'imaginerent d'inventer 
un Bellerophon, homme et fils des hommes, qui, dirent-ils, s'eleva au ciel sur le dos du cheval 
Pegase. Ils savaient aussi d'Esaie que le Christ devait naitre d'une vierge, et qu'il s'eleverait au 
ciel, et ils trouverent Persee. De meme, ayant eu connaissance de ce mot du prophete: "Fort 
comme un geant qui s'elance dans la carriere, "ils imaginerent le fort Hercule, auquel ils firent 
parcourir l'univers. Le Christ devait ressusciter les morts et guerir toutes les maladies, et 
Esculape fut mis en scene. 



55. Mais ils ne penserent jamais a contrefaire dans aucun des pretendus fils de Jupiter le 
supplice de la croix. En effet, cela ne leur vint pas en idee, parce que tout ce qui en avait ete 
dit l'avait toujours ete sous le voile du symbole. Cette croix est le signe principal, le caractere 
particulier de la force et de la puissance, comme parle le prophete. C'est une verite dont vous 
trouvez la preuve dans les objets qui tombent continuellement sous vos sens. Car, veuillez 
reflechir un instant, et voyez si dans ce monde on peut rien faire sans ce signe, si sans lui le 
moindre commerce est possible entre les hommes? Peut-on fendre les ondes sans que, forme 
de la vergue et du mat, il brille comme un trophees? Peut-on tracer un sillon sans la croix de 
la charrue? Tous vos pionniers, comme au reste tous les artisans et tous les manoeuvres, ne 
peuvent travailler sans des instruments qui affectent sa forme. L'exterieur merae de l'homme 
ne differe de celui des animaux que parce que son corps se tient droit et qu'il peut etendre les 
mains en croix. Et ce nez, preeminent organe de la respiration vitale, ne trace-t-il pas encore 
une croix au milieu du visage? Aussi le prophete a-t-il dit: "Le souffle de notre face est le 
Christ notre Seigneur. Les etendards et les enseignes qui partout precedent vos pas, ce sont 
encore des images de la croix, et c'est cela qui, sans que vous vous en doutiez, en fait les 
signes et les marques de votre puissance et de votre autorite. Bien plus, quand vos empereurs 
sont morts, c'est avec cette forme de croix que vous consacrez leurs images et que vous leur 
decernez dans vos inscriptions les honneurs de la divinite. Vous le voyez, nous vous avons 
montre partout la puissance de ce signe; restez maintenant incredules, nous n'aurons rien a 
nous reprocher, car nous avons fait et accompli tout ce qui etait en nous. 

56. Mais ce n'etait pas assez pour les demons d'avoir invente, avant la venue du Christ, tous 
ces pretendus fils de Jupiter; quand le Messie fut venu et eut vecu parmi les hommes, et qu'ils 
eurent appris que, selon la prophetie, il devait trouver croyance parmi les nations et que les 
nations l'attendaient; alors ils susciterent de nouveaux imposteurs tels que ce Simon et ce 
Menandre de Samarie, dont nous vous avons deja parle, et qui seduisirent et seduisent encore 
bien des hommes par les oeuvres de leur magie. Je l'ai dit deja, et vous vous le rappelez, 
c'etait sous l'empereur Claude Cesar; Simon vint a Rome, et il frappa d'une telle admiration le 
sacre senat et le peuple romain, qu'il fut pris pour un dieu et qu'on lui eleva une statue comme 
a toutes les divinites que vous adorez. C'est pourquoi nous supplions le sacre senat et le 
peuple romain de vouloir bien prendre connaissance de notre requete; afin que si quelqu'un se 
trouve victime de cette fausse croyance, il puisse reconnaitre la verite et echapper a l'erreur; et 
aussi pour qu'il vous plaise de detruire cette statue. 

57. Mais jamais les demons ne pourront parvenir a persuader que le feu eternel n'est pas le 
supplice reserve aux impies, pas plus qu'ils n'ont pu parvenir a cacher la venue du Christ. Ce 
qu'ils peuvent faire, c'est seulement de nous faire detester des mechants, de tous ceux qui 
vivent dans le crime et se plaisent aux sophismes: ils ne peuvent que nous faire tuer. Et nous, 
nous ne haissons pas nos persecuteurs; au contraire, nous avons pitie d'eux, nous desirons leur 
repentir et leur conversion. Car nous ne redoutons pas la mort, puisque apres tout il faut bien 
mourir, que c'est la une regie generale et le cours ordinaire de la vie. Or, si a peine une annee 
de jouissance amene la satiete d'une existence commune, combien ne doit-il pas y avoir 
d'attrait dans l'esperance d'une vie eternelle et inaccessible aux maux et aux privations, et 
combien cette perspective ne doit-elle pas engager a embrasser notre doctrine qui la promet. 
Que si enfin nos bourreaux croient que tout est fini avec la mort, et qu'elle nous fait retomber 
dans l'insensibilite du neant, c'est de leur part un grand bienfait de nous delivrer de ces 
souffrances et de ces besoins de la vie, ce qui ne les sauverait pourtant pas du reproche de 
barbarie et d'inhumanite sophistique; car s'ils nous tuent, ce n'est pas pour nous delivrer, c'est 
pour nous arracher la vie et le bonheur. 



58. Ce sont encore les demons qui ont suscite Marcion de Pont, cet impie qui enseigne encore 
a present a nier le Dieu createur du ciel et de la terre, et son fils Jesus-Christ, annonce par les 
prophetes, et qui preche un Dieu autre que le Createur et un fils de ce Dieu autre que le Christ. 
Ses adherents ne voyant la verite qu'en lui; nous tournent en derision, et cependant ils ne 
peuvent rien prouver de ce qu'ils avancent; mais, semblables a des moutons enleves par le 
loup, ils se laissent stupidement ravir en proie aux opinions impies et aux perfides demons. 
Car, il ne faut pas s'y meprendre, le but unique de tous les efforts et de tous les travaux de ces 
mechants esprits est d'arracher les hommes a Dieu et a son Christ, son fils premier-ne. Les 
uns, ceux qui ne peuvent s'elever au-dessus de la terre, ils les fixent et les clouent aux choses 
de la terre; mais ceux qui s'elevent jusqu'a la contemplation des choses celestes, ils les en 
detournent, s'ils n'ont le jugement sain et s'ils ne menent une vie pure et exempte de troubles, 
et ils les lancent dans l'impiete. 

59. Pour que vous sachiez que c'est a la doctrine recue de nos auteurs et de nos prophetes que 
Platon doit d'avoir dit: Dieu a pris la matiere informe, il l'a changee et il a fait le monde, 
ecoutez ce que disait Moise, le premier des prophetes et le plus ancien des ecrivains, comme 
nous vous l'avons deja demontre. Voici comment par sa bouche le Saint-Esprit raconte la 
creation du monde: "Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre, et la terre etait invisible et 
informe, et les tenebres etaient sur l'abime, et l'esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit: 
que la lumiere soit; et la lumiere fut." C'est done la parole de Dieu qui a fait le monde, comme 
le dit Moise et de la maniere dont il le rapporte, et c'est de lui que Platon l'a appris comme 
tous ceux qui sont venus apres lui, comme nous-memes, et comme vous aussi, vous le pouvez 
voir. II n'y a pas jusqu'a l'Erebe, comme l'appellent les poetes, qui n'ait d'abord ete nomme par 
Moise. 

60. Et quand, dans le Timee, Platon cherchant, a l'aide des lumieres naturelles, ce qu'est le fils 
de Dieu, dit: "Qu'il l'a imprime en X partout, "c'est encore une idee qu'il a empruntee a Moise. 
Car nous lisons dans Moise qu'au temps ou les Israelites traversaient le desert apres la sortie 
d'Egypte, ils furent assaillis par des animaux venimeux, des viperes, des aspics, des serpents 
de tout genre qui devoraient le peuple. Alors Moise, par l'inspiration de Dieu et d'apres ses 
ordres, prit de l'airain, en fit une croix, et l'ayant placee sur le tabernacle, dit au peuple: 
"Regardez ce signe et croyez, et par lui vous serez sauves." Et aussitot tous les serpents 
perirent, et le peuple fut sauve. Platon lut ce fait, et ne remarquant pas que ce signe etait une 
croix, il crut que e'etait seulement un X, et il dit "qu'apres Dieu principe, la seconde vertu etait 
imprimee en X dans tout l'univers." Et ce qu'il appelle la troisieme vertu, c'est l'esprit de Dieu 
qui planait sur les eaux, et dont il avait pris connaissance dans Moise. Aussi donne-t-il la 
seconde place apres Dieu a ce Verbe qui est marque en X dans tout l'univers, et la troisieme a 
cet esprit qui planait sur les eaux, car, dit-il: Les troisiemes sont autour du troisieme. Quant a 
la conflagration future, voici ce que predit l'Esprit saint par la bouche de Moise: "Le feu 
descendra sur les vivants et devorera jusqu'au plus pro fond de l'abime." Ainsi done nous ne 
pensons pas comme les autres; mais ce que les autres disent, ils l'ont pris de nous. Telles sont 
les choses que parmi nous Ton peut entendre et apprendre de la bouche meme de ceux qui ne 
connaissent pas la figure des lettres, gens ignorants et barbares de langage, mais sages et 
fideles d'esprit, quoique faibles encore et peu clairvoyants; afin qu'il soit clairement demontre 
que ce n'est pas la sagesse humaine qui agit, mais bien la vertu de Dieu. 

61. Nous allons maintenant vous exposer comment, rendus a la vie par Jesus-Christ, nous 
sommes par lui consacres a Dieu; car si nous omettions ce point, on pourrait nous accuser de 
dissimulation dans notre recit. Tous ceux qui se sont laisse persuader de la verite de nos 
doctrines et de nos paroles, tous ceux qui y ont ajoute foi et croyance, et qui ont 



solennellement promis de vivre conformement a nos preceptes, apprennent a joindre leurs 
jeunes a nos jeunes, leurs prieres a nos prieres, pour obtenir de Dieu le pardon de leurs fautes 
passees. lis sont ensuite conduits au lieu ou est l'eau, et la, de la meme maniere que nous 
avons ete regeneres, ils sont regeneres a leur tour; car ils sont laves dans l'eau au nom de 
Dieu, pere de l'univers, de Jesus-Christ, notre Sauveur, et du Saint-Esprit, en accomplissement 
de cette parole du Christ: "Si vous n'avez pas ete regeneres, vous n'entrerez pas dans le 
royaume des cieux." Or comme il est impossible que ceux qui sont nes une fois rentrent dans 
le sein de leur mere, cette regeneration ne se peut entendre que dans le sens du prophete Esaie, 
dont nous avons deja rapporte les paroles, et qui la represente comme le moyen d'effacer les 
peches, de convertir et de faire eviter le mal. "Lavez-vous, dit-il, et soyez purs; enlevez le mal 
de vos ames; apprenez a faire le bien; rendez justice au pupille et faites droit a la veuve. Et 
puis venez et nous compterons, dit le Seigneur; et si vos peches vous ont rendus rouges 
comme la pourpre, je vous rendrai blancs comme la laine; s'ils vous ont rendus ecarlates, je 
vous rendrai blancs comme la neige. Mais si vous ne m'ecoutez pas, le glaive vous devorera. 
Et c'est la bouche du Seigneur qui a dit ces choses. "Les apotres aussi nous ont donne de cette 
regeneration une explication semblable. Nous ignorons l'oeuvre de notre generation naturelle; 
le melange fortuit de nos parents, quelques gouttes de semence, telles en sont les causes; et 
ensuite nous sommes eleves dans l'habitude du mal et des lecons de l'iniquite. Or, pour que 
nous ne restions pas ainsi les fils du hasard et de l'ignorance, mais de l'election et de la 
science, l'eau vient nous obtenir la remission de toutes nos fautes passees. Le nom du 
Seigneur Dieu et maitre de l'univers se prononce sur la tete de celui qui veut etre regenere et 
qui a fait penitence de ses egarements. A cette ceremonie de l'eau, nous ne donnons a Dieu 
d'autre nom que celui de Dieu; car qui pourrait donner un nom au Dieu ineffable? et n'y 
aurait-il pas folie a dire meme qu'il a un nom? Cette ablution se nomme illumination, parce 
que ceux qui la recoivent sont illumines interieurement. Et c'est au nom de Jesus-Christ, 
crucifie sous Ponce-Pilate, et au nom du Saint-Esprit qui a inspire toutes les proprieties 
relatives a Jesus, que cette illumination se repand sur le nouveau chretien. 

62. Les demons connaissaient bien par les prophetes que cette ablution devait etre etablie; 
aussi voulurent-ils que ceux qui entraient dans leurs temples, pour les supplier et pour y 
presenter leurs offrandes et leurs sacrifices, se purifiassent par une aspersion d'eau lustrale; et 
maintenant encore, on ne se met point en chemin pour aller visiter un temple ou resident 
quelques-uns de ces demons, qu'on ne soit prealablement lave de la tete aux pieds. 
L'obligation de quitter sa chaussure, ceremonie que les pretres exigent de ceux qui veulent 
entrer dans les temples, n'est encore qu'une invention des demons et une imitation de ce qui 
advint au prophete Moise, a l'epoque ou il recut l'ordre de descendre en Egypte et d'en faire 
sortir le peuple d'Israel. II etait en Arabie, et faisait paitre les troupeaux de son oncle maternel. 
Jesus-Christ, sous la forme de feu, lui parla dans un buisson, et lui dit: "Quitte ta chaussure, 
approche-toi, et ecoute." Alors, ayant depose ses sandales, il s'approcha, et entendit qu'il 
devait descendre en Egypte, se mettre a la tete du peuple d'Israel qui y residait, et le faire 
sortir de cette terre. Et ayant recu du Christ, qui lui parlait cache sous l'apparence du feu, une 
grande puissance, il descendit, et fit sortir son peuple de la terre de servitude, a l'aide de 
grands et merveilleux miracles, comme vous pouvez le lire dans ses ouvrages, si vous en avez 
le desir. 

63. Tous les Juifs, encore maintenant, enseignent que c'est le Dieu ineffable qui a parle a 
Moise; aussi, dans Esaie, le Saint-Esprit leur reproche-t-il leur ingratitude: "Le boeuf a connu 
son maitre, et l'ane son etable: Israel ne m'a pas connu, et mon peuple ne m'a pas compris." 
Jesus-Christ lui-meme leur fait egalement ce reproche de n'avoir pas su ce qu'etait le Pere ni 
ce qu'etait le Fils: "Personne, dit-il, ne connait le Pere, si ce n'est le Fils; personne ne connait 



le fils, si ce n'est le Pere, et ceux a qui le Fils l'a revele." Or, le Verbe de Dieu est son fils, 
nous l'avons dit. II est aussi appele l'Ange et l'Apotre; car il annonce tout ce qu'on doit savoir, 
et il est envoye pour marquer ce qui est annonce, comme Notre- Seigneur nous l'a dit lui- 
meme: "Celui qui m'ecoute, ecoute celui qui m'a envoye." C'est ce que prouvent encore les 
ecrits de Moise, ou nous lisons: "Et l'Ange de Dieu parla a Moise dans la flamme du buisson 
ardent, et dit: Je suis le Vivant, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu 
de tes peres. Descends en Egypte, et fais-en sortir mon peuple." Quant a ce qui suit, vous 
pouvez le voir dans ses livres si vous le voulez; car nous ne pouvons pas ici transcrire tous ces 
passages. Ce que nous en avons dit etait pour demontrer que Jesus-Christ est le fils de Dieu et 
son Apotre; et c'est lui-meme, le Verbe de Dieu, qui tantot se montrait sous l'apparence du 
feu, tantot sous une figure incorporelle, lui qui s'est ensuite fait homme selon la volonte de 
son Pere, et qui a souffert toutes les cruautes dont, a l'instigation des demons, les Juifs l'ont 
accable. Malgre ces positives explications de Moise, malgre cette enumeration nominative: 
"Et l'Ange de Dieu parla a Moise dans la flamme du buisson ardent, et dit: Je suis le Vivant, le 
Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob; "ils pretendent qu'il s'agit ici de Dieu le 
Pere eternel, que c'est lui qui a parle. Et de la viennent ces reproches de l'Esprit saint: "Israel 
ne m'a pas connu, et mon peuple ne m'a pas compris." De la vient aussi que Jesus, etant au 
milieu d'eux, leur disait: "Personne ne connait le Pere, si ce n'est le Fils; personne ne connait 
le Fils, si ce n'est le Pere et ceux a qui le Fils l'a revele." Ainsi done, ils meritent bien le 
reproche de ne connaitre ni le Pere ni le Fils, ces Juifs qui pensent que c'est le Pere eternel qui 
a parle a Moise, tandis que c'est le Fils de Dieu, son Ange et son Apotre. Dire en effet que le 
Pere est le Fils, c'est prouver que Ton ne connait ni le Pere ni le Fils du Pere, ce Fils qui, 
Verbe et premier-ne de Dieu, est Dieu comme lui. Nous l'avons dit deja, il s'est manifeste a 
Moise et aux autres prophetes sous l'apparence du feu ou sous une forme incorporelle; et 
maintenant, au temps de l'empire romain, il s'est fait homme; il est ne d'une vierge, selon la 
volonte de son Pere, et pour le salut de ceux qui croient en lui. II a souffert les mepris et les 
supplices pour vaincre la mort par sa mort et par sa resurrection. Et ce qui fut dit a Moise du 
buisson: "Je suis le Vivant, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob et le Dieu de 
tes peres, "prouve qu'ils existaient encore apres leur mort, et etaient encore les hommes du 
Christ; car ce sont eux qui, les premiers de tous, ont vecu dans la recherche de Dieu, Abraham 
pere d'Isaac, Isaac pere de Jacob, comme le temoigne la genealogie rapportee par Moise. 

64. Ce simulacre de femme, que Ton nomme par excellence la Vierge, et que Ton erige 
d'ordinaire aupres des sources d'eau, est encore une invention des demons, qui en ont fait une 
fille de Jupiter, et cela a l'imitation des paroles de Moise, comme vous pouvez vous en 
convaincre d'apres ce que nous avons deja cite. Nous le repeterons ici: "Au commencement 
Dieu crea le ciel et la terre, et la terre etait sans forme, sans aspect, et l'esprit de Dieu planait 
sur les eaux." C'est a l'instar de cet esprit de Dieu porte sur les eaux que Proserpine a ete 
inventee et presentee comme fille de Jupiter. La meme malice leur a fait imaginer cette 
Minerve, autre fille de Jupiter et nee sans le commerce de la generation. Le monde existant 
dans la pensee et la raison de Dieu, fut cree par le Verbe; les demons ne l'ignoraient pas, et ils 
appelerent Minerve cette premiere conception de creation. Et y a-t-il rien de plus ridicule que 
de representer une idee, une notion premiere sous la figure d'une femme? II en est de meme 
pour tous les autres pretendus fils de Jupiter: leurs actes les condamnent. 

65. Revenons a nous. Quand celui qui s'est associe a notre foi et a notre croyance a recu 
l'ablution dont nous avons parle plus haut, nous le conduisons dans le lieu ou sont rassembles 
ceux que nous nommons nos freres. La commencent les prieres ardentes que nous faisons 
pour l'illumine, pour nous-memes et pour tous les autres, dans l'espoir d'obtenir, avec la 
connaissance que nous avons de la verite, la grace de vivre dans la droiture des oeuvres et 



dans l'observance des preceptes, et de meriter ainsi le salut eternel. Quand la priere est 
terminee, nous nous saluons tous d'un baiser de paix; ensuite on apporte a celui qui est le chef 
des freres; du pain, de l'eau et du vin. H les prend et celeb re la gloire et chante les louanges du 
Pere de l'univers, par le nom du Fils et du Saint-Esprit, et fait une longue action de graces, 
pour tous les biens que nous avons recus de lui. Les prieres et Taction de graces terminees, 
tout le peuple s'ecrie: Amen! Amen, en langue hebraique, signifie, ainsi soit-il. Quand le chef 
des freres a fini les prieres et Taction de graces, que tout le peuple y a repondu, ceux que nous 
appelons diacres distribuent a chacun des assistants le pain, le vin et Teau, sur lesquels les 
actions de graces ont ete dites, et ils en portent aux absents. 

66. Nous appelons cet aliment Eucharistie, et personne ne peut y prendre part, s'il ne croit la 
verite de notre doctrine, s'il n'a regu Tablution pour la remission de ses peches et sa 
regeneration, et s'il ne vit selon les enseignements du Christ. Car nous ne prenons pas cet 
aliment comme un pain ordinaire et une boisson commune. Mais de merae que, par la parole 
de Dieu, Jesus-Christ, notre Sauveur, ayant ete fait chair, a pris sang et chair pour notre salut; 
de merae aussi cet aliment, qui par Tassimilation doit nourrir nos chairs et notre sang, est 
devenu, par la vertu de Taction de graces, contenant les paroles de Jesus-Christ lui-meme, le 
propre sang et la propre chair de Jesus incarne: telle est notre foi. Les apotres, dans leurs 
ecrits, que Ton nomme Evangiles, nous ont appris que Jesus-Christ leur avait recommande 
d'en agir de la sorte, lorsque ayant pris du pain, il dit: "Faites ceci en memoire de moi: ceci est 
mon corps; "et semblablement ayant pris le calice, et ayant rendu graces: "Ceci est mon sang, 
"ajouta-t- il; et il le leur distribua a eux seuls. Les demons n'ont pas manque d'imiter cette 
institution dans les mysteres de Mithra; car on apporte a Tinitie du pain et du vin, sur lesquels 
on prononce certaines paroles que vous savez, ou que vous etes a merae de savoir. 

67. Apres Tassemblee, nous nous entretenons les uns les autres dans le souvenir de ce qui s'y 
est passe. Si nous avons du bien, nous soulageons les pauvres et nous nous aidons toujours; et 
dans toutes nos offrandes, nous louons le Createur de l'univers par Jesus-Christ son Fils et par 
le Saint-Esprit. Le jour du soleil, comme on Tappelle, tous ceux qui habitent les villes ou les 
campagnes se reunissent dans un merae lieu, et on lit les recits des apotres ou les ecrits des 
prophetes, selon le temps dont on peut disposer. Quand le lecteur a fini, celui qui preside fait 
un discours pour exhorter a Timitation de ces sublimes enseignements. Ensuite nous nous 
levons tous et nous prions; et, comme nous Tavons dit, la priere terminee, on apporte du pain, 
du vin et de Teau, et celui qui preside fait les prieres et les actions de graces avec la plus 
grande ferveur. Le peuple repond: Amen, et la distribution et la communion generale des 
choses consacrees se fait a toute Tassistance; la part des absents leur est portee par les diacres. 
Ceux qui sont dans Tabondance et veulent donner, font leurs largesses, et ce qui est recueilli 
est remis a celui qui preside, et il assiste les veuves, les orphelins, les malades, les indigents, 
les prisonniers et les etrangers: en un mot, il prend soin de soulager tous les besoins. Si nous 
nous rassemblons le jour du soleil, c'est parce que ce jour est celui ou Dieu, tirant la matiere 
des tenebres, commenca a creer le monde, et aussi celui ou Jesus-Christ notre Sauveur 
ressuscita d'entre les morts; car les Juifs le crucifierent la veille du jour de Saturne, et le 
lendemain de ce jour, c'est-a-dire le jour du soleil, il apparut a ses disciples, et leur enseigna 
ce que nous avons livre a vos meditations. 

68. Si done cet expose vous parait raisonnable et sincere, prenez-le en consideration. S'il vous 
semble peu serieux, traitez-le comme une bagatelle, dedaignez-le; mais du moins ne 
condamnez pas des innocents comme vous frapperiez des ennemis coupables, ne les envoyez 
pas a la mort; car, nous vous le predisons, vous n'eviterez pas le jugement de Dieu si vous 
persistez dans votre iniquite. Pour nous, nous nous contenterons de dire: Que la volonte de 



Dieu se fasse! Nous pourrions bien vous supplier, aux termes d'une lettre du tres-grand et tres- 
illustre Cesar Hadrien, votre pere, de nous accorder une information reguliere telle que nous 
la reclamons. Cependant la constitution d'Hadrien ne sera pas le titre principal que nous 
invoquerons. Notre espoir est dans la justice de notre demande: c'est la ce qui nous a 
determines a composer cette supplique et a detailler ce recit. Neanmoins, nous avons ajoute 
ici une copie de la lettre d'Hadrien, comme preuve de nos allegations. La voici: 

HADRIEN A MINUCIUS FUND ANUS. 

69. J'ai recu la lettre du clarissime Serenius Granianus, a qui vous avez succede. Le fait me 
semble de nature a demander une enquete, pour eviter les troubles et ne pas laisser prise a la 
calomnie. Si les hommes des provinces veulent donner suite a leurs petitions contre les 
chretiens et les appeler devant votre tribunal, qu'ils s'y rendent; mais qu'ils s'abstiennent de 
petitions et de vagues recriminations. II est bien plus convenable, s'il y a une accusation 
intentee, que vous en connaissiez. Ainsi done, si on accuse les chretiens, et qu'on demontre 
qu'ils ont agi contre les lois, jugez-en selon la gravite du delit. Mais si, par malheur, ce n'est la 
qu'un pretexte de calomnies, faites une enquete severe de cette cruelle conduite, et ayez soin 
de tirer vengeance des calomniateurs. 

Documents ajoutes a l'apologie de St Justin : 

LETTRE D'ANTONIN AUX PEUPLES DASIE. 

70. L'empereur Cesar Titus Aelius Hadrien Antonin Auguste Pieux, grand Pontife, tribun pour 
la quinzieme fois, consul pour la troisieme, pere de la patrie, aux peuples d'Asie, salut. Je 
croyais que les dieux se chargeraient d'empecher que de pareilles gens restassent cachees; car, 
s'ils le pouvaient, ce serait a eux, bien plutot qu'a vous, de chatier des hommes qui refusent de 
les adorer. Vous les tourmentez, vous accusez leur doctrine, vous les taxez d'atheisme, vous 
leur imputez une foule de griefs que vous ne pouvez prouver. C'est pour eux le plus grand 
bonheur de mourir pour leur doctrine. lis triomphent de nous, puisqu'ils nous jettent leur vie, 
plutot que d'obeir a ce que vous leur demandez. Quant aux tremblements de terre presents et 
passes, vous n'avez pas droit de donner des avis, vous qui tremblez lors de ces evenements. 
Comparez votre conduite a la leur: ils ont infiniment plus de confiance que vous en Dieu. 
Quand la terre tremble, vous semblez avoir oublie qu'il y a des dieux; vous negligez leurs 
temples, vous ne pensez pas au culte; et vous les persecutez, ceux qui honorent la Divinite, 
vous les poursuivez jusqu'a la mort. D'autres gouverneurs de province ont ecrit a mon divin 
pere au sujet de ces hommes-la. II leur a repondu qu'il ne fallait pas les inquieter, tant qu'on ne 
les surprendrait pas a tramer quelque chose contre l'empire romain. A toutes les demandes que 
Ton m'a adressees a ce sujet, j'ai repondu dans le meme sens que mon pere. Si done quelqu'un 
accuse un de ces hommes et lui intente une action pour sa qualite, qu'on renvoie l'accuse 
absous, quand meme sa qualite serait prouvee, et que l'accusateur soit puni. 

LETTRE DE L'EMPEREUR MARC-AURELE (121 - 180 ; regne 161 - 180) AU SENAT, 
ATTESTANT QU'IL A ETE REDEVABLE AUX CHRETIENS DE LA VICTOIRE. 

71. L'empereur Cesar Marc-Aurele Antonin, Germanique, Parthique, Sarmatique, au peuple 
romain et au sacre Senat, salut. Je vous ai fait part de la grandeur de mes desseins, et des 
avantages considerables que j'ai remportes sur les frontieres de la Germanie, depuis que, 
fatigue et souffrant, je fus enferme a Cotinum par soixante-quatorze enseignes, qui me 
resserraient dans un cercle de neuf milles. Mes coureurs m'avaient donne avis de l'approche 
de l'ennemi, et Pompeianus, maitre de la milice, ne tarda pas a me confirmer cette nouvelle. Je 
n'avais a opposer a quatre-vingt-dix-sept mille hommes de troupes reglees et de Barbares que 
quelques detachements des legions Premiere, Dixieme, Gemina, et quelques Ferentariens des 



troupes legeres. En comparant la multitude des ennemis et le petit nombre des miens, je vis 
qu'il ne fallait esperer que dans les divinites de la patrie. Je les implorais; mais elles ne 
m'exaucaient pas: mes troupes etaient reduites a l'extremite. Je me decidai a mander tous ceux 
que nous appelons Chretiens; ils repondirent a mon appel, et je fus e tonne et irrite de leur 
grand nombre. Cette colere etait injuste; car je ne tardai pas a eprouver leur puissance. Ce 
n'est pas le cliquetis des armes, le bruit des fleches, le son des trompettes qui excite leur 
vaillance (tout cela leur deplait, a cause du Dieu qu'ils portent dans leur coeur; car, il faut en 
convenir, ces pretendus athees ont dans leur coeur un Dieu qui y reside, les exhorte et les 
fortifie); ils se precipiterent a genoux et firent une ardente priere, non seulement pour moi, 
mais pour toute l'armee, dans l'espoir d'obtenir que notre soif et notre faim fussent apaisees. 
L'eau surtout nous manquait; il y avait cinq jours que nous n'en avions recu, car nous etions 
sur les confins de la Germanie, au milieu d'un pays ennemi. A peine s'etaient-ils prosternes a 
terre et avaient-ils invoque leur Dieu, qui m'etait inconnu, que tout-a-coup il tomba du ciel 
une pluie abondante, qui nous rafraichissait extremement, tandis qu'une grele de feu accablait 
les ennemis de Rome. Ainsi se temoigna, aux premiers accents de la priere, la presence du 
Dieu invincible et irresistible. Prenant done en consideration tout ceci, nous leur permettons 
d'etre Chretiens, dans la crainte qu'ils n'obtiennent contre nous le secours d'aussi terribles 
armes. Ainsi je veux que Ton ne puisse pas accuser un de ces hommes a cause de sa qualite de 
chretien. Que si quelqu'un accuse un chretien a cause de sa religion, je veux que le chretien 
soit renvoye absous, s'il n'y a pas contre lui d'autre charge, et que le delateur soit brule vif. 
Quant aux Chretiens qui font profession de leur croyance, et qui prouvent qu'ils ne sont 
accuses qu'a cause de cette qualite, celui a qui l'administration de la province est confiee ne 
doit pas les forcer a quitter cette religion, ni les priver de la liberte. Je veux que cette 
constitution soit confirmee par un senatus-consulte, et affichee dans le forum de Trajan, pour 
que le public puisse la lire. Notre prefet, Verasius Pollion, aura soin d'en envoyer des 
exemplaires dans toutes les provinces, et il sera libre a quiconque en desirera une copie, de la 
prendre sur l'affiche que nous avons ordonnee. 



St Justin le Philosophe 

Deuxieme apologie, 

adressee au Senat romain 



'Iodotivov OiXooocpoi) mi MapTDpoq 
A7roXoyia vnep Xpionavaw 7ip6c; xr\v 'Pcoumcov 

Xh3yKXr|TOV. 



Traduction francaise : LOUIS PAUTIGNY. 
1904 

Oeuvre numerisee par Marc Szwajcer 

et mise en ligne sur le site de Remade 

http ://remacle.org/index2.htm 




I. Romains, il s'est passe dernierement dans notre ville des choses etranges, sous Urbicus, et 
partout nous voyons de semblables injustices commises paries magistrats. C'est ce qui m'a 
force de vous adresser ce discours dans votre interet, car vous etes des etres de meme nature 
que nous et nos freres, quand meme vous ne le sauriez pas et quand meme vous ne le voudriez 
pas a cause de la haute opinion que Ton a de vous. [2] Partout, ceux qui meritent d'etre repris 
par un pere, un voisin, un fils, un ami, un frere, un mari, une femme ; tous, si Ton excepte 
ceux qui croient que les mediants et les intemperants seront punis dans le feu eternel et que 
les bons qui ont vecu selon le Christ seront heureux avec Dieu, nous voulons dire les Chretiens 
; ceux done qui meritent d'etre repris pour leur obstination, leur amour des plaisirs, leur 
repugnance a se plier a la vertu, et en outre les demons, nos ennemis, qui ont sous leur main et 
a leur service ces juges, ces magistrats animes de leurs fureurs, tous veulent notre mort. [3] 
Mais, pour bien vous faire connaitre la cause de ce qui se passa sous Urbicus, je vais vous 
raconter le fait. 



II. Une femme avait un mari qui vivait dans le vice, comme elle-meme y avait vecu 
auparavant. [2] Elle avait ete instruite des enseignements du Christ et s'etait corrigee. Elle 
cherchait a ramener aussi son mari a des sentiments meilleurs, lui exposait la doctrine et le 
menacait du feu eternel reserve a ceux qui vivent dans le mal et contrairement a la saine 
raison. [3] Le mari persevera dans la debauche et, par sa conduite, s'aliena l'esprit de sa 
femme. [4] Elle crut que e'etait desormais une impiete que de partager la couche d'un homme 
qui cherchait par tous les moyens des plaisirs contraires a la loi naturelle et a la justice, et elle 
resolut de se separer de lui. [5] Sur les conseils et les instances de ses parents, qui lui faisaient 
esperer que son mari viendrait enfin a resipiscence, elle se fit violence et resta. [6] Celui-ci 
partit pour Alexandrie. Elle apprit que, la, il se conduisait encore plus mal. Craignant d'avoir 
part a ses crimes et a ses impietes, si elle restait avec lui, partageant son toit et sa couche, elle 
lui signifia le repudium, comme vous dites, et se separa de lui. [7] Cet honnete mari aurait du 
etre heureux de voir sa femme, qui autrefois vivait sans retenue avec des serviteurs et des 



mercenaires, adonnee au vin et a toutes les iniquites, mettre fin a une telle conduite et 
chercher a le convertir comme elle ; mais, a la suite de ce divorce opere sans son 
consentement, il l'accusa d'etre chretienne. [8] Elle vous presenta une requete a vous, 
empereur, demandant qu'on lui permit de regler d'abord ses affaires ; apres quoi, elle 
repondrait a l'accusation portee contre elle. Vous avez acquiesce a sa demande. [9] Son mari, 
ne pouvant rien contre elle pour le moment, tourna sa fureur contre un certain Ptolemee qui 
lui avait enseigne la doctrine du Christ et qu'il fit condamner par Urbicus de la maniere 
suivante. [10] II gagna un centurion de ses amis, qui fit jeter en prison Ptolemee; il lui 
persuada de se saisir de Ptolemee et de lui demander seulement s'il etait chretien. [11] 
Ptolemee, toujours sincere, ennemi de la ruse et du mensonge, avoua qu'il etait chretien : le 
centurion le fit mettre dans les fers et le tint longtemps en prison. [12] Conduit enfin devant 
Urbicus, on lui demanda seulement, comme la premiere fois, s'il etait chretien. [13] De 
nouveau, ayant conscience des biens qu'il devait a l'enseignement du Christ, il confessa l'ecole 
de la morale divine. [14] Nier quoi que ce soit, c'est nier pour condamner, ou dans la 
conscience de sa propre indignite se proclamer etranger et refuser son temoignage. On ne 
trouvera ni l'un ni l'autre chez un vrai chretien. [15] Urbicus le fit emmener. Un certain 
Lucius, lui aussi chretien, temoin de ce jugement injuste, dite Urbicus : [16] « Eh quoi ! Voila 
un homme qui n'est ni adultere, ni debauche, ni homicide, ni voleur, ni ravisseur, qu'on ne 
peut en un mot convaincre d'aucun crime ; il avoue seulement s'appeler chretien, et vous le 
condamnez ? Ce jugement, Urbicus, n'est pas conforme aux intentions du pieux empereur, ni 
du philosophe, fils de Cesar, ni du sacre Senat. » [17] Sans autre reponse, Urbicus dit a Lucius 
: « Tu me parais, toi aussi, etre chretien. — [18] Certainement, » repondit Lucius, et il le fit 
egalement emmener. [19] Le condamne lui rendit grace : mourir, c'etait pour lui etre delivre 
de ces maitres injustes pour aller aupres du pere et du roi des cieux. [20] Un troisieme se 
presenta, qui fut egalement condamne au supplice. 

III. Moi aussi, je m'attends a me voir poursuivi et attache au bois du supplice par quelqu'un de 
ceux que j'ai nommes ou par Crescens, cet ami du bruit (philosophe) et de la parade. [2] Le 
nom de philosophe ne convient pas a un homme qui nous accuse en public, alors qu'il ne nous 
connait pas, qui traite les Chretiens d'athees et d'impies, pour plaire a une multitude egaree. [3] 
S'il nous poursuit, sans avoir lu les enseignements du Christ, c'est un infame ; il est moins 
excusable que les ignorants : eux du moins souvent se gardent de juger et de calomnier ce 
qu'ils ne connaissent pas. S'il les a lus, il n'en a pas compris la grandeur : s'il l'a comprise, c'est 
pour n'etre pas soupconne d'etre chretien qu'il se conduit ainsi, et alors il est d'autant plus 
miserable et infame ; il est esclave d'une opinion aveugle et insensee ; il obeit a la crainte. [4] 
Je lui ai propose sur ce sujet des questions ; je l'ai interroge : or j'ai pu me convaincre, je veux 
que vous le sachiez, qu'il n'en sait pas le premier mot. [5] Pour prouver ce que j'avance, si 
vous n'avez pas eu connaissance de nos discussions, je suis pret a l'interroger de nouveau 
devant vous : ce serait digne de votre puissance souveraine. [6] Si vous avez eu connaissance 
de mes questions et de ses reponses, vous avez pu voir qu'il ne sait rien de notre doctrine. S'il 
la connait, et que, comme je l'ai dit plus haut, la crainte de ceux qui l'ecoutent l'empeche de 
parler, il montre par la qu'il n'est pas ami de la sagesse, mais ami de l'opinion : il meprise la 
belle maxime de Socrate : « La verite doit passer avant l'homme. » [7] Mais il est impossible 
qu'un cynique, qui place la fin derniere dans l'indifference, connaisse un autre bien que 
l'indifference. 

IV. On nous dira peut-etre : « Donnez-vous tous la mort a vous-memes. C'est le chemin pour 
aller a Dieu : vous nous epargnerez la besogne. » Je dirai pourquoi nous n'agissons pas ainsi et 
pourquoi nous confessons sans crainte notre foi devant les tribunaux. [2] Notre doctrine nous 
enseigne que Dieu n'a pas fait le monde sans but, mais pour le genre humain : il aime ceux qui 



cherchent a imiter ses perfections, comme nous l'avons dit anterieurement ; il deteste ceux qui 
font le mal en parole ou en ceuvre. [3] Si nous nous donnons tous la mort, nous serons cause, 
autant qu'il est en nous, qu'il ne naitra plus personne, qu'il n'y aura plus de disciples de la loi 
divine, et meme qu'il n'y aura plus d'hommes. Agir ainsi, c'est aller contre la volonte de Dieu. 
[4] Devant les juges, nous ne nions pas, parce que nous avons conscience de n'etre pas 
coupables ; nous regardons comme une impiete de ne pas dire en tout la verite ; car c'est la ce 
qui plait a Dieu : nous desirons aussi vous delivrer de vos injustes prejuges. 

V. Cette objection pourrait aussi se presenter a l'esprit de quelqu'un : Si Dieu etait secourable, 
comme nous le disons, il ne nous laisserait pas asservir et persecuter par les mediants. Je vais 
repondre a cette difficulte. [2] Dieu a cree tout le monde, il a soumis a l'homme tout ce qui est 
sur terre. Par sa loi divine, les astres du ciel, qu'il a crees aussi manifestement pour l'homme, 
doivent concourir a la croissance des fruits de la terre et au changement des saisons. H a 
confie le soin de veiller sur les hommes et sur les creatures qui sont sous le ciel aux anges 
qu'il a mis a leur tete. [3] Mais les anges, violant cet ordre, ont cherche le commerce des 
femmes et ont engendre des enfants que nous appelons les demons. [4] Dans la suite, ils se 
sont asservi le genre humain, soit par la magie, soit par la crainte et les tourments qu'ils 
faisaient subir, soit en se faisant offrir des sacrifices, de l'encens et des libations, toutes choses 
dont ils sont avides, depuis qu'ils sont devenus esclaves des passions ; et ils ont seme parmi 
les hommes le meurtre, la guerre, l'adultere, l'intemperance et tous les maux. [5] Les poetes et 
les mythologues ne savaient pas que c'etaient les anges et les demons nes d'eux qui avaient 
commis toutes ces horreurs qu'ils racontaient ; ces fautes contre nature, ces adulteres, ces 
crimes contre les cites et les nations : ils les attribuerent a Dieu meme et aux fils engendres de 
lui, a ses pretendus freres, Poseidon et Pluton, et a leurs enfants. [6] Ils donnerent a chacun 
d'eux le nom que chacun des anges avait choisi pour lui ou ses enfants. 

VI. Le Createur de l'univers n'a pas de nom, parce qu'il est non engendre. Recevoir un nom 
suppose en effet quelqu'un de plus ancien qui donne ce nom. [2] Ces mots Pere, Dieu, 
Createur, Seigneur et Maitre ne sont pas des noms, mais des appellations motivees par ses 
bienfaits et ses actions. [3] Son Fils, le seul qui soit appele proprement Fils, le Verbe existant 
avec lui et engendre avant la creation, lorsque au commencement, il fit et ordonna par lui 
toutes choses, est appele Christ, parce qu'il est oint et que Dieu a tout ordonne par lui. Ce nom 
meme a une signification mysterieuse, de meme que le mot Dieu n'est pas un nom, mais une 
approximation naturelle a l'homme pour designer une chose inexplicable. [4] Jesus est un nom 
qui signifie homme et sauveur. [5] Nous l'avons dit anterieurement, le Christ s'est fait homme, 
il naquit par la volonte de Dieu le Pere pour le salut des croyants et la ruine des demons. Vous 
pouvez vous en convaincre par ce qui se passe sous vos yeux. [6] H y a dans tout le monde et 
dans votre ville nombre de demoniaques, que ni adjurations, ni enchantements, ni philtres 
n'ont pu guerir. Nos chretiens, les adjurant au nom de Jesus-Christ crucifie sous Ponce-Pilate, 
en ont gueri et en guerissent encore aujourd'hui beaucoup, en maitrisant et chassant des 
hommes les demons qui les possedent. 

VII. Si Dieu retarde la catastrophe qui doit bouleverser l'univers, et faire disparaitre les 
mauvais anges, les demons et les pecheurs, c'est a cause de la race des chretiens, en qui il voit 
un motif de conserver le monde. [2] Sans cela, vous ne pourriez plus faire l'ceuvre des demons 
: le feu du jugement descendrait pour produire la dissolution universelle, comme autrefois le 
deluge, qui ne laissa personne vivant, si ce n'est, avec les siens seulement, celui que nous 
appelons Noe, et vous Deucalion, qui fut le pere de cette multitude d'hommes melangee de 
bons et de mediants. [3] C'est ainsi, disons-nous, qu'aura lieu la conflagration, et non pas, 
comme le pensent les Stoiciens, par l'absorption des etres les uns par les autres : cette opinion 



parait deraisonnable. Ce n'est pas non plus par la loi du destin qu'arrive ce que l'homme fait 
ou souffre : chacun fait librement le bien ou le mal. Si les bons, comme Socrate et ceux qui lui 
ressemblaient, ont ete poursuivis, jetes en prison, c'est aux demons qu'il faut l'attribuer, ainsi 
que l'abondance et la gloire dont ont semble jouir Sardanapale, Epicure et leurs semblables. 
[4] C'est ce que n'ont pas compris les Stoiciens, et ils ont dit que tout obeissait a la fatalite du 
destin. [5] Non, Dieu a fait au commencement les hommes et les anges maitres d'eux-memes, 
et c'est pourquoi ils seront punis dans le feu eternel du mal qu'ils auront fait. [6] Toute 
creature est capable de bien et de mal : on n'aurait aucun merite, si on ne pouvait choisir entre 
deux voies. [7] La preuve en est dans ces lois et ces principes philosophiques etablis selon la 
saine raison et qui ordonnent de faire ceci et d'eviter cela. [8] Les Stoiciens eux-memes, dans 
leur morale, tiennent ferme a ces lois, ce qui prouve que leur theorie sur les principes des 
choses et les etres incorporels n'est pas vraie. [9] Soumettre l'homme a la loi du destin, ou dire 
que rien n'est dieu a cote de ces choses changeantes, muables, qui se resolvent toujours dans 
les memes elements, c'est ne rien voir en dehors des choses incorruptibles et meler Dieu lui- 
merae a la corruption de l'univers dans son ensemble et dans ses parties, ou bien c'est dire que 
le bien et le mal ne sont rien, ce qui est contraire a toute sagesse, a toute raison et a tout esprit 
raisonnable. 

VIII. Les Stoiciens ont etabli en morale des principes justes : les poetes en ont expose aussi, 
car la semence du Verbe est innee dans tout le genre humain. Et cependant nous voyons que 
ceux qui suivent ces principes sont voues a la haine et a la mort : tels Heraclite, comme nous 
l'avons deja dit auparavant, et de notre temps Musonius, et d'autres encore. [2] Nous le 
repetons, ce sont les demons qui excitent cette haine contre tous ceux qui cherchent en 
quelque maniere a croire selon le Verbe et a fuir le mal. [3] Rien d'etonnant, si les demons, 
convaincus de cette malice, inspirent plus de haine encore non plus contre ceux qui participent 
partiellement a ce Verbe repandu partout, mais qui ont la connaissance et l'intuition parfaite 
de tout le Verbe, qui est le Christ. Us en seront chaties et punis justement dans la prison du feu 
eternel. [4] Car s'ils sont deja vaincus par les hommes, au nom de Jesus-Christ, c'est une 
annonce du chatiment qui les attend dans le feu eternel, eux et ceux qui les servent. [5] C'est 
ce qu'ont predit tous les prophetes, c'est la doctrine de Jesus notre maitre. 

IX. On objectera peut-etre, avec les pretendus philosophes, que ce ne sont que des mots et des 
epouvantails, ce que nous disons du chatiment des mechants dans le feu eternel, et que nous 
voulons amener les hommes a la vertu par la crainte, et non par l'amour du bien. Je repondrai 
en peu de mots. Si ces chatiments n'existent pas, il n'y a pas de Dieu ; ou bien, s'il y en a un, il 
ne s'occupe pas des hommes, il n'y a ni bien ni mal, et, comme nous l'avons dit 
anterieurement, les legislateurs sont injustes, quand ils punissent ceux qui violent leurs sages 
prescriptions. [2] Mais non, ils ne sont pas injustes, ni eux ni leur Pere, qui nous enseigne par 
son Verbe a l'imiter, et ceux qui ne leur obeissent pas sont injustes. [3] On objectera la 
diversite des lois humaines ; on dira qu'ici, ceci est bien et cela mal, que la, ce qui etait mal ici 
est bien et que ce qui etait bien est mal. Voici ce que je repondrai. [4] Nous savons que les 
mauvais anges ont etabli des lois en rapport avec leur perversite. Ces lois plaisent aux 
hommes qui leur ressemblent ; mais le Verbe est venu avec sa justice ; il a montre que toutes 
les opinions et tous les principes n'etaient pas bons, mais qu'il y en a de mauvais et de bons. 
Voila ce que je repondrai, ou des choses semblables, a ceux qui font cette objection, et ce que 
je pourrai developper longuement, si besoin est. [5] Pour le moment, je retourne a mon sujet. 

X. Notre doctrine surpasse toute doctrine humaine, parce que nous avons tout le Verbe dans le 
Christ qui a paru pour nous, corps, verbe et ame. [2] Tous les principes justes que les 
philosophes et les legislateurs ont decouverts et exprimes, ils les doivent a ce qu'ils ont trouve 



et contemple partiellement du Verbe. [3] C'est pour n'avoir pas connu tout le Verbe, qui est le 
Christ, qu'ils se sont souvent contredits eux-memes. [4] Ceux qui vecurent avant le Christ, et 
qui chercherent, a l'a lumiere de la raison humaine, a connaitre et a se rendre compte des 
choses, furent mis en prison comme impies et indiscrets. [5] Socrate, qui s'y appliqua avec 
plus d'ardeur que personne, vit porter contre lui les memes accusations que nous. On disait 
qu'il introduisait des divinites nouvelles et qu'il ne croyait pas aux dieux admis dans la cite. 
[6] H chassa de sa republique les mauvais demons et les divinites qui commettaient les crimes 
racontes par les poetes, et aussi Homere et les autres poetes, et il en detournait les hommes, et 
les exhortait a chercher a connaitre par la raison le Dieu qu'ils ignoraient. « II n'est pas facile, 
disait-il, de trouver le Pere et le Createur de l'univers, et quand, on l'a trouve, il n'est pas star 
de le reveler a tous. » [7] C'est ce qu'a fait notre Christ, par sa propre puissance. [8] Personne 
ne crut Socrate jusqu'a mourir pour ce qu'il enseignait. Mais le Christ, que Socrate connut en 
partie (car il etait le Verbe et il est celui qui est en tout, qui predit l'avenir par les prophetes et 
qui prit [personnellement notre nature pour nous enseigner ces choses], le Christ fut cru non 
seulement des philosophes et des lettres, mais meme des artisans et des ignorants en general, 
qui mepriserent pour lui et l'opinion et la crainte et la mort ; car il est la vertu du Pere 
ineffable et non une production de la raison humaine. 

XL Nous ne serions pas mis a mort, les mechants et les demons ne seraient pas plus forts que 
nous, si la mort n'etait due a tous les hommes en general. Nous sommes heureux de payer 
notre dette. [2] Mais je pense qu'il est bien et a propos de rappeler a Crescens et a ceux qui 
partagent son aveuglement le mythe de Xenophon. [3] II dit qu'arrivant a un carrefour, 
Heracles rencontra la vertu et le vice sous la figure de deux femmes. [4] Le vice 
somptueusement vetu avait un aspect aimable, gracieux, propre a charmer la vue au premier 
coup d'ceil : il promit a Heracles, s'il voulait le suivre, de le l'aire jouir sans fin de tous les 
plaisirs de la vie et de l'eclat dont il le voyait briller lui- meme. [5] La vertu, au contraire, 
avait un visage et un exterieur austere : « Si tu m'ecoutes, lui dit-elle, tu ne rechercheras pas 
des ornements et une beaute fugitive et perissable, mais la beaute eternelle et vraie. » [6] Nous 
sommes convaincus que qui fuira la beaute apparente pour s'attacher a ce qui passe pour 
penible el deraisonnable trouvera le bonheur. [7] Le vice voile ses actions du dehors de la 
vertu et du bien veritable, en imitant la beaute pure (car il n'a rien et ne peut faire rien de pur), 
et il asservit les hommes terrestres en revetant la vertu de sa propre livree. [8] Mais ceux qui 
savent comprendre le vrai bien sont incorruptibles par la vertu. II en est ainsi des chretiens, 
des athletes et des hommes qui pratiquent les vertus que les poetes pretent a leurs pretendus 
dieux. Tout esprit sense peut s'en convaincre en tirant son raisonnement de notre mepris pour 
la mort, que tout le monde fuit. 

XII. Moi-meme, lorsque j'etais disciple de Platon, entendant les accusations portees contre les 
chretiens et les voyant intrepides en face de la mort et de ce que les hommes redoutent, je me 
disais qu'il etait impossible qu'ils vecussent dans le mal et dans l'amour des plaisirs. [2] Quel 
homme adonne au plaisir et a la debauche, aimant a se repaitre de la chair humaine, pourrait 
courir au-devant de la mort et supporter la privation de ses biens ? Ne chercherait-il pas a tout 
prix a jouir toujours de la vie presente, a se soustraire aux magistrats, bien loin de s'exposer a 
la mort en se denoncant lui-meme ? [3] Voici ce qu'ont fait les hommes impies, a l'instigation 
des demons. [4] lis ont condamne a mort plusieurs des notres, sur ces calomnies repandues 
contre nous ; ils ont mis a la question nos serviteurs, des enfants, de faibles femmes, et par des 
tortures effroyables ils les ont forces a nous imputer ces crimes fameux, qu'ils commettent 
eux-memes ouvertement. Que nous importe, puisque nous sommes innocents? Le Dieu non 
engendre et ineffable est temoin de nos pensees et de nos actions. [5] Pourquoi en effet ne pas 
confesser en public que tout cela est bien ? Pourquoi ne pas dire que c'est la une philosophic 



divine; que nous celebrons par l'homicide les mysteres de Kronos; que, quand nous nous 
abreuvons de sang, comme on dit, nous faisons comme l'idole que vous honorez, qui est 
arrosee non seulement du sang des animaux, mais de sang humain, quand vous offrez, par les 
mains du plus illustre et du plus noble d'entre vous, une libation du sang des hommes tues; 
que nous imitons Zeus et les autres dieux en nous livrant sans retenue a des crimes contre 
nature et a l'adultere? Pourquoi ne pas chercher notre justification dans les ecrits d'Epicure et 
des poetes ? [6] Nous cherchons au contraire a inspirer l'horreur de ces choses, nous 
apprenons a fuir ceux qui les pratiquent et leurs imitateurs, et c'est encore ce que nous nous 
efforcons de faire, dans ce discours, et c'est pour cela qu'on nous poursuit de tous cotes. Peu 
nous importe ; nous savons que le Dieu juste voit tout. [7] Plut au ciel que encore maintenant, 
du haut d'une tribune on entendit retentir ces tragiques paroles : « Rougissez, rougissez de 
charger des innocents de vos propres crimes, d'imputer vos fautes, les votres et celles de vos 
dieux, a des hommes qui n'y ont pas la moindre part. [8] Repentez-vous et changez de 
conduite. » 

XIII. Voyant done que, pour detourner les autres hommes, les mauvais demons jetaient ainsi 
le discredit sur la doctrine divine des Chretiens, je me moquai et des mensonges et des 
calomnies et de l'opinion de la multitude. [2] Je suis chretien, je m'en fais gloire, et, je l'avoue, 
tout mon desir est de le paraitre. Ce n'est pas que la doctrine de Platon soit etrangere a celle du 
Christ, mais elle ne lui est pas en tout semblable, non plus que celle des autres, Stoiciens, 
poetes ou ecrivains. [3] Chacun d'eux en effet a vu du Verbe divin dissemine dans le monde 
ce qui etait en rapport avec sa nature, et a pu exprimer ainsi une verite partielle ; mais en se 
contredisant eux-memes dans les points essentiels, ils montrent qu'ils n'ont pas une science 
superieure et une connaissance irrefutable. [4] Tout ce qu'ils ont enseigne de bon nous 
appartient, a nous chretiens. Car apres Dieu nous adorons et nous aimons le Verbe ne du Dieu 
non engendre et ineffable, puisqu'il s'est fait homme pour nous, afin de nous guerir de nos 
maux en y prenant part. [5] Les ecrivains ont pu voir indistinctement la verite, grace a la 
semence du Verbe qui a ete deposee en eux. [6] Mais autre chose est de posseder une semence 
et une ressemblance proportionnee a ses facultes, autre chose l'objet merae dont la 
participation et l'imitation procede de la grace qui vient de lui. 

XIV. Nous vous demandons de sanctionner cette requete, en telle forme qu'il vous plaira. 
Ainsi notre doctrine sera connue, et cette connaissance dissipera les prejuges et l'ignorance de 
la verite aupres des autres qui, en grand nombre s'exposent au chatiment par leur faute. [2] 
Car l'homme a par sa nature le pouvoir de connaitre le bien et le mal. Car on nous condamne 
pour des crimes dont on ne sait pas si nous sommes coupables. Car on approuve les dieux qui 
font ce qu'on nous reproche et qui cherchent parmi les hommes des imitateurs. Ceux qui pour 
ces pretendus faits nous condamnent a mort, a la prison ou a quelque peine semblable, se 
condamnent eux-memes : ils n'ont pas besoin d'autres juges. 

XV. [J'ai meprise, parmi les miens, l'enseignement impie et faux de Simon]. [2] Si vous 
sanctionnez cet ecrit, nous le ferons connaitre a tous, afin que tous, s'il est possible, changent 
de sentiment. Ce n'est que dans ce but que nous avons compose ce discours. [3] A en juger 
sainement, notre doctrine n'est pas reprehensible, elle est superieure a toute philosophic 
humaine : du moins elle vaut mieux que ce qu'ont ecrit Sotades, Philaenis, Archestrate, 
Epicure et les autres poetes, dont tout le monde peut lire ou voir representer les ceuvres. [4] 
Nous nous arreterons ici : nous avons fait ce qui dependait de nous. Nous souhaitons que tous 
les hommes, partout, connaissent la verite. [5] Puissiez-vous, comme il convient a votre piete 
et a votre philosophic, dans votre propre interet, juger avec justice 



St Justin le Philosophe 
Dialogue avec le Juif Tryphon 



Tof) dyioi) 'Iodotivod 
7ip6c; Tpvcpcova ioi)5aTov AidXoyoq 

Traduction francaise : M. DE GENOUDE. 

Defense du Christianisme 
par les Peres des premiers siecles de l'Eglise 

1843 

Oeuvre numerisee par Marc Szwajcer 

et mise en ligne sur le site de Remade 

http ://remacle.org/index2.htm 




1 Je me promenais un matin dans les galeries du Xiste, lorsqu'on homme vint a moi avec les 
personnes qui l'accompagnaient et me dit en m'abordant : « Salut, philosophe ! » et apres ces 
mots, H se mit a marcher a mes cotes. Ses amis en firent autant. Je le saluai a mon tour, et lui 
demandai ce qu'il me voulait. 

2 — Lorsque j'etais a Argos, me dit-il, j'appris d'un Corinthien, disciple de Socrate, qu'il ne 
fallait pas dedaigner ou mepriser ceux qui portent votre habit, mais leur temoigner toute sorte 
d'egards, se Her avec eux, et par l'echange des idees s'eclairer mutuellement; on s'en trouve 
bien de part et d'autre, quand les services sont ainsi reciproques; aussi toutes les fois que je 
rencontre un homme avec l'habit de philosophe, je me plais a l'aborder : voila pourquoi je me 
suis empresse de vous adresser la parole. Les personnes qui se trouvaient avec moi m'ont 
suivi, dans l'espoir de profiter aussi de votre entretien. 

3 — Et qui etes vous done, 6 le plus grand des mortels? lui dis-je en riant. 

II me fit connaitre, sans detour, son nom et son origine. Je m'appelle Tryphon, me dit-il, je 
suis Hebreu et circoncis; chasse de ma patrie par la derniere guerre, je me suis retire dans la 
Grece et je demeure ordinairement a Corinthe. 

— Et qu'esperez-vous de la philosophie? lui demandai-je; peut-elle vous etre aussi utile que 
votre legislateur et vos prophetes? 

— Est-ce que les philosophes, reprit Tryphon, ne s'occupent pas uniquement de Dieu ; leurs 
discussions n'ont-elles pas toutes pour objet son unite, sa providence? Enfin, si je me trompe, 
la philosophie n'a pas d'autre but que la connaissance de Dieu. 

4 — Oui, ce devrait etre l'objet de toutes ses recherches ; mais qu'il existe plusieurs dieux, ou 
qu'il n'en existe qu'un seul ; qu'il veille on non sur chacun de nous, voila ce que bien peu de 
philosophes cherchent a savoir, comme si cette connaissance importait peu au bonheur ! lis 
s'efforcent seulement de nous persuader que si Dieu prend soin de l'univers, des genres, des 
especes, il ne s'occupe ni de vous, ni de moi, ni d'aucun etre en particulier. lis vous diront 



meme qu'il est fort inutile de le prier jour et nuit. 5 Vous voyez ou tendent leurs doctrines ; ils 
ne cherchent qu'a assurer la licence et l'impunite, qu'a agiter et a suivre les opinions qui leur 
plaisent, a foire et dire ce qu'ils veulent, n'attendant de la part de Dieu ni chatiment, ni 
recompense. En effet, que peuvent craindre ou esperer des hommes qui enseignent que rien ne 
doit changer, que nous serons toujours vous et moi ce que nous sommes aujourd'hui, ni 
meilleurs ni pires? D'autres, partant de l'idee que l'ame est spirituelle et immortelle de sa 
nature, pensent qu'ils n'ont rien a craindre apres cette vie, s'ils ont fait le mal ; parce que d 
apres leurs principes un etre immateriel est impassible, et qu'on peut se passer de Dieu 
puisque Ton ne peut mourir. 

6 Alors Tryphon me dit avec un sourire gracieux : Et vous, que penses-vous sur toutes ces 
questions? Quelle idee avez-vous de Dieu? Quelle est votre philosophic ? dites-le nous. 
II. 

1 — Je vous dirai tout ce que je pense, lui repondis-je. Assurement la philosophic est le plus 
grand de tous les biens et le plus precieux devant Dieu, puisqu'elle nous conduit a lui et nous 
rend agreables a ses yeux ; aussi je regarde comme les plus grands des mortels ceux qui se 
livrent a cette etude, mais qu'est-ce que la philosophic? Descendue du ciel pour eclairer les 
hommes, d'ou vient qu'elle reste cachee a la plupart? II ne devrait y avoir ni platoniciens, ni 
stoiciens, ni peripateticiens, ni pythagoriciens, ni contemplatifs ; mais il importe, puisque 
cette science est une, 2 de dire pourquoi nous la voyons ainsi divisee. Ceux qui s'occuperent 
les premiers de philosophic se firent un nom celebre par cette etude; ils eurent des successeurs 
qui adopterent leur doctrine sans chercher par eux-memes la verite; frappes de la vertu, de la 
force d'ame, du langage sublime de leurs maitres, il les crurent sur parole, tinrent pour vrai ce 
qu'ils en avaient recu, et transmirent a leurs propres disciples ces premieres opinions avec 
celles qui s'en rapprochaient le plus, en conservant le nom donne primitivement au pere ou 
chef de l'ecole. 3 Je voulus autrefois connaitre ces divers systemes de philosophic Je 
m'attachai d'abord a un stoicien ; mais voyant qu'un long sejour chez lui ne m'avait rien appris 
de plus sur Dieu que je n'en savais ( faut-il s'en etonner? il ne le connaissait pas lui-meme et 
ne pensait pas que cette connaissance fut necessaire ), je le quittai pour m'adresser a un 
peripateticien, homme tres habile, du moins c'est ce qu'il croyait. Apres m'avoir souffert pres 
de lui les premiers jours, il me pria de fixer ce que je voulais lui donner pour ses lecons, afin, 
disait-il, qu'elles fussent utiles a tous deux. La-dessus je le quittai, jugeant qu'il n'etait rien 
moins que philosophe. 4 Mais comme je voulais avant tout savoir ce qui fait le fond et 
l'essence de la philosophic, j'allai trouver un pythagoricien qui etait en grande reputation, et 
avait lui-meme une haute idee de sa sagesse; je lui exprimai le desir d'etre admis au nombre 
de ses auditeurs et de jouir de son intimite. « Volontiers me dit-il; mais savez-vous la 
musique, l'astronomie, la geometrie? penseriez-vous comprendre la science qui mene au 
bonheur sans posseder ces connaissances premieres qui degagent l'ame des objets sensibles, la 
rendent propre a saisir les choses intellectuelles, a contempler le beau, le vrai dans son 
essence ? » 5 II me fit le plus grand eloge de ces diverses connaissances et me dit qu'elles 
etaient indispensables ; mais je lui repondis que je les ignorais completement, et la-dessus il 
me congedia. Je fus, comme vous le pensez, fort afflige de me voir ainsi trompe dans mes 
esperances, d'autant plus que je lui croyais quelque savoir ; mais songeant a tout le temps que 
me demanderaient ces etudes, je ne pus supporter l'idee de me voir rejete si loin de mon but. 6 
Je ne savais plus a quoi me resoudre, lorsque je pensai aux platoniciens; ils etaient en grande 
vogue. Un des plus celebres venait d'arriver a Naplouse, c'est avec lui que je me liai 
principalement; je gagnai beaucoup a ses conversations, mon esprit grandissait tous les jours. 
Ce que je pus comprendre des choses immaterielles me transportait, et la contemplation des 
idees donnait comme des ailes a ma pensee : je croyais etre devenu sage en peu de temps, et 
telle etait ma folie, que je concus l'orgueilleux espoir de voir bientot Dieu lui-meme, car c'est 
la le but que se propose la philosophic de Platon. 



III. 

1 Cette disposition d'esprit me faisait chercher les plus profondes solitudes et fuir toute trace 
d'hommes, je me retirai done dans une campagne a peu de distance de la mer ; comme 
j'approchais de l'endroit que j'avais choisi pour etre seul avec moi-meme, je m'apercus qu'un 
vieillard d'un aspect venerable, et d'une physionomie pleine de douceur et de gravite, me 
suivait d'assez pres ; je m'arretai, en me tournant vers lui et je le regardai avec beaucoup 
d'attention : 

2 — Vous me connaissez done, me dit-il? 

— Non, lui repondis-je. 

— Pourquoi done me regarder ainsi? 

— Je m'etonne, lui repondis-je, de vous voir avec moi dans ce lieu, je m'y croyais seul. 

— Je suis inquiet, me dit le vieillard, de quelques-uns de mes amis; ils sont partis pour un 
long voyage: je n'en ai pas de nouvelles. Je suis venu sur les bords de la mer pour tacher de 
les decouvrir de quelque cote. Mais vous, quel motif vous amene en ces lieux? 

— J'aime, repondis-je, les promenades solitaires ou rien ne distrait l'esprit, ou Ton peut 
librement causer avec soi-meme. Ces lieux sont bien propres aux graves etudes. 

3 — Je le vois, vous etes philologue, e'est-a-dire ami des mots, et non des ceuvres et de la 
verite. Vous aimez mieux etre un raisonneur qu'un homme d'action. 

— Eh ! lui dis-je, quoi de plus grand et de plus utile que de montrer aux hommes que e'est la 
raison qui doit commander en nous; que d'etudier, en la prenant soi-meme pour guide et pour 
appui, les passions et les erreurs qui travaillent les autres; que de sentir combien leur conduite 
est insensee et deplait a Dieu ! Sans la philosophic et sans une droite raison, il n'y a pas de 
sagesse dans l'homme; tout homme doit done s'appliquer a la philosophic, la regarder comme 
la plus noble, la plus importante des etudes, et placer les autres au second ou au troisieme 
rang. D'ailleurs celles-ci, selon moi, ne sont utiles, estimables qu'autant qu'un peu de 
philosophic vient s'y meler; mais sans philosophic, elles sont fastidieuses, indignes d'un 
homme lib re, et bonnes a etre releguees parmi les arts purement mecaniques. 

4 — Ainsi, selon vous, la philosophic fait le bonheur? 

— Oui, lui repondis-je, elle et elle seule. 

— Eh bien! dites-moi ce que e'est que la philosophic et quel est le bonheur qu'elle procure, si 
toutefois rien ne vous empeche de nous le dire? 

— La philosophic, repondis-je, e'est la science de ce qui est, e'est la connaissance du vrai ; et 
le bonheur, e'est la possession merae de cette science, de cette connaissance si precieuse. 

5 — Mais qu'est-ce que Dieu? me dit-il. 

— Je definis Dieu, l'etre qui est toujours le merae et toujours de la merae maniere, la raison et 
la cause de tout ce qui existe. 

Le vieillard m'ecoutait avec plaisir; il me fit ensuite cette question : 

— Ce que vous appelez science n'est-ce pas un mot generique qui s'applique a differentes 
choses? Ainsi, vous direz d'un homme qui possede un art, qu'il en a la science : par exemple, 
on dira de lui qu'il a la science du commandement, la science du gouvernement, la science de 
la medecine. Mais pour les choses qui concernent Dieu et l'homme, existe-t-il une science qui 
les fasse connaitre, qui montre ce qu'elles ont de juste et de divin? 

— Assurement, lui dis-je. 

6 — Quoi done ! il serait aussi facile de connaitre Dieu et l'homme que la musique, 
l'arithmetique, l'astronomie ou quelque autre science semblable? 

— Oh non ! lui dis-je. 

— Vous n'avez done pas bien repondu a ma question, reprit-il. Certaines connaissances 
exigent de l'etude et du travail, d'autres ne demandent que des yeux. Si Ton vous disait qu'il 
existe dans l'lnde un animal qui ne ressemble a aucun autre, qu'il est de telle ou telle maniere, 
de plusieurs formes, de diverses couleurs, avec tout cela vous ne sauriez pas ce qu'il est, si 



vous ne le voyiez de vos yeux, et vous n'en pourriez raisonner si vous n'en aviez jamais 
entendu parler a quelqu'un qui l'eut vu ? 
7 — Bien certainement, lui dis-je. 

— Comment done les philosophes peuvent-ils avoir une idee juste de Dieu, ou affirmer 
quelque chose de vrai sur son etre ; car ils ne le connaissent pas, puisque ni leurs yeux, ni 
leurs oreilles n'ont pu leur en rien apprendre? 

— Mais, lui repondis-je, on ne peut voir Dieu des yeux du corps comme les autres etres. 
L'esprit seul peut le concevoir, ainsi que l'enseigne Platon, dont je professe la doctrine. 

— Mais, reprit le vieillard, dites-moi ce que vous pensez de rame. Saisit-elle plus vite les 
objets que ne le fait l'ceil du corps, ou bien peut-elle voir Dieu sans le secours de l'Esprit 
saint? 

IV. 

1 — Platon nous dit que l'ceil de l'ame est doue d'une penetration si vive, qu'avec lui, et e'est 
aussi pour cet usage qu'il a ete donne, nous pouvons voir l'etre par excellence, l'auteur de 
toutes les choses intellectuelles, qui n'a lui-meme ni couleur, ni figure, ni etendue, rien en un 
mot de ce qui tombe sous les sens. Qu'est-ce que Dieu, en effet, sinon l'etre au-dessus de toute 
essence, ineffable, incomprehensible, seul beau, seul bon, remplissant d'une lumiere soudaine 
les ames pures, a cause de leur affinite avec lui et de leur desir de le voir? 

2 — Quelle est done, reprit le vieillard, cette affinite que vous leur supposez avec Dieu? 
L'ame serait-elle Immortelle, divine, une partie de cette grande ame qui regit le monde? 
Comme elle voit Dieu, nous pouvons done deja, par notre esprit, le contempler et etre 
heureux. 

— Oui, certainement, repondis-je. 

— Mais les ames des animaux peuvent-elles aussi s'elever jusque-la, reprit-il, ou bien l'ame de 
l'homme differe-t-elle de celle du cheval, de l'ane, etc. ? 

— Nullement. Elle est la meme chez tous. 

3 — Les chevaux et les anes ont done vu Dieu ou le verront un jour ? 

— Non, certes. II est meme des hommes, et je parle ici du vulgaire, qui ne le verront pas ; 
e'est un privilege reserve seulement a l'homme de bien, rendu a sa purete primitive par la 
pratique de la justice et de toutes les autres vertus. 

— Ainsi, reprit-il, ce n'est point a cause de son affinite avec Dieu que l'ame le voit, ni meme 
parce qu'elle est une intelligence, mais uniquement parce qu'elle est juste, pure, vertueuse ? 

— Dites aussi, lui repondis-je, parce qu'elle a l'idee de Dieu. 

— Mais les chevres et les brebis peuvent-elles nuire, faire du mal? 

— Non, sans doute. 

4 — Eh bien ! d'apres votre raisonnement, elles aussi verront Dieu ? 

— Point du tout, la conformation de leur corps s'y oppose. 

— Ah ! si ces animaux pouvaient parler, que ne diraient-ils pas de la conformation du notre 1 
Sachez qu'ils auraient bien plus sujet de s'en moquer. Mais laissons la cette discussion. Je 
veux bien vous accorder tout ce que vous avancez. Repondez a une autre question : Quand 
est-ce que l'ame voit Dieu ? est-ce pendant qu'elle est unie au corps, ou lorsqu'elle en est 
separee? 

5 — Lors meme qu'elle est enfermee sous cette enveloppe materielle, loi repondis-je, elle peut 
deja embrasser Dieu par la pensee ; mais e'est surtout quand elle sera delivree de sa prison et 
rendue a toute sa liberte, qu'elle jouira completement et pour toujours de l'objet aime. 

— Rentree dans l'homme, se souvient-elle de ce qu'elle a vu? 

— Je ne le pense pas. 

— A quoi lui sert-il done d'avoir vu Dieu ? Quel avantage a-t-elle sur l'ame qui ne l'a pas vu, 
si elle ne se souvient meme pas d'avoir vu ? 

6 — Je ne saurais ici vous repondre. 



— Mais quelles peines souffrent les ames qui ne sont pas jugees dignes de voir Dieu? 

— Elles sont enfermees dans le corps de quelques betes comme dans une prison. Tel est leur 
chatiment. 

— Mais savent-elles pour quelle raison on les enferme dans ces nouveaux corps, leur a-t-on 
dit que c'etait pour les fautes qu'elles avaient commises? 

— Je ne pense pas qu'elles le sachent 

7 — Alors le chatiment me parait inutile; je pourrais meme dira qu'elles ne sont pas punies, si 
elles ne savent pas que c'est ici un chatiment? 

— Non, sans doute. 

— Ainsi done ces ames ne voient point Dieu, elles ne passent pas non plus dans d'autres 
corps, car si elles y etaient envoyees elles sauraient que c'est une punition, et elles craindraient 
desormais de commettre la plus legere foute. Ce que vous dites d'ailleurs qu'elles ont l'idee de 
Dieu, qu'elles savent qu'il est beau de pratiquer la justice, la piete, je l'admets avec vous. 

— Vous avez raison, lui dis-je. 
V. 

1 — Ainsi, ces grands philosophes, reprit le vieillard, ne sauraient repondre a ces diverses 
questions, ni meme dire ce que c'est que l'ame? 

— Cela est vrai. 

— On ne peut pas dire qu'elle soit immortelle de sa nature, autrement elle serait increee. 

— Quelques disciples de Platon la croient immortelle et increee. 

— Mais ne dites-vous pas que le monde lui-meme est eternel? 

— Quelques-uns le pretendent. Pour moi je ne suis pas de leur avis. 

2 — Et vous faites bien ; car quelle raison de croire que ce corps dur, solide, compact, qui 
change, perit, renait tous les jours, n'a pas recu l'existence de quelque cause? Mais si le monde 
est cree, il faut bien que les ames le soient egalement, et puissent cesser d'etre. Si vous dites 
qu'elles ont ete creees a part des corps et non avec eux, vous conviendrez du moins qu'elles 
ont ete faites pour eux? 

— Cela me parait juste. 

— Des lors elles ne sont pas immortelles de leur nature. 

— Non, si nous admettons que le monde a ete cree. 

3 — Ce n'est pas, reprit le vieillard, que je pretende qu'une seule ame perisse, car tout 
l'avantage serait pour les mechants. Que vous dirai-je? Lee ames des justes sont appelees 
A une meilleure vie, et celles des mechante envoyees dans un lieu de souffrances, ou elles 
attendent le Jour du jugement. Celles que Dieu juge dignes de le voir ne meurent point, et les 
autres sont punies aussi longtemps qu'il plait a Dieu qu'elles vivent et qu'elles soient punies. 

4 — Ce que vous dites, lui repondis-je, n'est-ce pas ce qu'enseigne Platon d'une maniere assez 
obscure au sujet du monde qu'il dit sujet a la corruption, parce qu'il est cree mais qui, 
cependant, ne doit ni se dissoudre ni perir, parce que la volonte de Dieu s'y oppose? Voila je 
pense ce que vous voulez faire entendre au sujet de l'ame, et en general des autres etres. Tout 
ce qui est et sera jamais apres Dieu est corruptible de sa nature, et partant peut etre detruit et 
aneanti. Dieu seul est incree, incorruptible : c'est par la meme qu'il est Dieu ; ce qui vient 
apres lui est cree, et par la meme perissable : 5 c'est pour cela que des ames peuvent etre 
punies et mourir. Increees, elles ne pecheraient point, elles ne donneraient dans aucun exces 
de folle, elles ne seraient ni laches ni feroces, elles ne se decideraient point a entrer dans le 
corps des pourceaux, des serpents, des chiens, et il ne serait pas possible de les y contraindre 
par-la mene qu'elles seraient increees. Supposez deux etres increes, ils sont necessairement 
semblables, egaux, ou plutot ils ne fout qu'un ; l'un ne surpasse point l'autre en pouvoir ou en 
dignite : 6 d'ou je conclus qu'il n'existe pas plusieurs etres increes; car, s'il y avait entre eux la 
moindre difference, toutes les recherches possibles ne pourraient vous eu faire decouvrir la 



cause ; votre pensee se perdrait dans l'infini, vous reviendriez apres bien des peines inutiles 
vous rattacher a un seul etre incree, et le reconnaitre comme la cause de tous les autres etres. 
Croyez-vous, ajoutai-je, que Platon, Pythagore, qui sont pour nous comme les remparts de la 
philosophic, aient ignore tout ce que nous venons de dire? 
VI. 

1 — Peu m'importe, reprit le vieillard, et Platon et Pythagore, et tous ceux qui partagent leurs 
idees. Voici la verite qu'ils n'ont pas comprise et que vous comprendras facilement. Ou l'ame 
est la vie meme, ou seulement elle la recoit. Si elle est la vie, elle doit la communiquer a un 
autre objet qu'a elle-meme, comme le mouvement qui ne se renferme pas en lui, mais se 
communique au-dehors. Que l'ame vive, personne ne le nie ; mais si elle vit, ce n'est pas paree 
qu'elle est la vie, c'est seulement parce qu'elle y participe. Or, il y a une grande difference 
entre participer a une chose et etre la chose elle-meme. L'ame participe a la vie uniquement 
parce que Dieu veut qu'elle vive, 2 et si Dieu cessait de le vouloir, elle cesserait d'exister, car 
la vie n'appartient pan en propre a l'ame comme elle appartient a Dieu. Qui ne sait pas que 
l'homme n'existe pas toujours, que l'ame n'est pas toujours unie au corps, qu'elle l'abandonne 
quand leur union doit cesser, et qu'alors l'homme n'est plus? He bien! de meme si Dieu veut 
que l'ame finisse, le souffle vital se retire d'elle, elle s'eteint, elle retombe dans le neant d'ou 
elle est sortie. 
VII. 

I — Mais, repris-je, a quels maitres recourir, quel appui reclamer pour nous soutenir, si ces 
grands genies eux-memes ont ignore la verite? 

II me repondit : — A une epoque fort eloignee de la notre, bien avant tous vos philosophes 
vivaient des hommes justes, saints, agreables a Dieu, remplis de son esprit. Inspires d'en haut, 
ils annoncerent tous les evenements que nous voyons s'accomplir sous nos yeux. Ces 
hommes, ce sont les prophetes. Seuls ils ont connu la verite et l'ont fait connaitre. Etrangers a 
la crainte, exempts de vanite, mais remplis de l'esprit de Dieu, ils publiaient ce qu'ils avaient 
vu et entendu. 2 Leurs ecrits existent encore. Ceux qui les lisent attentivement et sans 
prevention comprennent le principe et la fin de toutes choses, et savent bientot tout ce que doit 
savoir un veritable philosophe. Us ne discutaient pas quand il fallait parler. Ils etaient les 
temoins de la verite, et combien leur temoignage est superieur a tous les raisonnements! Les 
evenements passes et ceux qui arrivent tous les jours nous forcent imperieusement de croire a 
leurs paroles. 3 Ils celebraient la gloire de Dieu le pere, le souverain arbitre de l'univers. Ils 
annoncaient aux hommes celui que Dieu nous a envoye, c'est-a-dire le Christ, son fils. Vous 
ne trouvez rien de semblable chez ces faux prophetes, que remplit l'esprit impur, l'esprit de 
mensonge. Ils cherchent a eblouir par des prestiges, et ne celebrent que l'esprit d'erreur qui les 
animait, je veux dire le demon. Mais, avant tout, demandez que les portes de la lumiere 
s'ouvrent pour vous. Qui peut voir et comprendre, si Dieu et son Christ ne lui donnent 
l'intelligence? 

VIII. 

1 Ainsi me parla le vieillard. II me dit encore beaucoup d'autres choses qu'il est inutile de 
rapporter ici, et disparut en me recommandant de mediter ses paroles. Je ne l'ai pas revu 
depuis, mais un feu secret me devorait; je brulais du desir de connaitre les prophetes et les 
hommes divins amis du Christ. En repassant dans mon esprit tout ce que m'avait dit le 
vieillard, je pensais que la devait se trouver la seule philosophic utile et certaine. 2 Vous savez 
maintenant comment et pourquoi je suis philosophe. Je n'ai plus qu'un desir, c'est de voir tous 
les hommes entrer dans la meme voie et ne pas s'eloigner de la doctrine du Sauveur. Et elle 
respire je ne sais quelle majeste terrible, bien capable d'effrayer les hommes qui ont 
abandonne le droit chemin. Ceux qui meditent cette doctrine y trouvent au contraire le plus 
delicieux repos. Si vous vous interessez a vous-memes, si avec le desir du salut, vous avez 



confiance au Dieu qui veut vous le procurer, venez vous instruire a l'ecole du Christ, faites- 
vous initier a ses mysteres et vous pourrez connaitre le bonheur. 

3 A ces mots, les compagnons de Tryphon pousserent un grand eclat de rire. Pour lui, il me dit 
en souriant : — J'applaudis au motif qui vous anime, au zele tout divin qui vous embrase ; 
mais il eut mieux valu rester disciple de Platon ou d'un autre philosophe, et vous appliquer a 
acquerir la Constance, l'empire sur les passions, la sagesse, que de vous laisser prendre a tout 
ce faux langage et de vous attacher a des hommes meprisables ; en demeurant fidele a vos 
principes et vivant sans reproche, vous conserviez l'espoir d'une vie meilleure. Mais, quand 
vous abandonnez Dieu pour croire a la parole d'un homme, quel espoir de salut peut vous 
rester? 4 Si vous voulez m'en croire, car je vous regarde deja comme un ami, faites-vous 
d'abord circoncire, puis observez le sabbat, les fetes, les nouvelles lunes comme la loi le 
present; en un mot, faites tout ce qu'elle commande, peut-etre alors trouverez-vous grace 
devant le Seigneur. Si le Christ est ne et demeure quelque part, il est inconnu, il ne se connait 
pas lui-meme et n'a aucun moyen de se faire connaitre. II faut d'abord que le prophete Elle 
vienne lui donner l'onction sainte et le revele a la terre. Sur de vains bruits, vous avez reve un 
Christ qui n'est que dans votre imagination, et dupe de vous-meme, vous coures aveuglement 
a votre perte. 
IX. 

1 — Puisse le Seigneur vous le pardonner et vous faire grace, 6 Tryphon ! Vous blasphemez 
ici ce que vous ignorez. Vous croyez sur parole vos docteurs qui n'entendent pas les Ecritures, 
et trompe par leurs fausses interpretations, vous dites au hasard tout ce qui vous vient a l'esprit 
Si vous le voulez, je vous montrerai que ce n'est pas nous qui sommes dans l'erreur. Vous 
comprendrez que rien n'est capable de nous empecher de confesser le Christ; non, quand le 
tyran le plus farouche nous le defendrait, quand nous aurions a redouter tous les genres 
d'outrages. Je vous ferai voir que notre foi repose, non sur de vaines fables, mais des discours 
depourvus de raison, mais sur une parole toute divine, pleine de force, riche de grace. 

2 Les compagnons de Tryphon recommencerent leurs eclats de rire et pousserent des cris 
indecents. Alors je me levai pour m'en aller. Mais Tryphon m'arreta en me retenant par mon 
manteau, et me dit qu'il ne me laisserait point sortir que je n'eusse acquitte ma promesse. 

— Que vos compagnons cessent done leur bruit, lui repondis-je, et se comportent autrement : 
s'ils .veulent nous entendre, qu'ils se taisent; ou si quelque objet plus interessant les appelle 
autre part, qu'ils nous laissent. Pour nous, mettons-nous un peu a l'ecart et poursuivons en 
repos notre discussion. 

3 Tryphon accepta la proposition, et nous fumes d'avis de nous retirer au milieu du stade qui 
se trouvait dans le Xiste. Deux de ses compagnons se moquerent de nous, et, apres quelques 
plaisanteries sur le zele qui nous enflammait, ils s'en allerent. Quand nous fumes arrives dans 
l'endroit ou se trouvent deux rangs de sieges en pierre, les amis de Tryphon, qui s'etaient assis 
d'un cote, s'entretinrent quelques instants de la derniere guerre de Judee, sur laquelle l'un 
d'eux avait amene la conversation. 

X. 

1 Lorsqu'ils eurent fini, je pris la parole en ces termes: 

— Mes amis, que nous reprochez-vous? Est-ce de ne pas vivre selon la loi, de ne pas nous 
soumettre a la circoncision, ainsi que le faisaient vos peres; de ne point observer comme vous 
le jour du sabbat ? ou bien croyez-vous les odieuses calomnies repandues parmi vous contre 
les mceurs et les habitudes des Chretiens; et, s'il faut ici les rappeler, nous aurait-on peints a 
vos yeux comme des hommes qui mangent de la chair humaine, qui, le repas fini et les 
lumieres eteintes, se livrent aux plus Infames debauches; ou bien, enfin, nous condamnez- 
vous seulement parce que nous suivons la religion du Christ, parce que nous professons une 
doctrine qui ne vous semble pas la verite? 



2 — Oui, reprit Tryphon, ce que vous venez de dire en dernier lieu est la seule chose qui nous 
etonne ; pour les discours de la multitude, ils ne meritent pas d'etre repetes et repugnent trop a 
la nature. Je trouve, au contraire, dans le livre que vous appelez Evangile de tres beaux 
preceptes de, morale, mais si eleves et si sublimes, que je les crois impraticables; car j'ai eu la 
curiosite delire ce livre. 3 Mais n'est-il pas etonnant que des hommes qui se piquent de piete, 
qui pretendent par la se distinguer des autres, n'en different en aucune maniere et ne vivent 
pas mieux que les gentils? En effet, vous n'observez ni les fetes, ni le sabbat, ni la 
circoncision; vous placez votre esperance dans un crucifie, vous ne suivez aucun des 
preceptes du Seigneur, et vous osez attendre de lui des recompenses ! Ne lisez-vous pas, dans 
le Testament qu'il nous a donne, que tout homme qui n'aura pas ete circoncis le huitieme jour 
perira d'entre son peuple? La loi comprend jusqu'aux etrangers qui vivent parmi nous, 
jusqu'aux esclaves que Ton achete. 4 Vous ne tenez compte ni du Testament, ni de ses 
consequences! Comment done nous persuaderez-vous que vous connaisses Dieu, lorsque vous 
ne faites rien de ce qu'on voit faire a tous ceux qui le craignent? Montrez-nous, si vous le 
pouvez, sur quoi se fonde votre espoir quand vous transgressez la loi; donnez-nous une raison 
qui nous satisfasse: alors nous vous ecouterons tres volontiers, et e'est avec le meme plaisir 
que nous discuterons tout le reste avec vous. 

XL 

1 Je repris en ces termes : Le seul Dieu veritable, Tryphon, celui qui a toujours ete et qui sera 
toujours, e'est l'auteur de cet univers et du bel ordre qu'on y admire. Nous n'avons pas un autre 
Dieu que le votre, nous adorons avec vous celui dont la main puissante a tire vos peres de la 
terre d'Egypte; e'est en lui que nous esperons comme vous, car il n'y en a point d'autre : e'est 
le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; mais ce n'est ni par Moise, ni par la toi que nous 
esperons en lui ; car alors nous serions ce que vous etes. 2 J'ai lu dans les Ecritures que Dieu 
devait donner une nouvelle loi, un autre Testament qui ne serait jamais aboli ; e'est cette loi, 
e'est ce Testament que doivent desormais observer ceux qui veulent avoir part a l'heritage 
celeste. La loi donnee sur le mont Horeb est ancienne, elle etait pour vous seuls; la nouvelle 
est pour tous les peuples. Substitute a la premiere, elle l'abroge entierement, comme le 
Testament nouveau abolit celui qui le precede. Cette loi tout a la fols eternelle et nouvelle, cet 
autre Testament qui doit toujours durer, apres lequel il n'y a plus ni loi, ni precepte qui oblige, 
e'est le Christ. 3 N'avez-vous jamais lu ces parabole d'Isaie: 

« Ecoutez, 6 mon peuple, et vous rois de la terre, pretes l'oreille a ma voix : la loi sortira de 
ma bouche, ma justice eclairera les peuples; le juste approche, le Sauveur s'avance, les nations 
espereront en moi. »" 

Voila pour la loi. C'est ainsi que le Seigneur parle du Testament par la bouche de Jeremie : 
« Voici que les jours viennent, je donnerai un Testament nouveau a la maison d'Israel et a 
celle de Juda; ce n'est plus celui que j'avais donne a leurs peres, lorsque je les pris par la main 
pour les tirer de la terre d'Egypte. » 

4 Puisque Dieu avait annonce qu'il donnerait un Testament nouveau, et que ce Testament 
serait la lumiere des nations; puisque nous voyons les peuples, au nom de Jesus crucifie, 
abandonner les idoles et toutes les autres voies iniques pour venir au vrai Dieu; puisque rien, 
pas meme l'aspect de la mort, ne peut les detacher de son culte et les empecher de confesser 
son nom, n'avez-vous pas une preuve certaine, d'apres les ceuvres et les miracles qui s'operent, 
que la nouvelle loi, le nouveau Testament, l'esperance de ceux qui, parmi les nations, 
attendent l'heritage promis, c'est Jesus-Christ lui-meme ? 5 Nous sommes aujourd'hui la race 
spirituelle et veritable d'Israel, de Juda, de Jacob, d'Isaie et d'Abraham qui recut de Dieu la 
circoncision, en temoignage de sa foi, qui fut beni et appele le pere d'un grand nombre de 
nations. Oui, dis-je, nous formons la race sainte qui lui fat promise, nous qui n'avons connu le 
vrai Dieu que par Jesus crucifie, comme la suite de cette discussion le fera voir. 



XII. 

1 Alors je leur citai ces paroles d'lsai'e, qui s'ecrie dans un autre endroit : 

« Ecoutez ma voix et vous vivres, et je vous donnerai le Testament eternel promis a mon 
serviteur David : je l'ai donne pour temoin aux peuples de la terre. Les nations qui ne te 
connaissent pas t'invoqueront, les peuples qui t'ignorent se refugieront vers toi, a cause da 
Seigneur ton Dieu, le Dieu saint d'Israel qui t'a glorifie. » 

2 Et voila la loi que vous outragez, et voila le Testament saint et nouveau que vous meprisez ! 
A cette heure meme, vous ne voulez ni le reconnaitre, ni faire penitence: 

« Vos oreilles sont encore fermees, vos yeux aveugles et vos coeurs endurcis. » 
Jeremie annonce hautement le nouveau legislateur, et vous n'entendez pas sa voix; ce 
legislateur est au milieu de vous, et vous ne le voyez pas; les pauvres recoivent l'Evangile, les 
aveugles voient, et vous ne comprenez pas ! 3 II faut maintenant une circoncision nouvelle, et 
vous ne vous glorifiez que dans celle de la chair. La nouvelle loi vous ordonne de celebrer un 
sabbat eternel, et lorsque vous vous etes reposes un seul jour, vous vous croyez les plus 
religieux des hommes. Vous ignorez pourquoi votre sabbat, votre circoncision ont ete etablis. 
Parce que vous mangez un pain sans levain, vous vous imaginez avoir accompli toute justice. 
Ce n'est pas la ce que demande le Seigneur notre Dieu. Si quelqu'un est parjure ou voleur, 
qu'il cesse de l'etre ; s'il est adultere, qu'il fasse penitence; c'est alors qu'il celebrera le vrai 
sabbat, le sabbat le plus agreable a Dieu. SI quelqu'un n'a pas les mains pures, qu'il se lave 
dans l'eau, et le voila purifie. 
XIII. 

1 Mais ce n'est pas a de semblables ablutions que vous renvoie Isaie, pour vous purifier du 
meurtre ou d'autres crimes semblables; toute l'eau de la mer ne serait pas capable de les 
effacer. Mais il annoncait deja le seul bain salutaire, le seul veritable, celui de la penitence, ce 
bapteme qui purifie non par le sang des boucs et des brebis, ou par le sacrifice d'une genisse, 
ou par une offrande de farine, mais par la foi au sang de celui qui est mort pour expier le 
peche. Et n'est-ce pas ce que signifient ces paroles d'Isaie: 

2 « Le Seigneur a deploye son bras aux yeux des nations; tous les peuples, jusqu'aux confins 
de la terre, verront le salut qui vient de Dieu. Retirez-vous, retirez-vous; sortez et ne touchez 
rien d'impur. Sortez du milieu de la foule, separes-vous, 6 vous qui portez les vases du 
Seigneur, vous ne marcherez pas en tumulte, le Seigneur precedera vos pas, le Seigneur Dieu 
d'Israel vous rassemblera. Mon serviteur sera plein d'intelligence, grand et eleve en gloire ; 3 
ainsi que plusieurs se sont etonnes, Jerusalem, a la vue de tes mines, son visage sera sans eclat 
et sa figure meprisee. Mais la multitude des nations l'admirera, devant lui les rois garderont le 
silence; car ceux a qui il n'a point ete annonce verront, ceux qui n'ont point entendu 
comprendront. Qui croira a notre parole? Pourquoi le bras du Seigneur a-t-il ete revele ? Nous 
l'avons annonce comme un faible arbrisseau qui s'eleve en la presence du Seigneur, comme un 
rejeton qui sort d'une terre aride; 4 il n'a ni eclat, ni beaute, nous l'avons vu, et il etait 
meconnaissable et le plus abandonne des hommes ; homme de douleur, il est familiarise avec 
la misere, son visage est obscurci par les opprobres, il a ete meprise et compte pour rien. II a 
vraiment lui-meme porte nos infirmites ; il a souffert pour nous, nous l'avons vu dans la 
douleur, charge de blessures et d'affliction; 5 il a ete blesse a cause de nos iniquites, il a ete 
brise pour nos crimes ; le chatiment qui doit nous procurer la paix s'est appesanti sur lui, nous 
avons ete gueris par ses meurtrissures. Mous nous sommes tous egares comme des brebis, 
chacun de nous se perdait dans sa voie, et le Seigneur a fait tomber sur lui l'iniquite de nous 
tous ; et lui, dans son affliction, n'a pas ouvert la bouche : il a ete conduit a la mort comme un 
agneau, il est reste muet comme une brebis devant celui qui la tond, 6 il est mort au milieu des 
angoisses apres un jugement Qui racontera sa generation ? II a ete retranche de la terre des 
vivants, il a ete conduit a la mort pour les iniquites de mon peuple. On lui reservait la 
sepulture de l'impie, il a ete enseveli dans le tombeau du riche, parce qu'il a ignore l'iniquite et 



que le mensonge n'a pas souille sa bouche. Le Seigneur veut guerir ses plaies; parce qu'il a ete 
livre pour le peche, il verra sortir de lui une race immortelle; 7 oui, Dieu veut arracher son 
cceur a la douleur, lui montrer sa lumiere, accomplir par lui sa volonte et justifier un grand 
nombre d'hommes. Oui, dis-je, il portera nos peches ; mais aussi il possedera un peuple 
nombreux, il distribuera lui-meme la depouille des justes, et cela parce qu'il a ete livre a la 
mort, qu'il a ete mis entre des scelerats, parce qu'il a porte les peches de tous et qu'il a ete livre 
pour leurs iniquites. 8 Rejouis-toi, sterile qui n'enfante pas; chante des cantiques de louanges, 
pousse des cris de joie, toi qui n'avais pas d'enfants. L'epouse abandonnee, a dit le Seigneur, 
est devenue plus feconde que celle qui a un epoux. Etends l'enceinte de tes pavilions, deploie 
les voiles de tes tentes, n'epargne rien, allonge tes cordages, affermis tes pieux; penetre a 
droite, a gauche, ta posterite heritera des nations et remplira les villes desertes. 9 Ne crains 
pas, tu ne seras pas confondue, tu n'auras point a rougir, tu ne connaitras plus le honte; tu 
oublieras la confusion de la jeunesse, tu ne te rappelleras plus l'opprobre de ta viduite. Le 
Seigneur a signale son nom. Ton Sauveur, c'est le Dieu d'Israel, qui desormais sera appele le 
Dieu de toute la terre. Le Seigneur t'a appelee, comme une femme dans l'abandon et dans la 
douleur, comme une epouse repudiee des sa jeunesse. » 
XIV. 

1 Si nous croyons, c'est par ce bapteme de la penitence que Dieu lui-meme a etabli, comme le 
dit Isaie, pour effacer les peches des hommes et nous amener a sa connaissance; et ce bapteme 
des longtemps predit par Isaie, et seul capable de purifier le pecheur qui se repent, nous 
publions qu'il est la seule source de la vie. 

Les citernes que vous vous etes creusees ne peuvent contenir leurs eaux et vous deviennent 
inutiles. Quel avantage peut resulter pour vous d'un bapteme qui ne purifie que le corps? 2 
C'est votre ame qu'il faut affranchir de la colere, de l'avarice, de l'envie, de la haine, et alors 
vous serez vraiment purs. 

Les pains azymes vous apprennent qu'il faut renoncer aux oeuvres anciennes qui naissent d'un 
mauvais levain; mais ces figures vous les entendez dans un sens tout charnel. Votre ame 
serait-elle remplie de fraude et d'injustice, vous ne vous en croiriez pas moins les plus pieux 
des hommes, parce que vous observez toutes les pratiques exterieures. 3 Dieu ne vous a-t-il 
pas ordonne d'user d'un levain nouveau, apres avoir mange pendant sept, jours des pains 
azymes? Que veut-il nous faire entendre par la, sinon qu'il faut sortir de l'ancienne et 
mauvaise voie, et commencer une vie nouvelle ? 

Pour bien vous convaincre que c'est la ce que demande le nouveau legislateur, je repeterai les 
paroles que j'ai deja citees, etj'ajouterai celles que j'avais omises ; je les emprunte au prophete 
Isaie : 

4 « Ecoutez-moi, dit le Seigneur, et vous allez vivre ; j'etablirai avec vous l'eternelle alliance 
promise a mon serviteur David; Je l'ai donne pour temoin au peuple, pour guide et pour maitre 
aux nations. Les nations qui ne vous connaissent pas vous invoqueront. Les peuples qui vous 
ignoraient accourront a vous, a cause du Seigneur votre Dieu, du saint d'Israel qui vous a 
glorifie. 5 Cherchez le Seigneur pendant qu'il peut etre trouve, invoquez-le pendant qu'il est 
proche. Que l'impie abandonne sa voie et l'homme;inique ses pensees, qu'ils retournent au 
Seigneur, il aura pitie d'eux; il est riche en misericorde, il vous remettra vos peches. Mes 
pensees ne sont pas vos pensees; mes voies ne sont pas vos voies. 6 Comme la neige et la 
pluie descendent du ciel et n'y retournent plus, mais penetrent la terre, la fecondent et font 
germer la semence, espoir du laboureur, ainsi mes paroles ne reviendront pas a moi sans fruit, 
elles accompliront mes desseins et prospereront en tout ce que j'ai voulu, 7 vous sortirez dans 
la joie et vous mangerez dans la paix. Dans votre attente, les montagnes et les collines 
tressailleront d'allegresse, et tous les arbres de la terre, animes par la joie, agiteront leurs 
rameaux. Les pins s'eleveront a la place des ronces, le myrte croitra a la place de l'ortie, et le 
Seigneur sera connu sous son nom eternel que rien n'effacera. » 



8 J'ajoutai : Ainsi done, Tryphon, dans ces propheties et d'autres semblables, vous trouvez des 
choses qui se rapportent les unes au premier avenement du Christ quand il parut sous une 
forme mortelle, sans gloire,et sans beaute; les autres a son second avenement, lorsqu'il viendra 
sur les nuees du ciel avec majeste, et que vous verrez, que vous reconnaitrez celui que vous 
avez perce, ainsi que Daniel, ainsi qu'Osee, l'un des douze prophetes, l'ont predit. 
XV. 

1 Apprenez encore d'Isaie quel est le jeune que Dieu demande de vous et le seul qui lui soit 
agreable. 2 C'est ainsi que lui parle le Seigneur : 

« Crie avec force, ne te lasse point. Fais retentir ta voix comme les eclats de la tempete; 
annonce a mon peuple ses crimes, a la maison de Jacob ses prevarications. Chaque jour ils 
m'interrogent et veulent savoir mes vues, et comme un peuple ami de l'innocence et qui 
n'avait point viole ma loi, 3 ils invoquent ma justice, ils iraient defendre leur cause devant 
moi. Nous avons jeune, disent-ils, pourquoi n'avez-vous pas daigne regarder nos jeunes? Nous 
nous sommes humilies : pourquoi l'avez-vous ignore? Parce que vous suivez vos caprices en 
vos jours de jeune et que vous ecrasez tous ceux qui vous sont soumis. Ne jeunez-vous que 
pour susciter des proces, des querelles, et pour frapper impitoyablement vos freres ? Cessez 
de pareils jeunes, si vous voulez que le ciel entende vos cris. 4 Est-ce la un jeune choisi par 
moi ? Que l'homme soit tous les jours humilie, qu'il courbe sa tete comme un jonc, et qu'il 
dorme dans un cilice et sur la cendre. Est-ce la un jeune et un jeune agreable au Seigneur ? 
N'y a-t-il pas un jeune de mon choix? Rompez les liens de l'iniquite, aneantissez les 
obligations de vos contrats tyranniques, dechargez de leurs dettes ceux que vous ecrasez ; 
dechirez toute ecriture qui respire l'injustice, 5 partagez votre pain avec celui qui a faim, et 
recevez sous votre toit les pauvres qui sont sans asile : si vous voyez des hommes nus, 
couvrez-les, et ne meprisez point vos freres, qui sont votre chair. Alors votre lumiere brillera 
comme l'aurore, votre vetement en sera tout eclatant. Votre justice marchera devant vous, et 
vous serez environnes de la gloire du Seigneur. Alors vous l'invoquerez, et il vous exaucera; a 
votre premier cri, le Seigneur repondra : Me voici, 6 oui, si vous detruisez l'oppression parmi 
vous, si vous cessez vos menaces et vos paroles outrageantes, si vous assistez le pauvre avec 
effusion de cceur, si vous rassasiez sa faim, si vous consolez l'ame abattue, votre lumiere se 
levera dans les tenebres, et les tenebres seront pour vous comme un soleil dans son midi. Le 
Seigneur sera toujours avec vous; il remplira tous les desirs de votre cceur; II ranimera vos 
ossements ; vous serez comme un jardin toujours arrose, comme une source dont les eaux ne 
se taris sent jamais. » 

7 Soyez done y ayant tout, circoncis de cceur ; car voila la veritable circoncision ; celle que 
toutes les paroles des dit haut Ecritures vous recommandent. 
XVI. 

1 Dieu vous dit lui-meme par la bouche de Moise : « Ayez soin de circoncire votre cceur, et ne 
vous endurcimes pas davantage, parce que le Seigneur votre Dieu est lui-meme le Seigneur 
des seigneurs, le Dieu grand, et puissant, et terrible, qui n'a point d'egard aux personnes ni aux 
presents. » Et dans le Levitique : « Parce qu'ils ont prevarique, qu'ils ont meprise, qu'ils ont 
marche contre moi, j'ai aussi marche contre eux, je les abandonnerai dans une terre ennemie. 
Leur cceur incirconcis s'est humilie. » 

2 La circoncision selon la chair n'etait qu'un signe qui devait servir a vous distinguer de nous 
et des autres peuplee, quand la main de Dieu ferait tomber sur vous seul les chatiments que 
vous subissez justement aujourd'hui; et quels fleaux plus affreux? Votre pays n'est plus qu'un 
desert ; vos villes sont la proie des flammes ; l'etranger, sous vos yeux, devore vos moissons; 
personne de vous ne peut plus entrer dans Jerusalem. 3 Ce qui vous fait reconnaitre au milieu 
de ces desastres, c'est la marque de la circoncision imprimee sur votre chair. Je suis persuade 
qu'aucun d'entre vous n'oserait dire que Dieu ignore l'avenir, et ne prepare pas a chacun le sort 
qu'il merite. C'est done a juste titre que tous ces maux vous sont arrives. 4 Helas ! vous avez 



fait mourir le juste ; autrefois vous mettiez a mort ses prophetes, et aujourd'hui vous accablez 
d'outrages et de mepris ceux qui esperent en lui et en son pere, le Dieu tout-puissant, qui nous 
l'a envoye ; vous les chargez de maledictions dans vos synagogues. Toutes les fois que vous 
avez pu nous egorger, vous l'avez fait. Ce qui enchaine votre bras, c'est la crainte «le ceux qui 
vous dominent aujourd'hui ; 5 c'est pourquoi Dieu vous crie par la bouche de son prophete 
Isaie : 

« Voyez comme le juste a peri, et personne n'y pense. Le juste a ete enleve du milieu de 
l'iniquite : il reposera en paix dans sa tombe; oui, il a ete enleve du milieu de vous. Approchez 
maintenant, enfants d'iniquite, race d'adulteres et de prostituees! De qui vous etes -vous joues? 
contre qui avez-vous ouvert la bouche et darde vos langues? » 
XVII 

I En fait d'outrages contre le Christ et contre nous qui sommes sortis de lui, aucune nation ne 
s'est rendue ami coupable que la votre ; vous etes les auteurs des preventions et des calomnies 
qui nous poursuivent partout. Vous avez mis en croix le seul juste, le seul innocent, celui dont 
les blessures guerissent l'homme qui veut, par lui, aller a Dieu son pere. Et, bien que vous 
sachiez a n'en pas douter qu'il est ressuscite d'entre les morts et remonte aux cieux, comme les 
prophetes l'avaient annonce, non seulement vous n'avez pas fait penitence, mais vous avez 
envoye de Jerusalem, par toute la terre, des gens charges de presenter les Chretiens comme 
une secte impie qui venait de s'elever et de repandre toutes ces calomnies que repetent encore 
aujourd'hui ceux memes qui ne vous connaissent pas. Vous etes done coupables de vos 
propres crimes et de ceux de tous les hommes que vous avez egares. 2 Et c'est avec raison que 
Dieu vous crie par le prophete Isaie : 

« A cause de vous, mon nom est blaspheme parmi les nations. » 

Et plus loin : 

« Malheur a eux I ils ont pris parti contre eux-memes, lorsqu'ils disaient : Enchainons le juste, 

il nous est inutile. Us rangent aujourd'hui le fruit de leurs ceuvres. Malheur done a l'impie! il 

lui arrivera selon ce qu'il aura fait. » 

Et encore ailleurs : 

« Malheur a ceux qui trainent l'iniquite comme de longues chaines, et le peche comme les 

traits d'un char, et qui osent dire au Seigneur : Qu'il se hate dans son ceuvre, que les conseils 

du saint d'Israel nous soient manifestos, et nous saurons s'ils sont veritables. Malheur a vous, 

qui appelez mal le bien, et bien le mal ; qui changez les tenebres en lumiere, et la lumiere en 

tenebres, l'amertume en douceur, et la douceur en amertume ! » 

3 II n'est que trop vrai que vous avez cherche a repandre les plus odieuses preventions, les 
plus sombres nuages sur la seule lumiere, pure, incorruptible, que Dieu ait fait luire aux yeux 
des hommes. Elle vous a paru trop importune, la voix de celui qui vous criait : 

« II est ecrit : Ma maison est une maison de prieres, et vous en avez fait une maison de 
voleurs. » 

II fit plus, il a renverse lui-meme les tables des changeurs qui s'etaient etablis dans le temple. 

4 « Malheur a vous! s'ecriait-il, scribes et pharisiens hypocrites, qui payez la dime de la 
menthe et du cumin, et qui omettez la justice et les preceptes de l'amour de Dieu. Sepulcres 
blanchis, qui au-dehors paraissent beaux, mais qui au-dedans sont pleins d'ossements de morts 
et de corruption. » 

Et ailleurs, s'adressant aux scribes : 

« Malheur a vous, scribes, qui apres vous etre empares de la cle de la science, n'y etes point 

entres et en avez ferme l'entree aux autres, chefs aveugles que vous etes. » 

XVIII. 

1 Puisque vous nous avez dit, Tryphon, que vous aviez lu l'Evangile, j'ai cru pouvoir 

rapprocher quelques paroles du Christ de celles des prophetes. 2 Purifiez-vous done, eloignez- 

vous de l'iniquite, voila surtout la purification que Dieu vous recommande, la circoncision 



qu'il exige de vous, Nous observerions nous-memes et votre circoncision selon la chair, et 
votre sabbat et routes vos fetes, si nous ne savions pas que c'est a cause de vos prevarications 
et de la durete de vos cceurs que toutes ces pratiques vous ont etes prescrites ; 3 car si nous 
supportons avec tant de courage les persecutions que souleve contre nous la mechancete des 
hommes et des demons, si telle est notre Constance au milieu des plus cruelles epreuves, en 
face de la mort et des tortures, que nous prions pour ceux memes qui nous traitent si 
indignement, et que, selon le precepte de notre divin legislateur, nous demandons instamment 
qu'il ne leur arrive aucun mal, comment n'observerions-nous pas, 6 Tryphon, ce qui n'a rien de 
difficile en soi-meme, je veux dire et votre circoncision selon la chair, et votre sabbat, et vos 
fetes? 
XIX. 

1 Mais comment se fait-il que vous, qui vous soumette a toutes ces pratiques, vous ne veuillez 
pas remplir tous ces autres preceptes dont nous parlons? Voila ce que nous ne saurions 
expliquer. 

2 Votre circoncision n'etait pas necessaire aux autres hommes, mais a vous seulement, qui 
deviez eprouver les maux que vous souffrez aujourd'hui. Nous n'admettons pas non plus cet 
inutile bapteme qui se fait avec l'eau de vos citernes, il n'a rien de commun avec le bapteme 
qui donne la vie; et voila pourquoi Dieu s'ecrie que vous l'abandonnez, lui l'unique source 
vivifiante, pour vous creuser des citernes qui ne retiennent pas leurs eaux. 3 Vous recevez la 
circoncision de la chair et vous ne connaissez pas la plus necessaire, celle du coeur; pour 
nous, avec celle-ci, nous n'avons pas besoin de la votre ; car si elle etait indispensable, comme 
vous le pretendez, Dieu n'aurait pas cree Adam incirconcis; il n'aurait pas agree les dons 
d'Abel, les offrandes d'Henoch, qui n'etaient pas plus circoncis qu'Adam. Henoch n'eut pas ete 
transporte au ciel, sans laisser aucune trace de lui sur la terre. 4 Loth, tout incirconcis qu'il 
etait, n'aurait pas ete sauve du feu de Sodome par le Seigneur lui-meme et par ses anges? Noe, 
ce pere d'une race nouvelle, etait-il circoncis, quand Dieu le fit entrer dans l'arche avec ses 
fils? Etait-il circoncis, ce grand pretre du Tres-Haut, Melchisedech, qui recut la dime 
d'Abraham, le premier des hommes que Dieu soumit a la loi de la circoncision et que benit 
ensuite ce meme Melchisedech, dans lequel Dieu etablissait son sacerdoce eternel, ainsi qu'il 
le declare par le prophete David? Je le repete, cette circoncision de la chair n'etait necessaire 
qu'a vous seuls, parce que le peuple de Dieu ne devait plus etre son peuple, ni sa nation, pour 
me servir ici des paroles d'Osee, l'un des douze prophetes ; 5 car tous ces justes dont je viens 
de parler furent agreables a Dieu, bien qu'ils n'aient pas observe vos sabbats non plus, 
Abraham et tous ses descendants jusqu'a Moise, sous lequel votre peuple. signala toute sa 
perversite et son ingratitude par ce veau d'or qu'il fit elever dans le desert. 6 C'est alors que 
Dieu, s'accommodant a sa legerete, se fit immoler des victimes pour vous eloigner du culte 
des idoles; et cette precaution meme vous a si peu preserves de l'idolatrie, que vous avez ete 
jusqu'a immoler aux demons vos enfants eux-memes. H a institue le jour du sabbat afin de 
vous empecher de perdre le souvenir du vrai Dieu, et, comme le dit l'Ecriture, pour que vous 
vous rappeliez sans cesse que c'est le Seigneur qui vous a sauves» 

XX. 

1 S'il vous a aussi commande de vous abstenir de certaines viandes, c'est qu'il voulait que, 
meme pendant vos repas, vous eussiez sa pensee presente a l'esprit, tant vous etiez prompts a 
l'oublier, ainsi que le dit Moise : « Le peuple s'est assis pour manger et pour boire, et s'est leve 
pour danser. » Et ailleurs : « Le peuple bien-aime, apres s'etre engraisse, se revolta; appesanti, 
rassasie, enivre, il a delaisse le Dieu son createur. » Moise, dans le livre de la Genese, ne nous 
a-t-il pas raconte que Dieu permit a Noe, cet homme juste, de manger de toute espece 
d'animaux, excepte de la chair qui aurait encore son sang, c'est-a-dire suffoquee? 2 Tryphon 
se preparait a m'objecter ces paroles : Ainsi que des plantes. Je le previns: Et pourquoi, lui 
dis-je, ne pas prendre ces mots, ainsi que des plantes, dans le sens que Dieu y attachait? C'est- 



a-dire que, de meme qu'il donnait a l'homme toutes les plantes pour en faire sa nourriture, de 
meme il lui donnait tous les animaux pour en manger. Mais, parce qu'il est certaines herbes 
dont nous nous abstenons, vous croyez que c'est parce que Dieu aurait present a Noe de faire 
entre elles une distinction. 3 Ce n'est nullement dans ce sens qu'il faut entendre ce passage. 
Comme il est trop facile de montrer que toute plante est une herbe, et peut etre mangee, je 
n'insiste pas la-dessus. Mais, si nous ne mangeons pas indistinctement de toutes sortes de 
plantes, sachez que ce n'est point parce qu'il s'en trouve parmi elles d'impures, d'immondes, 
mais seulement parce qu'elles sont ameres ou pleines d'epines et dangereuses. Alors, nous 
mangeons de preference celles qui sont douces, saines, agreable, soit qu'elles viennent dans 
l'eau ou sur la terre. 

4 Mais quand Dieu vous a ordonne, par Moise, de vous abstenir de certains animaux impurs, 
cruels, rapaces, e'etait dans un sens tout different. C'est parce que, tandis que Dieu faisait 
tomber sur vous la manne dans le desert et multipliait sous vos yeux les miracles, vous aviez 
eleve un veau d'or pour l'adorer ; aussi la voix de Dieu vous crie sans cesse, et avec raison : « 
Vous etes une race insensee, des enfants infideles. » 
XXL 

1 Oui, c'est pour vous rappeler vos iniquites et celles de vos peres, que Dieu vous a ordonne 
de celebrer le sabbat et vous a impose tant d'autres observances : c'est pour l'instruction des 
peuples, afin qu'ils ne profanent pas son nom, que Dieu laisse encore subsister quelques-uns 
d'entre vous, et j'ai pour garant de ce que j'avance ses propres paroles. 2 Ecoutez ce qu'il dit 
par la bouche d'Ezechiel : 

« Je suis le Seigneur votre Dieu; marchez dans la voie de mes commandements, gardez mes 
preceptes. Abstenez-vous des usages profanes de l'Egypte ; sanctifiez mes jours de sabbat, 
afin qu'ils soient comme des signes entre vous et mol, et que vous sachiez que e'est moi qui 
suis votre Seigneur et votre Dieu. Mais vous m'avez aigri contre vous, vos enfants n'ont point 
marche dans la voie de mes preceptes; ils n'ont ni revere ni garde les commandements que je 
leur ai donnee, afin que celui qui les observe y trouve la vie, et ils ont viole mes jours de 
sabbat; 3 je les ai menaces de repandre ma fureur sur eux dans le desert, et de satisfaire ma 
colere en les punissant; mais j'ai retenu ma main, je les ai epargnes pour la gloire de mon 
nom, afin qu'il ne fut pas deshonore devant les nations temoins de leur delivrance. J'ai leve de 
nouveau ma main sur eux dans la solitude pour les disperser parmi les nations et les repandre 
sur la terre, parce qu'ils n'avaient pas observe mes commandements, qu'ils avaient viole mes 
jours de sabbat, et que leurs yeux s'etaient attaches aux idoles de leurs peres. 4 C'est pourquoi 
je leur ai donne des preceptes qui n'etaient pas bons et des ordonnances ou ils ne trouveront 
pas la vie. Je les souillerai dans leurs offrandes, lorsque je passerai au milieu d'eux pour 
detruire tous leurs premiers-nes. » 
XXII. 

Et pour vous convaincre que c'est a cause des prevarications d'Israel et de son idolatrie que 
Dieu a exige de lui des sacrifices, et non parce qu'il avait besoin de ses offrandes, ecoutez ce 
qu'il dit lui-meme a ce sujet; c'est ainsi qu'il fait parler Amos, un de vos douze prophetes: 

2 « Malheur a vous qui desirez le jour du Seigneur! De quoi vous servira-t-il? ce jour sera les 
tenebres et non la lumiere. II se presentera a vous comme a cet homme qui evite un lion pour 
rencontrer un ours; comme a celui qui, entrant en sa maison, appuie sa main sur la muraille, et 
un serpent le mord. Le jour du Seigneur ne sera-t-il pas un jour de tenebres et non de lumiere, 
une sombre nuit sans clarte? Je hais, je deteste les jours de fete, je ne puis respirer l'encens de 
vos solennites. 3 Je ne me complais ni dans vos offrandes, ni dans vos holocaustes; la graisse 
de vos victimes ne m'est point agreable. Eloignez de moi le tumulte de vos cantiques, je ne 
puis entendre le concert de vos instruments. Mais que le jugement se repande comme une eau 
abondante, et que la justice coule comme un torrent rapide. Maison d'Israel, m'avez-vous 
offert des victimes et des oblations durant les quarante annees que vous avez voyage dans le 



desert, dit le Seigneur? Vous avez porte avec vous la statue de Moloch et les figures de vos 
idoles, l'etoile de votre dieu Rampha, ouvrage de vos mains: 4 c'est pourquoi je vous 
transporterai hors de Damas, dit le Seigneur, dont le nom est le Dieu tout-puissant. Malheur a 
vous qui etes tranquilles en Sion, et qui vous confia en la montagne de Samarie ; grands, 
princes de la nation choisie qui avez vendange les premices des nations et etes entres avec 
pompe dans les assemblies d'Israel, passez a Chalane et voyez, et de la allez a Emath la 
grande, et descendez a Geth, le pays des Philistins. Ces contrees valent-elles plus que vos 
royaumes? Leurs limites surpassent-elles les votres? 5 Malheur a vous, qui approchez des 
jours mauvais et qui celebrez des sabbats trompeurs, qui dormez sur des tas d'ivoire et vous 
etendez mollement sur votre couche, qui mangez les agneaux choisis et les veaux encore au 
sein de leur mere, qui chantez aux accords de la lyre, et qui les croyez durables et non fugitifs; 
qui buvez le vin dans des coupes, qui vous parfumez des plus riches odeurs, et qui demeurez 
insensibles a la douleur de Joseph ! C'est pourquoi vous irez en captivite, vos chefs 
marcheront les premiers vers la terre d'exil. Le theatre de vos plaisirs changera de face, on y 
entendra le hennissement des chevaux d'Ephraim. » 

6 Dieu dit ailleurs par la bouche du prophete Jeremie : 

« Ajoutez vos holocaustes a vos victimes et mangez-en la chair. Car, lorsque j'ai tire vos 
peres de la terre d'Egypte, je ne leur ai point parle d'holocaustes et de victimes. » 

7 Ecoutez encore ce que Dieu dit par la bouche de David, dans le quarante-neuvieme psaume: 
« Le Dieu des dieux a parle, et il a appele la terre depuis l'orient jusqu'au couchant. C'est de 
Sion que Dieu fera briller la splendeur de sa gloire; Dieu se manifestera, il sortira de son 
silence; un feu devorant marchera devant lui ; il appellera les cieux et la terre pour juger son 
peuple. Rassemblez autour de moi mes saints, tous ceux qui ont contracte avec moi une 
alliance scellee par le sacrifice. Et les cieux annonceront la justice, c'est Dieu lui-meme qui 
est le juge. 8 Ecoute, mon peuple, et je parlerai ; Israel, je te rendrai temoignage : je suis le 
Dieu ton Dieu. Je ne t'accuserai point sur tes sacrifices et sur tes holocaustes, ils sont toujours 
presents a mes yeux. Qu'ai-je a faire des genisses de tes etables et des boucs de tes troupeaux 
? Toutes les betes des forets sont a moi, ainsi que tous les animaux qui paissent sur la 
montagne ; je connais tous les oiseaux du ciel, et les animaux des champs sont en ma 
puissance. 9 Si j'avais faim, est-ce a toi que je m'adresserais? Lunivers est a moi et tout ce 
qu'il renferme. Mangerai-je la chair des taureaux ou boirai-je le sang des boucs? Offres a Dieu 
un sacrifice de louanges, et rendez vos hommages an Tres-Haut ; invoquez-moi au jour de la 
detresse, je vous delivrerai et vous m'honorerez. Mais Dieu a dit au pecheur: Est-ce a toi qu'il 
appartient de publier mes decrets? Pourquoi ta bouche annonce-t-elle mon alliance? Toi, tu 
hais ma loi et tu as rejete derriere toi ma parole; 10 quand tu voyais un larron, tu courais a lui, 
et tu allais prendre ta place a cote de l'adultere ; tu as rassasie ta bouche de malice et ta langue 
a prepare la fraude; pendant que tu etais assis, tu parlais .contre ton frere, tu couvrais 
d'opprobre le fils de ta mere. Voila ce que tu as fait et je me suis tu ! Ton iniquite m'a juge 
semblable a toi; je t'accuserai, j'exposerai tes peches a tes propres yeux. Comprenez 
maintenant, vous qui oubliez le Seigneur, de peur que je ne vous saisisse; et personne ne 
pourra vous delivrer. Le sacrifice de louange est le culte qui m'honore, c'est la seule voie par 
laquelle je manifesterai le salut du Tres-Haut. » 

11 Ainsi, vous le voyez, si Dieu recoit de vous des sacrifices, s'il vous commande de lui en 
offrir, ce n'est pas qu'il en ait besoin, c'est uniquement a cause de vos peches. Et le temple lui- 
meme, appele le temple de Jerusalem, pourquoi Dieu a-t-il dit que c'etait son palais, sa 
demeure? Est-ce qu'il en avait besoin? Non, assurement. Mais il voulait appeler sans cesse 
votre attention sur lui, pour vous empecher de tomber dans l'idolatrie; vous en avez une 
preuve bien sensible dans ces paroles d'Isaie : « Quelle maison pourriez-vous me batir? dit le 
Seigneur. Le ciel est mon trone et la terre mon marchepied. » 
XXIII. 



1 Si on n'admet pas tout cela, il faut tomber dans les plus etranges absurdites, il faut dire que 
le Dieu d'aujourd'hui n'est plus celui du temps d'Henoch, et des autres justes qui n'ont pas 
connu la circoncision et qui n'observaient ni le sabbat, ni les autres pratiques de cette nature, 
puisqu'elles ne remontent qu'a Moise, ou bien qu'il n'a pas voulu que le moyen de salut fut le 
meme dans tous les temps et pour tous les hommes. Qui ne voit combien de pareilles 
suppositions sont ridicules et insensees? 2 N'est-il pas plus raisonnable de dire que c'est a 
cause de vos prevarications que Dieu a present ces diverses ordonnances, qu'il est l'ami de 
l'homme, qu'il voit l'avenir, qu'il est bon, qu'il est juste? S'il en est autrement, repondez-moi, 
mes amis; dites-le moi, quelle est votre maniere de voir sur le sujet qui nous occupe? 3 Pas un 
d'eux ne me repondit. Alors je continual : Eh bien ! Tryphon, je vais exposer pour vous, et 
pour ceux qui veulent devenir les disciples du Christ, la doctrine toute divine qu'il nous a 
enseignee. Voyez-vous les elements se reposer, observer le jour du sabbat? Restez comme 
vous etes nes. On n'avait pas besoin de circoncision avant Abraham, ni de fetes, ni de sabbat 
avant Moise : eh bien ! tout cela est encore moins necessaire depuis que Jesus-Christ le fils de 
Dieu, d'apres la volonte de son pere, est ne sans peche d'une vierge issue du sang d'Abraham. 
4 Abraham lui-meme, lorsqu'il etait encore incirconcis, ne fut-il pas justifie et beni 
uniquement a cause de sa foi et parce qu'il crut a Dieu, ainsi que vous l'apprend l'Ecriture? II 
recut la circoncision seulement comme un signe et non comme un moyen de salut, l'Ecriture 
et les faits nous obligent a le reconnaitre. 

C'est done avec raison qu'il a ete dit que chez le peuple juif quiconque n'aura pas ete circoncis 
le huitieme jour sera exclu de la nation. 5 Mais les femmes ne peuvent recevoir la 
circoncision, preuve certaine qu'elle a ete donnee uniquement comme signe et non comme 
moyen de salut; car Dieu a fait la femme capable d'observer tous les preceptes de justice et de 
vertu. Nous voyons a la verite entre elle et l'homme une conformation differente: toutefois 
nous savons bien qu'ils ne sont ni Fun ni l'autre justes ou injustes a cause de cette difference, 
mais qu'ils sont egalement nes pour la justice et la vertu. 
XXIV. 

1 Je pourrais encore, mes amis, vous montrer qu'il y a dans ce choix du huitieme jour quelque 
chose de mysterieux, que Dieu veut nous faire entendre par la preference qu'il lui donne sur le 
septieme; mais je veux eviter toute digression. Comprenez seulement ce que je repete: Le 
sang de cette circoncision est aboli ; nous croyons a un sang plus efficace. Une autre alliance, 
une autre loi est sortie de Sion. 2 Jesus-Christ circoncit tous ceux qui veulent l'etre avec des 
couteaux de pierre, selon ce qui a ete present autrefois, mais uniquement pour les preparer a 
devenir une nation juste, un peuple fidele qui conserve la verite, qui maintienne la paix. 3 
Venez, 6 vous tous qui craignez Dieu et qui desirez voir les merveilles de la celeste Jerusalem 
! Venez, approchons de la lumiere du Seigneur; il a delivre son peuple, la maison de Jacob. 
Accourez toutes, 6 nations! rendons-nous tous ensemble a cette Jerusalem, la Jerusalem qui ne 
se vena plus assiegee pour les peches de ses enfants : 

« Je reponds a des peuples qui naguere ne m'interrogeaient pas, nous dit le Seigneur par la 
bouche d'Isaie ; des peuples qui ne me cherchaient pas m'ont trouve. 4 J'ai dit aux nations qui 
n'invoquaient pas mon nom: Me voici. J'ai tendu les bras pendant tout le jour a un peuple 
incredule qui marche dans les tenebres a la suite de ses peches. Le peuple qui excite ma colere 
est devant moi. » 
XXV. 

1 Ceux qui se purifient et se disent enfants d'Abraham desireront avoir avec nous quelque part 
a son heritage, ainsi que l'Esprit saint le dit en leur nom par la bouche d'Isaie: 

2 « Regardez, Seigneur, du haut des cieux, du sejour de votre saintete et de votre gloire: ou est 
votre zele, votre puissance, ou est cette abondance de misericorde qui nous a soutenus, 
Seigneur ? Vous etes notre pere ; Abraham ne sait pas qui nous sommes, Israel ne nous 
connait pas. Mais vous, Seigneur, vous etes notre pere, sauvez-nous; votre nom est des 



l'eternite. Seigneur, pourquoi nous avez-vous laisse errer loin de votre voie? Vous avez 
endurci nos cceurs jusqu'a ne plus vous craindre ; 3 tournez sur nous vos regards, a cause de 
vos serviteurs et des tributs de votre heritage, afin que de la montagne sainte nous recevions 
une petite part de cet heritage. Nous sommes devenus comme ces peuples sur lesquels vous 
n'avez pas regne et qui n'ont pas invoque votre nom. Si vous ouvrez le ciel, a votre aspect, les 
montagnes seront ebranlees, elles s'ecrouleront devant vous comme la cire devant un brasier, 
et les flammes envelopperont vos ennemis; ils apprendront a connaitre votre nom; les nations 
trembleront devant vous : 4 quand vous ferez ces prodiges, l'effroi saisira les montagnes. 
Depuis l'origine des siecles, nous n'avons pas entendu raconter de semblables prodiges ; aucun 
ceil n'a vu, excepte vous, Seigneur, ce que vous preparez dans votre misericorde a ceux qui 
font penitence. Vous viendrez a la rencontre de ceux qui vivent selon la justice ; ils se 
souviendront de vos voies, 6 Seigneur ! Vous etiez irrite contre nous, nous vous avions 
offense ; et voila pourquoi nous avons erre ; nous sommes devenus tous comme un homme 
impur, et nos ceuvres comme un linge souille. Nous sommes tombes ainsi que la feuille, et nos 
crimes, semblables a un vent violent, nous ont disperses. 5 Qui vous invoque aujourd'hui, qui 
se souvient du Seigneur et s'attache a lui? Personne. Vous nous avez voile votre face, vous 
nous avez livres au glaive a cause de nos peches. Regardez-nous maintenant, Seigneur, nous 
sommes tous votre peuple. La ville de votre saint est devenue deserte, Sion est une solitude, 
Jerusalem est frappee de malediction. Votre maison, notre sanctuaire et notre gloire, chantee 
par nos peres, n'est plus qu'un amas de cendres; toutes les nations triomphent et viennent 
fondre sur nous. Et vous l'avez souffert, Seigneur, et vous avez garde le silence et humilie a ce 
point notre orgueil ! » 

6 Alors Tryphon s'ecria; — Que dites-vous, voulez-vous faire entendre que personne de nous 
ne sera admis sur la montagne sainte a partager l'heritage du Seigneur? 
XXVI. 

1 — Ce n'est point la, Tryphon, ce que je veux dire, je parle de ceux qui ont persecute le 
Christ et le persecutent encore, sans vouloir faire penitence; ceux-la assurement n'auront 
aucune part a l'heritage sur la montagne sainte, tandis que les gentils qui, touches de repentir, 
auront cru en Jesus-Christ, entreront dans l'heritage du Seigneur avec les patriarches, les 
prophetes et les justes de la race de Jacob, bien qu'ils n'observent ni la circoncision, ni le 
sabbat, ni vos fetes. 

2 C'est Dieu lui-meme qui l'annonce en ces termes par le prophete Isaie : 

« Moi, le Seigneur, je t'ai appele dans les decrets de ma justice; je te prendrai par la main, je te 
defendrai, je te donnerai pour signe d'alliance a mon peuple et pour lumiere aux nations; tu 
ouvriras les yeux aux aveugles, tu briseras les fers des captifs, tu delivreras de la servitude 
ceux qui etaient assis dans les tenebres. » 

3 Et ailleurs : 

« Levez l'etendard a la face des nations; le Seigneur s'est fait entendre aux extremites de la 
terre. Dites aux filles de Sion : Voici ton Sauveur, sa recompense est avec lui, et ses miracles 
le precedent Ceux qui viendront seront appeles le peuple saint, le peuple rachete du Seigneur; 
et toi, ton nom sera la ville bien-aimee, et non plus la ville delaissee. Qui est celui qui vient 
d'Edom et de Bosra avec des habits teints de sang; quel est cet homme beau dans sa parure et 
qui marche avec tant de majeste? — Je suis le Verbe qui vient avec des paroles de justice et 
de salut. 4 — Pourquoi votre robe est-elle rouge, et vos vetements comme les habits de ceux 
qui foulent la vendange ? — J'etais seul a fouler le vin, aucun homme d'entre les peuples n'est 
venu a moi, je les al brises dans ma fureur, je les ai foules comme dela poussiere, et j'ai 
repandu leur sang sur la terre. Voici que pour eux est arrive le jour de la vengeance ; l'annee 
de la redemption est venue. J'ai regarde, personne autour de moi pour me secourir; j'ai 
cherche, je n'ai pas trouve un appui. Mon bras alors a ete mon sauveur, et mon indignation m'a 
secouru; j'ai ecrase ce peuple dans ma fureur et j'ai disperse son sang sur la terre. » 



XXVII. 

1 Alors Tryphon, prenant la parole : — Pourquoi, me dit-il, ne vous attachez-vous qu'aux 
passages qui favorisent votre opinion, et ne parlez-vous pas de ceux qui ordonnent 
expressement de celebrer le sabbat? Voici ce que dit le Seigneur par le meme Isaie : « Si vous 
ne voyagez pas le jour du sabbat, si vous oubliez votre volonte dans ce jour qui m'est 
consacre, si vous appelez le sabbat du Seigneur vos saintes delices, si vous n'allez pas en ce 
jour a votre travail ordinaire, si aucune parole mauvaise ne sort de votre bouche, alors vous 
vous rejouirez dans le Seigneur, il vous fera jouir des biens de la terre, il vous nourrira dans 
l'heritage meme de Jacob votre pere. Le Seigneur a parle. » 

2 — Mes amis, leur repondis-je, si j'ai omis ce passage du prophete, ce n'est point parce qu'il 
m'etait contraire ; mais j'ai suppose que vous aviez compris et que vous comprenez bien, que 
si Dieu vous a recommande de suivre les observances prescrites par Moise, il n'a cesse en 
meme temps de repeter qu'il ne vous les avait imposees qu'a raison de votre ingratitude et de 
la durete de votre cceur, afin que par elles vous pussiez vous ouvrir une voie de penitence, un 
moyen de salut qui vous rende agreable a ses yeux, et qu'on ne vous vit plus desormais 
immoler vos enfants aux demons, prendre part aux larcins, n'aimer que l'argent, n'agir que par 
cupidite, refuser justice a l'orphelin, protection a la veuve, et vous presenter devant lui les 
mains pleines de sang. 

3 « Car les filles de Sion, dit le Seigneur, marchent la tete haute, en faisant signe des yeux et 
deployant de longues tuniques. » 

« Tous se sont egares, dit encore l'Ecriture, tous sont devenus inutiles; il n'est pas un seul qui 
comprenne, pas un seul; leur langue s'est deliee pour le mensonge; leur gosier est un sepulcre 
ouvert, leurs levres recelent un poison devorant, les angoisses et la desolation sont dans leurs 
voies, ils n'ont pas connu le sentier de la paix. » 

4 Dans le principe, Dieu vous avait present toutes les observances, uniquement a cause de 
votre perversite. Eh bien! e'est a raison de votre perseverance dans la meme voie, ou plutot de 
votre intention d'y perseverer, qu'il se sert encore des memes pratiques pour vous obliger a 
vous souvenir de lui et a le reconnaitre. Vous etes, ainsi qu'il le dit, un peuple au cceur dur et 
Insense, un peuple aveugle et incertain dans ses voies, des enfants d'incredulite qui ne l'adorez 
que des levres et dont le cceur est si loin de lui, qui enseigne votre doctrine et non la sienne. 5 
Et puis, dites moi, a-t-il voulu rendre prevaricateurs vos pontifes qui offrent des presents le 
jour du sabbat, et faire tomber dans le peche ceux qui donnent ou recoivent la circoncision en 
ce jour, puisqu'il ordonne de circoncire l'enfant an bout de huit Jours, quand meme le huitieme 
serait un jour de sabbat Ne pouvait-il pas placer la circoncision le jour qui suit ou qui precede 
le sabbat, si e'etait un crime de la donner ce jour-la? ou bien pourquoi n'a-t-il pas impose 
toutes ces pratiques a ceux qui furent appeles justes avant Moise et avant Abraham, et qui, 
sans elles, n'en furent pas moins agreables a ses yeux ? 

XXVIII. 

1 Vous nous l'avez deja dit, repondit Tryphon, et nous vous avons ecoute attentivement; car, a 
vrai dire, la chose merite cette attention. II ne faut pas, je crois, se contenter de repondre ici 
avec le vulgaire : e'est que Dieu l'a ainsi voulu ; car e'est toujours la le refuge de ceux qui ne 
savent que dire quand on leur fait une question. 

2 — Eh bien ! lui dis-je, si je ne raisonne que d'apres les Ecritures et les evenements, vous ne 
devez plus rester incertains ni balancer a me croire, bien que je sois incirconcis. Songez-y, 
tres peu de temps vous est encore laisse pour venir a nous. Si le jour du Christ vous surprend 
dans votre incredulite, en vain vos larmes attesteront votre repentir, vous ne serez pas ecoutes. 
« Preparez la terre nouvelle, dit Jeremie, ne semez pas sur des epines, recevez la circoncision 
du Seigneur, la circoncision du cceur. » 



3 Ne semez done pas parmi les ronces, sur une terre non labouree et qui ne peut donner de 
fruits. Reconnaissez le Christ, et alors vos cceurs deviendront une terre riche, feconde, 
heureusement preparee. 

« Voici que les jours viennent, dit le Seigneur, Je visiterai tous ceux qui sont incirconcis, 
l'Egypte, Juda, Edom, les enfants de Moab; tous ces peuples sont incirconcis de corps, mais 
e'est le cceur qui est incirconcis dans la maison d'Israel. » 

4 Voyez-vous comme Dieu rejette cette circoncision qui n'etait qu'une simple marque 
distinctive? a-t-elle beaucoup servi aux Egyptiens, aux fils de Moab, a ceux d'Edom? Mais 
qu'on soit Scythe ou Persan, pourvu qu'on ait la connaissance de Dieu et de son Christ, pourvu 
qu'on observe ses commandements eternels, alors on a la vraie circoncision, la seule utile et 
glorieuse, celle qui rend nos personnes cheres a Dieu et nos dons agreables a ses yeux. 5 
Souffrez que je vous cite ces autres paroles qu'il adresse a son peuple par la bouche de 
Malachie, l'un des douze prophetes : 

« Mon amour n'est point en vous, dit le Seigneur, et je ne recois pas vos sacrifices; car depuis 
le lever du soleil jusqu'a son coucher, mon nom est grand parmi les nations; on offre a mon 
nom en tout lieu un sacrifice, une oblation pure, parce qu'aujourd'hui mon nom est en honneur 
chez tous les peuples; mais vous le deshonorez, s'ecrie le Seigneur. » 
II dit encore par la bouche de David : 

«Un peuple que je ne connaissais pas s'est montre fidele a ma voix, il a entendu ma parole et 
l'a suivie. » 
XXIX. 

1 Que toutes les nations reunies benissent ensemble le Seigneur qui nous a visite; glorifions-le 
par son fils, le roi de gloire, le Dieu des vertus. II a temoigne son amour aux nations : nos 
sacrifices lui ont ete plus agreables que ceux d'Israel. Qu'ai-je done besoin de votre 
circoncision, si j'ai le temoignage de Dieu meme? A quoi bon votre bapteme, si j'ai recu celui 
de l'Esprit saint? 2 II me semble que ce langage est de nature a persuader ceux qui ont le 
moins d'intelligence; et ce langage ne vient pas de moi. Ce n'est point ici la parole de 
l'homme; l'art ne l'a point arrangee. Voila ce que chantait David, ce qu'annoncait Isaie, ce que 
publiait Zacharie, ce qui fut ecrit par Moise. Le reconnaissez-vous avec moi, Tryphon? Ces 
paroles ne sont-elles pas consignees dans vos livres, ou plutot dans les notres? Car nous nous 
attachons a l'esprit de ces livres; et vous, vous les lisez sans les comprendre. Si nous sommes 
incirconcis, e'est qu'ainsi Dieu nous a faits; 3 pourquoi nous le reprocher, pourquoi regarder 
cet etat comme un opprobre? et pour avoir fait tiedir de l'eau un jour de sabbat, a-t-on commis 
un crime affreux? Est-ce que Dieu ne gouverne pas le monde ce jour-la comme les autres 
jours? Est-ce que les pontifes ne sont pas obliges le jour du sabbat, ainsi que les autres jours 
de la semaine, de s'occuper du soin des sacrifices ? Encore une fois, cette multitude de justes 
qui n'avaient observe aucune des pratiques prescrites par la loi n'ont-ils pas ete loues par le 
Seigneur et honores de son temoignage? 
XXX. 

1 N'attribuez qu'a votre perversite les blasphemes que se permettent contre Dieu les insenses 
qui osent dire qu'il n'a pas etabli pour tous et en tout temps le meme moyen de salut En effet, 
toutes vos pratiques ont ete jugees absurdes, indignes de Dieu, par des hommes trop peu 
eclaires pour juger qu'elles pouvaient servir a ramener dans les voies de la penitence un 
peuple comme le votre, travaille de je ne sais quelle maladie d'esprit, et pour comprendre que 
la loi qui ne parut qu'apres Moise etait cependant la loi eternelle. 2 Vous la trouvez annoncee 
dans un des psaumes ( le 18e ) ; vous y lisez que les preceptes du Seigneur qui donnent la 
sagesse sont plus doux que le miel le plus delicieux: ce qui le prouve, e'est que nous 
affronterions la mort plutot que d'abjurer son saint nom. Nous lui demandons avant toute 
chose, comme on le sait, d'etre preserves des ennemis caches, e'est-a-dire des esprits pervers 
et trompeurs, comme le prophete le dit en termes figures, quand il fait parler dans ce psaume 



ceux qui croient au Christ, et pour echapper aux attaques de ces ennemis du culte de Dieu, je 
veux dire 3 les mauvais genies que nous adorions autrefois, nous demandons au Seigneur par 
Jesus-Christ, son fils, qu'il nous conserve purs et sans tache, apres nous avoir fait connaitre la 
verite. Nous appelons le Christ notre soutien, notre Sauveur, lui dont le nom seul fait trembler 
les demons. Ne voyez-vous pas qu'en effet, au seul nom de Jesus, crucifie sous Ponce-Pilate, 
les demons sont chasses et vaincus? Et quelle preuve plus evidente de la puissance qui lui fut 
donnee par Dieu le pere, que de voir son nom et les merites de sa passion terrasser les 
puissances de l'enfer? 
XXXI. 

I Si telle est la force attachee aux merites de ses souffrances, quelle est done celle qu'il 
deploiera lors de son glorieux avenement? 

II viendra du haut des nuees comme le Fils de l'homme, a dit Daniel, et les anges formeront 
son cortege. 2 Ecoutez les paroles du prophete : 

« Je regardai jusqu'a ce que les trones furent places, et l'ancien des jours s'assit; son vetement 
etait blanc comme la neige, et les cheveux de sa tete comme une laine pure, son trone comme 
la flamme du feu, et ses roues comme un feu ardent, et un fleuve de feu sortait rapidement de 
sa face, mille millions le servaient, et dix mille millions etaient devant lui. Le jugement s'assit 
et les livres furent ouverts. 3 Je regardais a cause de la voix des grandes paroles que la corne 
proferait, et je vis que la bete fut tuee et que son corps fut dechire et fut livre pour etre devore 
par le feu, et que la puissance des autres betes leur fut otee, et que le temps de la vie leur fut 
donne jusqu'a un certain jour et un temps marque. Je regardais done en la vision de la nuit, et 
voici comme le fils de l'homme qui venait sur les nuees du ciel, et il s'avanca jusqu'a l'ancien 
des jours, et on l'offrit en sa presence, 4 et il loi donna la puissance, l'honneur, et l'empire; et 
tous les peuples, tribus et langues, le servirent. Sa puissance est une puissance eternelle qui ne 
sera pas transferee, et son regne ne sera point affaibli. Mon esprit fut saisi d'horreur. Moi, 
Daniel, je fus effraye de ces choses, et les visions de ma tete me troublerent. Je m'approchai 
de l'un des assistants et lui demandai la verite de toutes ces choses, et il me donna 
interpretation des paroles et m'enseigna : Ces quatre grandes betes sont quatre royaumes qui 
s'eleveront de la terre, et ils recevront le royaume du Seigneur le Dieu tres-haut, et obtiendront 
le royaume jusqu'au siecle et au siecle des siecles. 5 Apres je voulus soigneusement 
m'enquerir de la quatrieme bete qui etait tres differente des autres et terrible : ses dents et ses 
ongles etaient de fer, elle mangeait et brisait, et foulait a ses pieds les restes ; et je m'informai 
des dix cornes qu'elle avait a la tete et, de l'autre, qui s'etait elevee devant laquelle etaient 
tombees trois cornes; et de cette corne qui avait des yeux et une bouche qui proferait de 
grandes choses, et cette bete etait plus grande que les antres. Je regardais, et voici que cette 
corne faisait la guerre aux saints et prevalait sur eux, jusqu'a ce que l'ancien des jours fut venu 
et qu'il eut donne son jugement aux saints du Tres-Haut. Et le temps vint et les saints obtinrent 
le royaume, et il dit ainsi : 6 La quatrieme bete sera le quatrieme royaume, lequel sera plus 
grand que tous les royaumes et devorera toute la terre, et la foulera et la brisera. Mais les dix 
cornes de ce royaume seront les dix rois, et un antre s'elevera apres eux qui sera plus puissant 
que les premiers, et il humiliera trois rois. Et il pariera orgueilleusement contre le Tres-Haut et 
il brisera ses saints; et il croira qu'ilpeut changer les temps et les lois, et les hommes seront 
livres en sa main jusqu'a un temps et des temps et la moitie d'un temps ; 7 et le jugement 
interviendra, afin que la puissance lui soit otee et qu'il soit brise, qu'il soit dechire jusqu'a la 
fin, et que le regne et la puissance, et la grandeur du royaume qui est sous le ciel, soient 
donnes au peuple des saints du Tres-Haut dont le peuple est eternel, et tous ta rois le serviront 
et lui obeiront. Ici est la fin de la parole. Moi, Daniel, j'etais fort trouble par mes pensees, et 
mon visage changea, et je gardais la parole en mon coeur. » 
XXXII 



1 Je m'arretai. Alors Tryphon me dit: — Ces passages et d'autres semblables nous forcent de 
reconnaitre qu'un Messie doit venir plein de gloire et de puissance, et qu'il recevra des mains 
de l'ancien des jours le royaume eternel, en sa qualite de Fils de l'homme; mais votre Christ, 
celui que vous appelez de ce nom, a ete sans gloire, meprise, au point d'encourir la derniere 
des maledictions portee par la loi : il a ete mis en croix. 

2 Je lui repondis: — Si les oracles que j'ai cites n'annongaient pas qu'il sera sans beaute, qu'on 
ne pourra raconter sa generation, que les riches mourront a cause de sa mort, que nous serons 
gueris par ses meurtrissures, qu'il sera conduit a la mort comme un agneau ; si je ne vous 
avais pas expose ses deux avenements, l'un ou il sera perce par vous, l'autre ou vous 
reconnaitrez celui que vous avez perce, ou toutes vos tribus se lamenteront et meleront leurs 
gemissements, ou les hommes et les femmes dans leur effroi fuiront de divers cotes, mes 
paroles pourraient vous paraitre obscures et insignifiantes. Aussi, dans toute cette discussion, 
je ne veux raisonner que d'apres les livres que vous regardez comme saints et prophetiques, 
esperant que le principe de vie confie a ces livres par la grace du Dieu tout-puissant, pour 
amener les hommes au salut eternel, operera la conversion de quelques-uns d'entre vous. 

3 Et afin de repandre encore plus de clarte sur l'objet de la discussion, je citerai d'autres 
oracles, ceux du roi David, ou vous verrez que l'Esprit saint donne au Christ le nom de 
Seigneur, qu'il a ete rappele de la terre au ciel par son pere, le maitre de toutes choses, et place 
par lui a sa droite jusqu'a ce qu'il ait reduit ses ennemis a lui servir de marchepied ; et n'est-ce 
pas la ce qui s'accomplit depuis que le Christ est ressuscite d'entre les morts et monte aux 
cieux ? Le temps court a sa fin; il apparait, il est deja a la porte, celui qui doit vomir tant de 
blasphemes contre le Tres-Haut et regner selon Daniel un temps, puis des temps, et deplus un 
demi-temps. 4 Comme vous ignorez la duree de son regne, tous vous figurez tout autre chose. 
Par le mot temps, vous entendez une duree de cent annees, et d'apres votre calcul, il faudrait 
que l'homme d'iniquite regnat au moins trois cent cinquante ans, en comptant pour deux 
siecles le pluriel tempora employe par le prophete. 5 Ce n'est pas sans dessein que je me suis 
permis cette digression; j'ai voulu qu'une fois convaincus que vous n'etes que des enfants sans 
intelligence, comme le dit le Seigneur, et bien persuades de la verite de ces autres paroles : 

« Je ferai un prodige pour remuer ce peuple, je detruirai la sagesse des sages ; j'obscurcirai 
l'intelligence de ceux qui se croient habiles, » 

vous cessiez enfin de vous tromper vous-memes et ceux qui vous ecoutent, pour ne plus 
suivre d'autres maitres que ceux a qui la grace de Jesus-Christ a communique la veritable 
sagesse. 6 Or, voici les paroles de David : 

« Le Seigneur a dit a mon Seigneur : Asseyez-vous a ma droite, jusqu'a ce que je reduise vos 
ennemis a vous servir de marchepied. L'Eternel va faire sortir de Sion le sceptre de votre 
autorite ; vous etablirez votre empire au milieu de vos ennemis, les peuples vous obeiront au 
jour de votre force; au milieu de la splendeur de vos saints, je vous ai engendre avant l'aurore. 
L'Eternel l'a jure, il ne re voquera jamais son serment; vous etes le pretre eternel selon l'ordre 
de Melchisedech. Le Seigneur est assis a votre droite, il ecrasera les rois au jour de sa colere. 
II jugera les nations, il multipliera la mort, il brisera la tete de celui qui a domine la terre, il 
boira en passant l'eau du torrent; c'est pourquoi il levera la tete. » 
XXXIII. 

1 Je sais que vous osez dire qu'il ne s'agit ici que du roi Ezechias; mais les paroles memes du 
texte vont vous prouver combien vous etes dans l'erreur. H est dit : 
« L'Eternel l'a jure, il ne revoquera jamais son serment; » 
etpuis: 

« Vous etes le pretre eternel selon l'ordre de Melchisedech. » 

Rappelez-vous encore ce qui suit et ce qui precede. Oserez-vous dire qu'Ezechias ait ete 
pretre et pietre eternel ? Ne voyez-vous pas que ces paroles n'ont de sent qu'autant qu'elles 
s'appliquent a notre Jesus? Mais vos oreilles sont fermees, et vos cceurs aveugles. 2 C'est a 



cause de votre incredulite que le Seigneur a recours au serment, lorsqu'il declare que le Christ 
est le pontife selon l'ordre de Melchisedech; voici le sens de ces paroles : De meme que 
Melchisedech, appele pretre du Tres-Haut par Moise, fut le pretre des incirconcis, et benit 
Abraham qui avait recu la circoncision et lui offrit la dime, de meme Dieu declare que son 
pretre eternel, appele Seigneur par l'Esprit saint, sera le pretre des incirconcis, et qu'il se plaira 
a recevoir et a benir ceux des circoncis qui viendront a lui, c'est-a-dire qui croiront a sa parole 
et demanderont sa benediction. La fin du psaume vous annonce que d'abord il sera pauvre et 
humilie, puis eleve en gloire; car voyez ce rapprochement : 
« II boira en chemin de l'eau du torrent, et c'est pour cela qu'il levera la tete. » 
XXXIV. 

1 Mais Je veux vous prouver que vous n'entendez en aucune maniere les divines Ecritures. 
L'Esprit saint a dicte au roi-prophete un autre psaume, qui ne peut encore s'entendre que du 
Christ, et dont vous voulez faire l'application a Salomon, qui fut aussi un de vos rois. II suffit 
de l'equivoque d'un mot pour vous faire illusion. Parce qu'on y lit celui-ci: « La loi pure du 
Seigneur, » a l'instant vous croyez qu'il s'agit non de la loi donnee apres Moise, mais de la loi 
publiee par le ministere de ce legislateur, bien que dans ce psaume Dieu vous declare qu'il 
donnera une loi nouvelle, un testament nouveau. 2 Et parce que vous usez ensuite ces mots: 
Donnez votre jugement au roi, comme en effet Salomon fut roi, vous voulez que ce psaume le 
concerne, lors meme que les paroles font entendre si clairement qu'il s'agit d'un roi dont le 
regne sera eternel, ce qui ne peut s'entendre que du Christ. Car le Christ est ici annonce avec 
tous les traits qui le caracterisent, c'est-a-dire et comme rai, et comme pretre, et comme Dieu, 
Seigneur, ange, homme, chef d'armee, comme pierre angulaire, comme enfant qui nait, 
comme homme de douleurs, puis retournant au ciel, venant ensuite avec gloire, et possedant 
l'empire eternel, 3 ainsi que je vous le prouve d'apres toutes les Ecritures. Mais pour mieux 
me faire comprendre, je vais vous citer le psaume tout entier : 

« Seigneur, donnez au roi votre jugement, et au fils du roi votre justice. II jugera votre peuple 
dans la justice et les pauvres dans l'equite. Les montagnes produiront la paix au peuple, et les 
collines la justice ; il jugera les pauvres d'entre le peuple, il sauvera les fils du pauvre, il 
brisera l'oppresseur. II sera craint autant que dureront le soleil et la lune pendant le cours des 
generations; il descendra comme la pluie sur l'herbe nouvellement coupee, comme toi gouttes 
de la rosee sur la terre. 4 La justice se levera en ces jours, et l'abondance et la paix; et leur 
duree egalera celle des astres dans le ciel ; il dominera de la mer jusqu'a la mer, des fleuves 
jusqu'aux extremites de la terre; les habitants du desert se prosterneront devant lui, et ses 
ennemis baiseront la poussiere de ses pieds. Les rois de Tarse et les nes lointaines lui 
apporteront des presents, les princes de l'Arabie et de Saba lui apporteront des offrandes, tous 
les rois de la terre l'adoreront, et les nations lui seront assujetties, parce qu'il arrachera le 
pauvre des mains du puissant, le pauvre qui n'avait point d'appui; 5 il sera bon au pauvre et a 
l'indigent, il sauvera les ames des pauvres. II les delivrera de l'usure et des violences, leur sang 
sera precieux devant loi; il vivra, et l'or de l'Arabie lui sera donne. II sera l'objet de tous les 
vceux, on le benira a jamais. H sera affermi sur la terre, il s'elevera sur le haut des montagnes; 
et les fruits croitront, ils se multiplieront au sein des villes comme l'herbe de la prairie. 6 Son 
nom sera beni dans tous les siecles, son nom dorera autant que le soleil ; toutes les nations de 
la terre seront benies en lui, toutes les nations le glorifieront. Beni soit le Seigneur, le Dieu 
d'Israel, qui seul opere les merveilles ! Beni soit a jamais le nom de sa gloire ! toute la terre 
sera remplie de sa majeste! Qu'il soit ainsi, qu'il soit ainsi ! » 
A la fin de ce psaume, on lit ces paroles : 
« Ici finissent les hymnes de David, fils de Jesse. » 

7 Je conviens avec vous que Salomon fut un grand roi, qu'il a jete un grand eclat, que sous lui 
fut bati ce superbe edifice que vous appelez le temple de Jerusalem. Mais il est evident qu'on 
ne peut loi appliquer aucune des paroles de ce psaume. Tout l'univers l'a-t-il adore ? A-t-il 



etendu son empire jusqu'aux extremites de la terre ? Tous ses ennemis se sont-ils prosternes 
devant lui? Les rois sont-ils venus baiser la poussiere de ses pieds ? 8 Permettez-moi de 
rapporter ce qu'il est dit de lui dans le livre des Rois. N'y lisez-vous pas que, pour plaire a une 
femme qu'il aimait, il adora les dieux de Sidon? Et voila ce qu'on ne verra jamais faire a ceux 
des gentils auxquels Jesus-Christ a fait connaitre le Dieu createur de l'univers : ils 
endureraient plutot toutes les tortures, tous les supplices et jusqu'a la mort la plus cruelle, que 
de flechir le genou devant les faux dieux, que de manger seulement des viandes offertes aux 
idoles. 
XXXV. 

1 — Cependant, reprit Tryphon, j'entends dire que plusieurs de ceux qui confessent le Christ, 
et qu'on appelle Chretiens, mangent de ces viandes et pretendent ne contracter aucune 
souillure. 

2 Je lui repondis: — Ce sont des hommes qui, tout en se disant Chretiens, tout en confessant 
que Jesus crucifie est le Seigneur et le Christ, ne suivent point sa doctrine, mais celle des 
esprits de tenebres ; et par la meme qu'il existe des hommes de ce caractere, nous ses disciples 
attaches a la doctrine veritable et pure, nous n'en sommes que plus fermes, pins inebranlables 
dans la foi qu'il nous a enseignee. Car nous voyons de nos propres yeux se realiser ce qu'il 
avait lui-meme predit : 

3 « Plusieurs viendront en mon nom couvert de peaux de brebis, mais au-dedans ce sont des 
loups ravissants. » 

Ailleurs il est dit : 

« Qu'il y aurait des schismes et des heresies. » 

Dans un autre endroit vous lisez encore ces paroles : 

« Gardez-vous des faux prophetes qui viendront a vous couverts d'une peau de brebis, loups 

ravissants au-dedans; » 

et enfin : 

« On verra s'elever plusieurs antechrists, plusieurs faux prophetes qui seduiront un grand 

nombre de fideles. » 

4 II y a eu et il existe encore, mes amis, beaucoup de ces hommes qui, sous le nom de Jesus, 
enseignent les plus monstrueuses impietes : nous les designons par le nom de sectes et des 
heresies dont ils ont ete les auteurs; 5 car chacun d'eux enseigne a sa maniere ses affreux 
blasphemes contre le Dieu createur de toutes choses, contre le Christ, dont ce Dieu avait 
annonce la venue, contre le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Nous ne communiquons 
point avec ces hommes, nous les savons injustes, impies, athees, sans loi; ils n'adorent point le 
Christ, ils ne le confessent qu'en paroles ; ils ressemblent aux gentils, qui impriment le nom de 
Dieu sur les ouvrages de leurs mains ; 6 ils se parent du nom du Christ, et ils participent a des 
sacrifices impies, abominables. Les uns s'appellent marcionites, les autres valentiniens, ceux- 
ci basilidiens, ceux-la satorniliens. Tous portent le nom du chef de leur secte, comme ceux qui 
veulent, ainsi que je l'ai dit plus haut, s'attacher a une ecole de philosophic, se plaisent a 
prendre le nom de l'auteur du systeme qu'ils embrassent. 

7 Nous sommes certains que Jesus-Christ voyait dans l'avenir ce qui arriverait apres lui ; 
temoins les paroles que nous avons citees, et ses predictions sur le sort reserve a ceux qui 
croient en lui et confessent son nom; car il nous avait annonce tout ce que nous avons a 
souffrir aujourd'hui de la part de nos proches, qui nous font une guerre a outrance et nous 
mettent a mort, de sorte qu'on ne peut le trouver en defaut sur rien de ce qu'il a dit ou fait. 8 
Voila pourquoi nous prions pour vous et pour tous ceux qui nous haissaitnous demandons 
que touches de repentir, a notre exemple, vous rentriez en vous-memes, vous cessiez vos 
blasphemes contre Jesus-Christ, que sa doctrine, les oracles qui l'ont annonce, les ceuvres, et 
les prodiges qui s'operent en son nom vous montrent si pur et si saint ; et que devenus ses 
disciples, vous obteniez le salut au jour de son second avenement, lorsqu'il apparaitra dans 



toute sa gloire, au lieu d'entendre de sa bouche la sentence qui vous condamnerait a un feu 

eternel. 

XXXVI. 

1 — Eh bien ! dit Tryphon, supposons les choses comme vous le dites : j'admets que le Christ 
soit la pierre angulaire; je vous accorde que les oracles aient annonce qu'il devait souffrir, 
mais qu'apres son premier avenement il reparaitrait environne de gloire, qu'il jugerait tous les 
hommes, qu'il serait le roi, le pere eternel; mais prouvez-moi que votre Jesus est bien le Christ 
que les prophetes ont ainsi annonce. 

2 — Volontiers, lui dis-je; j'arriverai en temps et lieu aux preuves que vous me demandez. 
Mais, dans ce moment, permettez-moi de nouvelles reflexions sur les proprieties qui nous 
apprennent que le Christ a ete appele Seigneur et Dieu des vertus, Dieu de Jacob; et que vos 
docteurs sont des insenses, pour me servir de l'expression de l'Ecriture, lorsqu'ils pretendent 
que toutes ces paroles doivent s'entendre, non du Christ, maio de Salomon, parce que celui-ci 
fit transporter l'arche d'alliance dans le temple qu'il avait eleve. 3 Le psaume que je vais citer 
est de David : 

« La terre et tout ce qu'elle renferme est au Seigneur, l'univers et tout ce qui l'habite est a lui; 
c'est lui qui l'a affermi au milieu des mers et qui l'a eleve au-dessus des fleuves. Qui montera 
sur les montagnes du Seigneur ? qui s'arretera dans son sanctuaire? 
Celui qui a les mains innocentes et le cceur pur, qui n'a pas recu son ame en vain, qui n'a 
jamais ete parjure, celui-la recevra la benediction du Seigneur, 4 et obtiendra la misericorde 
de Dieu son Sauveur. Telle est la race de ceux qui cherchent le Seigneur, qui cherchent votre 
presence, Dieu de Jacob. Ouvrez-vous, 6 portes eternelles, et le roi de gloire entrera. Quel est- 
il ce roi de gloire? C'est le Seigneur, le fort, le puissant dans les combats. Ouvrez-vous, 
portes, ouvrez-vous, portes eternelles, et le roi de gloire entrera. Quel est-il ce roi de gloire? 
C'est le Seigneur, le Dieu des vertus : c'est lui qui est le roi de gloire. » 
5 Je vous ai deja montre que Salomon n'etait pas le Seigneur des vertus. Ce psaume ne peut 
s'entendre que de notre Christ, qui remonta vers les cieux apres sa resurrection. Alors Dieu 
commanda aux princes «de la milice celeste ranges par ordre d'ouvrir les portes du ciel, afin 
que le roi de gloire y fit son entree, et que s'elevant jusqu'au trone de son pere, il vint s'asseoir 
a sa droite, jusqu'a ce qu'il ait reduit ses ennemis a lui servir de marchepied, ainsi que nous 
l'avons dit ailleurs. 6 Mais les puissances du ciel, ne le reconnaissant pas dans l'etat pauvre, 
humble, abject ou elles le voient, demandent et s'ecrient : 
« Quel est done ce roi de gloire? » 

Alors l'Esprit saint leur repond au nom de Dieu le pere et en son propre nom : 
« Le Seigneur, le Dieu des vertus, c'est loi qui est le roi de gloire. » 

De tous ceux qui se trouvaient a la porte du temple qui osa faire l'application de ces paroles, 
quel est ce rai de gloire, soit a l'arche d'alliance, soit a Salomon, dont le regne fut d'ailleurs si 
glorieux? Personne, vous en conviendrez avec moi. 
XXXVII. 

1 Les transports d'allegresse qu'exprime le psaume quarante-sixieme se rapportent encore au 
Christ : « Dieu s'eleve au bruit des acclamations, le Seigneur s'eleve au son de la trompette. 
Chantez notre Dieu, chantez, celebrez notre roi; celebrez-le, parce que Dieu est le roi de la 
terre; chantez, comprenez ses merveilles. Dieu regne sur les nations, il est assis sur le trone de 
sa saintete. Les princes des peuples se sont unis au Dieu d'Abraham, parce que les forts 
suivant Dieu sont grandement eleves sur la terre. » 

2 Dans le psaume quatre-vingt-dix-huitieme, l'Esprit saint, parmi les reproches qu'il vous 
adresse, declare que celui que vous refusez de reconnaitre pour roi est bien le roi, le Seigneur 
de Samuel, d'Aaron et de Moise, et de tous les patriarches. 3 Voici les paroles de ce psaume : 
« Jehovah a regne, que les peuples tremblent ! II est assis sur les cherubins; que la terre soit 
emue ! Jehovah est grand en Sion, il est eleve au-dessus de tous les peuples ; que tous 



confessent son nom, son nom grand, saint et terrible. La force du roi cherit la justice ; c'est 
vous qui en avez etabli les lois ; vous avez rendu vos jugements et la justice au milieu de 
Jacob. Celebrez le Seigneur notre Dieu, prosternez-vous devant son marchepied, car il est le 
saint. 4 Moise et Aaron ont ete ses ministres. Samuel est de ceux qui invoquent son nom. lis 
invoquaient le Seigneur, dit l'Ecriture, et il les exaucait, et du milieu d'une colonne de nuages 
il parlait avec eux, parce qu'ils gardaient ses oracles et observaient les lois qu'il leur avait 
donnees. Jehovah notre Dieu, tu les exaucais : tu fus propice a leurs prieres et tu vengeas les 
outrages dont on les accablait. Exaltez Jehovah notre Dieu, prosternez-vous devant sa sainte 
montagne ; il est le saint, Jehovah notre Dieu. » 
XXXVIII. 

1 — Nous ferions bien, dit alors Tryphon, d'obeir a nos docteurs, qui nous defendent 
expressement tout rapport avec vous, pour n'etre pas exposes a entendre un pareil langage; car 
vous proferez la bien des impietes, quand vous voulez nous persuader que votre crucifie 
conversa avec Moise et Aaron, qu'il leur parla du sein de la colonne de nuees, qu'ensuite il 
s'est fait homme, qu'il a ete mis en croix, qu'il est monte au ciel, qu'il paraitra de nouveau sur 
la terre, qu'enfin il faut l'adorer. 

2 Je sais, lui repondis-je, et les divines Ecritures me rapprennent, que ce grand mystere de la 
sagesse du Dieu tout-puissant et createur de tous les etres vous est encore cache; aussi je vous 
plains du fond de mon cceur, et penetre pour vous de la plus vive compassion, je tache autant 
qu'il est en moi de faire entrer dans votre esprit ces verites qui, je le sais, heurtent de front 
toutes vos idees. Je fais en sorte d'etre au moins trouve sans reproche au jour du jugement. 
Mais vous entendrez bien d'autres choses encore plus contraires a vos prejuges. Loin de vous 
en irriter, pretez-moi une oreille plus attentive; interrogez-moi avec plus d'empressement 
Laisses la l'enseignement de vos maitres; c'est a eux que le Saint-Esprit fait le reproche de ne 
pouvoir comprendre la doctrine de Dieu et de vouloir avant tout enseigner la leur. 

3 Voici ce qui est encore dit du Christ dans le psaume quarante-quatrieme : 

« Mon cceur ne contient plus l'heureuse parole, c'est au roi que j'adresse mes cantiques, ma 
langue obeit comme la plume a l'ecrivain rapide; vous surpassez en beaute les plus beaux des 
enfants des hommes; la grace est repandue sur vos levres, parce que le Seigneur vous a beni 
pour l'eternite. Armez-vous de votre glaive, 6 le plus puissant des rois! revetez-vous de votre 
eclat et de votre gloire, et dans votre majeste marchez a la victoire; montez sur le char de la 
verite, de la clemence et de la justice, et votre droite se signalera par des merveilles; les 
fleches sont brulantes; les peuples tomberont a vos pieds, elles perceront au cceur les ennemis 
de mon roi. 4 Votre trone, 6 Dieu, est un trone eternel ; le sceptre de l'equite est le sceptre de 
votre empire ; vous aimez la justice et vous haissez l'iniquite ; c'est pourquoi, 6 Dieu, votre 
Dieu vous a sacre d'une onction de joie, au-dessus de tous ceux qui doivent y participer. La 
myrrhe, l'ambre et le sandal s'exhalent de vos vetements et des palais d'ivoire qui font vos 
delices, les filles des rois font votre gloire. La reine, votre epouse, est restee debout a votre 
droite revetue de l'or d'Ophir; ecoutez, 6 ma fille, voyez et pretez une oreille attentive, et 
oubliez votre peuple et la maison de votre pere, et le roi sera epris de votre beaute; c'est lui qui 
est votre Dieu, prosternez-vous devant lui, 5 les filles de Tyr viendront vous offrir des 
presents et les grands de la terre imploreront vos regards ; toute la gloire de la fille du roi vient 
de son coeur; ses vetements sont resplendissants d'or et de broderie, a sa suite paraitront une 
multitude de vierges ; 6 roi, les compagnes de la vierge vous seront presentees. On les 
amenera avec joie, avec allegresse; on les introduira dans le palais du roi. A la place de vos 
peres, il vous est ne des enfants : vous les etablirez princes sur toute la terre ; ils perpetueront 
le souvenir de votre nom, et les peuples vous glorifieront dans les siecles et dans l'eternite. » 
XXXIX. 



1 II n'est pas etonnant, continuai-je, que vous poursuiviez de votre haine des hommes qui 

comprennent le sens de ces paroles et qui refutent si victorieusement celui que veulent y 

attacher vos cceurs endurcis. Elie, parlant an Seigneur, disait de vous : 

« Seigneur, ils ont mis a mort vos prophetes et renverse vos autels ; je suis reste seul, et ils me 

cherchent pour m'oter la vie. » 

Et Dieu lui repondit : 

« II me reste encore sept mille hommes qui n'ont pas flechi le genou devant Baal. » 

2 C'est en leur faveur, comme vous le voyez, que Dieu, a cette epoque, ne fit point eclater sa 
colere. Eh bien ! s'il a retenu et s'il retient encore aujourd'hui les coups de sa justice, c'est qu'il 
sait que tous les jours quelques-uns des votres peuvent sortir des voies de l'erreur et embrasser 
la doctrine de Jesus-Christ. Apres les avoir eclaires par son fils, il repand sur eux ses dons 
selon qu'il les en juge dignes. L'un recoit le don de sagesse, l'autre d'intelligence; celui-la 
l'esprit de force, celui-ci la vertu de guerir, cet autre la connaissance de l'avenir ; les uns ont la 
science, les autres la crainte de Dieu! 

3 — Mais savez-vous bien, s'ecria Tryphon, que vous perdez la raison, que vous etes frappe 
de folie? 

4 — Non, mon ami, lui repondis-je, je ne suis pas dans le delire, je ne deraisonne pas. 
Ecoutez-moi : n'a-t-il pas ete predit que le Christ, lorsqu'il serait monte au ciel, nous 
emmenerait a sa suite, loin des voies de Terreur, et repandrait sur nous ses dons ? D'ailleurs, 
voici les paroles meme de la prophetie : 

« II est monte au plus haut des cieux, trainant apres lui de nombreux captifs ; et ses dons, il les 
a repandus sur les hommes. » 

5 C'est a la faveur de ces dons repandus sur nous par le Christ, apres son retour vers les deux, 
que nous pouvons vous prouver, les proprieties a la main, que vous qui etes sages a vos yeux 
et qui ne croyez qu'a votre prudence, vous etes seuls dans le delire; que c'est des levres 
seulement que vous honorez Dieu et son Christ ; pour nous qui sommes en possession de 
toute la verite, c'est par nos ceuvres que nous l'honorons ; c'est de coeur, c'est d'esprit, c'est par 
le sacrifice meme de notre vie, s'il le fallait. 6 Qui vous empeche done de reconnaitre que 
Jesus est bien le Messie, le Christ promis, ainsi que vous pouvez vous en convaincre et par les 
divines Ecritures que vous avez entre les mains, et par les evenements qui s'accomplissent 
sous vos yeux, et par les prodiges qui s'operent en son nom ? Peut-etre craignez-vous les 
persecutions des princes qui, pousses par l'esprit mauvais, l'esprit de tenebres ou le serpent, 
mettent a mort ceux qui confessent le nom de Jesus-Christ et ne cesseront de les poursuivre 
jusqu'a ce qu'il apparaisse de nouveau, qu'il detruise tous ses ennemis et qu'il rende a chacun 
selon ses ceuvres. 

7 — Non, dit Tryphon, nous n'avons pas cette crainte ; nous voulons seulement des preuves 
qui nous convainquent que celui qui, selon vous, fut crucifie et s'eleva vers le ciel, est bien le 
Christ de Dieu. Je vous accorde que les Ecritures nous annoncent la venue d'un Messie qui 
doit souffrir, reparaitre environne de gloire, recevoir de son pere un empire eternel sur toutes 
les nations, s'assujettir tous les peuples; vous nous l'avez assez prouve par tous les passages 
des livres saints que vous nous avez cites. Montrez-nous enfin que votre Jesus est bien ce 
Christ promis. 

8 — Pour ceux qui veulent comprendre, lui dis-je, la chose est deja prouvee par ces 
concessions memes; ne nous croyez pas embarrasses et dans l'impuissance de vous donner les 
preuves directes que vous demandez. Je vous les donnerai quand il sera temps, ainsi que je 
vous l'ai promis. Pour le moment, je reprends la suite de mes idees. 

XL. 

1 Le mystere de l'agneau que Dieu ordonna d'immoler a la solennite de Paques etait la figure 
du Christ. A raison de leur foi, ceux qui croient en lui teignent de son sang leurs maisons, 
e'est-a-dire eux-memes. Car cette figure d'argile, je veux dire ce corps d'Adam, que Dieu 



faconna, est la demeure de l'ame que le souffle de Dieu y fit descendre, ainsi que vous le 
comprenez sans peine. La loi qui ordonnait de sacrifier un agneau n'avait ete donnee que pour 
un temps, et voila comme je le prouve. 2 Dieu ne permit pas que l'agneau pascal fut immole 
ailleurs que dans l'endroit ou son nom est invoque. Cependant il savait bien qu'apres la mort 
du Christ, Jerusalem serait livree a ses ennemis et qu'avec elle finiraient les sacrifices; 3 mais 
cet agneau que la loi ordonne de bruler tout entier, n'etait-il pas la figure du sacrifice de la 
croix, que le Christ devait souffrir? Voyez, en effet, la disposition de ses membres, quand on 
le brule, n'offre-t-elle pas la figure d'une croix ? une broche le traverse verticalement de la tete 
aux pieds, tandis qu'une autre broche croise la premiere en traversant les epaules de l'agneau, 
et porte attachees sur elle, si je puis parler ainsi, les mains de la victime. 
4 Et ces deux boucs, entierement pareils, que la loi ordonne d'offrir les jours de jeune, dont 
l'un etait envoye dans le desert et Vautre immole, ne representent-ils pas les deux avenements 
de Jesus-Christ? le premier, lorsque les anciens du peuple et les pretres traiterent Jesus-Christ 
comme on traitait le bouc emissaire, car ils l'ont traine hors de la ville, ils ont porte sur lui 
leurs mains, ils l'ont devoue a la mort; le second, lorsque vous reconnaitrez, dans le lieu meme 
de Jerusalem, ce Jesus que vous avez accable d'outrages, et qui etait la victime de propitiation 
pour tous ceux qui veulent faire penitence, et qui observent le jeune dont parle Isaie; ce jeune, 
tout spirituel, qui consiste a dechirer les contrats, les obligations usuraires et tyranniques, et a 
pratiquer fidelement tous les devoirs que parcourt le prophete et que j'ai rappeles, d'apres lui, 
devoirs que ne manquent pas d'observer ceux qui croient en Jesus-Christ. 5 Vous savez aussi 
que ce sacrifice de deux boucs, que la loi prescrivait d'offrir les jours de jeune, devait se faire 
a Jerusalem et non ailleurs. 
XLI. 

1 Que dirai-je encore? L'offrande prescrite d'une mesure de farine, pour la guerison de la 
lepre, ne figurait-elle pas le pain eucharistique que Jesus-Christ ordonne d'offrir en memoire 
de la passion qu'il a soufferte pour nous guerir de tous nos peches, et rendre grace a Dieu 
d'avoir cree en faveur de l'homme et le monde et tout ce qu'il renferme, de vous avoir 
affranchis de l'iniquite dans laquelle nous etions plonges, enfin d'avoir brise, aneanti, la 
puissance de l'enfer, par le bras de celui qui voulut bien pour nous souffrir la mort? 

2 Aussi vous savez comme Dieu lui-meme parle des sacrifices que vous lui offriez autrefois. 
Je repete les paroles du prophete Malachie que j'ai deja citees : « Mon amour n'est pas en 
vous, dit le Seigneur, et je ne recevrai plus de presents de votre main ; car, depuis le lever du 
soleil jusqu'a son coucher, mon nom est grand parmi les nations, voila qu'on sacrifie en tous 
lieux 3 et une oblation pure est offerte a mon nom, parce que mon nom est grand parmi les 
nations, dit le Seigneur. Mais vous, vous l'avez prononce. Ici le prophete annonce deja le 
sacrifice que nous autres gentils nous offrons sur tous les points de la terre, je veux dire le 
pain et le calice eucharistiques ; et il ajoute que par nous son nom est glorifie, tandis que vous 
le profanez. Remarquez encore ce que la loi prescrivait au sujet de la circoncision : 4 elle 
voulait qu'elle fut donnee le huitieme jour, et figurait par la la veritable circoncision qui nous 
delivre du peche et de l'erreur, par notre Seigneur Jesus-Christ, ressuscite le lendemain du 
sabbat. Or, le jour d'apres le sabbat, qui se trouve le premier dans l'ordre des jours dont se 
compose le cercle de la semaine, en est aussi appele le huitieme, sans cesser d'en etre le 
premier. 

XLII. 

1 Que dirons-nous des douze sonnettes attachees a la robe du grand-pretre? Ne pourrait-on 

pas dire qu'elles representaient les douze apotres que la vertu de Jesus-Christ, le pontife 

eternel, avait attaches a sa personne, et dont la voix a rempli le monde entier et de la gloire de 

Dieu et de la grace de son Christ? ce qui faisait dire a David : 

« Leur voix a retenti par toute la terre, et leurs paroles se sont fait entendre jusqu'aux 

extremites du monde. » 



2 Isai'e, parlant au nom des apotres que les hommes avaient cm, non a leurs paroles, mais a la 
puissance de celui qui les avait envoyes, s'exprime en ces termes : 

« Seigneur, qui a cru a nos paroles, a qui la force de Dieu s'est-elle revelee ? Nous avons 
preche devant lui, et nous avons ete comme un jeune enfant ou plutot comme une faible plante 
dans une terre aride. » 

Ces paroles et celles qui suivent font partie de la prophetie que nous avons deja citee. 3 Mais 
remarquez ce passage. L'Ecriture parle d'abord au nom de plusieurs : « Nous avons annonce 
en sa presence. » Puis elle ajoute au singulier : « Comme un enfant. » Elle nous fait voir 
d'avance ce qui s'est realise depuis. Des hommes difficiles et durs sont devenus tout a coup 
humbles, soumis, dociles a ses ordres, et cette docilite ne faisait plus de tous qu'un enfant. 
Ainsi, dans le corps humain, vous distinguez plusieurs membres qui tous reunis ne forment 
qu'un seul corps et n'ont pas d'autre nom. Et ce que je dis du corps de l'homme on peut le dire 
d'un peuple, d'une assemblee. C'est une agregation de plusieurs personnes designees par un 
nom generique, comme ne formait pins qu'une seule et meme chose. 

4 Je pourrais ainsi, mes amis, parcourir toutes les pratiques instituees par Moise, et vous 
montrer qu'elles n'ont ete que des signes, des figures, des proprieties de ce qui devait arriver 
au Christ et a ceux qui croiraient en lui, et qui etaient connus d'avance, ou des ceuvres que le 
Christ devait lui-meme operer. Mais je crois en avoir dit assez pour vous convaincre de celte 
verite. Je reprends la suite de mon discours. 

XLIII. 

1 Comme la circoncision avait commence a Abraham, le sabbat, les sacrifices, les offrandes, 
les fetes a Moise, n'etaient etablis qu'a raison de la durete de votre coeur, ainsi que nous 
l'avons demontre; elles devaient finir a la venue de celui qui, d'apres la volonte de Dieu le 
pere, est ne d'une vierge de la race d'Abraham, de la tribu de Juda et du sang de David, je 
veux dire a la venue du Christ, le fils de Dieu, annonce au monde entier comme la loi 
nouvelle, le testament nouveau qui doit paraitre un jour, ainsi que le prouvent les differents 
oracles que nous avons deja cites. 

2 Pour nous, qui devons au Christ le bonheur de connaitre Dieu, nous avons recu non la 
circoncision de la chair, mais celle de l'esprit qu'Henoch et les autres justes ont observee; nous 
l'avons recue dans le bapteme, grace a la misericorde divine qui nous a affranchis du peche ; 
et vous pouvez tous la recevoir comme nous. 3 Mais puisque la discussion exige que nous 
entrions dans le mystere de la naissance du Christ, j'aborde ce sujet. Isaie nous dit que sa 
generation est ineffable. 

« Qui pourrait la raconter? s'ecrie-t-il. il a ete enleve a la terre, les iniquites de mon peuple 
l'ont conduit a la mort. » 

Ainsi l'Esprit saint lui-meme vous declare que la generation de celui qui doit mourir pour 
guerir les pecheurs par ses meurtrissures ne peut etre racontee; 4 mais comment est-il ne, 
comment a-t-il paru dans le monde? Pour l'apprendre a ceux qui croient en lui, voici comme 
l'Esprit saint a predit, par la bouche du meme prophete, ce qui s'est accompli : 

5 « Alors le Seigneur parla encore a Achaz et lui dit : Demande un prodige au Seigneur ton 
Dieu, au plus pro fond de l'abime ou au plus haut des cieux.» 

Achaz repondit : 

« Je me tairai et je ne tenterai point le Seigneur. » 

Le prophete s'ecria : 

« Ecoutez, maison de David, n'est-ce done pas assez pour vous de lasser la patience des 

hommes, faut-il encore que vous lassiez celle de mon Dieu ? C'est pourquoi le Seigneur vous 

donnera lui-meme un signe. Voila que la vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appele 

Emmanuel; il se nourrira de lait et de miel jusqu'a ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le 

bien. 6 Avant que l'enfant puisse discerner le bien du mal, qu'il eprouve le mal et choisisse le 

bien ; avant que l'enfant sache appeler son pere et sa mere, il detruira la puissance de Damas, 



et emportera les depouilles de Samarie devant le roi des Assyriens ; et cette terre que vous 
detestez, a cause de ces deux rois, sera abandonnee ; le Seigneur amenera, par les armes du roi 
d'Assyrie, sur vous et sur votre peuple, et sur la maison de votre pere, des jours tels qu'on en 
aura jamais vu de semblables depuis la separation d'Ephraim et de Juda. » 
7 Excepte notre Christ, il n'est pas on seul descendant dAbraham qui soit ne ou qu'on ait fait 
naitre d'une vierge, tout le monde en convient 8 Mais comme vous et vos docteurs vous osez 
assurer que le texte ne dit pas : « Voila qu'une vierge, » mais, « qu'une jeune fille concevra 
dans son sein et enfantera son fils ; » comme vous pretendez d'ailleurs que la prophetie ne 
peut s'entendre que d'Ezechias, un de vos rois, je vais essayer de vous montrer en peu de mots 
qu'il s'agit ici d'une vierge et que la prophetie regarde celui que nous reconnaissons pour le 
Christ. 
XLIV. 

1 Je vous parle dans vos interets; vous ne me ferez pas un crime, je l'espere, de recourir a 
toutes ces preuves pour tacher de vous convaincre; mais si par obstination ou par 
pusillanimite, a cause de la peine de mort portee contre les Chretiens, vous persistez a 
repousser la verite, il est evident que vous serez vous-memes les auteurs de votre perte. Vous 
etes entierement dans l'erreur, si vous vous croyez, parce que vous descendez dAbraham 
selon la chair, appeles a recueillir l'heritage des biens que Dieu promet, par son Christ, d'apres 
les divins oracles. 2 Aucun homme, quand il serait de la race dAbraham, ne peut avoir part a 
cet heritage, s'il n'a ete l'imitateur de la foi, s'il n'a eu l'intelligence de toutes les verites 
cachees, c'est-a-dire s'il n'a compris que, parmi les observances de la loi, les unes avaient pour 
objet le culte de Dieu et la pratique des devoirs de la justice, que les autres etaient des figures 
qui se rapportaient au mystere du Christ, ou n'avaient ete donnees qu'a raison de la durete de 
votre cceur; et vous avez la preuve de ce que j'avance dans les paroles du prophete Ezechiel ; 
c'est Dieu lui-meme qui parle : 

« Quand Noe, quand Jacob et Daniel me prieraient de faire grace a leurs fils et a leurs filles, 
ils ne l'obtiendraient pas. » 

3 C'est dans le meme sois qu'il dit encore par la bouche d'Isaie : 

« Le Seigneur Dieu a dit : Us sortiront et verront les cadavres des prevaricateurs; leur ver ne 
mourra point, leur feu ne s'eteindra jamais, et toute chair aura ce spectacle sous les yeux. » 

4 Renoncez done a de vaines esperances, cherchez plutot par quelle voie vous pourrez obtenir 
la remission de vos peches et renaitre a l'espoir des biens promis. 

Je n'en vois pas d'autre que celle-ci : la foi en Jesus comme le Messie promis, la remission des 
peches par le bapteme qu'avait annonce Isaie, et une vie desormais pure et sans tache. 
XLV. 

1 — Pardonnez-moi, me dit Tryphon, si j'interromps la suite de vos idees. J'ai besoin de vous 
faire ici une question, souffrez que d'abord je vous l'adresse. 

— Faites-moi, lui dis-je, toutes celles que vous voudrez, selon qu'elles vous viendront a 
l'esprit. Apres vos questions et mes reponses, je tacherai de reprendre la suite de mon discours 
et de finir. 

2 — Dites-moi, si ceux qui ont vecu selon la loi de Moue auront part a la vraie vie, comme 
Henoch, Jacob, Noe, au jour de la resurrection des morts. 

3 — Je vous ai deja cite, lui repondis-je, ces paroles d'Ezechiel: 

« Non, quand Noe, Jacob, Daniel demanderaient grace pour leurs fils et pour leurs filles, ils ne 
l'obtiendraient pas. » 

Car personne ne sera sauve pour les ceuvres de ses peres. Je vous ai dit? aussi que ceux qui 
auraient suivi la loi de Moise pourraient, comme les justes dont vous venez de parler, arriver 
au salut. Car les grands preceptes de justice, de piete que comprend la loi naturelle, se 
trouvent aussi dans la loi de Moise et sont obligatoires pour ceux qui vivent sous elle, aussi 
bien que les pratiques qui ont ete donnees a cause de la durete de votre cceur, et qui furent 



toujours observees par les enfants de la loi. 4 Des lors qu'ils suivaient les preceptes de la loi 
naturelle, eternelle, universelle, ils sont agreables a Dieu ; et par Jesus-Christ au jour de la 
resurrection, Dieu les assimilera aux justes qui les ont precedes, tels que Noe, Henoch, Jacob 
et d'autres encore; ils obtiendront tous le salut avec ceux qui reconnaissent Jesus-Christ pour 
le fils de Dieu, existant avant le soleil et les autres astres, fait chair dans le temps et ne d'une 
vierge du sang de David, afin que, par l'economie de ce mystere, le serpent, qui des le 
commencement avait exerce sa mechancete, et les anges devenus semblables a lui, vissent 
leur puissance aneantie, que les hommes ne craignissent plus la mort, qu'au second avenement 
du Christ elle s'eloignat pour toujours de ceux qui croient en lui et ne cherchent qu'a lui plaire, 
qu'en un mot elle n'existat plus lorsque les uns auront subi le jugement et la condamnation qui 
les enverra au supplice d'un feu eternel, et que les autres entreront dans cette heureuse 
immortalite qui les affranchira pour toujours de la souffrance, de la misere et de la corruption. 
XLVI. 

1 — Mais dites-moi, reprit Tryphon, ceux qui voudraient encore aujourd'hui observer la loi de 
Moise en merae temps qu'ils croiraient en Jesus-Christ crucifie, et le reconnaitraient pour le 
Christ de Dieu qui doit juger tous les hommes et dont l'empire est eternel, seraient-ils sauves? 

2 — Mais voyons d'abord, lui dis-je, s'il est possible a present d'observer tous les preceptes de 
la loi. 

— Non, assurement, repondit Tryphon. Nous reconnaissons avec vous qu'on ne peut immoler 
qu'a Jerusalem l'agneau pascal, que la loi ne veut pas qu'on offre ailleurs les deux boucs dans 
les jours de jeune et qu'on fasse hors de son temple les autres oblations. 

Alors je repris: — Dites-moi, je vous prie, quelles sont les observances de la loi qu'il est 
possible, de suivre, et vous serez convaincus qu'on peut se sauver sans accomplir ces 
preceptes que vous croyez etre ceux de la justice eternelle. 

— Ou peut encore, dit Tryphon, observer le sabbat, la circoncision, les nouvelles lunes, les 
purifications prescrites quand ou a touche quelque objet d'impur ou rempli le devoir conjugal. 

3 — Mais, lui dis-je, Abraham, Isaac, Jacob, Noe, Job et tous les autres justes qui ont vecu 
avant ou apres ces patriarches, Sara, l'epouse d'Abraham, et Rebecca, l'epouse d'Isaac, Rachel 
et Lia, les epouses de Jacob, et les autres femmes, jusqu'a la mere de Moise, ce fidele 
serviteur de Dieu, n'ont pu suivre les observances de la loi. Selon vous, seraient-ils exclus du 
salut? 

— Abraham n'a-t-il pas ete circoncis et tous ceux qui sont venus apres lui? repliqua Tryphon. 

4 — Je sais bien, lui dis-je, qu'Abraham et ses descendants ont recu la circoncision ; mais je 
vous ai deja dit pourquoi elle leur avait ete donnee, et je me suis la-dessus beaucoup etendu. 
Mais si tout ce que j'ai dit sur ce point n'a pu vous convaincre, nous examinerons encore cette 
question. Vous savez que de tous les justes aucun, jusqu'a Moise, n'observa et ne fut oblige 
d'observer une seule des pratiques dont il s'agit, sauf la circoncision, qui remonte a Abraham. 

— Nous le savons bien, dit Tryphon, et nous reconnaissons que ces justes sont sauves. 

5 — N'oubliez pas, repris-je, que Dieu ne vous a donne tous les preceptes par le ministere de 
Moise qu'a raison de la durete de votre cceur. II voulait que toutes ces pratiques fussent autant 
de moniteurs qui vous remissent sans cesse sa pensee sous les yeux dans toutes vos actions, 
afin de vous detourner de l'injustice et de l'impiete. II vous ordonna meme de vous ceindre 
d'une bandelette qui vous rappelat son souvenir et de porter un phylactere ou membrane de 
parchemin tres mince, sur laquelle etaient traces certains caracteres que nous regardons 
comme sacres. C'etait tout a la fois un aiguillon qui reveillait sans cesse en vous la pensee de 
Dieu, et un reproche fait a votre conscience d'etre si prompts a l'oublier ; 6 et toutes ces 
precautions cependant n'ont pu vous detourner de l'idolatrie. En effet, du temps d'Elie, Dieu, 
comptant ceux qui n'avaient pas flechi le genou devant Baal, n'en trouva que sept mille qui lui 
fussent restes fideles ; plus tard il vous reproche par la bouche d'Elie d'avoir immole vos 
enfants memes aux Idoles? 7 Nous, au contraire, plutot que de leur sacrifier comme nous le 



faisions autrefois, nous endurons les plus cruels supplices. Nous condamne-t-on a la mort, 
nous nous livrons a la joie, parce que nous sommes persuades que Dieu nous ressuscitera par 
son Christ et que nous serons incorruptibles, impassibles, immortels. D'un autre cote, nous 
savons, nous, que de simples observances, etablies a raison de la durete da coeur, ne peuvent 
produire des ceuvres de justice et de piete. 
XLVII. 

1 — Mais, dit Tryphon, si quelqu'un, persuade de cette verite, voulait encore garder les 
observances legales, bien qu'il reconnut Jesus-Christ pour le Christ, qu'il crut en lui et obeit a 
sa parole, sera-t-il sauve ? 

— A mon avis, il le sera, lui repondis-je, pourvu toutefois qu'il ne cherche point a persuader 
aux autres, c'est-a-dire aux gentils affranchis de l'erreur par Jesus-Christ, qu'ils doivent 
comme lui pratiquer ces observances, et qu'il ne soutienne pas que sans elles on ne peut 
obtenir le salut, comme vous le pretendiez vous-meme, Tryphon, au commencement de cette 
discussion : car vous m'avez dit formellement que je ne serais pas sauve, si je n'observais pas 
la loi. 

2 Tryphon reprit: — Mais pourquoi dites-vous : « A mon avis, cet homme sera sauve, » sinon 
parce que plusieurs pensent qu'il ne le sera pas ? 

— Oui, lui dis-je, il en est qui pensent ainsi. lis craindraient de s'entretenir, de loger sous le 
merae toit, d'avoir les moindres rapports avec les hommes dont vous parlez. Je ne partage pas 
leurs sentiments. Si quelques-uns d'entre vous veulent encore par faiblesse observer tout ce 
qu'ils peuvent d'une loi que Moise n'avait donnee qu'a raison de la durete du coeur; s'ils 
esperent en merae temps en Jesus-Christ et observent les preceptes eternels de justice et de 
piete, qui sont la base de la loi naturelle, sans refuser de vivre avec les Chretiens fideles a 
Jesus-Christ, et sans chercher a leur persuader de se faire circoncire comme eux et d'observer 
le sabbat et les autres pratiques de la loi, je pense qu'il faut les recevoir et communiquer avec 
eux en toutes choses, comme avec des hommes animes de notre esprit, comme avec des 
freres. 3 Pour ceux de votre nation qui croient, nous disent-ils, en Jesus-Christ, mais qui 
veulent obliger les fideles d'entre les gentils a pratiquer la loi de Moise, et refusent de 
communiquer avec eux sans cette condition, je ne les recevrais pas comme les autres; 4 je 
crois bien toutefois que ceux qui se laisseraient persuader d'allier l'observance de la loi avec la 
confession de Jesus-Christ pourraient etre sauves. Mais quant a ceux qui apres avoir reconnu 
et confesse le Christ auraient passe aux observances legales, n'importe par quel motif, et cesse 
de le reconnaitre pour le Messie, sans avoir fait penitence avant de mourir, je puis vous 
assurer qu'il n'y a point de salut pour eux ni pour les descendants d'Abraham qui vivent selon 
la loi et meurent sans avoir cru en Jesus-Christ, je parle surtout de ceux qui ont blaspheme et 
qui blasphement encore contre lui dans leurs synagogues. Mais, s'ils le confessent avant leur 
mort, ils seront assurement sauves et preserves des feux eternels. 5 Car, dans sa bonte,dans sa 
misericorde, dont les tresors sont infinis, comme le dit Ezechiel, Dieu met le pecheur penitent 
au merae rang que le juste qui a vecu sans peche : il n'en est pas ainsi de celui qui passe des 
voies de la piete et de la justice dans celles du crime et de l'impiete, Dieu ne le distingue plus 
du pecheur, de l'homme injuste et impie. C'est pourquoi notre Seigneur Jesus-Christ nous dit: 
« Je vous jugerai selon les voies ou je vous aurai surpris. » 

XLVIII. 

1 — Nous savons, dit Tryphon, ce que vous pensez sur ce point ; reprenez la discussion ou 
vous l'avez laissee, et tachez d'en finir. Vous me paraissez soutenir un paradoxe singulier et 
qui ne peut s'appuyer d'aucune preuve. Quoi ! vous pretendez que votre Christ est Dieu, qu'il a 
existe avant les siecles, qu'il a bien voulu naitre, s'incarner, et qu'il s'est fait homme sans etre 
ne de l'homme. Ce n'est pas seulement un paradoxe qui choque toutes les idees recues, mais 
encore une absurdite. 



2 — Oui, je sais que cette doctrine doit paraitre etrange a ceux d'entre vous qui ne veulent ni 
comprendre, ni suivre la parole de Dieu, et qui n'ecoutent d'autre voix que leurs docteurs. 
C'est le reproche que Dieu vous fait lui-meme. Quand je ne pourrais vous demontrer que 
Jesus-Christ est le fils de Dieu createur de toutes choses, qu'il existe avant les siecles, qu'il est 
Dieu lui-meme en meme temps qu'il est homme ne d'une vierge, 3 il n'en resterait pas moins 
demontre qu'il est le Christ de Dieu. Apres vous l'avoir prouve comme je l'ai fait, si je ne vous 
demontrais pas aussi clairement ce que je viens d'ajouter, c'est-a-dire qu'il a precede les 
siecles, qu'il a voulu prendre une chair, se faire homme et tout souffrir pour obeir a la volonte 
de son pere, tout ce que vous pourriez dire, c'est que je me trompe sur ce point ; mais vous ne 
pourriez vous refuser a reconnaitre en lui le Christ promis. Ne paraitrait-il qu'un homme ne 
d'entre les hommes, n'ayant rien de plus que le caractere d'une election sainte qui le montre 
comme le Christ de Dieu, du moins devez-vous reconnaitre en lui ce caractere. Ainsi l'ont 
juge quelques heretiques qui portent le nom de Chretiens. 4 Tout en le regardant comme un 
homme, ils le reconnaissaient pour le Christ. Je ne partage pas leur sentiment quand ils n'en 
faut qu'un simple mortel, et je ne l'adopterais jamais, quand le plus grand nombre qui pense 
comme moi viendrait a penser comme eux. Car le Christ lui-meme nous commande de croire 
non a la parole de l'homme, mais a la parole des prophetes et a la sienne. 
XLIX. 

1 Trypbon reprit : — L'opinion de ceux qui ne font de Jesus-Christ qu'un homme marque du 
sceau de l'election divine a la faveur de l'onction qu'il a recue, et par elle devenu le Christ, 
parait bien plus probable que celle que vous defendez; et nous aussi, nous attendons un Christ 
qui ne sera qu'un homme ne d'entre les hommes, et qui recevra l'onction sainte des mains 
d'Elie, quand celui-ci viendra. Bien que Jesus vous paraisse le Christ, vous ne devez toujours 
voir en lui qu'un homme, ne comme les autres hommes. Mais comme Elie n'a pas paru, je ne 
peux pas meme admettre que ce soit le Christ. 

2 — Voila votre avis, Tryphon. Mais repondez-moi, le prophete Zacharie ne dit-il pas qu'Elie 
doit venir avant le grand et terrible jour du Seigneur? 

— Oui, certainement, me repondit-il. 

— Eh bien, repris-je, si nous sommes obliges, d'apres l'Ecriture, de reconnaitre que les 
prophetes ont predit deux avenements du Christ, l'un qui le fera voir sans eclat, sans beaute, 
expose a toutes les douleurs; l'autre, qui nous le montrera environne de gloire et s'avangant 
comme le juge de tous les hommes, ainsi que nous l'avons prouve plus haut par tant d'endroits 
de l'Ecriture, comment ne pas voir qu'il s'agit du second avenement dans ces mots de jour 
grand et terrible, et que c'est de ce dernier avenement qu'Elie est annonce comme precurseur? 

— Oui, je vous l'accorde encore, me dit-il. 

3 — Jesus-Christ lui-meme, continuai-je, nous apprend qu'Elie doit venir en personne. Mais 
nous savons qu'il parle du jour ou le Christ viendra du ciel dans toute sa gloire. Quant au 
premier avenement, on peut dire aussi qu'Elie a paru; car l'esprit de Dieu qui etait en lui s'est 
manifeste comme precurseur dans la personne de saint Jean, un des prophetes sortis de votre 
nation et le dernier qui parut parmi vous. Car voici ce qu'il disait, assis sur les bords du 
Jourdain : 

« Je baptise dans l'eau pour la penitence; mais celui qui doit venir apres moi, et dont je ne suis 
pas digne de porter les souliers, est plus puissant que moi; celui-la vous baptisera dans l'esprit 
et dans le feu. II tiendra le van a sa main, et il nettoiera son aire, et il amassera son froment 
dans le grenier, et il briilera la paille dans un feu qui ne s'eteindra jamais. » 

4 Votre roi Herode l'avait fait jeter dans les fers; mais lorsqu'il celebrait le jour de sa 
naissance, la fille de son frere l'ayant charme par sa maniere de danser, il l'obligea de lui 
demander tout ce qu'elle voudrait. La jeune princesse, d'apres le conseil de sa mere, demanda 
la tete de Jean. Le roi l'envoya couper et la fit apporter dans un bassin. 



5 Jesus notre maitre, quand il a paru sur la terre, dit-il a ceux qui pretendaient comme vous 
qu'Elie devait preceder le Christ: 

« Oui, Elie doit venir et retablir Israel; mais je vous declare qu'Elie est deja venu, et ils ne 

l'ont pas connu, et ils ont fait contre lui tout ce qu'ils ont voulu. » 

II est ecrit qu'alors ses disciples comprirent qu'il leur avait parle de Jean-Bap tiste. 

6 — Vous me paraissez encore, reprit Tryphon, blesser les idees recues, quand vous dites que 
l'esprit de Dieu qui etait dans Elie fut aussi dans Jean-Baptiste. 

— Est-ce que vous ne savez pas, lui dis-je, que c'est precisement ce qui est arrive a Jesus, fils 
de Nave, qui fut charge apres Moise de conduire le peuple d'lsrael? Est-ce Dieu lui-meme, 
lorsqu'il ordonna a Moise de lui imposer les mains, n'a pas dit en propres termes : 

« Et moi, je transporterai sur lui l'Esprit saint qui est en toi ? » 

7 — Oui, dit Tryphon. 

— Ainsi, continuai-je, de meme que du vivant de Moise Dieu transporta sur le fils de Nave 
l'esprit qui etait en lui, de meme Dieu a pu transporter celui d'Elie sur Jean. Le premier 
avenement du Christ etait sans gloire ; ainsi devait etre le premier avenement de l'esprit 
precurseur, qui restait toujours en Elie pur et intact. II est dit que Dieu combat Amalec d'une 
main invisible; qu'Amalec ait ete vaincu, vous ne le nierez pas. Mais si on pretend qu'il ne 
doit succomber qu'au jour ou le Christ viendra dans sa gloire, pourquoi l'Ecriture dit-elle que 
la main invisible du Seigneur poursuit Amalech? II faut done reconnaitre que la vertu de Dieu 
etait cachee dans le Christ crucifie, qui fait trembler les demons et toutes les puissances et 
principautes de la terre. Ainsi la, vertu d'Elie etait cachee dans Jean-Baptiste. 

L. 

1 — On voit bien, me dit Tryphon, que vous avez une longue habitude de la controverse, et 
qu'il vous est souvent arrive de discuter avec toutes sortes de personnes et sur toutes sortes de 
sujets. Voila pourquoi vous etes toujours pret a repondre. 

Mais dites-moi done comment vous pourriez prouver qu'il existe un autre Dieu que le Dieu 
createur de toutes choses. Vous essayeriez ensuite de me demontrer comment il a pu 
s'abaisser jusqu'a naitre d'une vierge et se faire homme comme nous. 

2 — Tres volontiers, lui dis-je; mais permettez-moi de vous citer d'abord les paroles d'Isaie 
sur la fonction de precurseur que le prophete Jean-Baptiste a remplie parmi vous avant la 
venue de Jesus-Christ. 

— Je vous ecoute, me dit-il. 

3 Voici comment Isaie parle de la mission de Jean, qui preceda le Christ : 

Ezechias dit a Isaie : « La parole du Seigneur est juste; que la verite et la paix subsistent 
pendant mon regne. Console-toi, console-toi, mon peuple, dit le Seigneur ton Dieu. Pretres, 
parlez au cceur de Jerusalem, et appelez-la par son nom; ses maux sont finis, son iniquite lui 
est pardonnee, elie a recu du Seigneur des graces qui surpassent ses crimes. On entend la voix 
de celui qui crie dans le desert : Preparez la voie du Seigneur, rendez droits les sentiers. Toute 
vallee sera comblee, toute montagne et toute colline sera abaissee, les chemins tortueux seront 
redresses, ceux qui etaient raboteux seront aplanis ; la gloire du Seigneur sera revelee, le 
Seigneur va parler, toute la terre verra le Sauveur. 4 Une voix m'ordonne de crier, et j'ai 
repondu : Que dirai-je par mes cris? Tous les mortels ne sont que de l'herbe et toute leur 
beaute ressemble a la fleur des champs. Le Seigneur a repandu un souffle briilant ; l'herbe de 
la prairie s'est dessechee, la fleur est tombee. Oui, les peuples sont comme l'herbe de la 
prairie. L'herbe seche, la fleur tombe, mais la parole de notre Dieu subsiste dans l'eternite. 
Montez sur le sommet de la montagne, vous qui evangelisez Sion; criez encore plus haut, ne 
craignez pas; dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu ! et voila que le Seigneur parait 
revetu de force; son bras signale sa puissance; le prix de sa victoire est en ses mains, ses 
ceuvres le precedent et l'annoncent. II gouverne ses troupeaux comme un pasteur vigilant ; il 
rassemble ses agneaux, il les presse dans ses bras, il les rechauffe sur son sein ; il porte lui- 



meme les brebis pleines. 5 Qui a mesure les eaux dans le creux de sa main, et qui, la tenant 
etendue, a pese les cieux? Qui a soutenu de trois doigts la masse de la terre? qui a mis les 
collines en equilibre? Qui a aide l'esprit du Seigneur ? Qui est entre dans son conseil ? Qui l'a 
conduit ? Qui a-t-il consulte ? Qui l'a instruit? Qui lui a enseigne les voies de la justice? De 
qui tient-il la science? Qui lui a ouvert les routes de la sagesse? Les nations sont devant lui 
comme une goutte d'eau dans un vase d'airain, un grain de sable dans une balance; les iles 
sont comme la poudre legere. Le Liban et ses forets ne suffiraient pas au feu de ses autels. 
Tous les animaux de la terre ne suffiraient point un sacrifice digne de lui. Tous les peuples 
sont devant lui comme s'ils n'etaient pas. » 
LI. 

1 Quant j'eus finis, Tryphon reprit : — Tous les mots de cette prophetie sont ambigus; je n'y 
vois rien qui revienne a la question. 

— Oui, lui dis-je, si le ministere prophetique n'avait pas cesse chez vous depuis Jean-Baptiste, 
vous pourriez trouver obscures les paroles que je viens de citer et qui se rapportent a Jesus- 
Christ. 

2 Mais si Jean l'a precede, prechant aux hommes le bapteme de la penitence; si Jesus-Christ 
vint a lui sur les bords du Jourdain et mit fin a sa predication et a son bapteme; s'il commenca 
lui-meme a precher l'Evangile, annongant aux hommes que le royaume de Dieu etait proche; 
qu'il aurait a souffrir de la part des scribes et des pharisiens, qu'il fallait qu'il fut crucifie et 
qu'il ressuscitat; qu'il reparaitrait dans Jerusalem, ou il retrouverait ses disciples et vivrait avec 
eux; mais qu'il s'eleverait dans l'intervalle de faux pretres, de faux prophetes abusant de son 
nom pour tromper les peuples: si tout cela s'accomplit, ainsi que tout le monde peut le voir, 
comment douter encore lorsque les evenements parlent si haut? 

3 II avait annonce clairement que desormais il ne s'eleverait plus de prophetes parmi vous. Et 
pour convaincre les hommes que le Testament nouveau promis des longtemps, et qui n'etait 
autre que lui-meme en sa qualite de Christ, venait d'apparaitre, voici ce qu'il disait aux Juifs : 
« La loi et les prophetes ont existe jusqu'a Jean. Depuis ce temps le royaume de Dieu souffre 
violence, et les violents seuls le ravissent; et si vous voulez l'entendre, il est lui-meme Elie qui 
doit venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. » 

LIL 

1 Le patriarche Jacob avait aussi predit les deux avenements du Christ; il avait annonce qu'on 
le verrait dans le premier en proie a la douleur, et qu'ensuite il n'existerait plus chez vous ni 
rois, ni prophetes; que les gentils, plein de foi en Jesus souffrant et humilie, vivraient dans 
l'attente de son second avenement. C'est bien la ce que l'esprit prophetique exprimait d'une 
maniere symbolique et mysterieuse. 2 Alors je rapportai ses propres paroles : 
« Juda, tes enfants te loueront; ta main sera sur la tete de tes ennemis ; les enfants de ton pere 
s'humilieront devant toi. Juda est comme un jeune lion. Mon fils, tu t'es leve peur le butin, et 
dans ton repos tu dors comme le lion et la lionne : qui osera le reveiller ? Le sceptre ne sortira 
pas de Juda, ni le prince de sa posterite, jusqu'a ce que vienne celui a qui appartient le sceptre, 
et qui est l'attente des nations. H liera son anon a la vigne, a la vigne, le fils de son anesse ; et 
il lavera son manteau dans le vin, et sa robe dans le sang de la vigne. Ses yeux seront plus 
rouges que le vin et ses dents plus blanches que le lait. » 

3 Or, depuis les premiers temps jusqu'a l'epoque ou Jesus-Christ est ne et a souffert, votre 
nation a toujours eu des princes et des prophetes. Vous n'oseriez, vous ne pourriez soutenir le 
contraire. Si vous dites qu'Herode, sous le regne duquel Jesus-Christ a souffert, etait 
d'Ascalon, vous convenez cependant qu'il y avait chez vous un prince des pretres. Vous aviez 
done meme alors un pontife qui offrait des sacrifices selon la loi de Moise, et qui en suivait 
toutes les observances, tandis que la succession des prophetes se continuait jusqu'a Jean, qui 
fut le dernier, comme elle s'etait perpetuee jusqu'a l'epoque ou la terre de Juda fut ravagee, les 
vases sacres enleves, votre peuple emmene captif a Babylone. La nation eut toujours quelques 



prophetes qui en etaient comme les maitres, les chefs, les princes. L'esprit qui etait en eux 
sacrait les rois et les etablissait sur vous. 4 Mais, depuis que notre Seigneur Jesus-Christ a 
paru au milieu de votre peuple et que vous l'avez mis a mort, vous avez cesse d'avoir des 
prophetes. La nation n'a plus de rois, votre pays est entierement devaste et ressemble a une 
demeure abandonnee. La prediction des deux avenements du Christ se trouve dans ces paroles 
de Jacob : // sera I'attente des nations. Elles annoncent d'une maniere mysterieuse que les 
gentils croiront en lui. Et vous le voyez, de toutes les nations nous formons un nouveau 
peuple, un peuple saint qui adore le vrai Dieu par la foi en Jesus-Christ, dont nous attendons 
le second avenement. 
LIIL 

1 Ces autres paroles : 

« II Hera son ane a la vigne, et le fils de l'anesse au cep de la vigne, » 

etaient tout a la fois et une figure et une prediction de ce qu'il fit lors du premier avenement, et 
de la conversion des gentils qui devaient croire en lui. Jusqu'au moment ou Jesus-Christ 
instruisit les nations, elles etaient comme l'anon qui n'a jamais porte de bat et qui ne connait 
pas le joug. II leur envoya ses apotres pour les instruire et les plier au joug de sa loi; elles l'ont 
porte avec tant de docilite, qu'on les a vues disposees a tout souffrir dans I'attente des biens 
promis. 

Pour Jesus-Christ notre Seigneur, il a veritablement paru sur une anesse. Rappelez-vous ce 
qu'il fit lorsqu'il approchait de Jerusalem : il envoya ses disciples lui chercher une anesse qui 
etait attachee avec son anon a l'entree d'un bourg appele Betphage; et quand ils l'eurent 
amenee, il monta dessus et entra dans la ville. 2 L'action de Jesus-Christ, realisant aux yeux 
de tout le monde les proprieties qui concernent le Christ, ne prouvait-elle pas evidemment 
qu'il etait lui-meme le Christ promis? Et quand il accomplit ainsi tous les oracles et qu'on vous 
le prouve les Ecritures a la main, vos cceurs restent toujours endurcis! 3 Ce que nous venons 
de dire avait ete predit en ces termes par Zacharie, un des douze prophetes : 
« Tressaille d'allegresse, fille de Sion ! pousse des cris de joie, fille de Jerusalem ! voila que 
ton roi viendra vers toi, juste et sauveur, doux et pauvre, monte sur une anesse et sur le fils de 
l'anesse. » 

4 Remarquez ces paroles de l'Esprit saint, qui dit formellement comme le patriarche Jacob, 
que le Christ se servira de l'anesse et de l'anon, et l'ordre donne par Jesus-Christ de les amener 
l'un et l'autre, et vous comprendrez ce que signifiait cette anesse. N'etait-ce pas la figure de 
ceux de la synagogue qui devaient un jour, comme les gentils, croire en lui? 
Car, de meme que l'anon inaccoutume au joug representait les gentils, de meme l'anesse 
habituee a porter le bat figurait la nation juive. La loi donnee par les prophetes, qu'etait-ce 
autre chose qu'un joug qui vous etait impose? 5 Zacharie avait encore predit que le Christ 
serait frappe et ses disciples disperses. N'est-ce pas ce qui est arrive? Lorsque Jesus fut mis en 
croix, ceux qui etaient avec lui prirent la fuite. Ils ne reparurent qu'apres sa resurrection, 
lorsqu'il leur montra que celui qui devait ainsi souffrir d'apres les prophetes, c'etait lui-meme. 
Alors ils furent forces de croire, et ils partirent pour le faire connaitre au monde entier. Et 
voila pourquoi nous sommes si fermes dans sa foi et dans sa doctrine. Ne trouvons-nous pas 
en effet le plus puissant motif de croire et dans les proprieties et dans la conversion de ceux 
que nous voyons aujourd'hui par toute la terre amenes a la connaissance du vrai Dieu, au nom 
de Jesus crucifie? Mais citons les paroles memes de Zacharie : 

« Glaive, leve-toi sur mon pasteur, sur l'homme de mon peuple, dit le Seigneur des armees. 
Frappe le pasteur, et ses brebis seront dispersees. » 
LIV. 

1 Remarquez ces paroles de la prophetie de Jacob rapportees par Moise: 
« II lavera sa robe dans le vin et son manteau dans le sang de la vigne; » 



elles signifient qu'il devait purifier, par son sang, ceux qui croient en son nom. Par sa robe, 

l'Esprit saint designe ceux qui ont recu de lui la remission de leurs peches, qu'il remplit 

toujours de son esprit, et qu'il revetira de sa gloire au jour de son second avenement. 2 Mais 

pourquoi ces mots: « Le sang de la vigne ? » N'est-ce pas pour nous faire entendre d'une 

maniere ingenieuse que Jesus-Christ tire son sang, non de l'homme, mais de la vertu de Dieu ; 

car ce n'est pas l'homme qui produit le sang de la vigne, et le prophete annonce qu'il en sera 

de meme du sang du Christ, qu'il viendra, non de l'homme, mais de Dieu. 

Cette prophetie vous prouve done, mes amis, que le Christ n'est point ne de l'homme comme 

nous naissons tous. 

LV. 

1 — Nous admettrons votre explication, dit Tryphon, quand vous l'appuierez d'autres preuves; 

mais pour le moment sortez de cette digression et prouvez-nous que l'Esprit saint reconnait un 

autre Dieu que le createur de l'univers. N'allez pas nous parler du soleil et de la lune que les 

nations, l'Ecriture, adoraient comme des dieux. II ne faut pas prendre a la lettre ce langage des 

prophetes : 

« Ton Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, » 

le designant toutefois par les attributs de grand, de fort, de terrible; 2 les prophetes ne veulent 

pas dire pour cela que les astres soient des dieux. L'Ecriture nous fait seulement entendre que, 

parmi les etres que la credulite humaine regardait comme des dieux et des seigneurs, il n'y a 

qu'un seul vrai Dieu, qu'un seul veritable Seigneur, celui qui a tout cree; et pour nous le 

prouver, l'Esprit saint nous dit par David : 

« Les dieux des nations, e'est-a-dire ceux qu'elles honorent sous ce nom, ne sont pas des 

dieux, mais des simulacres des demons. » 

Le prophete exprime ensuite combien il deteste et ceux qui les fabriquent et ceux qui les 

adorent. 

3 Mon intention, repris-je, n'etait pas de vous citer ces passages qui condamnent, je le sais, 

tous ceux qui se livrent a l'idolatrie; les preuves que je veux vous donner sont sans replique : 

elles vous paraitront nouvelles, et cependant vous les lisez tous les jours. Rien ne prouve 

mieux que la mauvaise disposition de votre cceur a fait pour vous des divines Ecritures un 

livre scelle. Vous n'y voyez pas la sagesse divine renfermee dans chaque parole. J'en excepte 

un petit nombre que Dieu, dans son infinie misericorde, a laisse parmi vous comme une 

semence de salut, pour me servir du langage d'Isaie, afin que votre race ne perit pas tout 

entiere, comme celle de Sodome et de Gomorrhe. Pretez done toute votre attention aux 

paroles des saintes Ecritures que je vais vous citer ; elles n'exigent point d'explication, elles 

n'ont besoin que d'etre ecoutees. 

LVI. 

1 Voyez quel nom Moise, ce saint et fidele serviteur du Tres-Haut, donne a celui qui se fit 
voir a Abraham pres du chene de Mambre, et qui etait accompagne de deux anges, envoyes, 
comme lui, pour prononcer le jugement de Sodome, par l'etre qui reside au plus haut des 
deux, que personne n'a vu, qui n'a parle directement, lui-meme, a personne, et que nous 
appelons le pere, le createur de toutes choses. Moise declare en propres termes qu'il est Dieu; 

2 voici comme il s'exprime : 

« Or, Dieu apparut en la vallee de Mambre a Abraham, assis a l'entree de sa tente, durant la 
chaleur du jour. Et comme il levait les yeux, trois hommes parurent debout pres de lui, et 
aussitot qu'il les eut apercus, il courut au-devant d'eux des l'entree de sa tente, et il adora, 
s'inclinant vers la terre; » 
et plus bas : 

« Abraham se levant des le matin s'en alia au lieu ou il s'etait trouve avec le Seigneur, et il 
regarda Sodome et Gomorrhe et toute la terre de cette contree, et il vit une flamme monter de 
la terre comme la vapeur d'une fournaise. » 



Quand j'eus fini, je demandai a mes interlocuteurs s'ils avaient saisi le sens de ses paroles. 

3 — Oui, repondirent-ils ; mais elles ne prouvent pas qu'il existe, ou que le Saint-Esprit ait dit 
qu'il existat on autre Dieu, un autre Seigneur que le createur de toutes choses. 

4 — Puisque vous comprenez si bien les Ecritures, leur dis-je, je vais essayer de vous prouver 
d'apres leur temoignage la verite de ce que j'avance, c'est-a-dire qu'apres le createur de 
l'univers, il existe une autre personne qu'on appelle Dieu et Seigneur, et qui est reellement l'un 
et l'autre; elle est aussi parfois designee sous le nom d'ange, parce qu'elle annonce aux 
hommes tout ce que veut leur annoncer le Dieu createur, au-dessus duquel il n'est pas d'autre 
Dieu. Je citai de nouveau le passage, et je demandai a Tryphon : Pensez-vous, d'apres ces 
paroles de l'Ecriture, que ce soit Dieu qui ait apparu a Abraham sous le chene de Mambre? 

— Oui, sans doute, repondit-il. 

5 — Etait-il un de ceux qui apparurent a Abraham au nombre de trois et que l'Esprit saint 
designe, sous le nom d'hommes? 

— Nullement, repondit-il; Dieu se fit voir au patriarche avant l'apparition des trois 
personnages. L'Ecriture les appelle du nom d'hommes, mais ils etaient des anges. Deux furent 
envoyes pour detruire Sodome; l'autre vint annoncer a Sara qu'elle aurait un fils. Ce message 
rempli, il disparut 

6 — Mais, lui dis-je, comment se fait-il que celui des trois qui avait dit devant la tente : Je 
reviendrai vers toi, lorsque l'heure en sera venue, et alors il naitra un fils a Sara, ait reparu, en 
effet, apres la naissance du fils de Sara, et que dans le meme passage l'Esprit saint declare 
qu'il etait Dieu? Pour vous faire comprendre encore plus clairement ma pensee, je vais vous 
citer les paroles memes de Moise : 

7 « Et Sara ayant vu le fils d'Agar, servante egyptienne, jouant avec son fils Isaac, elle dit a 
Abraham : Chasse cette servante et son fils ; car le fils de la servante ne sera point heritier 
avec mon fils Isaac. Abraham ecouta ceci avec peine, a cause de son fils. Mais Dieu lui dit : 
Que cette parole sur l'enfant et sur sa servante ne te paraisse pas dure, et quelque chose que 
dise Sara, ecoute sa voix ; car c'est d'Isaac que ta posterite prendra son nom. » 

8 Ne voyez-vous pas que celui qui pres du chene avait promis de revenir, parce qu'il prevoyait 
que son intervention serait necessaire pour persuader a Abraham de condescendre aux 
volontes de Sara, revint, en effet, comme le dit l'Ecriture, et qu'il est vraiment Dieu, ainsi que 
le prouvent ces paroles : 

« Dieu dit a Abraham : Que cette parole sur l'enfant et sur ta servante ne te paraisse pas dure. 

» 

C'est par ces questions que je pressais mes interlocuteurs. 

9 — Tres bien, dit Tryphon. Mais tout ce que vous venez de dire ne prouve nullement qu'il 
existe un autre Dieu que celui qui se montra a Abraham, aux autres patriarches et aux 
prophetes. Vous nous avez seulement fait voir que nous avions eu tort de prendre pour trois 
anges les trois personnages qui se trouvaient avec Abraham sous sa tente. 

10 — Si je ne pouvais, Tryphon, vous montrer par les Ecritures que Ton d'eux etait Dieu, 
qu'elles appellent quelquefois du nom d'ange, parce qu'il est charge de porter aux hommes les 
ordres du createur, vous seriez excusable de penser ici comme votre nation a l'egard de celui 
qui parut au monde sous une forme humaine, ainsi qu'il s 'etait fait voir a Abraham 
accompagne de deux anges, bien qu'il fut Dieu et precedat les siecles. 

— Avons-nous pu jusqu'alors, me dit-il, avoir un autre sentiment? 

11 — Eh bien ! lui repondis-je, je vais vous prouver, en m'appuyant toujours sur les Ecritures, 
que celui qui s'est montre a Abraham, a Jacob, a Moise, et qui est appele Dieu par les livres 
saints, est autre que celui qui a tout cree; mais je m'explique, autre par le nombre et non par la 
volonte (1) Car je declare qu'il n'a jamais rien fait qui ne fut parfaitement conforme a la 
volonte du Dieu createur, au-dessus duquel il n'y a pas d'autre Dieu. 



12 — Voila ce qu'il faut nous prouver, reprit Tryphon, si vous voulez que nous nous rangions 
a votre avis; nous sommes deja persuades que celui dont vous parlez a toujours fidelement 
suivi dans ce qu'il a dit, et rempli les ordres du createur de toutes choses. 

— Le passage suivant de l'Ecriture, lui repondis-je, va vous mettre en quelque sorte la verite 
sous les yeux : 

« Le soleil, est-il dit, se levait sur la terre, quand Loth parvint a Segor. Le Seigneur fit done 
pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe le soufre et le feu du ciel ; il detruisit ces cites et toute la 
contree qui les environne. » 

13 Un des quatre auditeurs restes avec Tryphon prit ici la parole : 

— Outre le Dieu qui apparut a Abraham, il faut done aussi, dit-il, donner ce nom a l'un des 
deux anges qui allerent a Sodome; car l'Esprit saint, parlant par la bouche de Moise, l'appelle 
aussi Seigneur. 

14 — Ce n'est pas seulement, lui dis-je, pour cette raison qu'il faut reconnaitre ce qui est, 
e'est-a-dire que l'Esprit saint appelle du nom de Seigneur un autre que le createur de toutes 
choses ; s'il l'a declare par la bouche de Moise, il le dit encore par celle de David; car il le fait 
parler en ces termes: 

« Le Seigneur a dit a mon Seigneur : Asseyez-vous a ma droite, jusqu'a ce que je reduise vos 

ennemis a vous servir de marchepied. » 

Et dans un autre endroit : 

« Votre trone, 6 Dieu, est un trone eternel, le sceptre de l'equite est le sceptre de votre empire. 

Vous aimez la justice et vous baissez l'iniquite : e'est pourquoi, 6 Dieu, votre Dieu vous a 

sacre d'une onction de joie, au-dessus de tous ceux qui veulent y participer. » 

15 Montrez-moi, si vous le pouvez, que l'Esprit saint donne les noms de Dieu et de Seigneur a 
un autre qu'au Dieu createur de l'univers et a son Christ ; car je vais vous prouver, et toujours 
d apres l'Ecriture, que ce n'est pas l'un des deux anges qui se dirigeaient sur Sodome qu'elle 
appelle Seigneur, mais bien celui qui etait avec eux et que Moise nous dit etre le Dieu que vit 
Abraham. 

16 — Hatez-vous de le prouver, dit Tryphon; car, vous le voyez, le jour baisse, et nous ne 
nous sommes pas prepares a vous repondre sur un sujet aussi difficile. Outre cela, nous 
n'avons jamais eu affaire a quelqu'un qui sut creuser les choses, les discuter, les developper 
comme vous le faites. Grace a l'Ecriture-Sainte dont vous vous etes toujours fait un appui, 
nous vous avons laisse discourir a votre gre; e'est d'elle en effet que vous cherchez a tirer 
toutes vos preuves, et d'ailleurs vous declarez qu'il n'est point de Dieu au-dessus du createur 
de l'univers. 

17 — Vons connaissez, leur dis-je, ces paroles de l'Ecriture : 

« Et le Seigneur dit a Abraham : Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant : Est-il vrai qu'etant vieille je 

puisse enfanter ? Y a t-il quelque chose d'impossible a Dieu? Je reviendrai vers toi, selon ma 

parole, en ce temps et tu vivras, et Sara aura un fils. » 

Plus loin nous lisons : 

« Apres que ceux-ci se furent leves, ils tournerent leurs yeux vers Sodome et Gomorrhe, et 

Abraham allait avec eux les conduisant. Et le Seigneur dit : Puis-je cacher a Abraham, mon 

fils, ce que je vais faire ?» 

18 Et un peu apres : 

« le cri de Sodome et de Gomorrhe s'est multiplie et leur peche s'est aggrave devant moi. Je 
descendrai et je verrai s'ils ont accompli en leurs ceuvres la clameur venue jusqu'a moi, et s'il 
est ainsi je le saurai. Et ils partirent de la, et ils s'en allerent vers Sodome. Or, Abraham etait 
encore devant le Seigneur, et s'approchant du Seigneur, il dit : « Perdrez-vous l'innocent avec 
le coupable? » 

Nous ne repeterons pas les paroles qui suivent, nous les avons deja citees ; mais il importe de 
rappeler celles qui m'ont servi a convaincre Tryphon et ses amis ; les voici : 



« Le Seigneur disparut quand il eut cesse de parler a Abraham, et Abraham retourna en sa 
demeure; sur le soir arriverent deux anges a Sodome, et Loth etait assis a la porte de la ville. » 
Et ce qui suit jusqu'a cet endroit: 

« Et voila que les etrangers avancerent leurs mains, et faisant rentrer Loth en sa maison, ils 
fermerent la porte. » 

Je passe encore pour arriver a cette partie du recit: 

« Ils prirent sa main et la main de sa femme, et la main de ses deux filles, parce que Dieu leur 
faisait grace, 20 et ils l'emmenerent hors de la ville ; et la ils lui dirent : Sauve ta vie, ne 
regarde point derriere toi, et ne t'arrete point dans toute cette contree ; mais sauve-toi en la 
montagne, de peur que tu ne perisses avec les autres. Et Loth leur repondit : Mon Seigneur, je 
vous prie, puisque votre serviteur a trouve grace devant vous et que vous avez manifeste votre 
misericorde sur moi, afin de sauver ma vie; or, je ne puis me retirer en la montagne, ou le mal 
me surprendra et ou je mourrai; 21 il y a pres d'ici une ville ou je puis m'enfuir : elle est petite, 
et je serai sauve ; n'est-elle pas tres petite, et elle sauvera ma vie. Et le Seigneur lui repondit : 
Voila que j'ai ecoute encore ta priere, et je ne detruirai point la ville pour laquelle tu as parle. 
Hate-toi, sauve-toi la; car je ne pourrai rien faire, jusqu'a ce que tu y sois parvenu. C'est 
pourquoi cette ville fut appelee Segor (petite). Le soleil se levait sur la terre quand Loth 
parvint en Segor. Le Seigneur fit done pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe le soufre et le feu du 
ciel, et il detruisit ces cites et toute la contree qui les environne. » 

22 Mes citations finies, j'ajoutai : Ne voyez-vous pas maintenant, mes amis, que l'un de ces 
trois personnages designes par les noms de Seigneur et de Dieu, executant les ordres de celui 
qui est dans les cieux, etait le Seigneur des deux anges? car lorsque ceux-ci furent partis pour 
Sodome il resta seul avec Abraham, et lui adressa les paroles que rapporte Moise. Quand il 
eut disparu apres cet entretien, Abraham retourna dans sa maison; 23 a peine y fut-il arrive, 
qu'il vit non plus les deux anges, mais le personnage mysterieux dont nous parlons conversant 
avec Loth; et e'etait le Seigneur, recevant du Seigneur qui est dans les cieux, e'est-a-dire du 
createur de l'univers, la mission de faire tomber sur Sodome et Gomorrhe les fleaux retraces 
par l'Ecriture en ces termes : « Le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe le soufre et 
le feu du ciel. 
LVII. 

1 Je me tus, et Tryphon prit la parole : — Nous sommes evidemment forces par les livres 
saints d'admettre tout ce que vous venez de dire; mais comment expliquerez-vous ce passage, 
ou il est raconte qu'ils mangerent les mets qu'avait prepares Abraham et qu'il servit devant 
eux? C'est, je pense, une difficulte qui merite d'etre proposee, vous en conviendrez vous- 
meme. 

2 — Oui, repondis-je, il est ecrit qu'ils mangerent. En supposant que ceci s'entende des trois 
personnages, et non pas de deux seulement, je veux dire de ceux qui etaient veritablement des 
anges, et qui se nourrissent dans le ciel d'aliments qui ne sont pas, comme il est evident, les 
memes que les notres; car l'Ecriture, en parlant de la manne qui nourrissait vos peres dans le 
desert, dit qu'ils mangeaient le pain des auges; en supposant, dis-je, que tous trois aient 
mange, entendrais ces mots de l'Ecriture, ils mangerent, de la meme maniere que nous disons 
du feu : il a tout devore; et non pas comme s'ils avaient fait usage de la bouche et des dents 
pour manger les mets qui leur etaient servis. Ceci ne doit pas nous arreter un moment, si nous 
avons la plus legere idee du style metaphorique. 

3 — Oui, dit Tryphon, la difficulte n'est plus aussi grande, s'il faut distinguer la maniere de 
manger, et ne pas prendre a la lettre ces paroles de l'Ecriture : « Ils mangerent ce qui leur fut 
servi par Abraham. » Mais hatez-vous done de nous prouver que le Dieu qui apparut a 
Abraham, et que vous nous presentez comme le ministre du Dieu createur de l'univers, est ne 
d'une vierge, s'est fait homme, a souffert tout ce que nous pouvons souffrir. Car voila ce que 
vous avez avance. 



4 — Pour bien etablir ce point essentiel et vous rendre la verite palpable, permettez-moi, 

Tryphon, quelques autres developpements preliminaries; je repondrai ensuite directement a ce 

que vous me demandez. 

Tryphon me repondit : — Faites comme vous l'entendrez, pourvu que vous repondiez a la 

question. 

LVIII. 

1 — Je ne vous citerai que les livres saints, lui dis-je; je ne veux pas ici etaler un vain appareil 
de mots, uniquement pour faire parade d'eloquence; d'ailleurs je n'ai pas ce talent : Dieu m'a 
seulement donne la grace de comprendre les Ecritures. Je vous conjure tous d'entrer avec moi 
en partage de cette grace, puisqu'elle vous est offerte d'une maniere si genereuse et si 
desinteressee. Et si je vous fais cette invitation, c'est pour n'etre pas moi-meme condamne au 
jour du jugement que le Dieu createur doit faire subir a tous les hommes par notre Seigneur 
Jesus-Christ. 

2 — Votre conduite ici est bien digne de respect, me dit Tryphon ; mais vous me paraissez 
blesser un peu la verite, lorsque vous dites que vous ne possedez point le talent de la parole et 
l'art de bien dire. 

— Soit, lui dis-je, si vous voulez que je possede ; mais ce que je vous ai dit a cet egard, c'est 
bien ce que je pense. J'entre dans le developpement de mes autres preuves, donnez-moi toute 
votre attention. 

— Parlez, repondit-il. 

3 — Le Dieu qui se fit voir aux patriarches est souvent appele ange et Seigneur; c'est ainsi que 
le designe Moise. Et pourquoi, mes chers amis? C'est afin que vous sachiez qu'il est le 
ministre du Dieu createur. Vous en convenez avec moi, et plus vous avancerez, plus vous 
rencontrerez de nouvelles preuves de cette verite. 4 L'Esprit saint racontant par Moise ce qui 
etait arrive a Jacob, petit-fils d'Abraham, s'exprime en ces termes : 

« Lorsque le temps de la conception des brebis fut venu, je levai les yeux, et je vis en songe 
les boucs et les beliers monter sur les chevres et les brebis ; ils etaient marques de blanc, 
tachetes, et de couleur cendree. Et l'ange me dit en songe : Jacob, Jacob ! 5 Et moi je repondis 
: Qu'y a-t-il, Seigneur? Et il me dit: Leve les yeux, et vois les boucs et les beliers marques de 
blanc, tachetes de couleur cendree, s'approcher des ferneries ; car j'ai vu tout ce que t'a fait 
Laban. Je suis le Dieu qui me suis montre a toi dans ce lieu qui appartient au Seigneur, ou tu 
as imprime une marque en repandant l'huile sur la pierre, et fait un vceu. Maintenant done sors 
de cette terre, leve-toi, et retourne dans la terre de ta naissance. » 
6 Dans un autre endroit, l'Esprit saint dit encore au sujet de Jacob : 
« S'etant leve pendant la nuit, il prit ses deux femmes et ses deux servantes, et ses onze 
enfants, franchit le torrent, et fit passer tout ce qu'il possedait. II demeura seul, et voila qu'un 
ange lutta avec lui jusqu'au matin; et quand cet ange vit qu'il ne pouvait le vaincre, il toucha le 
nerf de sa cuisse, qui aussitot se secha ; et il lui dit : Laisse-moi, car voici l'aube du jour. 7 
Jacob repondit : Je ne te laisserai point, si tu ne me benis. Celui-ci lui dit : Quel est ton nom ? 
Le patriarche repondit : Jacob. L'ange lui dit : Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israel ; car tu 
as ete fort contre Dieu, combien plus tu seras fort contre les hommes !;Alors Jacob lui 
demanda quel etait son nom, et il repondit : Pourquoi demandes-tu mon nom? Et il le benit, et 
il appela cet endroit vision de Dieu, disant : J'ai vu le Seigneur face a face, et mon ame s'est 
rejouie. » 

8 Ailleurs, l'Ecriture dit encore du meme Jacob : 

« Jacob vint done a Luza, qui est dans la terre de Chanaan et surnommee Bethel; il vint, lui et 
tout le peuple qui etait avec lui, et il eleva la un autel, et il appela ce lieu du nom de Bethel. 
Car Dieu lui apparut la quand il fuyait son frere Esau. Alors mourut Debora, la nourrice de 
Rebecca, et elle fut ensevelie au pied de Bethel, sous un chene, et le nom de ce lieu fut le 



chene de pleurs. Or, Dieu apparut encore a Jacob dans Luza, quand il arriva de Mesopotamie 
de Syrie, et il le benit, lui disant : Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israel. » 

9 Vous le voyez, celui qui apparut a Jacob est appele Dieu; il Test, en effet, et le sera toujours. 

10 Us firent tous un mouvement de tete, pour indiquer qu'ils approuvaient mon explication, et 
je continual : II importe, je crois, de citer encore ici l'endroit de l'Ecriture qui nous apprend 
comment se fit voir a Jacob, fuyant devant son frere Esau, celui qui est designe tout a la fois 
sous les noms d'ange de Dieu et de Seigneur, qui se montra a Abraham et lutta contre ce 
meme Jacob sous l'apparence d'un homme. Voici le passage : 

« Or, Jacob, parti de Bersabee, poursuivait son chemin vers Haran. 

« Et arrive en un lieu ou il voulait se reposer, apres le coucher du soleil, il prit des pierres qui 

etaient la, et les mit sous sa tete, et dormit en ce meme lieu. 

« Et il vit en songe une echelle posee sur la terre et dont le sommet touchait le ciel, et des 

anges de Dieu qui montaient et descendaient par elle; 

« Et le Seigneur appuye sur l'echelle, 12 lui disant : Je suis le Seigneur Dieu d'Abraham ton 

pere, et le Dieu d'Isaac. Je te donnerai la terre sur laquelle tu dors, a toi et a ta posterite. 

« Et ta posterite sera comme la poussiere de la terre, et sera multipliee en Occident et en 

Orient, au septentrion et au midi ; et toutes les tribus de la terre seront benies en toi et en ta 

posterite. 

« Et je te garderai partout ou tu iras, et je te ramenerai en cette terre; et je ne te delaisserai 

point jusqu'a ce que j'aie accompli tout ce que j'ai dit. 

13 « Quand Jacob fiat eveille de son sommeil, il dit : Veritablement le Seigneur est en ce lieu- 

ci, et je ne le savais pas. 

« Et plein d'effroi, il dit : Que ce lieu est terrible ! C'est ici la maison de Dieu et la porte du 

ciel. 

« Et Jacob, se levant le matin, prit la pierre qu'il avait mise sous sa tete, et l'eleva comme un 

monument, et y repandit de l'huile. 

« Et il appela Bethel la ville qui avait auparavant le nom de Luza. » 

LIX. 

1 Quand J'eus fini, je leur demandai la permission de citer un autre passage : Souffrez, leur 
dis-je, que je vous montre d'apres le livre de l'Exode cet ange, ce Dieu, ce Seigneur, cet 
homme, que virent Abraham et Isaac, apparaissant a Moise au milieu d'un buisson ardent et 
conversant avec lui. — Volontiers, s'ecrierent-ils ; loin de vous trouver importun, nous vous 
ecoutons avec plaisir. 

2 — Voici, leur dis-je, ce que nous lisons dans l'Exode : 

« Et il advint longtemps apres que le roi d'Egypte mourut, et les enfants d'Israel gemirent, a 

cause de la multitude des travaux dont on les accablait. » 

Et ce qui suit jusqu'a ces paroles : 

« Va et assemble les anciens d'Israel, et tu leur diras: Le Seigneur, Dieu de vos peres, m'est 

apparu; le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, disant : Je vous ai visites et 

j'ai vu toutes les choses qui vous sont arrivees en Egypte. » 

3 Sur ces paroles je fis cette reflexion : Vous voyez, mes amis, que celui que Moise regarde 
comme un ange qui conversait avec lui du milieu d'un buisson ardent declare a son serviteur 
Moise ce qu'il etait, c'est-a-dire le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. 

LX. 

1 — Mous ne comprenons pas ce passage comme vous, me dit Tryphon; nous croyons plutot 
que c'est un ange qui se montrait au milieu du feu, et que c'est Dieu qui parlait a Moise, de 
sorte qu'ils etaient deux dans la vision, Dieu et un ange. 

2 — Eh bien ! repondisse, admettons ce que vous dites la, c'est-a-dire que Dieu et un ange se 
sont fait voir en meme temps dans cette circonstance. Vous m'accorderez que celui qui dit a 



Moi'se : « Je suis le Dieu d'Abraham, etc., » n'est pas, comme je l'ai prouve plus haut, le Dieu 
createur de l'univers, mais le Dieu qui se fit voir a Abraham et a Jacob, le Dieu ministre des 
volontes de celui qui a tout fait, le Dieu qui vint executer les decrets que sa justice avait portes 
sur Sodome. Ainsi done, en supposant avec vous qu'ils fussent deux dans cette vision, Dieu et 
un ange, qui oserait dire que le Dieu pere et createur de toutes choses ait quitte les hauteurs 
des cieux pour apparaitre sur un petit coin de la terre ? 

3 — Quand il serait prouve, me dit Tryphon, que celui qui apparut a Abraham, et qui est 
appele Dieu et Seigneur, aurait recu du Dieu createur, qui reside dans le ciel, la mission de 
punir la terre de Sodome, qui empeche d'admettre qu'un ange etait avec le Dieu qui parlait a 
Moise ? Nous n'en conviendrons pas moins que ce Dieu n'est pas le Dieu createur de l'univers, 
mais celui qui apparut a Abraham, a Isaac, a Jacob, et qui est appele l'ange du Dieu createur, 
nom qui lui convient si Dieu, puisqu'il est charge de faire connaitre aux hommes la volonte du 
Dieu tout-puissant 

4 — Je vais plus loin, Tryphon, je vous prouverai qu'ils n'etaient pas deux dans la vision, que 
celui qui est appele du nom d'ange, et qui est Dieu, etait seul quand il s'est montre a Moise et 
s'est entretenu avec lui. Voici comme s'exprime l'Ecriture : 

« L'ange du Seigneur lui apparut dans une flamme de feu au milieu d'un buisson, et il voyait 
que le buisson brulait et ne se consumait point. Moise dit done: «J'irai et je verrai cette 
grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume pas. Mais le Seigneur, voyant qu'il venait 
pour regarder, l'appela du milieu du buisson. » 

5 Ainsi que nous l'avons vu, l'Ecriture appelle du nom d'ange celui qui apparut en songe a 
Jacob, et nous apprend apres ce qu'est cet ange par ces paroles : 

« Je suis le Dieu qui t'apparut quand tu fuyais devant Esau ton frere; » 
elle nous dit, a l'epoque d'Abraham, qu'il est le Seigneur qui portait de la part du Seigneur 
residant au plus haut des cieux la sentence prononcee contre Sodome. De meme, dans la 
circonstance dont il s'agit, l'Ecriture nous dit bien que Fange du Seigneur apparut a Moise, 
mais elle declare ensuite que cet ange est Dieu et Seigneur, ne parlant ici que de celui qui 
nous est montre dans une foule d'endroits comme le ministre du Tres-Haut qui ne connait 
point de Dieu au-dessus de lui. 
LXI. 

1 Je vous prouverai, mes amis, par d'autres temoignages de l'Ecriture, qu'avant toutes choses 
Dieu a engendre de lui-meme des le commencement une vertu, une intelligence que l'Esprit 
saint appelle la gloire du Seigneur, et designe souvent par le nom de Fils, de Sagesse, de Dieu, 
de Seigneur, de Verbe; celui a qui l'Ecriture donne tous ces titres s'appelle lui-meme chef 
supreme : e'est le nom qu'il a pris quand il s'est montre a Josue, fils de Nun, sous une forme 
humaine, car il a tous ces noms comme ministre des ordres de Dieu le pere et ne de ce pere 
par sa volonte. 2 Ce qui se passe en nous est un exemple de cette generation. La parole que 
nous proferons, nous l'engendrons sans rien perdre de nous-meme, car la parole qui est en 
nous, je veux dire la raison, n'en est pas diminuee. C'est encore ce que nous voyons a l'egard 
du feu. Une flamme nait d'une autre, sans que la premiere en soit affaiblie ; la seconde existe 
et brille, sans diminuer celle a qui elle doit son existence et sa clarte. 3 J'ai pour temoin de ce 
que j'avance le Verbe divin, le Dieu lui-meme engendre du Pere de toutes choses, le Verbe et 
la sagesse, la vertu et la gloire de ce Pere tout-puissant. Ecoutons ce que la Sagesse, le Verbe, 
dit par la bouche de Salomon : 

« Lorsque je vous aurai annonce ce qui arrive chaque jour, je reprendrai les choses depuis le 
commencement des siecles. Le Seigneur m'a possedee au commencement de ses voies; avant 
ses oeuvres j'etais. Des l'eternite j'ai ete sacree, des le commencement, avant que la terre fut. 
Les abimes n'etaient pas, et j'etais engendree, les sources etaient sans eaux. Les montagnes 
n'etaient pas encore affermies, j'etais engendree avant les collines. 4 Le Seigneur n'avait pas 
fait la terre, et les fleuves et les montagnes. Lorsqu'il etendait les cieux, j'etais la ; lorsqu'il 



entourait l'abime d'une digue; lorsqu'il suspendait les nuees; lorsqu'il fermait les sources de 
l'abime ; lorsqu'il donnait a la mer des limites, et les eaux ne les depasseront pas ; lorsqu'il 
posait les fondements de la terre, alors j'etais aupres de lui ; nourrie par lui, j'etais tous les 
jours ses delices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans l'univers ; et mes delices 
sont d'habiter avec les enfants des hommes. 5 Maintenant done, mes enfants, ecoutez moi : 
Heureux ceux qui suivent mes voies ! Ecoutez mes lecons, et soyez sages, ne perdez pas une 
de mes paroles. Heureux l'homme qui m'ecoute, qui passe les jours a l'entree de ma maison, et 
qui veille au seuil de ma porte ! Celui qui me trouve, trouve la vie; son salut viendra du 
Seigneur. Mais celui qui peche contre moi est le meurtrier de son ame, tous ceux qui me 
haissent aiment la mort. » 
LXII. 

1 Et cette verite nous l'apprenons encore de l'Esprit saint parlant par Moise, lorsqu'il nous 
montre, au moment de la creation de l'homme, Dieu le pere s'adressant en ces termes a celui 
que l'Ecriture nous a fait voir comme Dieu en d'autres circonstances : 

« Faisons l'homme a notre ressemblance et a notre image; qu'il ait l'empire sur les poissons de 

la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les troupeaux, sur toute la terre et tous les reptiles qui 

rampent sur sa surface. » 

Et Dieu fit l'homme, il le fit a sa ressemblance; il fit l'homme et la femme, et il les benit en 

disant : 

« Croissez et multipliez, remplissez la terre et regnez sur elle. » 

2 Ne changez pas le sens des paroles que je viens de citer; ne dites pas, comme vos docteurs, 
que par ce mot faisons. Dieu s'est parle a lui-meme; comme il vous arrive souvent de vous 
dire sur le point d'agir : Faisons cela. Ou bien que, s'adressant aux elements, e'est-a-dire a la 
terre, et autres corps dont celui de l'homme est forme, Dieu leur ait dit faisons ; je vais vous 
citer un autre passage de Moise qui levera toute equivoque; vous verrez que Dieu s'adresse ici 
a une autre intelligence bien distincte de lui-meme. 3 C'est ainsi qu'il s'exprime : 

« Voici qu'Adam a ete fait comme l'un de nous, pour qu'il connaisse le bien et le mal. » 
Par ces mots : « comme l'un de nous, » il exprime clairement un nombre de personnes unies 
etroitement entre elles, et fait entendre qu'elles sont au moins deux. Croyez-vous que 
j'admette ce qu'avance l'heresie professee parmi vous? Comment les maitres qui l'enseignent 
pourraient-ils vous prouver que Dieu parle ici aux anges, et que le corps de l'homme est 
l'ouvrage de ces derniers ? 4 La verite, la voici : c'est que le Fils engendre du Pere etait avec 
lui avant toutes choses, et que le Pere s'entretenait avec son fils, ce fils que Salomon appelle la 
Sagesse de Dieu, que l'Ecriture nous montre, par le meme Salomon, comme le principe de 
toutes choses et comme engendre de Dieu, et qui s'est revele lui-meme sous ces traits a Josue, 
fils de Nun. 

Pour qu'il ne reste dans votre esprit aucun nuage sur la verite que je soutiens, ecoutez ces 
paroles tirees du livre de Josue : 

« Comme Josue etait dans les champs de la ville de Jericho, il leva les yeux et vit un homme 
debout devant lui, tenant une epee nue; et Josue alia vers lui et lui dit : Es-tu avec nous ou 
avec nos ennemis ? Celui-ci lui repondit : Je suis le chef de l'armee du Seigneur, et maintenant 
je viens. Josue tomba prosterne contre terre, et l'adorant, il dit : Que dit mon Seigneur a son 
serviteur ?Ote, dit-il, la chaussure de tes pieds, car le lieu ou tu es est saint. Et Josue fit ce qui 
lui etait commande. Or, Jericho etait fermee et fortifiee dans la crainte des enfants d'Israel, et 
personne n'osait sortir ni entrer. Et le Seigneur dit a Josue : Voila que j'ai livre en ta main 
Jericho et tous ses guerriers. » 
LXIII. 

1 — Rien de plus fort que tous ces temoignages, me dit Tryphon. II reste un point a etablir, 
c'est que ce fils de Dieu ait bien voulu naitre d'une vierge selon la volonte de son pere, se faire 



homme, souffrir le supplice de la croix et mourir, pour ressusciter ensuite et remonter aux 

cieux. Veuillez maintenant nous le prouver. 

2 — Ce que vous voulez de moi, mes amis, leur repondis-je, je l'ai deja fait par toutes les 

proprieties que j'ai citees et que je vais rappeler et developper de nouveau pour votre 

instruction. Puisse-je faire passer dans vos esprits toute la conviction du mien I Je l'essaierai. 

Ces paroles d'Isaie : 

« Qui racontera sa generation ? II a ete retranche de la terre des vivants, » 

ne signifient-elles pas que celui que Dieu a livre a la mort pour les iniquites du peuple n'est 

pas ne de l'homme ? Moise, parlant de son sang, dit d'une maniere mysterieuse qu'il lavera sa 

robe dans le sang du raisin ; n'est-ce pas nous faire entendre que ce sang lui viendra, non de 

l'homme, mais de la volonte de Dieu ? 3 Et dans ces paroles de David : 

« Je vous ai engendre par ma pensee d'un sein mortel avant l'aurore dans la splendeur des 

cieux. L'Eternel l'a jure, il ne revoquera jamais son serment, vous etes le pretre eternel selon 

l'ordre de Melchisedech, ne comprenez-vous pas que Dieu annonce qu'il avait resolu de le 

faire naitre un jour du sein d'une femme. » 

Dans un autre passage deja cite, le Dieu createur de toutes choses parle de lui en ces termes : 

« Votre trone, 6 Dieu, est on trone eternel; le sceptre de l'equite est le sceptre de votre empire. 

Vous aimez la justice et vous haissez l'iniquite; c'est pourquoi, 6 Dieu, votre Dieu vous a sacre 

d'une onction de joie, au-dessus de tous ceux qui doivent y participer. La myrrhe, l'ambre et le 

sandal s'exhalent de vos vetements et des palais d'ivoire ou les filles des rois font vos delices 

et votre gloire. La reine, votre epouse, est restee a votre droite, revetue de l'or d'Ophir. 

Ecoutez, 6 ma fille ! pretez une oreille attentive, oubliez votre peuple et la maison de votre 

pere, et le roi sera epris de votre beaute. C'est lui qui est votre Dieu, prosternez-vous devant 

lui. » 

5 D'apres tous ces passages des Ecritures, il est evident qu'il faut l'adorer, qu'il est declare 

Dieu et son Christ par le temoignage meme de celui qui a fait toutes ces merveilles. Tous ceux 

qui croient en lui n'ont qu'une ame, ne forment qu'une meme synagogue, une meme Eglise ; et 

cette Eglise, qui s'est etablie en son nom, qui a pris son nom meme, car nous sommes tous 

appeles Chretiens, nous est presentee sous le nom de fille par l'Ecriture, ainsi que les paroles 

que nous venons de citer vous l'apprennent en meme temps qu'elles invitent a laisser dans 

l'oubli les anciennes pratiques de nos peres. 

« Ecoutez, 6 ma fille, nous dit le Seigneur par son prophete, et pretez une oreille attentive; 

oubliez votre peuple et la maison de votre pere, et le roi sera epris de votre bonte. C'est lui qui 

est votre Dieu. Presentez-vous devant lui.» 

LXIV. 

1 — Oui, me dit Tryphon, pour vous autres qui etes sortis d'entre les gentils et qui avez pris 
son nom, je veux bien qu'il soit votre Seigneur, votre Dieu, votre Christ, qu'il ait tous les titres 
dont parle l'Ecriture; mais nous, qui adorons le Dieu qui l'a fait, qu'avons-nous besoin de le 
reconnaitre et de l'adorer? 

2 - Si je me laissais conduire comme vous autres, Tryphon, par la legerete et l'amour de la 
dispute, je cesserais en ce moment tout entretien avec vous ; car ce qui vous preoccupa c'est 
moins le desir de comprendre que celui de trouver des objections. Comme je crains la justice 
de Dieu, je ne veux rien prononcer sur le sort d'un seul d'entre vous; je ne dis point s'il sera 
retranche ou non d'entre ceux qui pourraient se sauver par la grace du Seigneur des armees; 
mais vous n'agissez pas ici comme vous le devriez. Quelle que soit votre conduite, je 
continuerai de repondre a tout ce qu'il vous plaira de me proposer ou de m'objecter. J'agirai 
done envers vous comme je le fais envers tous ceux qui veulent discuter avec moi ou me 
demander des explications sur les points qui nous occupent en ce moment. 

3 Si vous aviez reflechi sur les dernieres citations que je viens de faire, vous auriez compris 
que les elus d'entre vous n'ont pu se sauver que par le Christ, qu'ils sont a lui, et vous ne me 



feriez point a ce sujet de nouvelles difficultes. Faut-il vous rappeler les paroles de David, que 
j'ai citees plus haut ? Alors tachez de comprendre, au lieu de chercher de mauvais detours et 
de vaines subtilites. 4 Voici les paroles de David : 

« Jehovah regne, que les peuples tremblent; il est assis sur les cherubins, que la terre soit 
emue. Jehovah est grand en Sion, il est eleve au-dessus de tous les peuples; que tous celebrent 
son nom, ce nom grand, saint et terrible. La force du roi cherit la justice : c'est vous, 6 Dieu, 
qui en avez etabli les lois; vous avez rendu vos jugements et la justice au milieu de Jacob. 
Celebrez Jehovah notre Dieu; prosternez-vous devant son marchepied, cal il est saint. Moise 
et Aaron ont ete ses ministres ; Samuel a invoque son nom : ils s'adressaient au Seigneur, et le 
Seigneur leur repondait; il leur parlait du milieu de la colonne de feu, et ils gardaient ses 
oracles et observaient ses lois. » 

5 J'ai cite d'autres paroles de David que vous rapportez a tort au roi Salomon, parce qu'on lui 
en a fait l'application. Ces paroles memes suffisent pour prouver qu'elles ne peuvent 
s'entendre de ce prince, mais seulement de celui qui existe avant les siecles, et que si vous etes 
sauves, vous ne leserez que par lui. Voici comme s'exprime le prophete: 

« Seigneur, donnez au roi vos jugements et au fils du roi votre justice, il jugera votre peuple 
dans la justice et vos praires dans l'equite; les montagnes produiront la paix au peuple et les 
collines la justice; il jugera les pauvres d'entre le peuple, il sauvera le fils du pauvre, il brisera 
l'oppresseur, il sera craint autant que dureront le soleil et la lime, pendant le cours des 
generations. » 
- Et le reste du psaume jusqu'a ces mots: 

6 « Son nom durera autant que le soleil, toutes les nations de la terre seront benies en lui, 
toutes les nations le glorifieront. Beni soit le Seigneur, le Dieu d'Israel, qui seul opere les 
merveilles ! Beni soit a jamais le nom de sa gloire, toute la terre sera remplie de sa majeste! 
Qu'il soit ainsi, qu'il soit ainsi. » 

7 Rappelez-vous egalement ces autres paroles de David deja citees. Le prophete vous montre 
le Christ descendant des cieux et remontant aux cieux, pour vous faire comprendre qu'il est 
venu au ciel en qualite de Dieu, qu'il s'est fait homme pour habiter parmi les hommes, qu'il 
doit un jour reparaitre, que eu qui l'ont perce le verront et pousseront des gemissements. 8 
Citons de nouveau cette prophetie : 

« Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce l'ceuvre de ses mains; le jour 
parle au jour et la nuit a la nuit. H n'est point de discours, point de langage dans lequel on 
n'entende cette voix; son eclat s'est repandu dans tout l'univers, il a retenti jusqu'aux 
extremites de la terre. Dieu a place le pavilion du soleil au milieu des cieux; semblable a un 
nouvel epoux qui sort de son lit nuptial, cet astre s'elance comme un geant dans sa carriere; il 
part des extremites de l'aurore et il s'abaisse aux bornes du couchant; rien ne se derobe a la 
chaleur de ses rayons. » 
LXV. 

1 — Je vous avoue, me dit Tryphon, que l'autorite de tous ces passages est fort imposante; 
mais je ne sais comment les concilier avec d'autres ou Dieu declare qu'il ne cedera sa gloire a 
personne; il le dit formellement dans Isaie: « Je suis le Seigneur Dieu, c'est mon nom. Je ne 
cederai a nul autre ni ma gloire, ni mes attributions. » 

2 — SI c'est de bonne foi, lui dis-je, que vous vous etes arrete apres ces paroles, sans rappeler 
d'abord celles qui precedent et sans y rattacher celles qui suivent, on peut vous le pardonner; 
mais si vous avez voulu me dresser un piege et me forcer a dire que les Ecritures se 
contredisent vous vous etes trompe, je n'oserai jamais ni le dire ni meme penser que vous ayez 
eu cette intention. Quand on vient me proposer de semblables passages qui paraissent en 
contredire d'autres, j'avoue ingenument que je ne les comprends pas, persuade comme je le 
suis que l'Ecriture ne peu etre opposee a elle-meme, et je tache d'amener a mon sentiment 
ceux qui pourraient avoir cette pensee. 3 Dans quelle intention avez-vous propose cette 



difficulte ? Dieu le sait. Je veux vous rappeler tout le passage tel qu'il est, et vous 
comprendrez que Dieu ne communique sa gloire a personne qu'a son Christ. Ainsi done, mes 
amis, je reprendrai plus haut quelques paroles auxquelles se rattache et d'ou decoule passage 
que vient de citer Tryphon, comme aussi je rappellerai celles qui suivent ce passage et qui s'y 
lient etroitement. Les paroles que je cite ici, je ne vais pas les prendre de differents cotes, je 
les cite telles qu'elles se trouvent dans leur liaison et dans leur ensemble ; 4 les voici, veuillez 
m'ecouter : 

« C'est ici la parole du Seigneur, du Dieu qui a cree et etendu les cieux, qui affermit la terre et 
la couvre de fruits, qui donne le souffle aux animaux et la vie aux hommes. Moi le Seigneur, 
je t'ai appele dans les decrets de ma justice, je te prendrai par la main, je te defendrai, je te 
donnerai pour signe d'alliance a mon peuple et pour lumiere aux nations. Tu ouvriras les yeux 
des aveugles, tu briseras les fers des captifs, tu delivreras de la servitude ceux qui etaient assis 
dans les tenebres. 5 Je suis moi-meme mon nom, je ne donnerai point ma gloire a un autre, et 
a des idoles les louanges qui me sont dues ; ce que je vous ai predit n'est-il pas arrive? Je vous 
annonce des evenements nouveaux, ecoutez avant qu'ils arrivent; chantez au Seigneur des 
cantiques, que ces louanges soient publiees d'un bout a l'autre; que la mer et sa vaste etendue 
retentissent de sa gloire. lies, habitants des lies, chantez, chantez le Seigneur ; 6 que le desert 
et les villes elevent leur voix. Cedar qui habitez les palais, ville assise sur les rochers, faites 
entendre ses louanges, poussez des cris d'allegresse du haut des montagnes. Mortels, portez- 
lui vos hommages ; annoncez sa gloire dans les iles. Le Seigneur, Dieu des vertus, sortira de 
son silence; il ranimera son zele comme un guerrier qui marche au combat ; il eleve sa voix, il 
jette des cris et fond sur ses ennemis. » 

7 Ma citation finie, je les interpellai : Eh bien ! mes amis, ne voyez-vous pas que Dieu declare 
qu'il communiquera sa gloire, mais pas a d'autres qu'a celui qu'il a etabli pour etre la lumiere 
des nations, et qu'il n'est pas vrai de dire avec Tryphon qu'il renferme cette gloire en lui seul? 
— Oui, nous l'avons bien compris, dit Tryphon; achetez de demontrer ce qui vous reste a 
prouver. 
LXVI. 

1 Alors, reprenant la suite des idees que j'avais interrompues et par lesquelles j'avais 
commence a prouver que le Christ est ne d'une vierge, et que le prophete Isaie avait predit que 
e'etait en effet d'une vierge qu'il devait naitre, je cms devoir citer de nouveau cette prediction, 
concue en ces termes : 

« Alors le Seigneur parla encore a Achaz et lui dit -. Demande un prodige au Seigneur ton 
Dieu, au plus profond de l'abime ou au plus haut des cieux. Achaz repondit: Je me tairai, je ne 
tenterai pas le Seigneur. Le prophete s'ecria: Ecoutez, maison de David, n'est-ce pas assez 
pour vous de lasser la patience des hommes, faut-il que vous lassiez encore celle de mon Dieu 
? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-meme un signe. Voila que la vierge concevra et 
enfantera un fils, et il sera appele Emmanuel ; il se nourrira de lait et de miel, jusqu'a ce qu'il 
sache rejeter le mal et choisir le bien. 3 Avant que l'enfant puisse nommer son pere et sa mere, 
la puissance de Damas sera detruite et les depouilles de Samarie seront portees en triomphe 
devant Assur, et cette terre que vous detestez sera abandonnee par ces deux rois. Prince, le 
Seigneur amenera par les armes du roi d'Assyrie, sur vous et sur votre peuple et sur la maison 
de votre pere, des jours tels qu'on n'en a jamais vu de semblables depuis la separation 
d'Ephraim et de Juda. » 

4 Alors j'ajoutai : — N'est-il pas evident pour tout le monde qu'il n'est personne du sang 
d'Abraham, excepte Jesus notre Christ, qui soit ne ou bien qu'on ait dit etre ne d'une vierge ? 

lxvh. 

1 L'Ecriture, reprit Tryphon, ne dit pas : 

« Voila qu'une vierge concevra et enfantera un fils, mais voila qu'une jeune fille, etc. » 



La suite est bien conforme a ce que vous avez dit; quant a la prophetie, elle s'entend 
d'Ezechias, car tout ce qui s'y trouve s'est realise dans sa personne. 2 On raconte d'ailleurs 
quelque chose de semblable dans les fables des Grecs ; n'y lit-on pas que celui qu'on appelle 
Jupiter s'approcha d'une vierge nommee Danae, et descendit en elle en prenant la forme d'une 
pluie d'or, et que c'est ainsi que vint au monde un certain Persee ? Ne devriez-vous pas avoir 
honte de vous rencontrer avec le Grecs? H serait mieux, je pense, de convenir que votre Jesus 
est un homme ne d'entre les hommes, et que s'il est vraiment le Christ, et que vous puissiez le 
prouver par les Ecritures, c'est un honneur qu'il a merite par sa parfaite soumission a la loi et 
l'admirable purete de sa vie ; mais ne venez pas nous debiter avec confiance de pareilles 
chimeres, de semblables prodiges, si vous ne voulez pas qu'on vous accuse de tomber dans 
toutes les extravagances des Grecs. 

3 — JJ est une chose, Tryphon, dont je veux que vous soyez persuade, ainsi que tout le 
monde, c'est que lors meme que vous encheririez sur vos sarcasmes et vos plaisanteries, vous 
ne pourriez tant soit peu m'ebranler. De tout ce que vous venez de dire pour tacher de me 
refuter, je tirerai de nouvelles preuves en faveur de ma cause, et je les fortifierai du 
temoignage des Ecritures. 4 Mais vous ne procedez pas en veritable ami de la verite : nous 
etions tombes d'accord sur ce point, que plusieurs observances de la loi ne vous avaient ete 
imposees par Moise qu'a raison de la durete de votre coeur, et vous voulez maintenant 
retracter ce que vous aviez admis ! Car vous venez de nous dire que c'est pour avoir vecu 
conformement a la loi, que Jesus a ete marque du sceau de l'election divine et qu'il est devenu 
le Christ, s'il est toutefois possible de demontrer qu'il le soit. 

5 — Mais, reprit Tryphon, ne nous avez-vous pas dit vous-meme qu'il avait recu la 
circoncision et observe les autres preceptes de la loi de Moise? 

6 — Oui, repris-je, je l'ai dit et je le dis encore; mais je n'ai pas pretendu qu'il eut regarde 
toutes ces observances de la loi comme un moyen de se sanctifier, et que c'est pour cela qu'il 
s'y etait soumis. Tout ce que j'ai voulu dire, c'est qu'il etait venu selon la volonte de son pere, 
le Seigneur, le Dieu de toutes choses, accomplir ses decrets eternels, et je dis que dans cette 
vue il a consenti a se faire homme, a mourir sur une croix, a tout souffrir de la part de votre 
nation. 7 Mais, Tryphon, puisque vous revenez sur ce que vous avez admis, repondez-moi : 
les justes et les patriarches qui ont vecu avant Moise, et qui par consequent n'ont pu observer 
une loi que l'Ecriture ne fait remonter qu'a lui, seront-ils sauves, auront-ils part ou non a 
l'heritage des saints? 

8 — Us seront sauves, repondit-il, les Ecritures m'obligent de l'admettre. 

— J'ai une autre question a vous faire, lui dis-je : est-ce parce qu'il en avait besoin, que Dieu a 
commande a vos peres de lui offrir des presents et des victimes? Ou bien etait-ce a cause de la 
durete de leur coeur et de leur pente vers l'idolatrie? 

— Les Ecritures me forcent encore ici d'etre de votre avis. 

9 Alors je repris : — Dites-moi si Dieu avait promis ou non de donner un Testament nouveau, 
apres celui qui fut donne sur le mont Oreb. 

II me repondit que les Ecritures l'annoncaient formellement. 

— Mais l'ancien Testament, continuai-je, ne fut-il pas donne a vos peres au milieu d'un si 
grand appareil de terreur et d'effroi, qu'ils ne pouvaient entendre la voix de Dieu, ni meme 
souffrir qu'il leur parlat ? 

— Je l'avoue, me dit-il. 

10 — Pourquoi done, lui dis-je, Dieu a-t-il promis de donner un nouveau Testament, et 
annonce qu'il ne le donnerait plus comme le premier, au milieu de l'appareil terrible du 
tonnerre et des eclairs ? Ne voulait-il pas nous montrer quelle difference il mettait entre la loi 
eternelle faite pour tous les hommes, et la loi propre a votre peuple et accommodee a la durete 
de son coeur, comme il le declare par les prophetes. 



11 — Tous ceux qui aiment la verite, me repondit Tryphon, seront necessairement de votre 
avis; vous ne trouverez d'opposition que de la part de ceux qui ne cherchent qu'a disputer. 

— Et comment, repliquai-je, pouvez-vous faire ici le proces aux esprits contentieux, quand 
vous les imitez? car vous retraciez ce que vous avez admis. 

LXVIII. 

1 — Le tort n'est pas de mon cote, mais du votre, me dit Tryphon ; vous voulez nous faire 
croire ce qui est incroyable, impossible. Peut-on supposer qu'un Dieu se soit abaisse jusqu'a 
naitre et se faire homme? 

— Si je ne m'appuyais pour le prouver, lui dis-je, que sur les raisonnements de l'homme, sur 
de vains systemes, vous auriez raison de ne pas m'ecouter. Mais si je raisonne d'apres les 
Ecritures, si je vous cite non pas un passage, mais une multitude de passages qui etablissent 
cette verite; si je ne me borne pas a vous les citer une fois, mais plusieurs, vous conjurant de 
les comprendre, vous vous raidissez contre la parole et la volonte de Dieu, qu'il faudrait plutot 
apprendre a connaitre, vous endurcissez vos cceurs. En perseverant dans les dispositions ou je 
vous vois, c'est a vous-memes que vous faites tort. Vous ne me nuisez en rien, car je resterai 
ce que j'etais avant de vous avoir rencontre, et je prendrai conge de vous. 

2 — Mais comprenez, mon ami, me dit Tryphon, que vous n'etes arrive la qu'apres beaucoup 
de travail et d'etude. II nous faut done aussi examiner longtemps cette grande question, et ne 
donner notre assentiment que lorsque l'Ecriture nous y force. 

— Je ne vous demande pas non plus, mes amis, d'admettre sans le plus serieux examen tout ce 
qui fait l'objet de nos discussions. Mais ce que je vous demande, c'est de ne pas vous retracter 
ni revenir sans cesse sur vos pas, lorsque vous n'avez plus rien a dire. 

3 — C'est ce que nous tacherons de faire, me dit Tryphon. 

— Outre les questions que je vous ai proposees, lui repondis-je, J'en ai d'autres encore a vous 
adresser; peut-etre par cette voie parviendrai-je plus vite a terminer la discussion. 

— Faites-les, me dit Tryphon. 

— Croyez-vous qu'il soit dit dans les Ecritures qu'il faille adorer un autre Seigneur, un autre 
Dieu que le createur de l'univers, et son Christ qui s'est fait homme, comme je vous l'ai prouve 
par tant de passages? 

4 — Comment vous repondre ici affirmativement, me dit Tryphon, quand tout a l'heure nous 
agitions la grande question de savoir s'il existait un autre Dieu que le pere de toutes choses? 

— N'est-il pas necessaire que je sache de vous si vous n'avez pas maintenant sur Dieu d'autres 
sentiments que ceux que vous aviez tout a l'heure? 

— lis n'ont pas change. Ce fut toute la reponse de Tryphon. 

— Puisque l'Ecriture vous dit en parlant du Christ : «Qui racontera sa generation? » et que 
vous admettez le sens de ces paroles, ne devez-vous pas comprendre qu'il n'est pas ne de 
l'homme? 

5 — Mais pourquoi, reprit Tryphon, est-il dit a David, dans l'Ecriture, que Dieu se choisira un 
fils ne de lui, qu'il lui donnera l'empire, qu'il le placera sur le trone de sa gloire? 

6 — Oui, Tryphon, si cet oracle d'Isaie : « Une vierge concevra, » s'adressait a une autre 
maison des douze tribus qu'a celle de David, il pourrait y avoir quelque doute; mais comme la 
prophetie concerne la famille de ce roi, que fait Isaie? La chose que Dieu avait annoncee a 
David d'une maniere mysterieuse, il l'expose clairement telle qu'elle devait arriver. Peut-etre 
ne savez-vous pas que plusieurs evenements annonces d'abord d'une maniere obscure, sous le 
voile de la parabole ou du mystere, ou figures par quelques actions symboliques, sont ensuite 
eclaircis et developpes par d'autres prophetes qui viennent apres les personnages dont les 
paroles ou les actions n'etaient dans le principe qu'une legere ebauche de ces evenements a 
venir? 

7 — Oui, c'est tres vrai, s'ecria Tryphon. 



— Si je prouve que la prophetie a Isai'e regarde notre Christ, et non pas Ezechias, comme vous 
le pretendez, cesserez-vous enfin de vous en rapporter a vos docteurs qui osent soutenir que la 
version des Septante faite sous Ptolemee, roi d'Egypte, est infidele en plusieurs endroits? 8 
Car tous les passages qui prouvent evidemment combien leurs interpretations sont insensees, 
combien ils sont pleins d'eux-memes, ils ne craignent pas de dire qu'on les a alteres, qu'ils ne 
sont pas conformes au texte. Mais trouvent-ils un passage qui leur paraisse susceptible de 
pouvoir etre modifie et amener a signifier une action purement humaine, ils disent que ce 
passage ne s'entend pas de notre Christ; ils l'appliquent a tout autre personnage qu'il leur plait 
d'imaginer. C'est ainsi qu'ils ont dit que les paroles qui nous occupent se rapportaient a 
Ezechias ; mais je vous montrerai comme je vous l'ai promis 9 la faussete de leur assertion. 
Leur opposons-nous les endroits de l'Ecriture qui montrent si clairement que le Christ doit 
souffrir, qu'il faut l'adorer, qu'il est Dieu ? l'evidence les force de convenir qu'il s'agit ici du 
Christ ; mais ils osent dire que le notre n'est pas ce Christ promis ; que du reste ils ne 
contestent pas que celui-ci ne vienne un jour, qu'il ne doive souffrir, regner et etre adore 
comme Dieu. Je vous ferai voir aussi combien ce langage est ridicule et insense. Mais je suis 
presse de repondre d'abord a ces assertions aussi peu raisonnables que vous avez tout a l'heure 
emises. J'arriverai ensuite aux preuves qu'il nous reste a vous donner. 
LXIX. 

1 Sachez done, Tryphon, que toutes les fables repandues parmi les Grecs, par celui que nous 
appelons le demon, et qui ne sont que des alterations de nos livres saints, que les prodiges 
qu'il a operes par les magiciens d'Egypte et par les faux prophetes du temps d'Eue, ne servent 
qu'a me confirmer dans ma foi aux divines Ecritures et dans la maniere dont je les entends. 2 
Lorsqu'on me dit que Bacchus est ne de Jupiter et de Semele, qu'il est l'inventeur de la vigne, 
qu'il fut mis en pieces, qu'il mourut, qu'apres il ressuscita et remonta au ciel, que le vin est 
employe dans la celebration de ses mysteres, est-ce que je ne retrouve pas la l'oracle de Jacob, 
que rapporte Moise, mais imite, falsifie par le demon ? 3 Lorsqu'on me raconte qu'il exista un 
heros invincible du nom d'Hercule, qu'il parcourut toute la terre, qu'il naquit de Jupiter et 
d'Alcmene, qu'il est monte au ciel apres avoir souffert la mort, est-ce que je ne reconnais pas 
encore ici la trace du demon? Est-ce que je ne vois pas bien qu'il a cherche a contrefaire cet 
endroit ou l'Ecriture nous presente le Christ s'elancant comme un geant infatigable pour 
fournir sa carriere? 

Et si on me parle d'un certain Esculape ressuscitant les morts, guerissant toutes sortes de 
maladies, puis-je m'empecher de m'ecrier : c'est encore ici une alteration des oracles qui 
concernent le Christ? 

4 Je n'ai encore fait mention d'aucun de ces oracles qui annoncent les prodiges du Christ, je 
dois au moins vous en citer un ; vous verrez comment l'Ecriture s'adresse aux hommes qui 
etaient, comme un veritable desert, sous le rapport de la connaissance de Dieu, je veux dire les 
gentils, qui avaient des yeux et ne voyaient pas, de l'intelligence et ne comprenaient pas, et 
adoraient des dieux faits de main d'hommes ; vous verrez, dis-je, comment l'Ecriture leur 
annonce qu'ils laisseront la leurs idoles pour croire au Christ. 5 Voici la prophetie qui les 
regarde : 

« Le desert se rejouira, la solitude sera dans l'allegresse et fleurira comme un lys ; elle 
germera de toutes parts ; ses hymnes, ses transports temoigneront sa joie; la gloire du Liban 
lui est donnee, ainsi que la beaute du Carmel. Connaissez la gloire du Seigneur et la grandeur 
de mon Dieu. Fortifiez les mains languissantes, affermissez les genoux tremblants. Dites aux 
cceurs chancelants : Fortifiez-vous et ne craignez point, voila que votre Dieu amenera la 
vengeance due a sa gloire ; il vient lui-meme et vous sauvera. Alors les yeux des aveugles et 
les oreilles des sourds seront ouverts, le boiteux sera agile comme le cerf, la langue du muet 
sera prompte et rapide ; alors les rochers du desert seront brises, des fleuves arroseront la 
solitude. La terre la plus aride est devenue un lac, des fontaines jaillissantes arrosent des terres 



arides; ou habitaient les serpents s'elevera la verdure des roseaux et des joncs. Oui, on verra 

une source d'eau vive au sein d'une terre dessechee. » 

6 Et cette source qui a jailli au milieu de la terre aride des gentils, si nous considerons quelle 

etait leur ignorance du vrai Dieu, n'est-ce pas Jesus-Christ qui d'abord a paru au milieu de 

vous guerissant les aveugles de naissance, les sourds, les boiteux, faisant par la seule vertu de 

sa parole marcher celui-ci, entendre celui-la, voir cet autre? H fit plus encore : il rappelait les 

morts a la vie; il essayait, a force de prodiges, de reveiller l'attention des hommes qui vivaient 

alors pour les obliger a le reconnaitre. 7 Mais ceux-ci attribuaient a la magie les miracles 

qu'ils lui voyaient operer. lis osaient dire que c'etait un magicien, un imposteur qui trompait le 

peuple. 

Mais savez-vous quel motif le portait encore a operer ces prodiges? II voulait convaincre ceux 

qui croiraient en lui que, s'ils etaient fideles a garder ses preceptes, quelles que fussent leurs 

infirmites corporelles, ils reprendraient un corps pur et intact au jour de son second 

avenement, qu'ils ressusciteraient immortels, exempts de corruption, impassibles. 

LXX. 

1 Quand ceux qui racontent les mysteres du dieu Mithra nous disent qu'il est ne d'une pierre et 

appellent caverne le lieu ou Ton dit qu'il initie lui-meme a son culte ceux qui croient en lui, 

puis-je encore ici m'empecher de reconnaitre une imitation de cet endroit ou Daniel nous 

montre une pierre se detachant sans effort d'une haute montagne, et de la prophetie d'Isaie 

dont ils ont meme essaye d'imiter les paroles ? Car les adorateurs de Mithra ont aussi voulu 

qu'on tint chez eux des discours sur la pratique de la justice. 2 Mais citons les paroles d'Isaie, 

vous comprendrez mieux la verite de ce que j'avance : 

« Peuples eloignes, apprenez ce que j'ai fait ; peuples voisins, reconnaissez ma puissance. Les 

impies ont ete saisis d'effroi dans Sion, la terreur a ete parmi les hypocrites. Qui de vous 

soutiendra les ardeurs eternelles? Celui qui marche dans les sentiers de la justice et qui rend 

hommage a la verite, qui rejette les presents, n'ecoute pas les paroles sanguinaires et ferme les 

yeux pour ne pas voir le mal : celui-la habitera sous la caverne elevee d'une roche 

inexpugnable; 3 l'eau et le pain lui seront constamment donnes. Vous verrez votre roi dans 

l'eclat de sa gloire et vous porterez au loin vos regards. Votre ame meditera la crainte du 

Seigneur. Ou est le savant? ou est celui qui entreprend de donner des conseils? Qui compte 

ceux qui sont nourris? Les petits et les grands? Ils n'ont pu entrer en conseil avec lui, ni 

comprendre la profondeur de ses paroles : de sorte qu'ils n'ont rien su. Peuple vicieux, qui ne 

comprend pas quand on lui parle. » 

4 II est evident que, dans cette prophetie, il s'agit de ce pain que notre Christ nous a ordonne 

d'offrir en memoire du corps qu'il a pris pour le salut de ceux qui croient en lui et en faveur 

desquels il s'est rendu passible. II est clair qu il s'agit aussi du calice sur lequel il a 

recommande de prononcer des paroles d'actions de grace en memoire de son sang. 

La meme prophetie ne nous annonce-t-elle pas que nous verrons un jour ce roi dans toute sa 

gloire? 5 Ne nous dit-elle pas que le peuple qui devait croire en lui, et que le prophete voyait 

deja, s'appliquerait a mediter la crainte du Seigneur, que c'etait un fait connu d'avance? Enfin, 

les memes oracles peuvent-ils elever plus haut la voix pour vous dire que ceux qui croient 

entendre les Ecritures ne les comprennent pas, lors meme qu'on les leur explique. 

Pour moi, quand j'entends raconter que Persee est ne d'une vierge, je comprends, Tryphon, 

que c'est un passage de nos livres saints que l'astucieux serpent a tente d'imiter. 

LXXI. 

1 M'en rapporterai-je a vos docteurs, qui pretendent que les soixante-dix vieillards reunis chez 
Ptolemee, roi d'Egypte, n'entendaient pas les divines Ecritures, et qui refusent d'admettre leur 
interpretation pour nous donner la leur. 

2 Je ne veux pas vous laisser ignorer que ces docteurs ont retranche de la version faite avec 
tant de soin par les soixante-dix vieillards chez Ptolemee une foule de passages qui attestent 



que les divins oracles avaient annonce que ce Jesus mis en croix etait Dieu, etait homme ; 

qu'il serait crucifie, qu'on le ferait mourir. Comme je sais que tous les votres refusent 

d'admettre ces passages, je crois inutile de m'y arreter. Je m'attache de preference a ceux que 

vous ne contestez pas; car vous avez reconnu tous ceux que j'ai cites. 3 Vous n'avez eleve de 

difficulte que sur le mot vierge de cette prophetie : 

« Voila qu'une vierge concevra, etc. » 

Vous pretendez qu'on doit dire : 

« Voiia qu'une jeune fille. » 

Je vous ai promis de vous prouver que cette prophetie doit s'entendre non d'Ezechias, comme 

voos l'avancez, mais uniquement de notre Christ, et c'est aussi cette preuve que je vais vous 

donner. 

4 — Mais avant, me dit Tryphon, citez-nous done, nous vous en prions, quelques-uns des 

passages retranches, dites-vous, par nos docteurs. 

LXXIL 

1 — Vous le desirez, lui repondis-je, je vais vous satisfaire. De l'endroit ou Esdras parle de la 
loi portee sur la paque, ils ont retranche ces mots : 

« Et Esdras dit au peuple : Cette paque, c'est notre Sauveur et notre refuge. SI vous saviez, s'il 
entrait dans votre esprit qu'il arrivera que nous l'humilierons par la croix? Si du moins dans la 
suite nous esperions en lui, ce lieu ne serait pas desole pour toujours, nous dit le Dieu des 
vertus. Mais si vous ne croyez pas a sa parole, si vous ne l'ecoutez pas lorsqu'elle vous sera 
annoncee, voos serez le jouet des nations. » 

2 De Jeremie, ils ont supprime ces mots : Je suis comme un agneau que Ton porte au lieu du 
sacrifice. Voici ce qu'ils meditaient contre moi, ils disaient : 

« Venez, donnons-lui du bois au lieu de pain. Retranchons-le de la terre des vivants, et que 
son nom s'efface a jamais. » 

3 Ce passage se lit encore dans quelques-uns des exemplaires conserves par vos synagogues ; 
car il n'y a pas longtemps qu'il a ete retranche. 

Quand on prouve aux Juifs, d'apres ce passage, que leur projet etait de crucifier le Christ et de 
le faire mourir; quand on leur montre d'ailleurs l'identite de ce meme passage avec celui 
d'Isaie, qui nous presente le Messie conduit a la mort comme une brebis, ils se trouvent dans 
un etrange embarras et vous les voyez recourir aux injures et aux blasphemes. 4 N'oublions 
pas cet autre endroit de Jeremie qu'ils ont egalement supprime : 

« Le Seigneur Dieu s'est souvenu de ses morts d'Israel, qui sont endormis dans la terre des 
tombeaux, et il est descendu vers eux pour leur evangeliser son salut. » 
LXXIII. 

1 Du quatre-vingt-quinzieme psaume de David, ils ont fait disparaitre ces deux mots : « par le 
bois. » Le texte portait : 

« Dites aux nations : Le Seigneur a regne par le bois. » 

Ils ont laisse : 

« Dites aux nations : Le Seigneur a regne. » 

2 Voyez s'il est un seul Israelite dont on ait pu dire, comme de Dieu et du Seigneur, qu'il a 
regne sur les nations, excepte ce Jesus crucifie et ensuite ressuscite, affranchi de la mort 
comme l'atteste l'Esprit saint dans le meme psaume. II declare encore qu'il n'a rien de commun 
avec les dieux des nations; que ceux-ci ne sont que des simulacres qui representent les 
demons. 3 Pour que vous compreniez bien le sens du psaume, je vais vous le citer tout entier. 
Le voici : 

« Chantez a Jehovah on nonveau cantique; que toute la terre entonne des hymnes a Jehovah. 
Celebrez Jehovah, benissez son nom, annoncez de jour en jour que notre salut vient de lui. 
Racontez sa gloire parmi les nations, et ses merveilles au milieu de tous les peuples. Jehovah 
est grand, il est digne de toutes nos louanges, H est terrible par-dessus tous les dieux. Tous les 



dieux des nations ne sont que de vains simulacres, mais Jehovah a fait les cieux. La gloire et 
la majeste marchent devant lui; la force et la splendeur sont dans son sanctuaire. Apportez a 
Jehovah, famille des nations, apportez a Jehovah la gloire et la puissance. Apportez a Jehovah 
la gloire due a son nom ; 4 apportez votre offrande, entrez dans ses parvis. Courbez-vous 
devant Jehovah dans la splendeur de son sanctuaire ; habitants de la terre, tremblez en sa 
presence. Dites parmi les nations : Jehovah regne, la terre sera affermie et ne sera point 
ebranlee; il va juger les peuples selon sa justice. Que les cieux s'en rejouissent, que la terre 
tressaille, que la mer mugisse avec tout ce qu'elle renferme. Que les campagnes et tout ce qui 
les habite soientdans l'allegresse, que les arbres des forets tressaillent de joie devant Jehovah; 
il vient, il vient juger la terre; il jugera l'univers dans sa justice et les peuples dans sa verite. » 

5 Tryphon me repondit : — Dieu seul peut savoir si les princes du peuple ont retranche, 
comme vous le dites, quelque passage des Ecritures; du reste, la chose me parait incroyable. 

6 — Ainsi doit-elle vous paraitre, lui repondis-je; car ils oot commis un crime bien plus 
affreux que lorsqu'ils eleverent un veau d'or, apres avoir ete nourris par la manne dans le 
desert; que lorsqu'ils immolerent leurs enfants au demon, que lorsqu'ils firent mourir les 
prophetes eux-memes; mais supposez que je ne vous ai point parle des passages qulls ont 
frauduleusement supprimes, est-ce que tant d'autres deja cites, independamment de ceux que 
nons citerons plus tard et que vous admettez avec nous, ne suffisent pas et au-dela pour etablir 
la verite des points que nous discutons en ce moment? 

lxxiv. 

1 — Oui, dit Tryphon, nous le savons, c'est sur notre demande que vous avez cite tous ces 
passages ; mais le dernier psaume de David, dont vous venez de parler, ne peut s'appliquer, il 
me semble, qu'au Dieu createur du ciel et de la terre; vous, au contraire, vous pretendez qu'il 
se rapporte a cet homme de douleur que vous voulez donner pour le Christ. 

2 — Faites attention, je vous prie, lui repondis-je, a la maniere dont j'emploie les paroles de 
l'Esprit saint qui se trouvent dans ce psaume, et vous verrez que nous ne cherchons pas a vous 
tromper ou a nous tromper nous-memes. Quand vous m'aurez quitte et que vous serez livre a 
vos propres reflexions, vous comprendrez par vous-meme que ce passage, comme tant 
d'autres, ne peut s'entendre que du Christ. 

« Chantez a Jehovah un cantique nouveau ! Que toute la terre entonne des hymnes a Jehovah. 
Chantez Jehovah, benissez son nom, annoncez de jour en jour que notre salut vient de lui : 
racontez ses merveilles a toutes les nations. » 

3 Que fait ici l'Esprit saint ? II exhorte tous les peuples de la terre qui ont le bonheur de 
connaitre le mystere du salut, c'est-a-dire la passion du Christ, par laquelle Dieu les a sauves, 
a chanter sans cesse des hymnes en l'honneur du Dieu createur et pere de toutes choses, a 
publier qu'il merite nos louanges, qu'il est le Dieu grand et terrible ; que c'est lui qui a tout 
cree, que c'est de. lui que nous vient le salut, c'est-a-dire le Christ qui fut mis en croix, qui a 
souffert la mort et qui regne maintenant sur le monde. Car il est venu remplacer l'alliance 
rendue vaine par l'impiete de vos peres. Temoin ce passage : 

« Et ce peuple, s'elevant en tumulte, se prostituera a des dieux etrangers dans la terre ou il va 
entrer pour y habiter. II me delaissera et rendra vaine l'alliance que j'ai etablie avec lui. Et ma 
fureur s'embrasera contre lui en ce jour, et je le delaisserai, et je lui cacherai ma face, et il sera 
en proie a tous les maux, et toutes les afflictions l'envahiront, de sorte qu'il dira en ce jour : 
Parce que Dieu n'est pas avec nous, ces maux m'ont envahi. Et moi je cacherai et je celerai ma 
face en ce jour, a cause de tous les maux qu'il a faits, parce qu'il a suivi des dieux etrangers. » 
LXXV. 

1 Moise publie dans le livre de l'Exode, et toujours d'une maniere mysterieuse, que Jesus- 
Christ est le nom meme de Dieu, ce nom qui ne fut revele ni a Abraham, ni a Jacob, et dont 
nous avons le secret. C'est ainsi qu'il s'exprime: 



« Dieu dit a Moi'se : Voila que j'enverrai mon ange devant vous, afin qu'il vous precede et 

vous garde en votre voie, et qu'il vous introduise au lieu que je vous ai prepare. Respectez-le, 

et ecoutez sa voix et ne le meprisez point, car il ne vous pardonnera point parce que mon nom 

est en lui.» 

2 Par qui vos peres ont-ils ete introduits dans la terre promise? N'est-ce point par celui qui fut 

surnomme Jesus et qui s'appelait auparavant Auses? Reflechissez et vous comprendrez que 

Jesus fut aussi le nom de celui qui dit a Moise : « Mon nom est en lui. » II s'appelait encore 

Israel, surnom qu'il donna a Jacob. 3 On designe sous le nom d'anges et d'apotres, les 

prophetes qui sont envoyes pour porter ses ordres, ainsi que nous l'apprenons par ces paroles 

d'Isaie : « Envoyez-moi, Seigneur. » Or, n'etait-il pas le grand prophete, le prophete par 

excellence, celui qui recut le nom de Jesus? 4 S'il a pu se montrer sous tant de formes a 

Abraham, a Jacob, a Isaac, ainsi que nous le savons, pouvons-nous un moment douter ou 

refuser de croire qu'il ait pu naitre d'une vierge et se faire homme, pour se conformer a la 

volonte de son pere, surtout quand une multitude de passages nous prouvent que ce mystere 

s'est accompli comme tant d'autres, en vertu de la meme volonte? 

LXXVI. 

1 Et ces paroles : Comme le fils de l'homme, par lesquelles Daniel designe celui qui recut 

l'empire eternel, ne font elles pas entendre ce que nous voulons etablir, c'est-a-dire qu'il est 

homme, qu'on a vu en lui un homme, sans qu'il soit pour cela ne de l'homme? Que signifie 

cette pierre mysterieuse detachee d'elle-meme? Que tout est ici l'ouvrage, non pas de 

l'homme, mais de la volonte de Dieu, le pere tout-puissant, qui seul a engendre celui que 

designent ces paroles : Comme le fils de l'homme. 2 Et celles d'Isaie : 

« Qui racontera sa generation? » 

ne signifient-elles pas, en d'autres termes, qu'elle ne peut etre racontee et que par consequent 

elle n'est pas l'ouvrage de l'homme; car il n'est pas d'homme ne de son semblable dont on ne 

puisse faire connaitre l'origine. 

Au sujet de la robe qu'il lave « dans le sang de la vigne, » ainsi que s'exprime Moise, nous ne 

repeterons pas ce que nous avons deja dit plusieurs fols : que par la le prophete nous 

annoncait d'une maniere mysterieuse que le sang du Christ ne vient pas plus de l'homme que 

le sang du raisin, mais de Dieu seul. 3 Lorsque Isaie l'appelle l'ange du grand conseil, ne fait-il 

pas connaitre d'avance qu'il sera le maitre et le precepteur des nations, comme il Test en effet 

par la doctrine qu'il est venu leur annoncer ? Car le grand conseil du Pere sur tous ceux qui lui 

ont ete et qui lui seront agreables, comme sur les hommes et les anges rebelles a sa volonte, 

n'a ete hautement revele que par Jesus; temoins ces paroles : 

4 « Je vous declare que plusieurs viendront d'Orient et d'Occident et s'assoiront avec 

Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux ; mais les enfants du royaume seront jetes 

dans les tenebres exterieures, 5 et plusieurs me diront en ce jour : Seigneur, Seigneur, n'avons- 

nous pas prophetise en votre nom, chasse les demons et fait grand nombre de prodiges? Et 

alors je leur dirai : Retirez-vous de moi » 

Par ces autres paroles, ou se trouve la condamnation de ceux qui seront juges indignes du 

salut, nous apprenons a connaitre quelle doit etre la sentence du juge : 

« Allez, leur dira-t-il, allez dans les tenebres exterieures que le Pere a preparees pour Satan et 

pour ses anges. » 

6 Ailleurs, il s'adresse en ces termes a ses disciples : 

« Voici que je vous donne la puissance de marcher sur les serpents, sur les scorpions et les 

scolopendres, et de fouler aux pieds toutes les forces de l'ennemi. » 

En effet, nous qui croyons en Jesus-Christ crucifie sous Ponce-Pilate, ne reduisons-nous pas 

sous notre puissance, par les exorcismes, tous les demons, tous les genies mauvais ? Les 

prophetes avaient predit d'une maniere mysterieuse que le Christ devait souffrir et regner 

ensuite sur toutes choses, et personne n'avait compris le sens de leurs oracles, jusqu'au jour ou 



il les devoila lui-meme a ses apotres ; 7 car il leur avait dit, bien avant d'etre attache a la croix 

« II faut que le Fils de l'homme souffre toutes ces choses, qu'il soit rejete par les scribes et les 

pharisiens, qu'on le mette a mort et qu'il ressuscite le troisieme jour. » 

David avait annonce que celui qui existe avant le soleil et la lune, naitrait d'un sein mortel, 

d'apres la volonte de son pere, et declare en meme temps qu'il etait le Dieu fort, en sa qualite 

de Christ, et devait etre adore. 

LXXVII. 

1 — Je conviens avec vous, dit Tryphon, que toutes ces raisons sont d'un grand poids, et bien 
capables de persuader; mais revenez a ce passage dont vous nous avez promis l'explication, je 
ne vous en fais pas grace. Montrez-moi comment vous pouvez en tirer une preuve en faveur 
de votre Christ ; car nous pretendons que ce passage ne peut s'entendre que d'Ezechias. 

2 — Volontiers, Tryphon, lui repondis-je, je vais me conformer a vos desirs; mais, 
auparavant, prouvez-moi qu'il ait ete dit d'Ezechias, qu'avant de pouvoir nommer son pere et 
sa mere, il s'etait empare, a la vue du roi des Assyriens, de la puissance de Damas et des 
depouilles de Samarie. Vous pretendez qu'Ezechias fit la guerre a Samarie et a Damas, a la 
vue du roi des Assyriens; 3 je ne vous laisserai pas donner cette interpretation arbitraire ; car 
voici ce que dit le prophete : 

« Avant que l'enfant ait appris a nommer son pere et sa mere, il s'emparera de la puissance de 
Damas et de Samarie, etc. » 
Si, au lieu d'ajouter : 

« Avant de pouvoir connaitre son pere et sa mere, etc., » 
l'Esprit saint s'etait contente de dire : 

« Elle enfantera un fils qui se rendra maitre de Damas et de Samarie, » 
vous pourriez peut-etre dire que Dieu, qui connaissait d'avance les victoires que devait 
remporter Ezechias, les avait annoncees; mais il ajoute ces mots : 
« Avant que l'enfant ait appris a nommer son pere et sa mere. » 

Citez-nous quelqu'un de votre nation a qui chose semblable soit arrivee; vous ne le pouvez 
pas; pour nous, il nous est facile de montrer que notre Christ a realise la prophetie. 4 A peine 
est-il ne, que des mages partis de l'Arabie viennent l'adorer apres s'etre presentes d'abord a 
Herode qui regnait sur votre contree, et qui est ici designe sous le nom du roi des Assyriens, a 
cause de son impiete et de la perversite de son cceur : vous savez que l'Esprit saint emploie 
souvent ces comparaisons et ces paraboles pour exprimer de pareilles dispositions. Quand il 
accable de reproches Jerusalem et tout son peuple, ne dit-il pas en style figure : 
« Ton pere est Amorrheen et ta mere Cheteenne. » 
LXXVIII. 

1 Lorsque les mages venus d'Arabie eurent dit a Herode : « Une etoile que nous avons vue 
dans le ciel nous a fait comprendre qu'il etait ne un roi dans votre contree, et nous sommes 
venus l'adorer, » que fit ce prince ? H interrogea les anciens du peuple, et ceux-ci lui 
repondirent qu'en effet un prophete avait dit au sujet de Bethleem : 

« Et toi, Bethleem, terre de Juda, tu n'es pas la plus petite entre les principautes de Juda; de toi 
sortira un chef qui conduira mon peuple. » 

2 Mais quand les mages arrives dans cette ville eurent adore l'enfant et lui eurent offert des 
presents d'or, d'encens et de myrrhe, Dieu les avertit de ne pas retourner vers Herode. 3 C'est 
ainsi qu'avant leur arrivee, Joseph, l'epoux de Marie, qui voulait la renvoyer parce qu'il croyait 
qu'elle avait concu d'un homme et qu'elle etait adultere, fut averti par une vision de ne pas 
suivre cette pensee. II apprit de l'ange qui lui apparut que ce n'etait pas de l'homme, mais de 
l'Esprit saint qu'elle avait concu, 4 et Joseph, frappe de crainte, se garda bien de la renvoyer. 
Le recensement qui se fit pour la premiere fois en Judee, sous Cyrenius, l'obligea de se rendre 
de Nazareth, ou il demeurait, a Bethleem, feu de sa naissance, pour s'y faire inscrire, car il 



etait de la tribu de Juda qui habitait cette contree. II recut l'ordre ensuite de se retirer en 
Egypte et d'y demeurer avec Marie et l'enfant, jusqu'a ce que Dieu les avertit de retourner en 
Judee. 5 L'enfant naquit done a Bethleem, dans une espece de grotte, pres de ce bourg ou 
Joseph n'avait pu trouver a se loger; e'est dans cette grotte que Marie mit au monde le Christ 
et qu'elle le coucha dans une creche, et e'est la que les mages venus d'Arabie le trouverent. 6 
Je vous ai deja montre qu'Isai'e avait parle de cette espece de grotte d'une maniere mysterieuse 
et figuree. 

Alors je citai de nouveau la prophetie d'lsai'e, et j'ajoutai le demon, pour l'imiter, supposa que 
le dieu Mithra initiait a ses mysteres dans un lieu designe sous le nom de caverne, et le fit 
publier par les pretres de ce dieu. 7 Les mages ne revinrent point trouver Herode, comme il les 
en avait pries; ils etaient retournes dans leur patrie par un autre chemin; Joseph et Marie, de 
leur cote, s'etaient refugies en Egypte avec l'enfant, pour obeir a l'ordre qu'ils avaient recu d'en 
haut Herode, ne pouvant des lors parvenir a connaitre ou etait l'enfant que les mages etaient 
venus adorer, ordonna que tous ceux qui etaient nes vers la meme epoque dans Bethleem 
fussent mis a mort. 8 Et voila ce qui avait ete annonce par Jeremie, a qui l'Esprit saint fait 
dire, bien avant l'evenement : 

« Une voix a ete entendue dans Rama : II y aura des pleurs et des gemissements. Rachel 
pleure ses fils y et n'a pas voulu etre consolee, parce qu'ils ne sont plus. » 
Ainsi done, par cette voix qui devait se faire entendre de Rama, e'est-a-dire de l'Arabie, ou 
Ton trouve encore une ville de ce nom, etait annonce ce long gemissement qui devait remplir 
le lieu ou Rachel, femme du patriarche Jacob, surnomme Israel, fut ensevelie, je veux dire 
Bethleem, lorsque les meres eurent a pleurer leurs enfants egorges, et a pleurer sans pouvoir 
se consoler de leur mort. 9 Ces paroles d'Isaie : 

« II renversera la puissance de Damas et s'emparera des depouilles de Samarie, » 
voulaient dire que le Christ, aussitot apres sa naissance, triompherait des demons adores a 
Damas; et n'est-ce pas ce qui est arrive, comme le prouve l'evenement ? Car les mages que le 
demon avait enleves ainsi qu'une depouille, et poussait au mal, quand il les tenait en son 
pouvoir, abandonnerent, des qu'ils eurent connu le Christ, cette puissance funeste etablie a 
Damas, comme le dit l'Ecriture en termes mysterieux. 10 Cette meme puissance injuste et 
rebelle est justement appelee Samarie, par similitude, dans nos livres saints; et qui de vous 
oserait dire que Samarie n'est pas et n'a pas toujours ete une ville d'Arabie, bien qu'elle fasse 
partie aujourd'hui de la contree qu'on appelle Syrophcenicienne ? Mes amis, dans l'ignorance 
ou vous etes, que ne venez-vous vous instruire a l'ecole de ceux dont Dieu a daigne ouvrir 
l'intelligence, je veux parler ici des Chretiens. Vous faites d'inutiles efforts pour etablir votre 
doctrine au mepris de celle de Dieu ; 11 car e'est a nous que la grace a ete transferee, comme 
le dit Isaie : 

« Parce que ce peuple en m'approchent m'honore du bout des levres et que son coeur est loin 
de moi, parce que son culte repose sur la loi et la science des hommes, e'est pourquoi voici ce 
que je ferai pour donner a ce peuple un signe merveilleux, un prodige:Je detruirai la sagesse 
des sages; j'obscurcirai l'intelligence de ceux qui se croient habiles. » 
LXXIX. 

1 Alors, Tryphon, avec un accent de colere retenu par le respect qu'il portait aux Ecritures, 
mais qui se trahissait par l'air de son visage, me dit: 

— La parole de Dieu est sainte; mais vos interpretations, comme on peut le voir par tout ce 
que vous venez de dire, sont arrangees avec trop d'art, ou plutot, sont impies. Quoi ! vous 
dites que des anges ont fait le mal et abandonne le Seigneur? 

2 Alors je baissai la voix pour mieux disposer son esprit a m'entendre, et je lui dis: 

— J'admire ici, Tryphon, votre piete, et je vous demande de la reporter avant tout sur le Dieu 
a qui obeissent les anges, et que Daniel nous montre comme le Fils de l'homme devant le 
trone de l'ancien des jours, recevant de lui l'empire pour les siecles des siecles. Mais afin 



devons convaincre, Tryphon, que nous n'aurions pas ose donner de nous-meme l'interpretation 

dont vous vous plaignez, j'invoquerai le temoignage d'lsai'e : il vous dira qu'a Tanis, en 

Egypte, de mauvais anges habitaient autrefois et habitent encore aujourd'hui. 3 Ecoutez ses 

paroles: 

« Malheur a vous, enfants rebelles, dit le Seigneur, qui formez vos desseins sans moi, qui 

ourdissez des trames criminelles, et qui ajoutez l'iniquite a l'iniquite, qui voulez descendre en 

Egypte sans mes ordres, qui vous confiez a la force de Pharaon et vous reposez a l'ombre de 

l'Egypte la force de Pharaon sera votre confusion, votre repos a l'ombre de l'Egypte sera votre 

honte. A Tanis, il y a des princes, et ce sont de mauvais anges. En vain ils travailleront pour le 

peuple, il ne leur sera d'aucun secours; et loin de les secourir, il sera pour eux un sujet de 

confusion et de honte. » 

4 Zacharie dit aussi, comme vous l'avez rappele vous-meme : « Que Satan etait a la droite du 

grand-pretre Jesus pour s'opposer a lui. Et que Jehovah dit a Satan : Le Seigneur te confondra, 

le Seigneur qui a choisi Jerusalem. » 

Ne lit-on pas dans le livre de Job, et je cite ici vos propres paroles: Que des anges se tenaient 

debout devant le Seigneur, et que Satan se trouvait avec eux? Moise ne raconte-t-il, pas au 

commencement de la Genese, que le serpent trompa Eve et fut maudit? Ne savez-vous pas 

que les magiciens d'Egypte essayaient d'imiter les prodiges que Dieu operait par Moise? enfin 

n'ignorez-vous pas que David appelle demons les dieux des gentils ? 

LXXX. 

1 — Je vous ai deja dit, reprit Tryphon, que vous saviez habilement prendre toutes vos 
precautions pour vous tirer d'embarras quand vous citez l'Ecriture, et vous mettre en lieu de 
surete. Mais, dites-moi, est-ce de bonne foi que vous avancez que Jerusalem sera rebatie ; que 
votre peuple s'y rassemblera, pour y vivre heureux avec le Christ en la compagnie des 
patriarches, des prophetes et des justes de l'ancienne loi, ou meme de ceux d'entre nous qui se 
convertiraient a votre Christ avant qu'il apparaisse de nouveau ; ou bien est-ce pour mieux 
montrer votre habilete dans la controverse que vous avez emis une pareille opinion? 

2 — Tryphon, je ne suis pas homme a dire ce que je ne pense pas. Je vous ai deja fait l'aveu 
que plusieurs partageaient avec moi ce sentiment ; mais je vous ai dit aussi que beaucoup 
d'autres dont la doctrine est pure et saine sont d'un avis different Nous ne tenons pas compte 3 
de ceux qui se disent Chretiens, mais qui au fond ne sont que des heretiques impies ou athees ; 
je vous ai dit que tout ce qu'ils enseignaient n'etait qu'un tissu de blasphemes aussi impies 
qu'extravagants ; et pour que vous soyez bien convaincu qee ce n'est pas seulement devant 
vous que je m'exprime comme je l'ai fait, je composerai un ouvrage selon mes faibles talents 
qui reproduira toutes les discussions que nous avons eues ensemble, et dans lequel je 
professerai toutes les doctrines que je professe en votre presence; car je declare qu'il ne faut 
pas s'attacher a l'homme ou a sa doctrine, mais a Dieu et a tout ce qu'il enseigne. 4 Si vous 
rencontrez des gens qui se disent Chretiens et qui, au lieu de suivre ces principes, osent 
blasphemer le Dieu d'Abraham, le Dieu dlsaac et de Jacob, et dire qu'il n'y a pas de 
resurrection des morts, mais qu'aussitot apres cette vie les ames sont recues dans le ciel, 
gardez-vous de les considerer comme Chretiens; ainsi tout homme de bon sens ne rangera 
point parmi les Juifs ceux qu'on appelle sadduceens, et les sectes semblables connues sous le 
nom de genistes, de meristes, de galileens, de hellenistes, de pharisiens, de baptistes. Souffrez 
que je vous dise tout ce que je pense; il ne comptera pas non plus parmi les Juifs ceux qui ne 
sont Juifs et enfants d'Abraham que de nom, et qui honorent seulement Dieu des levres, tandis 
que leur cceur est loin de lui, ainsi qu'il s'en plaint lui-meme. Mais, pour moi et pour les 
Chretiens dont la doctrine est pure sur tous les points, nous savons qu'il y aura une 
resurrection des corps, que nous passerons mille ans dans Jerusalem rebatie, embellie, 
agrandie, comme nous le promettent Isale, Ezechiel, et d'autres prophetes. 

LXXXI. 



1 — Ecoutez ce que dit Isai'e sur ce regne de mille ans : 

« Je vais creer de nouveaux cieux et de nouvelles terres, et le passe ne sera plus dans ma 
memoire et ne s'elevera plus sur mon cceur. Rejouissez-vous pour l'eternite, soyez dans 
l'allegresse; je vais creer une Jerusalem toute de delices, etun peuple pour la joie. J'aimerai 
mon peuple, je trouverai ma joie dans Jerusalem. On n'y entendra plus ni plainte, ni clameur, 
on n'y verra point de vieillard ou d'enfant qui n'accomplisse ses jours; la vie de l'enfant sera 
aussi precieuse que celle du vieillard, et le pecheur a tous les ages sera maudit. 2 Mon peuple 
batira des maisons et les habitera, il plantera des vignes et en recueillera le fruit. Mes elus 
n'abandonneront plus leur maison et leurs vignes a des etrangers. Les jours de mon peuple 
egaleront les jours des plus grands arbres. Les ceuvres de ses mains ne vieilliront jamais. Ses 
travaux ne seront pas vains. Les femmes n'enfanteront plus dans le trouble. Race benie du 
Seigneur, leur posterite le sera avec eux. Je les exaucerai avant leur priere et je les ecouterai 
encore. Le loup et l'agneau joueront ensemble, le lion et le taureau iront aux memes paturages, 
la poussiere sera l'aliment du serpent. Aucun de ces animaux, dit le Seigneur, ne nuira ni ne 
donnera la mort, sur toute la montagne sainte. » 
Ces paroles : 

3 « Les jours de mon peuple egaleront les jours des plus grands arbres, et les ceuvres de ses 
mains ne vieilliront jamais, » 

ne semblent-elles pas designer d'une maniere mysterieuse une duree de mille ans? U fut dit a 
Adam qu'il mourrait, le jour meme qu'il aurait mange du fruit defendu, et nous savons qu'il 
vecut pres de mille ans? C'est qu'en effet, au yeux du Seigneur, mille ans sont comme un jour, 
et ces mots du prophete trouvent encore ici leur application. 4 Ajoutez le temoignage d'un 
apotre de Jesus-Christ, un de nos ecrivains sacres, nomme Jean. II nous annonce, parmi les 
choses qui lui furent revelees, que ceux qui auront eu la foi en notre Christ passeront mille ans 
a Jerusalem, qu'ensuite tous les hommes ressusciteront ensemble et en un meme moment, que 
cette resurrection sera generale, eternelle, et qu'il y aura pour tous un jugement. Notre - 
Seigneur lui-meme nous l'apprend par ces paroles : 

« lis ne se marieront point, mais ils seront semblables aux anges en leur qualite d'enfants de 
Dieu dignes de la resurrection. » 
LXXXII. 

1 Le don de prophetie subsiste encore parmi nous ; de la vous pouvez comprendre vous- 
memes que les prerogatives dont vous jouissiez autrefois nous ont ete transferees. Mais 
comme vous avez eu de saints et de faux prophetes, nous avons aussi des hommes d'une haute 
vertu et de faux docteurs. C'est pourquoi notre maitre nous a recommande de nous tenir sur 
nos gardes, pour eviter toute espece de surprise, puisque nous sommes certains qu'il 
connaissait tout ce qui devait nous arriver quand il serait ressorte d'entre les morts et remonte 
aux cieux. 2 II nous avait annonce qu'on nous ferait mourir, que nous serions en butte a la 
haine a cause de son nom; qu'il s'eleverait plusieurs feux Christs, plusieurs faux prophetes, qui 
seduiraient un grand nombre de fideles. N'est-ce pas ce qui est arrive ?3 Plusieurs ont altere 
la verite et sont venus, au nom du Christ, nous debiter je ne sais combien d'impietes, de 
blasphemes et de mensonges. Tout ce que l'esprit impur, c'est-a-dire le demon, a pu leur 
suggerer, ils l'ont enseigne et l'enseignent encore aujourd'hui. Et nous leur disons tout ce que 
nous vous repetons a vous-memes pour tacher de les arracher a l'erreur. Car nous avons 
toujours en perspective ce jugement que doit subir tout homme qui peut enseigner la verite et 
qui ne le fait pas. C'est Dieu lui-meme qui nous le dit en ces termes par le prophete Ezechiel : 
« Je t'ai etabli sentinelle dans la maison d'Israel; quand le pecheur a commis l'iniquite, si tu ne 
l'avertis point, il mourra dans son peche, mais je te redemanderai son sang; si tu l'invites a se 
convertir, ton ame sera sauvee. » 

4 C'est la crainte des jugements de Dieu qui nous porte a discourir sur les livres saints, et nous 
n'ecoutons ici ni l'avarice, ni la vaine gloire, ni l'amour du plaisir. Je ne crois pas, d'ailleurs, 



que personne puisse nous reprocher d'agir par aucun de ces motifs. Nous nous gardons bien de 

nous conduire comme les chefs de notre peuple, a qui le Seigneur adresse ce reproche : « Vos 

chefs s'associent aux brigands, ils aiment les presents et recherchent un salaire. » Et quand il 

se trouverait parmi non des hommes de ce caractere, serait-ce un motif de blasphemer contre 

le Christ, et de fausser partout le sens des Ecritures? 

LXXXIII. 

1 Prenons ces paroles : 

« Le Seigneur a dit a mon Seigneur: Asseyez-vous a ma droite, jusqu'a ce que je reduise vos 

ennemis a vous servir de marchepied. » 

Voyez le sens que vos docteurs leur ont donne ; ils ont ose dire qu'elles s'entendaient 

d'Ezechias et signifiaient que Dieu lui avait ordonne de s'asseoir dans le temple du cote droit, 

lorsqu'il regut un message mena^ant du roi d'Assyrie, et que Dieu lui fit annoncer par Isaie de 

bannir toute crainte. Nous savons, nous reconnaissons que l'evenement justifia les paroles 

d'Isaie ; que le roi dAssyrie, au temps d'Ezechias, fut contraint de lever le siege de Jerusalem ; 

que cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens furent egorges dans leur camp par l'ange du 

Seigneur : 2 mais il est evident qu'il ne s'agit pas d'Ezechias dans ce psaume. Temoins les 

paroles qui le composent : 

« Le Seigneur a dit a mon Seigneur : Asseyez-vous a ma droite, jusqu'a ce que je reduise vos 

ennemis a vous servir de marchepied. II etendra sur Sion le sceptre de son autorite ; il 

dominera au milieu de ses ennemis. Je vous ai engendre avant l'aurore, au milieu de la 

splendeur des saints. Le Seigneur l'a jure, il ne revoquera pas son serment. Vous etes le pretre 

eternel selon l'ordre de Melchisedech. » 

3 Ezechias a-t-il ete pretre eternel selon l'ordre de Melchisedech? Qui oserait le dire? Est-ce 
bien lui d'ailleurs qui a delivre Jerusalem, qui a etendu sur cette ville la puissance de son 
sceptre, qui a porte la terreur au milieu du camp des Assyriens ? Ne sait-on pas qu'il pleurait 
et se lamentait, que c'est Dieu qui, touche de ses larmes et de ses prieres, dissipa les ennemis? 

4 Mais celui qui a veritablement etendu sur Jerusalem le sceptre de son autorite, c'est notre 
Christ, meme avant son regne de gloire, quand il a appele au salut et invite a la penitence 
toutes les nations que les demons tenaient sous leur empire, comme le dit David, 

« les demons sont les dieux des nations. » 

Combien a ete puissante la parole du Verbe? Elle a fait abandonner a une multitude d'hommes 
le culte des demons, elle les a affranchis de ce honteux esclavage. Par elle, ils ont ete amenes 
a croire au Dieu createur et a reconnaitre leurs dieux pour ce qu'ils etaient, c'est-a-dire pour de 
veri tables demons. 
A l'egard de ces paroles : 

« Je vous ai engendre avant l'aurore dans la splendeur des saints, » 
nous avons deja dit qu'elle ne pouvaient s'entendre que du Christ. 

lxxxiv. 

1 Et c'est encore lui que regarde cet autre prophetie: « Voici qu'une vierge concevra et 
enfantera un fils. » Car si le personnage dont parle Isaie ne devait pas naitre d'une vierge, je 
demande quel est celui que l'Esprit saint pouvait avoir en vue, quand il s'ecriait : 
« Voici que le Seigneur nous donnera un signe : une vierge concevra dans son sein et 
enfantera un fils. » 

Car si ce fils devait naitre comme naissent tous les premiers-nes, c'est-a-dire d'une fille encore 
vierge, quelle merveille se trouvait dans le signe que Dieu voulait donner ? 2 Pourquoi dit-il 
que ce signe n'aura rien de commun avec ce qui arrive dans la generation des premiers-nes? 
Mais ce qui etait un signe vraiment extraordinaire, ce qui devait etre un signe certain pour 
tous les hommes, c'est que celui qui existe avant toutes choses, et qu'on appelle le premier-ne, 
prit chair et naquit veritablement d'un sein reste vierge. Aussi Dieu le donna-t-il d'avance, ce 
signe merveilleux, l'annongant par son Esprit saint de differentes manieres, comme je vous l'ai 



deja montre, afin que l'evenement arrive, on y reconnut la meme puissance, la meme volonte 

que le Createur de toutes choses signala, quand il fit naitre Eve d'une cote d'Adam, quand 

d'une seule parole il donna l'etre a tout ce qui existe. Mais vous autres, que faites-vous ? 3 

Vous osez reformer la version des soixante dix vieillards ; vous pretendez qu'ils ont mal 

traduit le passage qui nous occupe, et qu'il faut dire : 

« Voici qu'une jeune fille enfantera, etc. » 

Quelle grande merveille serait done annoncee, s'il s'agissait d'une femme ici qui dut concevoir 

comme il arrive a toutes celles qui sont encore jeunes, a moins qu'elles ne soient steriles ? Et 

meme celles-ci, 

« Dieu ne peut-il pas les rendre fecondes, s'il le veut ? » 

n'est-ce pas le prodige qu'il opera en faveur de la mere de Samuel, de la femme du saint 

patriarche Abraham, d'Elisabeth, mere de saint Jean, et d'autres encore? Vous ne devez done 

pas douter que Dieu ne puisse le faire s'il veut. 

Et lorsqu'il a annonce qu'il realiserait dans la suite sa volonte par un fait, comment osez-vous 

alterer la prophetie ou lui donner une fausse interpretation qui la detourne de son veritable 

sens ? Songez-y, vous ne faites ici de tort qu'a vous seuls, vous ne pouvez nuire a Dieu. 

LXXXV. 

1 Parlerai-je de cet autre prophetie : 

« Ouvrez done vos portes, 6 princes ! elevez-vous, portes eternelles; donnez entree au roi de 

gloire. » 

C'est encore une de ces proprieties que vous osez, par vos perfides interpretations, detourner 

de leur veritable sens. Les uns l'appliquent a Ezechias, les autres a Salomon ; mais elle ne 

s'entend ni de l'un, ni de l'autre, ni d'aucun de nos rois; il est facile de montrer qu'elle ne peut 

regarder que notre Christ. II a paru sans eclat et sans beaute, comme le disent Isaie, David et 

toutes les Ecritures. II est le Seigneur des vertus, grace a la volonte de Dieu le pere, qui l'a 

revetu de cette prerogative; il est ressuscite d'entre les morts et remonte aux cieux, ainsi que 

l'avaient annonce le livre des Psaumes et les autres Ecritures qui le proclamaient le Dieu des 

vertus. 

Voulez-vous vous convaincre que ce titre lui appartient? Vous en avez un moyen facile : 

voyez ce qui se passe sous vos yeux. 2 N'est-ce point par le nom de ce fils du Tres-Haut, de ce 

premier-ne de la creation, qui naquit d'une vierge, qui fut homme de douleur, que votre peuple 

a crucifie et fait mourir sous Ponce-Pilate, qui est ressuscite et remonte aux cieux, n'est-ce 

pas, dis-je, par la vertu de son nom, que le demon, interpelle dans nos exorcismes, s'enfuit et 

par sa fuite atteste sa defaite ? 3 Interpellez le malin esprit par quelqu'autre nom que vous 

voudrez, soit de vos rois, soit de vos justes, soit des prophetes ou des patriarches, et vous 

verrez s'il s'avoue vaincu. 

Toutefois, en invoquant le nom de votre Dieu, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de 

Jacob, peut-etre parviendrez-vous a le soumettre. Pour vos exorcistes, quels moyens 

emploient-ils? Des moyens tout humains, ainsi que je vous l'ai dit, e'est-a-dire des charmes, 

des amulettes, a la maniere des gentils. 4 Mais revenons a la prophetie de David; c'est aux 

anges, aux vertus des cieux, que s'adresse l'Esprit saint qui parle dans cette prophetie : il leur 

ordonne d'ouvrir les portes eternelles, afin de laisser entrer le Seigneur meme des vertus, 

Jesus-Christ, ressuscite d'entre les morts par la volonte de son Pere. N'est-ce pas ce que 

demontrent aussi clairement que tout le reste les paroles memes du prophete? Je les citerai de 

nouveau en faveur de ceux qui n'etaient point a notre conference d'hier ; 5 c'est pour eux que 

je reprends sommairement beaucoup de choses qui ont ete dites dans cet entretien. Et si je les 

rappelle apres n'y etre longtemps arrete, je ne crois rien faire en cela de deraisonnable. 

Trouve-t-on ridicule que le soleil, la lune, les autres astres, parcourent toujours la meme route 

et ramenent toujours les memes saisons; qu'un arithmeticien, a qui Ton demande combien font 

deux et deux, reponde Quatre, bien qu'il ait deja fait plusieurs fois cette reponse; que Ton 



continue d'assurer toujours dans les memes termes qu'une chose est vraie et certaine, quand on 
a pu l'assurer une fois avec certitude? Non, sans doute; ce qu'on pourrait trouver ridicule, c'est 
qu'un homme qui ne raisonne que d'apres les livres saints les abandonnat un seul moment, ne 
revint pas sans cesse aux memes passages, quand les memes objections reviennent sans cesse, 
et qu'il put se flatter de tirer de son propre fond quelque chose de meilleur que le divines 
Ecritures. 6 Mais voici les paroles par lesquelles le Seigneur, ainsi que je l'ai dit, nous 
annonce que dans le ciel resident avec lui des anges et des vertus : 
« Vous qui habitez les cieux, chantez le Seigneur; chantez-le, vous qui residez dans les 
hauteurs du firmament. Louez-le, vous qui etes ses anges; louez-le, vous tous qui etes ses 
armees et ses puissances. » 

Alors un Juif nomme Mnaseas, du nombre des auditeur qui nous etaient arrives le lendemain, 
s'eleva pour me remercier d'avoir bien voulu reprendre en faveur des nouveau: venus ce que 
j'avais dit la veille. 

7 — Les divines Ecritures m'en font un devoir, lui repondis-je. Jesus-Christ nous present 
d'aimer meme nos ennemis Isaie nous l'avait recommande dans le long discours ou il annonce 
le grand mystere de notre regeneration, dont le effets s'etendent a tous ceux qui vivent dans 
l'espoir que le Christ reparaitra au milieu de Jerusalem, et qui cherchent a lui plaire par leurs 
ceuvres. 8 Voici dans quels termes parle le prophete : 

« Ecoutez la parole du Seigneur, vous qui tremblez a si voix. Vos freres vous haissent; ils 
vous rejettent a cause de mon nom, disant: Que la gloire du Seigneur se montre nous la 
verrons a votre joie ! Mais ils seront confondus Voix de tumulte dans la ville, voix du temple, 
voix du Seigneur qui tire vengeance de ses ennemis. Une mere a enfante avant d'etre en 
travail, elle a mis au monde un fils avant le temps de la douleur. Qui jamais a oui rien de tel ! 
9 Qui jamais a rien vu de semblable ? La terre produit-elle en un jour? Une nation se forme-t- 
elle tout d'un coup? Cependant Sion a concu et a mis au monde ses enfants. Moi qui fais 
enfanter les autres, ne pourrais-je pas enfanter moi-meme, dit le Seigneur? Moi qui donne une 
posterite aux autres, je serais sterile! Rejouissez-vous avec Jerusalem, tressaillez d'allegresse 
avec elle, vous tous qui pleurez sur eux; vous serez remplis de ces consolations, vous serez 
inondes du torrent de ses delices, vous jouirez de l'eclat de sa gloire. » 
LXXXVI. 

1 Cette citation finie, j'ajoutai : Apprenez, mes amis, que celui dont l'Ecriture nous annonce le 
retour glorieux apres sa mort sur une croix, non seulement accomplit tous les jours les 
proprieties, mais encore realise les differentes figures qui l'annoncaient. Ces figures, c'est 
l'arbre de vie plante dans le paradis terrestre, ce sont les differents traits qui devaient signaler 
la vie de tous les justes. 

Quand Dieu envoie Moise delivrer son peuple, il lui ordonne de prendre une verge, et Moise 
parait devant le peuple, cette verge a la main. C'est avec cette verge qu'il separe les eaux de la 
mer. Par elle il fait jaillir de l'eau d'un rocher. A la faveur du bois qu'il jette dans l'eau appelee 
Merra, il la rend douce, d'amere qu'elle etait. 2 C'est avec des verges ou baguettes placees sur 
des ruisseaux que Jacob rendit fecondes les brebis de son oncle maternel et s'enrichit de leur 
fecondite. C'est dans sa verge ou baton qu'il se glorifie quand il parle du fleuve qu'il a pu 
traverser. II raconte qu'il vit en songe une echelle. L'Ecriture nous montre Dieu lui-meme 
appuye sur le haut de l'echelle, et nous avons prouve que ce Dieu n'etait pas Dieu le pere. 
Quand Jacob eut verse de l'huile sur une pierre en cet endroit, le Dieu qu'il avait vu lui declara 
que e'etait a lui-meme qu'il venait de consacrer cette pierre. 

3 Que le Christ ait ete figure par le symbole mysterieux d'une pierre, c'est ce que nous avons 
prouve par une multitude de temoignages. Nous avons montre qu'il faut egalement le voir 
dans toutes les onctions faites soit avec de l'huile, soit avec de la myrrhe, soit avec un 
melange de parfums prepares pour cet usage. L'Ecriture ne dit-elle pas, en parlant du Christ : 



« C'est pourquoi, 6 Dieu! votre Dieu vous a sacre d'une onction de joie au-dessus de tous ceux 
qui doivent participer. » Car les rois et tous ceux qui sont appeles christ ont recu de lui le nom 
de christs et de rois, comme lui-meme a recu de son pere les titres de roi, de Christ, de pretre 
d'ange, en un mot tout ce qu'il a possede. 4 La verge d'Aaron fleurit, et il est declare pontife. 
Une tige doit naitre de la racine de Jesse, et le prophete Isaie nous annonce qu cette tige c'est 
le Christ. A quoi David compare-t-il le juste : A un arbre plante pres du courant des eaux, qui 
donne de fruits en son temps et dont les feuilles ne tombent point. Ailleurs, il est encore dit du 
juste qu'il fleurira comme un palmier. 5 C'est d'un arbre que Dieu se fit voir a Abraham 
comme le dit l'Ecriture, en parlant du chene de Mambre. Que rencontre le peuple apres avoir 
franchi le Jourdain : Soixante-dix saules et douze fontaines. Ou David dit-il qui Dieu lui a fait 
trouver sa consolation? 6 Dans sa houlette de dans son baton. Elisee laisse tomber dans le 
Jourdain le fer de sa cognee, et avec le bois jete dans le fleuve, il rappelle le fer a la surface. 
Ce fer sert aux enfants des prophetes a couper le bois qui devait entrer dans la construction de 
l'edifice ou ils voulaient enseigner et mediter la loi et les commandements du Seigneur. » 
N'est-ce pas ainsi que le poids enorme de nos peches nous avait plonges dans l'abime ? Alors 
le Christ, par le bois sur lequel il a ete attache et par l'eau qui purifie nos souillures, nous a 
delivres et s'est forme une maison de priere et d'adoration. C'est encore une verge qu servit a 
montrer que Judas etait le pere de ceux qu'il eut de Thamar sous le voile d'un grand mystere. 
LXXXVII. 

1 Ici Tryphon m'interrompit : — Si je vous arrete, me dit-il, ne croyez pas que je cherche a 
detruire l'effet de vos paroles, ou que je questionne pour le plaisir de questionner ; non, c'est 
uniquement pour m'instruire. Expliquez-moi done ce passage de l'Ecriture ; 2 c'est Isaie qui 
s'exprime en ces termes : 

« Un rejeton naitra de la tige de Jesse ; une fleur s'elevera de ses racines; l'esprit de Dieu 
reposera sur lui, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de 
science et de piete; il sera rempli de la crainte du Seigneur. » 

Vous avez applique ces paroles a votre Christ; cependant vous dites qu'il est Dieu, qu'il a 
precede tontes choses, que, pour obeir a la volonte de Dieu son pere, il s'est fait chair, il est ne 
d'une vierge. Maintenant comment me prouverez-vous qu'avant de se faire homme il ait 
existe, puisqu'il n'arrive a sa perfection que par les dons de esprit saint enumeres dans la 
prophetie, et qu'il semble en avoir besoin ? 

3 - Votre question, lui repondis-je, est fort subtile et tres droite : le passage presente en effet 
quelque difficulte; mais voyez comme tout s'explique ; suivez-moi bien. L'Ecriture ne dit pas 
que tous ces dons descendraient sur lui, comme s'il en eut besoin ; mais qu'ils devaient s'y 
reposer, e'est-a-dire trouver leur terme en sa personne; de sorte qu'on ne verrait plus de 
prophete s'elever chez vous comme autrefois, et c'est bien ce qui est arrive, comme vous 
pouvez vous en convaincre par vos propres yeux. 4 Depuis Jesus-Christ, on ne voit plus de 
prophetes chez vous ; et afin qu'il vous reste clairement demontre que tous ceux qui l'ont 
precede, avec une on deux des vertus dont nous avons parle, ont entierement rempli l'objet de 
leur mission, ainsi que nous l'apprenons des divines Ecritures, faites attention a ce que je vais 
vous dire. Salomon eut l'esprit de sagesse; David, l'esprit Intelligence et de conseil ; Moise, 
l'esprit de force et de piete; Elie, l'esprit de crainte; Isaie, l'esprit de science; ainsi des autres 
prophetes qui garderent leur don special ou bien en reunirent d'autres a celui qu'ils avaient, 
comme Jeremie, comme David, comme les douze prophetes, en un mot, tous ceux qui ont 
prophetise parmi vous. 5 Eh bien l'Esprit s'est repose ou plutot a fini apres l'arrivee de celui 
qui devait tout accomplir en son temps, afin que les don reunis en sa personne se repandissent 
de nouveau comme l'avaient predit les divers oracles; dons celestes emanes de la vertu de ce 
divin esprit, et qu'il accorde a ceux qui croient en lui, selon qu'il les en juge dignes. 
6 Voila le prodige qui devait suivre son ascension, et que les prophetes avaient annonce, ainsi 
que je l'ai deja dit. Je rappelle ici l'oracle cite plus haut : 



« II est monte aux cieux, il a emmene captive la captivite, il a distribue ses dons aux enfants 
des hommes. » 

Un autre prophete fait parler le Christ en ces termes : 

« Arrivera le temps marque, et je repandrai mon esprit sur toute chair, et sur mes fils et sur 
mes servantes, et ils prophetiseront. » 
LXXXVIII. 

1 Et ne voyez-vous pas qu'en effet, chez nous hommes et femmes possedent ces vertus de 
l'Esprit saint. Quand Isaie nous annonce qu'elles reposeront sur le Christ, ce n'est pas qu'il en 
eut besoin, mais c'est parce qu'il etait le terme ou elles devaient aboutir. Et nous le voyons 
deja par ce que firent les mages qui vinrent l'adorer aussitot qu'il fut ne. 2 A peine a-t-il vu le 
jour, qu'il developpe la vertu qui etait en lui. S'il croit a la maniere des autres hommes, s'il use 
de tout ce qui sert a la vie, c'est de lui que tout ce qui le fait croitre tire sa vertu. C'est ainsi 
qu'il se nourrit de tous les aliments et qu'il passa les trente premieres annees de sa vie, 
jusqu'au moment ou Jean, precurseur de son premier avenement, vint l'annoncer et preparer la 
voie a son bapteme, ainsi que je l'ai deja dit. 3 Lorsque Jesus parut sur les bords du Jourdain 
ou Jean baptisait, et qu'il fut descendu dans l'eau, une flamme brilla sur le fleuve, et au 
moment ou il sortit de l'eau, le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, se reposa sur loi, 
ainsi que nous l'apprennent les apotres. 4 II est venu sur les bords du Jourdain, ce n'est pas 
qu'il eut besoin de recevoir le bapteme ni l'Esprit saint; de meme, s'il a consenti a naitre, a 
mourir sur une croix, ce n'est pas qu'il eut besoin pour lui-meme de passer par ces differents 
etats; mais il a voulu s'y soumettre pour le salut du genre humain, tombe dans la mort et dans 
les pieges du serpent, par la faute d'Adam et par nos prevarications personnelles. 5 Car Dieu, 
qui avait cree l'ange et l'homme perfidement libres, et qui voulait leur laisser faire tout ce 
qu'ils voudraient, en vertu de cette liberte, les placa dans cette alternative d'etre a jamais 
exempts de chatiments et de corruption, s'ils faisaient les ceuvres qui lui plaisent, ou de subir 
toutes les peines qu'il jugerait a propos de leur infliger, s'ils se portaient au mal qu'il defend. 6 
Ce n'est point de son entree dans Jerusalem, monte sur un ane, ainsi que les prophetes 
l'avaient annoncee, que Jesus obtint d'etre appele le Christ; il voulait seulement donner aux 
hommes une marque certaine pour le reconnaitre ; de meme qu'a l'epoque ou Jean baptisait, il 
importait de manifester par quelques signes qui des deux etait le Christ; 7 car, lorsque Jean 
etait sur les bords du Jourdain, prechant la penitence, portant pour tout vetement une ceinture 
de cuir et un habit fait de poil de chameau, ne vivant que de sauterelles et de miel sauvage, 
plusieurs etaient tentes de croire qu'il etait le Christ. Mais lui disait : 

« Je ne suis pas le Christ, je ne suis que la voix qui l'annonce ; celui qui est plus fort que moi 
va paitre; je ne suis pas digne de porter sa chaussure. » 

8 C'est lorsque Jesus parut sur les bords du Jourdain. On le croyait fils de Joseph, simple 
artisan ; il paraissait sans eclat, pour se servir du langage des Ecritures. II passait lui-meme 
pour n'etre qu'un ouvrier, car il s'occupa d'ouvrages manuels pendant les premieres annees de 
son passage sur la terre; il faisait des jougs et des charrues, enseignant par son exemple quels 
sont les caracteres distinctifs de la vraie vertu, et nous apprenant a mener une vie laborieuse. 
C'est alors que le Saint-Esprit, pour le manifester aux hommes, se reposa sur lui sous la forme 
d'une colombe, et qu'on entendit du ciel la parole prononcee longtemps d'avance pat David, 
lorsque ce prophete dit au nom du Christ ce que Dieu le pere devait dire un jour au Christ lui- 
meme : 

« Vous ete mon fils, c'est moi qui vous ai engendre aujourd'hui. » 

Cette! parole annoncait aux hommes, lorsque le Christ se manifesta que c'etait pour eux qu'il 
etait ne et qu'il venait d'apparaitre. 
LXXXIX. 

1 — Vous ne devez point ignorer, me dit Tryphon, que nous attendons tous le Christ, que 
nous reconnaissons qu'il est annonce par tous les passages dont vous avez fait mention. Je 



vous dirai meme que j'ai ete si frappe du nom de Jesus donne au fils de Nave, que je vous 
tendrais volontiers les mains. 2 Mais les prophetes ont-ils vraiment dit du Christ qu'il subirait 
un supplice aussi honteux que celui de la croix, voila ce qui ne nous parait pas clair; car enfin 
la loi maudit celui qui est crucifie : aussi est-ce pour moi un point bien difficile a admettre. 
Oui, les Ecritures annoncent clairement que le Christ doit souffrir ; mais doit-il souffrir un 
supplice maudit par la loi ? Voila ce que nous voulons savoir de vous, si vous avez quelques 
moyens de nous le prouver. 

3 — Si le Christ ne devait pas souffrir, lui repondis-je, I les prophetes n'avaient pas annonce 
que les peches du peuple le conduiraient au supplice, qu'il serait accable d'outrages, battu de 
verges, comptes parmi les scelerats ; lui dont personne, dit le prophete, ne peut raconter la 
generation, votre etonnement serait raisonnable ; mais si telle est la marque toute particuliere 
qui distingue le Christ et qui doit servir a le faire reconnaitre, comment ne croirions-nous pas 
fermement en Jesus-Christ? Tous ceux qui comprennent les prophetes attestent qu'il est le 
Christ et qu'il n'y en a pas l'autre, si on leur dit seulement qu'il a ete mis en croix. 
XC 

1 — Eh bien ! me dit Tryphon, prouvez-nous-le directement, d'apres les Ecritures, si vous 
voulez que nous partagions votre conviction. Oui, nous savons que le Christ doit souffrir, qu'il 
sera conduit a la mort comme une brebis; mais doit-il etre crucifie, peut-il subir une mort 
aussi honteuse, aussi infame, puisqu'elle est maudite par la loi? Tachez de nous le prouver; 
pour nous, la seule idee d'une pareille mort nous revoke. 

2 — Vous savez, lui repondis-je, et vous convenez avec moi, que les prophetes ont enveloppe 
d'images et de figures la plupart des choses qu'ils ont dites ou faites, de sorte qu'elfe etaient 
presque incomprehensibles pour le plus grand nombre, et que ce n'etait pas sans peine que la 
verite cachee sous ces voiles apparaissait a ceux qui la recherchaient et voulaient s'en 
instruire. 

— Oui, me dirent-ils tous ensemble, nous en convenons avec vous. 

3 - Ecoutez done la suite, leur repondis-je. Cette croix si detestee en apparence, Moise l'a 
representee par les differents signes qu'il a exprimes. 

— Quels sont ces signes ? me demanda Tryphon. 

4 — Dans la guerre du peuple hebreu contre Amalec, tandis que le fils de Nave, nomme 
Jesus, etait a la tete de l'armee, Moise priait les bras etendus; Or et Aaron les soutinrent dans 
cette position pendant tout le jour, de peur qu'ils ne vinssent a tomber de lassitude. Si la 
position de Moise gardait quelque chose de la forme d'une croix, le peuple etait vaincu, ainsi 
que nous l'apprenons des livres memes de ce saint prophete ; mais tant qu'il perseverait dans 
cette attitude, Amalec perdait l'avantage : ainsi la victoire se trouvait du cote de la croix. 5 
Mais ce n'est pas tant cette position de Moise, pendant sa priere, qui faisait triompher le 
peuple hebreu, que le nom de Jesus qui se trouvait a la tete de l'armee, lorsque Moise 
representait sa croix sur la montagne. Qui ne sait que la priere la plus efficace est celle qui se 
fait avec larmes et gemissements, le genou en terre et le corps incline ! Dans la suite, ni 
Moise, ni aucun autre, ne prit sur la pierre cette attitude en forme de croix pendant sa priere! 
Et la pierre ici n'est-elle pas encore un signe qui represente le Christ et ne convient qu'a lui ? 
XCI. 

1 Dieu ne s'est-il pas encore servi d'un autre moyen au rapport du meme Moise, pour exprimer 
la puissance de mystere de la croix, lorsqu'il dit dans les benedictions qu'il donnait a Joseph : 
« Que Jehovah benisse sa terre des fruits du ciel, de la rosee des fleuves qui arrosent la terre, 
des fruits que le soleil et la lune murissent, des fruits des montagnes et des fruits des vallees, 
et des dons de la terre et sa plenitude ; que la benediction de celui qui apparut dans le buisson 
vienne sur la tete de Joseph et sur la tete du premier de ses freres. Sa beaute est celle du 
taureau premier ne, ses cornes sont celles de l'oryx : avec elles il frappera les peuples et les 
chassera jusqu'aux extremites de la terre. » 



2 Personne assurement ne peut me dire ou me montrer qu'il existe dans la nature un seul objet 
qui represente les cornes de l'oryx aussi bien que le fait la croix. 

La croix nous presente un morceau de bois vertical, dont le haut s'eleve en forme de corne; la 
piece de bois adaptee transversalement offre par les deux extremites l'image de deux cornes 
attachees a une seule, et l'autre piece qu'on place au milieu, pour soutenir ceux qu'on attache a 
la croix, n'est-elle pas saillante comme une corne, n'est-elle pas en quelque sorte une nouvelle 
corne qui s'eleve au milieu des autres? 3 Ces mots : 

« II attaquera les nations avec ses cornes jusqu'aux extremites de la terre, » 
s'expliquent par le spectacle que nous offrent aujourd'hui tous les peuples. Attaques par la 
corne, c'est-a-dire touches de componction par le mystere de la croix, les hommes, dans tontes 
les nations, passent en foule des autels de leurs vaines idoles, c'est-a-dire des demons, au cuite 
du seul vrai Dieu. Ce meme signe est montre aux incredules comme leur ruine et leur 
condamnation; alors se renouvelle le prodige opere en faveur de votre peuple apres la sortie 
d'Egypte; dans cette circonstance memorable on vit Amalec defait et Israel triomphant par la 
vertu du signe que formaient les bras etendus de Moise, et par le nom de Jesus donne au fils 
de Nave. 4 Que dirai-je de la figure de cet autre signe presente a Israel pour le guerir de la 
morsure des serpents? N'est-il pas evident qu'il fut eleve pour sauver les hommes qui croient 
que ce signe presageait la mort dont frapperait le serpent celui qui devait etre mis en croix, et 
le salut dont jouissent ceux qui, blesses par les morsures du serpent, cherchent leur refuge 
dans le Dieu qui donna au monde ce divin fils mort sur une croix? L'Esprit saint nous 
apprenait par Moise a ne pas croire au serpent, puisqu'il nous le montre, des le 
commencement du monde, frappe de la malediction de Dieu, et qu'il nous le fait voir dans 
Isaie comme un ennemi que doit blesser a mort un glaive puissant, et ce glaive c'etait le 
Christ. 
XCII. 

1 Sans une grace toute particuliere de Dieu, qui nous donne l'intelligence des actions et des 
paroles de chacun des prophetes, on ne peut les expliquer, et comment des lors en parler? Et si 
on en parle sans les comprendre, ne s'expose-t-on pas au ridicule et au mepris? 2 Celui qui 
vous demanderait comment il! peut se faire qu'Enoch, Noe avec ses enfants, et les autres 
justes de cette epoque aient ete agreables a Dieu sans la circoncision et le sabbat, et que, 
plusieurs siecles apres, Dieu ait voulu sauver les hommes par d'autres chefs et par l'institution 
d'une loi particuliere; que la circoncision soit devenue le moyen de salut pour ceux qui 
vecurent depuis Abraham jusqu'a Moise ; que, depuis Moise, ce ne fut pas seulement la 
circoncision, mais une multitude d'autres observances, telles que le sabbat, les victimes, les 
holocaustes, les offrandes, vous ferait blasphemer contre Dieu, si vous ne dites pas ce que j'ai 
deja dit, que Dieu dans sa prescience voyait que votre peuple meriterait un jour d'etre chasse 
de Jerusalem, sans pouvoir jamais y rentrer, 3 et qu'il voulut le faire reconnaitre par un signe 
particulier; et vous l'avez ce signe dans votre chair : car ce qui vous distingue surtout des 
autres peuples, c'est la circoncision ; mais ce n'est pas elle qui a justifie Abraham, puisque 
Dieu nous declare qu'il ne le fut qu'en vertu de sa foi. II est dit de lui avant qu'il fut circoncis : 
« Abraham crut a Dieu, et sa foi lui fut imputee a justice. » 

4 Et nous autres qui sommes en possession de la seule circoncision necessaire, je veux dire 
celle du cceur, nous qui croyons en Dieu par Jesus-Christ, nous esperons bien etre trouves 
justes et agreables a ses yeux sans votre circoncision selon la chair: nous en avons l'assurance 
de Dieu lui-meme, par le temoignage des prophetes. 

Mais si Dieu vous a obliges d'observer le jour du sabbat, de lui offrir des presents; s'il a 
souffert qu'un lien particulier fut appele de son nom, vous etes forces de reconnaitre qu'il l'a 
fait pour vous empecher de l'oublier et de tomber dans l'idolatrie; et si vous ne le 
reconnaissiez pas, vous seriez des impies et des athees, reproche que ce silence vous a 
toujours merite, 5 ainsi qu'il est evident; oui, dis-je, c'est pour ce motif que Dieu vous a 



present le sabbat, qu'il a exige de vous des offrandes; je l'ai prouve et je me plais a le redire 
pour ceux qui nous sont venus aujourd'hui. Oui, dis-je, sans ce motif, Dieu serait blaspheme; 
on l'accuserait de ne pas connaitre l'avenir, ou de n'avoir pas etabli pour tous les hommes le 
meme moyen de salut ; car bien des generations se sont ecoulees avant Moise, et il ne serait 
plus vrai de dire avec les divines Ecritures que Dieu est juste, qu'il est vrai, que l'equite est 
dans toutes ses voies, qu'il ne connait pas le mensonge. 6 Mais l'Ecriture ne peut nous 
tromper, et Dieu veut que vous cessiez d'etre ce que vous etes, e'est-a-dire vains et pleins de 
vous-memes, afin que vous puissiez, comme nous, avoir part au salut, par Jesus-Christ qui fut 
agreable a Dieu et qui recut de lui un eclatant temoignage, ainsi que je l'ai prouve, d'apres les 
oracles des saints prophetes. 
XCXIII. 

1 Car il n'enseigne rien autre chose que les principes d'equite reconnus partout et en tout 
temps, et qui forment toute la morale du genre humain. Qui ne sait que l'idolatrie, la 
fornication, l'homicide sont des crimes? tout homme qui les commet ne peut parvenir a 
s'aveugler au point d'ignorer qu'il fait mal quand il s'y livre. 

J'excepte cependant ceux qui, pleins de l'esprit impur et corrompus par une education 
vicieuse, des usages barbares, des lois atroces, ont perdu ou plutot eteint en eux les premieres 
notions de l'equite naturelle, ou bien les retiennent captives. 2 Voyez-les dans cet etat de 
degradation : ils ne peuvent souffrir qu'on leur fasse ce qu'ils se permettent a l'egard des 
autres, et pousses par une conscience ennemie, ils se reprochent mutuellement le mal qu'ils 
commettent. Avec quelle sagesse Jesus-Christ notre Seigneur et notre Sauveur, a renferme 
tous les devoirs de la justice et de la piete dans ces deux preceptes : 

« Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cceur et de toutes vos forces, et votre 
prochain comme vous-meme. » 

Si on aime Dieu de tout son cceur, de toutes ses forces, si l'ame est entierement remplie de ce 
pieux sentiment, on ne portera pas ses adorations a un autre Dieu ; avec Dieu le pere on 
adorera le Seigneur son ange qu'il nous ordonne lui-meme d'adorer, et que ce Dieu et Seigneur 
aime et cherit. Aime-t-on le prochain comme soi-meme? Alors on lui veut tout le bien qu'on 
veut pour soi ; car personne ne se souhaite du mal. 3 Dans cette disposition d'esprit, on 
demande pour le prochain et on tache de lui faire tout le bien qu'on se souhaite et qu'on 
cherche a lui procurer. Par le mot prochain, nous entendons l'etre soumis aux memes miseres 
que nous, et doue de raison , en un mot, l'homme. Tous les devoirs de la justice se rapportent 
a deux objets bien determines : Dieu et l'homme. Le vrai juste sera done, d'apres l'Ecriture, 
celui qui aime Dieu de tout son cceur et de toutes ses forces, et son prochain comme lui- 
meme. 4 Mais vous, vous ne l'avez jamais montre a l'egard de Dieu et des prophetes, ni envers 
vous-meme, cet amour et cette tendre charite. Qui ne sait que vous avez toujours abandonne 
Dieu pour des idoles, et fait mourir les justes? Vous avez pousse l'impiete jusqu'a porter vos 
mains sur le Christ, et fideles encore aujourd'hui a votre ancienne perversite , vous chargez de 
maledictions ceux qui vous prouvent que e'est bien le Christ que vous avez crucifie ; que dis- 
je ! vous voudriez faire croire que e'est un ennemi de Dieu, charge de sa malediction, que 
vous avez mis a mort. N'est-ce pas le comble de la folie et du delire? 5 Les signes representes 
par Moise vous offrent le moyen de reconnaitre celui qui est le Christ; mais vous ne voulez 
pas, et non contents de ne pas le vouloir, vous cherchez a nous embarrasser, en nous faisant 
toutes les difficultes qui vous viennent a l'esprit, et puis vous ne savez plus que repondre, 
quand vous trouvez un Chretien qui vous tient tete. 
XCIV. 

1 Car, dites-moi, n'est-ce pas Dieu qui, par la bouche de Moise, defendit de faire aucune 
image ou figure de tout ce qui est au ciel ou sur la terre? Et pourquoi done ce meme Dieu, 
dans le desert, ordonne-t-il a Moise d'elever un serpent d'airain et de le representer par un 
signe qui guerissait les morsures des serpents? Accuserez-vous Dieu de se contredire? 2 Ne 



voyez-vous pas qu'il annoncait par ce signe le grand mystere de la croix, qui devait detruire la 
puissance du serpent dont la ruse avait, par Adam, introduit le peche dans le monde, qu'il 
voulait apprendre a ceux qui croient en celui qui devait souffrir par ce signe, c'est-a-dire par la 
croix, qu'il etait vraiment leur saint et le seul qui put les guerir de tontes les morsures du 
serpent, et par ces morsures il entendait toutes les actions mauvaises, toute injustice, tout acte 
d'idolatrie. 3 Et si ce n'est pas ainsi que vous l'entendez, dites-moi pourquoi Moise fit elever 
ce serpent sous la forme d'une croix? pourquoi il enjoignit a tous ceux qui auraient ete mordus 
par les serpents de le regarder pour etre gueris, comme ils le furent en effet, lui qui avait 
expressement defendu de representer l'image d'aucun objet? 

4 Alors un de ceux qui etaient venus la veille me dit : — Voila la veritable explication ; nous 
n'en pouvons pas donner d'autres. J'ai souvent demande a nos docteurs de m'expliquer cet 
endroit, jamais ils ne m'ont rien dit de satisfaisant Continuez done, je vous prie, le 
developpement que vous avez commence : nous pretons la plus grande attention a votre 
maniere d'eclaircir un mystere dont l'obscurite fait blasphemer contre nos divins oracles. 

5 Alors je repris : — Dieu assurement a pu ordonner a Moise de representer en airain l'image 
d'un serpent, sans encourir pour cela le reproche de s'etre contredit : eh bien ! de meme, vous 
pouvez trouver dans la loi une sentence de malediction contre les crucifies, sans qu'elle frappe 
le Christ de Dieu, par qui Dieu le pere daigne sauver tous ceux dont les ceuvres etaient dignes 
de malediction. 

xcv. 

1 Car vous verrez que par le peche tout le genre humain est maudit; tout homme qui 

n'accomplit pas fidelement la loi, n'est-il pas maudit par la loi? Or, qui l'observe en tout point? 

Personne. Vous n'oseriez dire le contraire. On s'en ecarte toujours plus ou moins ; si ceux qui 

sont sous la loi se trouvent sous la malediction portee par la loi, parce qu'ils n'en sont pas 

toujours exacts observateurs, a plus forte raison, les gentils qui adorent les idoles, qui souillent 

l'enfance par leur turpitude, et se livrent a tant d'autres infamies sont-ils frappes de 

malediction. 2 Si Dieu le pere a voulu que son fils prit sur lui les maledictions de tous les 

hommes, parce qu'il savait bien qu'en le livrant a la mort, et a la mort de la croix, il pourrait 

aussi le rappeler a la vie, pourquoi parlez-vous de ce divin fils qui s'est resigne a tant souffrir 

pour obeir a la volonte de son pere, comme s'il eut ete frappe de malediction? Ne devez-vous 

pas plutot pleurer sur vous-memes? Son pere a voulu, il est vrai, qu'il passat par toutes sortes 

de souffrances pour le salut du genre humain ; mais vous qui l'avez livre a la mort, cherchiez- 

vous a executer les desseins de Dieu ? Etait-ce par amour pour lui que vous faisiez mourir les 

prophetes? 3 Ainsi done, ne dites pas : 

« Si Dieu a voulu qu'il souffrit, pour nous guerir tous par ses blessures, nous sommes sans 

crime. » 

Oui, si en tenant ce langage vous etes touches de repentir, si vous reconnaissez qu'il est le 

Christ, si vous observez desormais sa loi, oui, vous serez sans crime. Par lui vous obtiendrez, 

ainsi que je vous l'ai deja dit, la remission de vos peches. 4 Mais si vous le chargez de 

maledictions, lui et tous ceux qui croient en lui ; si vous les faites mourir quand vous en avez 

le pouvoir, je vous le demande, lorsque vous portez encore sur sa personne une main 

sacrilege, comment pourriez-vous eviter les chatiments que merite un pareil exces d'injustice, 

de fureur, d'endurcissement et de folie ? 

XCVI. 

1 Ces paroles de la loi : 

« Maudit soit celui qui est pendu a une croix ! » 

confirment notre esperance qui s'attache a Jesus crucifie, au lieu de l'ebranler; et pourquoi? 

C'est que nous y trouvons, non pas une malediction de la part de Dieu contre Jesus crucifie, 

mais une prediction de ce que vous tous et vos semblables deviez faire en refusant de 

reconnaitre que ce Jesus existe avant les siecles, qu'il est le pretre eternel du Tres-Haut, qu'il 



est roi, qu'il est le Christ. 2 Voyez ce qui se passe sous vos yeux I Vous maudissez dans vos 
synagogues tous ceux qui portent son nom; les paiens, de la malediction passent a l'effet, 
puisqu'ils nous mettent a mort sur le simple aveu que nous leur faisons d'etre Chretiens. Eh! 
que disons-nous a tous? Nous sommes vos freres. Que n'embrassez-vous plutot la verite qui 
nous vient de Dieu ? Mais ne pouvant vous desarmer ni les uns ni les autres; tous voyant au 
contraire rivaliser de haine et de fureur pour nous contraindre a renier Jesus-Christ, nous 
preferons la mort et nous la recevons avec joie, persuades, comme nous le sommes, que Dieu 
nous accordera, en echange de cette vie, tous les biens qu'il nous a promis par son Christ. 
Nous repondons a toutes vos persecutions par les plus tendres prieres; nous supplions le 
Christ d'avoir pitie de vous; c'est lui-meme qui nous enseigne a prier pour nos ennemis : 
« Aimez ceux qui vous persecutent, nous dit-il, soyez bons et misericordieux comme votre 
Pere celeste. » 

Et ne voyons-nous pas, en effet, combien ce Dieu tout-puissant est plein le misericorde et de 
bonte? Ne fait-il pas lever son soleil sur les ingrats aussi bien que sur les justes? Ne fait-il pas 
pleuvoir sur les mechants comme sur les bons? Mais nous savons de loi qu'il doit nous juger 
tous. 
XCVII. 

1 Et ce n'est pas sans raison que le prophete Moise, dont les mains etaient soutenues par Or et 
Aaron, demeura dans cette position jusqu'au soir. C'est jusqu'au soir, en effet, que Notre - 
Seigneur resta sur la croix; on ne Ten descendit pour l'ensevelir que sur le declin du jour, et le 
troisieme jour il ressuscita, ainsi que l'avait predit par ces paroles le prophete David : 

« Ma voix a crie vers le Seigneur; il m'a exauce du haut de la montagne. Je me suis endormi, 
j'ai ete plonge dans un profond sommeil, je me suis reveille parce le Seigneur est mon appui. 
» 

2 Isaie ne nous a-t-il pas annonce le genre de mort qu'il devait souffrir, lorsqu'il lui met 
paroles dans la bouche : 

« J'ai etendu mes bras tout le jour vers un peuple incredule, rebelle, et qui marche dans une 

mauvaise voie. » 

Ne nous apprend-il pas qu'il devait ressusciter, quand il nous dit : 

« Je lui donnerai la sepulture du riche, son corps enseveli n'est pas reste dans le tombeau. » 

3 N'est-ce point de sa passion et de sa mort que parlait David dans ce passage tout mysterieux 

« lis ont perce mes main et mes pieds, ils ont compte tous mes os, ils m'ont considere, ils 

m'ont examine, ils se sont partage mes vetements ils ont tire ma robe au sort. » 

Et, en effet, les Juifs qui le crucifierent lui enfoncerent des clous dans les pieds et dans les 

mains, et quand ils l'eurent crucifie, ils se partagerai ses habits, et c'est le sort qui assigna les 

parts quand il voulurent choisir. 4 Direz-vous que ce psaume ne s'entend pas du Christ ? Quel 

est sur toutes choses votre aveuglement ! Vous ne voyez pas que jamais vous n'avez eu chez 

vous ni de roi, ni de Christ qui ait eu, vivant encore, les pieds et les mains perces, qui soit 

mort ou plutot qu'on ait crucifie comme l'indique ce passage mysterieux, excepte Jesus seul ! 

XCVIII. 

1 Mais je veux vous citer le psaume tout entier vous y entendrez les accents de l'amour du 

Christ pour son pere, vous verrez comme il s'abandonne entierement a lui comme il le conjure 

de l'arracher a cette mort cruelle, comme il sait connaitre en meme temps les hommes qu'il eut 

pour ennemis, comme il prouve qu'il s'est veritablement fait chair et qu'il a connu la 

souffrance. 2 C'est ainsi qu'il s'exprime 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonne ? N'eloignez pas de moi votre salut, 

ne soyez pas sourd a mes cris, mon Dieu : je vous invoque durant le jour, et vous ne 

m'ecoutez pas; je crie vers vous au milieu de la nuit, et je n'ignore pas ce qui m'est reserve. 

Cependant vous etes le saint qui habitez dans Israel, vous etes l'objet de ses louanges. Nos 



peres ont espere en vous, et vous les avez delivres; il vous ont implore, et ils ont ete sauves; 
ils se sont confies a vous, et ils n'ont pas ete trompes dans leur attente. 3 Pour moi, je suis un 
ver de terre, je suis l'opprobre des mortels , le rebut de la populace ; tous ceux qui me voient 
m'insultent le mepris sur les levres ; ils ont secoue la tete en disant : II a mis son espoir en 
Dieu, que Dieu le sauve, puisqu'il se plait en lui. Et c'est vous qui m'avez tire du sein de ma 
mere, j'ai ete recu entre vos bras, vous etiez mon Dieu lorsque je suis sorti de ses entrailles ; 
ne vous eloignez pas de moi, mon Dieu, parce que la tribulation me presse, et personne n'est 
la pour me secourir. 4 Une multitude de jeunes taureaux m'ont environne, les taureaux de 
Basan m'ont assailli; ils fondent sur moi la gueule beante, comme le lion qui dechire et qui 
rugit; je me suis ecoule comme l'eau ; tous mes os ont ete ebranles; mon cceur a defailli au- 
dedans de moi, comme la cire qui se fond ; ma force s'est detachee comme l'argile, ma langue 
s'est attachee a mon palais, et vous m'avez conduit a la poussiere de la mort. Des chiens 
devorants m'ont environne; le conseil des mediants m'a assiege; ils ont perce mes mains et 
mes pieds, ils ont compte tous mes os, ils m'ont regarde, ils m'ont considere attentivement, 5 
ils se sont partage mes vetements; ils ont tire ma robe au sort. Mais vous. Seigneur, ne vous 
eloignez pas ; vous qui etes ma force, hatez-vous de me secourir; arrachez mon ame au glaive, 
et delivrez-moi de la rage de mes ennemis, sauvez-moi de la gueule du lion, detournez de moi 
la corne du taureau. Je raconterai votre nom a mes freres, je publierai vos louanges au milieu 
de leur assemblee. Louez le Seigneur, vous qui le craignez ; glorifiez-le, race de Jacob ; 
craignez-le tous, vous qui etes de la race d'Israel ! » 
XCIX. 

1 Ma citation finie, je continual en ces termes : Tout ce psaume ne peut s'entendre que du 
Christ, ainsi que je vais vous le prouver en reprenant chacune des paroles qui le comptent. Par 
les premieres : 

« Mon Dieu, mon Dieu ! tournez vos regards sur moi ; pourquoi m'avez-vous abandonne? » 
Le prophete annoncait longtemps d'avance les paroles memes fie devait prononcer le Christ 
attache a la croix. Ne s'est-il pas eerie : 
« Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonne? » 

2 Et celles qui suivent : 

« N'eloignez pas de moi votre salut, ne soyez pas sourd a mes cris. Je vous invoque toujours, 

et vous ne m'ecoutez pas ; je crie vers vous au milieu de la nuit , et vous ne me laissez rien 

ignorer ! » 

Ne sont-elles pas l'expression fidele de tout ce que devait faire le Christ? Le jour qu'il devait 

etre crucifie, il prit avec lui trois de ses disciples et les conduisit sur la montagne des Oliviers, 

qui s'eleve en face du temple de Jerusalem; et la, il fit a Dieu cette priere : 

« Mon pere, que ce calice s'eloigne de moi ! » 

Puis il ajouta : 

« Que votre volonte soit faite, et non pas la mienne ! » 

Par ces paroles, il montre qu'il sentait vraiment la douleur, qu'il etait vraiment homme. 3 Et 

pour qu'on ne dise point : 

« II ne savait done pas qu'il aurait a souffrir? » 

il ajoute aussitot par la bouche du Psalmiste 

« Vous ne m'avez rien laisse ignorer. » 

De meme qu'il n'y avait pas ignorance en Dieu quand il demandait a Adam ou il etait , et a 

Cain ce qu'il avait fait d'Abel, son frere, et qu'il voulait seulement les forcer a se reconnaitre 

eux-memes tels qu'ils etaient, et que l'histoire de ce qui etait arrive restat ecrite et parvint 

jusqu'a nous, ainsi Jesus declare qu'il ne s'agit pas ici de sa propre ignorance, mais de 

l'ignorance de ceux qui ne croyaient pas qu'il fut le Christ, et qui pensaient pouvoir, sans 

consequence, le faire mourir, se persuadant qu'il en serait de lui comme d'un homme 

ordinaire, qu'il ne sortirait pas du tombeau. 



c. 

1 Ce qui suit : 

« Mais vous habitez dans le sanctuaire vous la gloire d'Israel ! » 

annoncait le prodige le plus digne de louange et d'admiration ; je veux dire le prodige de sa 
resurrection, trois jours apres sa mort sur une croix : merveilleux effet de la puissance qu'il 
tenait de son pere ! Le Christ est appele Israel et Jacob, ainsi que je l'ai deja prouve, n'est pas 
seulement dans la benediction de Joseph et de Judas que tout ce qui le concerne nous a ete 
predit d'une maniere mysterieuse, comme je l'ai egalement demontre; c'est encore dans 
l'Evangile, ou nous usons ces paroles prononcees par lui-meme : 

« Toutes choses m'ont ete donnees par le Pere. Personne n'a connu le Pere si ce n'est le Fils, et 
personne n'a connu le Fils si ce n'est le Pere, et celui a qui le Fils l'a revele! » 

2 C'est done lui-meme qui nous a revele tout ce que nous comprenons des divines Ecritures ; 
c'est done a sa grace que nous devons de le reconnaitre, et pour le premier-ne de Dieu, 
existant avant toutes choses, et pour le fils des patriarches, parce qu'il a voulu naitre d'une 
vierge issue de leur sang, se faire homme, vivre obscur et sans gloire, et passer par toutes les 
souffrances. 3 Aussi disait-il a ses apotres, quand il leur parlait de sa passion : 

« II faut que le fils de l'homme souffre tous ces maux, qu'il soit rejete par les pharisiens et par 
les scribes, et qu'il ressuscite le troisieme jour» 

II se disait done le fils de l'homme, ou parce qu'il etait ne d'une vierge qui descendait de 
David, d'Isaac, de Jacob, d' Abraham, ou bien parce qu'Abraham etait son pere et celui des 
justes, ces glorieux ancetres de Marie, dont je viens de parier. Qui de nous ignore que ceux 
qui ont engendre des femmes sont appeles le pere des enfants qu'ont eu leurs filles? 4 II 
appela Pierre un de ses disciples nomme Simon, qui, par une revelation de Dieu le pere, l'avait 
reconnu pour le fils de Dieu. Et comme nous lisons dans les ecrits de ses apotres qu'il est 
vraiment fils de Dieu, nous nous plaisons a l'appeler de ce nom et nous comprenons qu'il Test 
en effet, puisqu'il est engendre du Pere avant toutes choses, par la vertu et la volonte de ce 
Pere. C'est lui qui, dans les livres des prophetes, est designe de tant de manieres differentes, 
par les noms de Sagesse, et de Jour, et d'Orient, et de Gloire, et de Pierre, et par ceux de Jacob 
et d'Israel ; nous comprenons encore que si, d'un cote, il est fils de Dieu, de l'autre, il est 
homme, fils d'une vierge, afin que le peche, introduit dans le monde par le serpent, fut detruit 
par les moyens qui l'avaient fait naitre. 5 Eve, encore vierge et sans tache, ecoute le demon : 
elle enfante le peche et la mort; Marie, egalement vierge, ecoute l'ange qui lui parle; elle croit 
a sa parole, elle en ressent de la joie lorsqu'il lui annonce l'heureuse nouvelle, e'est-a-dire 
lorsqu'il lui apprend que l'esprit du Seigneur surviendra en elle, que la vertu du Tres-Haut la 
couvrira de son ombre, que le fils qu'elle doit enfanter est le fils de Dieu ; elle repond : 
« Qu'il soit fait selon votre parole ! » 

6 C'est alors que naquit d'elle le salut du monde, celui qu'avaient annonce tant d'oracles, celui 
par qui Dieu terrasse le serpent, ainsi que les anges et les hommes qui lui ressemblent, tandis 
qu'il arrache a la mort ceux qui font penitence et croient en son Christ. 
CI. 

I Viennent ensuite ces paroles : 

« Nos peres ont espere en vous, et vous les avez delivres ; ils ont crie vers vous, et ils n'ont 
pas ete confondus. Pour moi, je suis un ver de terre et non un homme; je suis l'opprobre des 
mortels et le rebut du peuple. » 

Nous voyons par cet endroit que Dieu ne reconnait pour veritables peres que ceux qui ont 
espere en Dieu et merite le salut. Les peres dont il parle etaient les ancetres dont il naquit 
quand il se fit homme. H nous apprend que c'est aussi de son pere qu'il attend son salut. 

II se glorifie de ne rien faire que d'apres sa volonte et avec son secours. 2 Telle fut, en effet, sa 
vie sur la terre ; quelqu'un l'avait appele bon maitre : 



« Pourquoi m'appelez-vous bon ? lui dit-il ; personne ne merite ce nom, si ce n'est mon pere 

qui est dans les cieux. » 

Par ces mots : 

« Je suis un ver de terre et non un homme; je suis l'opprobre des mortels et le rebut du peuple, 

» 

le prophete annoncait ce qui s'est accompli, ce qui se realise encore sous nos yeux. 

Partout on nous fait, a nous autres qui croyons en lui, comme un opprobre de ces mots : « II 

fut le rebut du peuple. » On nous reproche d'adorer celui que votre nation a poursuivi de son 

mepris, a charge d'ignominie et qui a tout souffert de votre part. 3 Dans ces paroles qui 

suivent, nous trouvons encore une prediction de ce qui devait arriver ; 

« Tous ceux qui me voient m'insultent ; le mepris sur les levres, ils ont secoue la tete en disant 

: H a mis son espoir en Dieu ; que Dieu le sauve, puisqu'il se plait en lui. » 

Ceux qui le voyaient en croix n'ont-ils pas secoue la tete? Par le mouvement de leurs levres et 

l'air moqueur de leur visage, ils rivaliserent d'insulte, et en le raillant ils lui adresserent ces 

paroles que nous lisons dans les ecrits de ses apotres : « II se dit le fils de Dieu : qu'il 

descende de sa croix et qu'il marche ; que Dieu vienne a son secours. » 

CII. 

1 Et ces autres paroles : 

« C'est vous qui m'avez tire du sein de ma mere ; c'est vous qui etiez mon esperance. Du sein 

de ma mere, j'ai ete jete entre vos bras ; vous etiez mon Dieu, lorsque je suis sorti de ses 

entrailles. Personne n'est la pour me secourir ; une multitude de jeunes taureaux m'ont 

environne, les taureaux de Bazan m'ont assailli ; ils fondent sur moi la gueule beante comme 

le lion qui dechire et qui rugit; je me suis ecoule comme l'eau; tous mes os ont ete ebranles ; 

mon cceur a defailli au-dedans comme une cire qui se fond ; ma force s'est dessechee comme 

l'argile, ma langue s'est attachee a mon palais. » 

L'evenement pouvait-il etre predit d'une maniere plus claire? 2 Examinons d'abord cette 

circonstance : 

« Vous qui futes mon esperance des le sein de ma mere. » 

A peine est-il ne a Bethleem que le roi Herode, instruit de sa naissance par des mages venus 

d'Orient, lui tend des embuches et cherche a le faire mourir. Mais Joseph, averti par le 

Seigneur, prend l'enfant avec la mere et se retire en Egypte. Le pere qui l'avait engendre ne 

voulait pas qu'il mourut avant qu'il fut arrive a l'age viril et qu'il eut enonce sa parole. 3 On 

me demandera peut-etre s'il n'eut pas ete plus convenable que Dieu fit perir Herode? Je 

repondrai a cette question par une autre : Dieu ne pouvait-il pas des le commencement du 

monde frapper de mort le serpent, au lieu de dire : 

« Je mettrai de l'inimitie entre le serpent et la femme, entre la race de l'un et la race de l'autre? 
» 

Ne pouvait-il pas faire naitre tous les hommes a la fois et en un meme moment? 4 Mais il 
trouva plus digne de lui de creer l'ange et l'homme entierement libres d'observer ou non les 
regies de justice qu'il leur avait donnees, et de les laisser jouir de cette liberte tout le temps 
qu'il le jugerait convenable. II trouva egalement plus digne de lui d'etablir un jugement 
particulier et un jugement general, sans toutefois porter atteinte au libre arbitre. C'est pourquoi 
l'Ecriture, au sujet de la confusion de langage et de la multitude d'idiomes qui suivit la 
construction de la tour de Babel, s'exprime en ces termes : 

« Le Seigneur dit : Ils ne forment qu'une race, ils n'ont qu'une seule langue ; ils ont 
commence, et ils ne cesseront pas jusqu'a ce qu'ils aient accompli leur dessein. » 
5 Quant a ces paroles : 

« Ma force s'est dessechee comme l'argile, ma langue s'est attachee a mon palais, » 
c'est encore une prediction de ce que devait faire le Christ, et toujours pour obeir a la volonte 
de son pere. La force et la puissance de sa parole, qui confondait les scribes, les pharisiens et 



tous vos docteurs, quand ils osaient disputer avec lui, ne fut-elle pas suspendue ainsi qu'une 

source d'eau vive qui, jaillissant avec impetuosite, s'interrompt tout-a-coup quand on detourne 

son cours ? II s'est tu, il a refuse de repondre, devant Pilate, a tous ceux qui l'interrogeaient, 

comme nous l'apprenons par les ecrits de ses apotres, afin que cette parole d'Isaie eut aussi 

son accomplissement : 

« Le Seigneur m'a donne une langue eloquente, mais pour parler quand il le faut. » 

6 Ces mots : 

« Vous etes mon Dieu ; ne vous eloignes pas de moi, » 

nous apprennent a mettre notre confiance en Dieu, qui a tout fait ; a chercher en lui seul notre 

appui, notre salut, et non pas dans la naissance, dans la force, dans les richesses, dans la 

prudence humaine, a l'exemple dela plupart des hommes, ainsi que vous l'avez fait vous- 

memes dans tous les temps. N'avez-vous pas autrefois erige un veau d'or? Ne vous etes-vous 

pas toujours montre ingrats? N'avez-vous pas ete persecuteurs des justes jusqu'a les mettre a 

mort, vains jusqu'a l'arrogance, a cause de vos ancetres? 7 Si le fils de Dieu vous a declare que 

ni ce nom divin, ni sa puissance, ni sa sagesse ne pouvaient le sauver ; que pour etre 

impeccable, il lui a fallu le secours de Dieu ; car, comme le dit Isaie : 

« II n'a jamais peche meme en parole, parce qu'il a ignore l'iniquite, et que le mensonge n'a 

point souille sa bouche, » 

comment vous et vos semblables, qui attendez le salut sans avoir aucun titre qui vous donne 

cette esperance, comment, dis-je, ne. voyez-vous pas que vous vous abusez, que vous vous 

trompez vous-memes ? 

cm. 

1 Voyons encore comme l'avenir a realise la prophetie renfermee dans ces autres paroles : 
« La tribulation me presse, personne n'est la pour me secourir; une multitude de jeunes 
taureaux m'ont environne, des taureaux de Bazan m'ont assailli : ils fondent sur moi la gueule 
beante comme le lion qui dechire et qui rugit ; je me suis ecoule comme l'eau, tous mes os ont 
ete ebranles. » 

Parlerai-je de cette nuit ou Jesus vit fondre sur lui, de la montagne des Oliviers, les hommes 
envoyes par vos scribes et par vos pharisiens, a la faveur de l'ascendant que leur donnait la 
puissance de leur parole? 2 Le Christ ne s'est-il pas trouve alors comme environne de jeunes 
taureaux a la corne menagante et d'une fureur prematuree et meurtriere? Les taureaux de 
Bazan, dont il est ensuite question, designent ceux d'entre vous qui se porterent contre le 
Christ aux memes exces de violence que les jeunes taureaux, quand il fut amene devant vos 
docteurs. Ce n'est pas sans raison que l'Ecriture les designe sous le nom de taureaux ; d'eux 
naissent les jeunes veaux, ainsi que nous le savons. Eh bien I ce que les premiers sont pour les 
seconds, vos maitres l'ont ete pour leurs enfants. Ils les ont pousses a se jeter sur le Christ, de 
la montagne des Oliviers, pour se saisir de sa personne et l'amener devant eux. Le prophete 
ajoute : 

« Personne n'est la pour le secourir. » 

Et n'est-ce pas ce qui est arrive? De cette multitude d'hommes, il n'en est pas un seul qui se 
soit leve en faveur de l'innocence opprimee; 3 et dans le lion rugissant dont la bouche ouverte 
est prete a devorer, ne voyez-vous pas le roi des Juifs de cette epoque, appele aussi du nom 
d'Herode et successeur de cet Herode qui fit mourir tous les enfants de Bethleem, vers le 
temps ou le Christ naquit, parce qu'il se flattait d'envelopper dans ce massacre l'enfant dont les 
mages, venus d'Orient, lui avaient annonce la naissance? Mais il ignorait les desseins de celui 
qui est plus fort que tous les hommes; il ne savait pas qu'il avait donne, l'ordre a Joseph et a 
Marie de prendre cet enfant, de fuir en Egypte et d'y rester jusqu'a ce qu'un nouvel ordre d'en 
haut les rappelat dans leur patrie. Ils attendirent done en Egypte qu'on vint leur apprendre que 
cet Herode, meurtrier des enfants de Bethleem, etait mort et qu'il avait pour successeur 
Archelaus ; mais celui-ci mourut avant que le Christ eut accompli, par le supplice de la croix, 



les desseins eternels dont la volonte de son pere lui avait remis l'execution. 4 Un autre Herode 
avait succede a Archelaiis dans la portion de pouvoir que Rome lui avait assignee. Pilate, pour 
lui plaire, avait envoye devant son tribunal le Christ charge de chaines; c'est bien la ce que le 
Seigneur, qui connait l'avenir, avait annonce : 

« lis le conduiront devant l'Assyrien, il sera un present d'hospitalite agreable au roi. » 
5 Par ce lion qui rugit, ne peut-on pas entendre aussi le demon appele serpent par Moise, 
diable par Job et Zacharie, Satan par Jesus, qui voulait nous rappeler que ce nom avait ete 
donne de Taction meme qu'il avait ete commise ; car Sata, dans la langue des Juifs et des 
Syriens, signifie deserteur, apostat; nos peut se rendre par serpent, si vous le traduisez de 
l'hebreu ; c'est de la reunion de ces deux mots qu'on a forme le mot Satanas. 6 Aussitot que 
Jesus-Christ eut quitte le fleuve du Jourdain, ou se fit entendre sur lui , la voix qui avait dit: 
« Vous etes mon fils, je vous ai engendre aujourd'hui, » 

le demon s'approcha de lui pour le tenter, ainsi que nous l'expriment les livres des apotres; il 
poussa l'audace jusqu'a lui dire 
« Adore-moi I » 
Jesus lui repondit : 

« Retire-toi, Satan ! Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. » 
Le demon esperait le faire tomber dans ses pieges, comme il y avait fait tomber Adam. 7 Ces 
paroles : 

« Je me suis ecoule comme l'eau; tous mes os ont ete ebranles, mon coeur a defailli au-dedans 
de moi comme une cire qui se fond, » 

annoncaient ce qui lui arriva dans la nuit ou les soldats vinrent sur la montagne des Oliviers 
pour se saisir de lui. 8 Dans les livres qui furent ecrits, ainsi que je le soutiens, par ses apotres 
et par leurs disciples, il est rapporte qu'une sueur qui ressemblait a des gouttes de sang 
decoula de son corps, lorsqu'en priant il s'ecriait : 
« Mon pere, s'il est possible, eloignez de moi ce calice. » 

Son coeur, ses os etaient ebranles en lui ; son coeur surtout etait comme une cire qui se fondait 
au-dedans de lui-meme. Par tout ce qui est arrive, Dieu voulait nous convaincre que c'est a 
cause de nous qu'il livrait son fils a de si cruelles angoisses, et que sa qualite de fils de Dieu 
ne l'empecherait pas de sentir toutes les souffrances et tous les maux qui lui survenaient. 9 
Dans ces paroles : 

« Ma bouche s'est dessechee comme l'argile, ma langue s'est attachee a mon palais, » 
je retrouve une nouvelle prediction de ce silence dont j'ai deja parle; silence qu'il ne rompit 
par aucune parole, ne voulant rien repondre a vos docteurs qu'il avait coutume de confondre et 
de convaincre de folie. 
CIV. 

1 « Vous m'avez conduit a la poussiere de la mort, ajoute le prophete; des chiens devorants 
m'ont environne; le conseil des mechants m'a assiege : ils ont perce mes mains et mes pieds; 
ils ont compte tous mes os; ils m'ont regarde; ils m'ont considere attentivement; ils se sont 
partage mes vetements ; ils ont tire ma robe au sort. » 

Pourrez-vous trouver des paroles plus claires pour exprimer le genre de mort auquel le Christ 
devait etre condamne par l'assemblee des mechants, que l'Ecriture designe sous les noms de 
chiens et de chasseurs, faisant ici allusion aux reunions et aux conseils que tinrent, pour le 
perdre, les chefs du peuple qui avaient jure sa perte? Quoi de plus conforme au recit des 
apotres? 2 J"ai parle plus haut de ces vetements que ceux qui le crucifierent se sont partages 
apres l'avoir mis en croix. 
CV. 

1 Viennent ensuite ces paroles : 

« Mais vous, Seigneur, ne vous eloignez pas; vous qui etes ma force, hatez-vous de me 
secourir, arrachez mon ame au glaive et delivrez de la puissance du chien mon ame 



abandonnee ; sauvez-moi de la gueule du lion et des comes de l'oryx, dans l'humiliation ou je 
suis. » 

Figure, prediction remarquable de ce que nous retrouvons dans le Christ et de ce qui devait lui 
arriver ! N'avons-nous pas prouve qu'il est le fils unique de Dieu, createur de toutes choses, 
qu'il est la vertu, le Verbe engendre de lui; qu'ensuite il s'est fait homme; qu'il est ne d'une 
vierge, comme nous l'apprennent les ecrits des apotres ? 2 Dans chacune de ces paroles : 
« Arrachez mon ame au glaive ; delivrez cette ame de la puissance du chien ; sauvez-moi de 
la gueule du lion, et, dans mon etat d'humiliation , delivrez-moi des cornes de l'oryx, » 
vous trouvez une circonstance de la passion et une prediction du genre de mort qu'il devait 
souffrir, je veux parler de la croix. Deja je vous ai fait voir comme toutes les cornes de l'oryx 
presentent l'image d'une seule croix : le glaive, la gueule du lion, la puissance du chien, dont il 
est ici question, designent une force ennemie qu'il veut repousser; fil demande qu'elle 
n'asservisse pas son ame, et la priere qu'il fait ici a son pere est une lecon qui nous apprend a 
recourir a Dieu au moment de la mort, a lui demander qu'il ne permette pas que l'ange 
mauvais et audacieux s'empare de notre ame, puisqu'il peut l'ecarter. 

4 L'ame demeure toujours, je vous l'ai deja prouve par ce qui est arrive a l'ame de Samuel, que 
la pythonisse evoqua, sur la demande de Saul. II est a croire que les ames des Justes et des 
prophetes subissent apres leur mort le joug d'une puissance semblable a celle de la pythonisse, 
comme le prouve le fait meme dont je viens de parler. II est evident que tout est ici pour notre 
instruction, 5 et que Dieu, par son fils, nous apprend a faire tous nos efforts, a multiplier nos 
prieres a l'heure de la mort, pour empecher notre ame de tomber sous aucune puissance de 
cette nature. Lorsque le fils de Dieu rendit l'esprit sur la croix, nous disent les ecrits de ses 
apotres, il s'ecria: 

« Seigneur, je remets mon ame entre vos mains. » 

6 lis nous disent encore de quelle maniere il exhortait ses disciples a surpasser en vertu les 
pharisiens, s'ils voulaient parvenir au salut:« Je vous declare, leur disait-il, que si votre justice 
n'est pas plus parfaite que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le 
royaume des cieux. 
CVI. 

1 II savait que son pere accorderait tout a sa priere, qu'il le ressusciterait d'entre les morts; il 
invitait tous ceux qui craignent le Seigneur a le louer en toutes choses, parce que sa 
misericorde, en vertu de la croix de son fils, s'etend sur les hommes qui ont la foi. Apres sa 
resurrection, lorsqu'il eut convaincu ses disciples de la verite des paroles qu'il leur avait dites 
avant sa passion, qu'il fallait que le fils de l'homme souffrit, et que toutes ses souffrances 
avaient ete predites, ils furent touches du plus vif repentir de l'avoir abandonne au moment de 
la mort. Alors il parut au milieu des apotres, qu'il regardait comme ses freres ; et toutes les 
fois qu'il se trouvait au milieu d'eux, il se mettait a louer le Seigneur, ainsi que le rapportent 
leurs ecrits. Et toutes les circonstances avaient encore ete clairement predites, temoins les 
paroles qui se trouvent dans le reste du psaume : 

2 «Je raconterai votre nom a mes freres, je publierai vos louanges au milieu de leur 
assemblee; vous qui craignez le Seigneur, glorifiez-le; sauvez-le, vous tous qui etes de la race 
de Jacob ; qu'il soit craint par toute la posterite d'Israel ! » 

3 Si vous lui voyez changer le nom d'un de ses apotres en celui de Pierre, et appeler les deux 
freres, fils de Zebedee, du nom de Boanerges, qui veut dire fils du tonnerre, reconnaissez en 
lui ce meme Dieu qui changea autrefois le nom de Jacob en celui d'Israel ; le nom d'Auses en 
celui de Jesus, nom a la faveur duquel fut introduit dans la terre promise aux patriarches le 
peuple qui survecut aux Hebreux delivres de la captivite de l'Egypte. 4 Moise nous l'avait 
annonce comme un astre qui devait s'elever de la race d'Abraham : 

« Une etoile, nous dit-il, sortira de Jacob ; un chef sortira d'Israel; » 
et ailleurs: 



« Voici l'homme, l'Orient est son nom. » 

Et en effet une etoile s'eleva dans les cieux, aussitot apres sa naissance, nous disent les ecrits 
de ses apotres , et des mages avertis par ce signe vinrent d'Orient pour l'adorer. 
CVII. 

1 II avait lui-meme predit qu'il ressusciterait trois jours apres qu'il aurait ete mis en croix, 
ainsi que nous l'apprennent les memes evangelistes; nous lisons dans leur recit que des 
hommes de votre nation lui dirent un jour, en discutant avec lui : « Donnez-nous un signe ; » 
et qu'il leur repondit: 

« Cette generation adultere et mechante demande un signe; on ne lui en donnera pas d'autre 
que le signe de Jonas. » 

Par ces paroles mysterieuses, il faisait comprendre a ceux qui l'ecoutaient qu'il ressusciterait 
trois jours apres sa mort sur la croix, 2 et en meme temps il annongait que la generation a 
laquelle il parlait etait plus coupable et plus perverse que les habitants de Ninive. Vous savez 
ce qui arriva lorsque Jonas, sorti du poisson qui l'avait englouti, parut au milieu de cette ville 
et annonga, que dans trois jours, d'autres disent dans quarante, Ninive serait detruite avec tous 
ses habitants. Alors on publia un jeune qui s'etendit non-seulement a tous les hommes, mais 
encore a tous les animaux; on se revetit de cilices, on poussa de longs gemissements : ils 
partaient d'un cceur reellement change; on abandonna les voies de l'iniquite, on comprit que 
pour trouver le Seigneur misericordieux et bon il fallait renoncer au peche. Le roi lui-meme et 
les premiers du royaume se couvrirent de cilices, et persevererent dans le jeune et la priere; 
leur penitence desarma le bras de Dieu et sauva la ville de sa destruction. 3 Le troisieme jour 
arrive, selon d'autres le quarantieme, Jonas s'affligeait de voir que sa prediction ne s'etait pas 
accomplie. Dieu, dans sa sagesse, sut apaiser ses murmures, et voici de quelle maniere : d'un 
mot il fit naitre un lierre qui le couvrit de son ombre et le garantit du soleil. C'etait en effet un 
lierre charge de son fruit, que Jonas n'avait ni plante, ni arrose, mais qui avait pousse tout-a- 
coup pour lui donner de l'ombre. D'un autre mot, Dieu fit secher en un moment ce meme 
lierre; nouveaux murmures de la part de Jonas : c'est alors que Dieu lui fit comprendre 
combien etait injuste le chagrin qu'il eprouvait de ce que Ninive n'etait pas detruite : 
« Quoi! lui dit le Seigneur, tu voudrais conserver une plante qui est venue sans toi, qui s'est 
accrue en une nuit, et qui est morte le lendemain; et moi je n'epargnerais pas la grande ville de 
Ninive, ou il y a plus de cent vingt mille enfants qui ne savent pas discerner la droite de la 
gauche, Ninive, qui renferme une multitude d'etres vivants ! » 
CVIII. 

1 Tous ceux de votre nation savaient bien ce qui etait arrive a Jonas, et cependant lorsque le 
Christ leur disait qu'il ne leur serait pas donne d'autre signe, et qu'il les exhortait a faire 
penitence de leurs crimes, sinon avant, du moins apres sa resurrection, et a flechir le Seigneur 
par leurs larmes, a l'exemple des Ninivites, s'ils voulaient preserver et le peuple et la ville de 
la destruction ; 2 non-seulement vous n'avez pas fait penitence quand vous avec su qu'il etait 
vraiment ressuscite, mais encore, ainsi que je vous l'ai deja reproche, vous avez prepose des 
hommes de votre choix pour aller publier par toute la terre qu'un imposteur du nom de Jesus 
avait forme une secte d'hommes impies et sans loi ; que ce Jesus avait ete crucifie, et que ses 
disciples l'avaient enleve pendant la nuit du tombeau ou il avait ete depose apres qu'on l'eut 
detache de la croix ; qu'ils tromperent les hommes en publiant qu'il etait ressuscite d'entre les 
morts et monte au ciel. Vous n'avez pas craint d'ajouter que ce Jesus enseignait lui-meme je 
ne sais que des d'hommes impies, affreux, execrables, dogmes que vous inventez et que vous 
debitez partout pour soulever l'indignation publique contre ceux qui professent que Jesus est 
vraiment le Christ, le maitre par excellence, le fils de Dieu. 3 Que dirai-je encore? Votre ville 
a ete prise, votre pays est devaste, ainsi qu'il l'avait predit; et, loin de faire penitence, vous le 
chargez de maledictions, lui et tous ceux qui croient en lui. 



Nous, au contraire, nous ne hai'ssons ni vous, ni ceux a qui vous avez inspire de pareils 
sentiments a notre egard. C'est trop peu pour nous de ne pas vous hair, nous faisons les vceux 
les plus ardents pour que le repentir entre dans vos cceurs, et que vous obteniez tous 
misericorde du Dieu infiniment bon, infiniment misericordieux, qui vous a crees. 
CIX. 

1 Mais les gentils, qui vivaient dans le peche parce qu'ils etaient dans l'erreur, devaient se 
convertir aussitot qu'ils auraient regu des apotres la doctrine que ces derniers ont portee de 
Jerusalem jusque chez les peuples idolatres; nous l'apprenons de Michee, l'un des douze petits 
prophetes. Permettez que je vous cite quelques paroles de sa prediction ; c'est ainsi qu'il 
s'exprima : 

« Et voila que dans les derniers temps, la montagne de la maison du Seigneur sera preparee 
sur le haut des monts, elevee au-dessus des collines, un fleuve coulera au milieu du peuple, les 
nations y viendront en foule, et se hateront, disant : Venez, allons a la montagne du Seigneur 
et a la maison du Dieu de Jacob; il nous enseignera ses voies et nous marcherons dans ses 
sentiers, parce que la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de Jerusalem ; il jugera au 
milieu de la multitude des peuples, il chatiera des nations puissantes jusqu'aux contrees les 
plus lointaines; les peuples feront de leurs epees des socs de charrue, et des hoyaux de leurs 
lances ; un peuple ne tirera plus le glaive contre un autre peuple; ils n'apprendront plus a se 
combattre. 3 Chacun se reposera sous sa vigne ou sous son figuier, et nul ne les troublera, 
parce que le Seigneur a parle. Que tous les peuples marchent au nom de leur Dieu, et nous, 
nous marcherons au nom du Seigneur notre Dieu dans l'eternite et par-dela. En ce jour-la je 
ramenerai celle qui etait boiteuse, et je recueillerai celle qui etait rejetee et resserree dans des 
entraves. Celle qui avait ete repudiee deviendra mere d'une nation puissante ; et le Seigneur 
regnera sur elle, sur la montagne de Sion, des a present jusque dans l'eternite. » 
CX. 

1 A ces paroles de la prophetie, j'ajoutai les reflexions suivantes : Je sais, mes amis, que vos 
docteurs conviennent avec nous que ces paroles s'entendent du Christ ; mais je sais aussi qu'ils 
pretendent que le Christ n'est pas encore venu ; ou bien, s'ils disent qu'il est venu, ils ajoutent 
qu'on ne le connait pas, et qu'il ne sera connu que lorsqu'il lui plaira de se manifester et de 
paraitre dans toute sa gloire. 2 Alors arriveront, continuent-ils, les grands evenements 
annonces dans la prophetie, comme si cette prophetie n'avait encore eu aucun effet Insenses ! 
ils ne comprennent pas ce qui est si clair et si evident, d'apres toutes les paroles de l'Ecriture, 
que deux avenements du Christ nous sont predits : l'un, dans lequel il sera sans gloire, homme 
de douleur, couvert d'ignominie , et enfin crucifie ; l'autre, ou il descendra du ciel dans tout 
l'appareil de sa majeste, quand l'homme de la defection, l'antechrist, elevant sur la terre une 
voix orgueilleuse contre le Tout-Puissant lui-meme, se portera a d'affreux exces contre nous 
autres Chretiens qui nous sommes jetes entre les bras du Dieu de Jacob, du Dieu d'Israel, 
aussitot qu'a la faveur de la loi et de la doctrine sorties de Jerusalem, nous avons pu connaitre, 
par les apotres de Jesus, le vrai Dieu et le culte qui lui convient, 3 nous qui nous pretentions 
autrefois couverts de meurtres et du sang les uns des autres; charges, en un mot, de toutes 
sortes d'iniquites, et qui depuis avons brise, sur tous les points du globe, les instruments de 
guerre pour changer le glaive en soc de charrue, la lance en hoyau, et cultiver la piete, la 
justice, l'humanite, la foi et cette esperance qui nous vient de Dieu le pere par le Dieu crucifie, 
chacun de nous se reposant desormais sous sa vigne, e'est-a-dire n'ayant plus qu'une seule et 
legitime epouse; et, en effet, dans notre conduite, vous avez sous les yeux la verite de cette 
parole prophetique : « Son epouse est comme une vigne feconde. » 

4 II est facile de se convaincre que personne au monde n'est capable d'effrayer un veritable 
Chretien et d'en faire un vil esclave de la crainte. Qu'on nous frappe du glaive, qu'on nous 
crucifie, qu'on nous livre aux betes, aux flammes, a toutes les autres tortures : on ne peut nous 
empecher de confesser le nom de Jesus-Christ, ainsi que vous le voyez. 



Plus on nous fait souffrir, plus on nous persecute, plus il nait au nom de Jesus des Chretiens 
fideles et devoues. Nous ressemblons a la vigne dont le fer coupe quelques branches fecondes, 
et qui repare cette perte par d'autres branches plus belles et plus fecondes encore. La vigne 
plantee par le Dieu tout-puissant et par le Dieu sauveur, c'est le peuple qu'il s'est forme. 5 
Pour le reste de la prophetie, il aura son effet au jour du second avenement. 
Ces mots : « Celle qui etait resserree dans des entraves, » signifient que vous et tous les 
incredules faites votre possible pour bannir, non pas seulement de leurs biens, mais encore du 
monde entier, tous ceux qui portent le nom de Chretiens, et qu'il ne leur est plus permis de 
jouir librement du bienfait de la vie. Vous dites : 6 Eh ! n'est-ce pas ce que notre peuple lui- 
meme a souffert? Mais si tel a ete pour vous le sort de la guerre, c'etait un chatiment que vous 
aviez merite, ainsi que l'attestent toutes les Ecritures. Mais nous, qui avons cesse de 
commettre le mal depuis que nos yeux se sont ouverts a la verite, nous avons Dieu pour garant 
que notre mort n'est pas plus juste que celle qu'on a fait subir a celui qui etait sans tache et la 
justice meme Je veux dire le Christ « Le juste, dit Isaie, le juste perit, et nul n'y pense dans 
son cceur : les justes sont enleves de ce monde, et personne n'y pense. » 
CXI. 

1 Au sujet de ces deux avenements, je dois vous rappeler que, deja du temps de Moise, ils 
avaient ete figures d'une maniere mysterieuse par les deux boucs que Ton offrait les jours de 
jeune. Nous avons aussi montre que Moise et Josue etaient eux-memes des figures de ces 
deux avenements : l'un resta jusqu'au soir sur la colline, les bras etendus, tandis qu'on les 
soutenait ( rien sans doute ne representait mieux la croix que cette attitude); l'autre, qui portait 
le nom de Jesus, commandait l'armee et donnait la victoire aux Hebreux. 

2 II est a remarquer que, pour mieux figurer les deux avenements, ces deux saints 
personnages, ces deux prophetes da Seigneur ont represente separement les deux grands 
mysteres dont nous venons de parler, l'un retracant la croix, l'autre rappelant le nom de Jesus, 
et n'ont pu reunir les deux symboles dans une meme personne. La reunion s'est faite dans 
Jesus seul. Et telle est, telle a ete et telle sera toujours sa force, que son nom meme fait 
trembler toute autre puissance que la sienne; elle se sent defaillir a la seule idee qu'un jour elle 
doit etre renversee par lui. Ainsi done notre Christ, tout passible, tout crucifie qu'il a ete, 
n'encourut point la malediction portee par la loi; mais il prouvait que lui seul pouvait sauver 
ceux qui savent conserver la foi. 3 En Egypte, les Hebreux, preserves du glaive 
exterminateurs, tandis que les premiers-nes des Egyptiens perissaient, durent leur salut au 
sang de l'agneau pascal qui arrosait les deux cotes et le seuil de leurs portes. Mais la Paque, 
c'etait le Christ qui fut immole plus tard, ainsi que l'avait annonce Isaie par ces paroles : 

« II a ete conduit a la mort comme une brebis. » 

Et n'est-ce pas vers le jour de Paques que vous l'avez arrete, que vous l'avez crucifie ? Eh bien 

! de meme que le sang de l'agneau pascal a sauve les Hebreux qui etaient en Egypte, de meme 

le sang du Christ sauvera de la mort ceux qui croiront en lui. 4 Mais pourquoi ce sang mis sur 

les portes ? Est-ce que, sans cette marque, la main de Dieu se serait trompee ? Mon, 

assurement; tout ce que je veux dire, c'est que Dieu annoncait par la que le sang du Christ 

serait le salut du genre humain. 

Le ruban de pourpre que les espions envoyes par Jesus, fils de Nave, donnerent a la courtisane 

Rahab, de la ville de Jericho, en lui recommandant de le suspendre a la fenetre par laquelle 

elle les fit descendre pour les soustraire a l'ennemi, figurait egalement le sang du Christ qui, 

chez tous les peuples, remet les iniquites, et devient le gage du salut pour les hommes injustes 

et adulteres qui cessent de retomber dans le peche. 

CXII. 

1 Combien vous degradez Dieu par vos miserables interpretations, quand vous donnez a 

toutes ces paroles un sens si etroit, et que vous savez si peu penetrer la profondeur des choses 

qu'elles expriment? A les prendre comme vous les entendez, il faudra done accuser Moise 



d'avoir viole la loi qu'il avait portee; car, apres avoir defendu lui-meme de representer la 
figure d'aucune creature, soit du ciel, soit de la terre, soit de la mer, il fit faire un serpent 
d'airain qui etait place au-dessus d'un certain signe, et il ordonna a tous ceux qui avaient ete 
mordus de le regarder; et ceux qui le regardaient etaient gueris. 2 Direz-vous que leur 
guerison venait du serpent? Mais comment pourrait-elle venir de lui, puisque Dieu l'a maudit 
des le commencement du monde, et frappe de sa redoutable epee, comme le dit Isaie? 
Faut-il prendre ce passage dans le sens absurde qu'il plait a vos docteurs de lui donner, et non 
pas comme une figure qui se rapporte a Jesus crucifie; Jesus, que representait Moise par ses 
mains etendues, et Josue par ce nom qu'il recut lorsqu'ils assurerent l'un et l'autre la victoire a 
votre peuple ? 3 Cette maniere d'entendre l'Ecriture ne laisse plus de doute, de vague dans 
l'esprit ; on comprend la pensee du legislateur. Alors il ne parait plus abandonner la cause de 
Dieu , et conseiller au peuple de placer sa confiance dans un reptile par qui la prevarication et 
la desobeissance sont entrees dans le monde. Vous trouvez dans toutes les paroles, dans toutes 
les actions de ce saint prophete un sens profond, un grand mystere. Tout s'accorde, tout 
s'explique a merveille dans celles des autres prophetes, lorsqu'on possede une fois 
l'intelligence des choses qu'elles renferment. 

4 Mais de quoi s'occupent vos docteurs ! lis descendent a je ne sais quelles miserables et 
futiles discussions : ils vous diront pour quelle raison, dans cet endroit ou dans celui-ci, on ne 
parle pas des chameaux femelles ; ce qu'on entend par ces chameaux appeles femelles; 
pourquoi l'usage de tant de mesures de farine, de tant de mesures d'huile, dans les offrandes 
prescrites par la loi. Mais, tout ce qui a de l'importance , tout ce qui merite d'etre examine, ils 
se gardent bien de l'expliquer ou meme d'en parler ; non contents de passer sons silence ces 
graves objets, ils vous defendent de nous ecouter quand nous les traitons, et vous empechent 
d'avoir aucun rapport avec nous. Ne meritent-ils pas qu'on leur applique ces paroles que Jesus, 
notre maitre, adressait aux docteurs de son temps : 

« Sepulcres blanchis, beaux au-dehors, mais au-dedans pleins d'ossements et de corruption ; 
qui donnez la dime de la menthe et qui avalez un chameau. » 

5 Si vous ne rejetez la doctrine de ces hommes qui se prechent eux-memes et qui veulent etre 
appeles Maitres! maitres ! si vous n'apportez a la lecture des prophetes le courage, la 
Constance meme des prophetes; si vous n'etes pas prets a souffrir de la part des votres tout ce 
que ces derniers en ont souffert, je vous declare que la lecture de leurs ecrits sera sans fruit 
pour vous. 

CXIII. 

1 Voyez quelle est votre conduite. Celui qui fut envoye avec Caleb pour reconnaitre la terre 
de Chanaan, et qui portait auparavant le nom d'Auses, ainsi que je l'ai deja dit, recut de Moise 
le nom de Jesus. Vous ne demandez pas pour quelle raison vous passez sur ce point sans 
elever aucune discussion; vous ne faites aucune question serieuse ; sous ce nom, vous ne 
voyez pas le Christ; vous lisez sans comprendre, et maintenant que vous entendez dire que 
Jesus est notre Christ, vous ne raisonnez pas en vous-memes, vous ne tirez pas cette 
consequence que ce n'est pas en vain et sans raison que ce nom a ete donne au compagnon de 
Caleb dont nous parlons. 2 Mais vous cherchez avec une sainte et scrupuleuse attention 
pourquoi on a ajoute un a au premier nom d'Abraham, vous disputez avec un grand appareil 
de raisonnement sur l'r surajoute au nom de Sara. Quelle froideur, au contraire, quand il s'agit 
d'examiner pourquoi le nom tout entier d'Auses, fils de Nave, fut change en celui de Jesus ! 3 
Mais ce n'est pas seulement son nom qui a ete change, il a ete lui-meme substitute a Moise. 
Seul de tous les chefs hebreux sortis d'Egypte, il conduisait dans la terre sainte les restes 
d'Israel. De mene que ce fut Josue, et non pas Moise, qui mit le peuple de Dieu en possession 
de la terre promise, et la distribua d'apres le sort entra tous ceux qui purent y entrer avec lui, 
de meme Jesus convertira les restes disperses de ce meme peuple et leur distribuera la 
veritable terre-sainte; mais avec quelle difference! 4 Le fils de Nave ne put donner qu'un 



heritage passager; il n'etait pas le Christ-Dieu, le fils de Dieu ; mais le Christ, apres la grande 
resurrection, nous donnera un heritage qui ne passera point. Si le fils de Nave arreta le soleil, 
ce ne fut qu'apres avoir pris le nom de Jesus en echange du sien, et recu sa puissance de 
l'Esprit meme de Jesus. Deja nous avons prouve que c'est ce meme Jesus qui apparut a Moise, 
a Abraham et aux autres patriarches, et conversa avec eux lorsqu'il executait les ordres de son 
pere ; qui, depuis, est venu sur la terre, s'est fait homme, est ne d'une vierge et subsiste 
toujours. 5 Apres lui et par lui le Dieu createur doit renouveler le ciel et la terre ; c'est le 
Christ qui, dans la nouvelle Jerusalem, sera l'eternelle lumiere ; il est le veritable roi de Salem 
selon l'ordre de Melchisedech, et le pretre eternel du Tres-Haut. 6 Mais revenons a Josue ; il 
est rapporte qu'il ordonna une seconde circoncision et qu'elle fut faite avec des couteaux de 
pierre : n'etait-ce pas une prophetie de cette circoncision par laquelle le Christ nous retranche 
ou plutot nous separe des dieux de pierre et d'autres simulacres semblables ? II est dit aussi 
que Josue reunit en un meme lieu les Hebreux qui furent circoncis; n'etait-ce pas encore une 
image de ce que fit le Christ, qui rassembla de toutes les parties du monde, en un meme corps, 
7 ceux que le veritable couteau de pierre, c'est-a-dire ta parole, avait retranches du monde 
idolatre ? Car vous savez que la pierre est presentee comme la figure du Christ : similitude 
souvent employee par les prophetes; et sa parole est avec raison comparee a un couteau de 
pierre : par elle, en effet, tant d'hommes incirconcis et plonges dans l'erreur ont recu la 
circoncision du cceur et non de la chair ! et c'est a cette circoncision que Dieu, par Jesus, 
exhortait ceux qui avaient recu celle d'Abraham, lorsqu'il nous dit que ceux qui entrerent dans 
la terre-sainte recurent de Jesus une seconde circoncision qui fut faite avec des couteaux de 
pierre. 
CXIV. 

1 Souvent l'Esprit saint parlait de maniere a montrer l'avenir sous une image vive et frappante, 
et souvent il annoncait les evenements futurs comme s'ils se passaient deja, ou meme comme 
s'ils etaient deja passes. Je vais vous citer quelques exemples qui vous feront comprendre ce 
que j'avance. 2 Isaie nous dit, en parlant du Christ : 

« II a ete conduit a la mort comme une brebis, et comme un agneau devant celui qui le tond. » 
II est evident qu'il parle de la passion comme si deja elle etait accomplie ; et ailleurs, lorsqu'il 
dit 

« J'ai etendu mes mains vers un peuple incredule et rebelle, » 

ne croirait-on pas qu'il s'agit d'un evenement passe? II en est de meme de cet autre endroit : « 
Seigneur, qui a cru a votre parole? » J'ai prouve a plusieurs reprises que le meme prophete 
donnait souvent au Christ le nom de Pierre par similitude, et par metaphore celui de Jacob et 
d'Israel; 3 et dans un autre endroit, quand il dit : 
« Je verrai tes cieux, ouvrages de tes mains, » 

si je n'entends pas ces mots dans ce sens que Dieu fait tout par son Verbe, j'ai conclurai 
follement, comme vos docteurs, que l'auteur a toutes choses, que le Dieu incree, a des pieds, 
des mains, une ame comme les etres animes qu'il a faits, et que c'est pour cette raison qu'il a 
pu se montrer autrefois a Abraham a Jacob ; car voila ce qu'ils enseignent. 
4 Nous avons done ete bien mieux traites, nous qui avons recu la seconde circoncision a l'aide 
de couteaux de pierre la premiere se faisait et se fait encore avec le fer. Aussi persistez-vous 
dans la durete de votre cceur. ? Notre circoncision qui ne fut instituee qu'apres la votre, se fait 
avec des pierres aigues, c'est-a-dire par la parole des apotres de Dieu, la grande pierre 
angulaire detachee sans effort de la montagne; elle nous affranchit du culte des idoles et de 
toutes les ceuvres d'iniquite; et nos cceurs se trouvent si bien circoncis, si bien degages du 
vice, que nous affrontons la mort avec joie pour le nom de celui qui est l'heureuse pierre d'ou 
jaillit une eau vive dans les cceurs qui aiment par lui Dieu le pere, et dont l'effet est de 
desalterer ceux qui ont soif de la justice. Mais quand je parle ce langage vous ne me 
comprenez pas, car vous n'avez pas l'intelligence des ceuvres que devait operer le Christ, 



ceuvres predites toutefois par les prophetes; et vous ne voulez pas nous croire, nous qui 
tachons de vous mener a comprendre les Ecritures. 

« Malheur a vous, s'ecrie Jeremie ; vous avez abandonne la source d'eau vive et vous vous 
etes creuse des citernes entrouvertes qui ne peuvent contenir leurs eaux ! La solitude sera sur 
la montagne de Sion, parce que devant vous j'ai donne a Jerusalem l'ecrit de repudiation. » 

cxv. 

Mais vous devriez du moins croire a cette prophetie de Zacharie, qui vous annonce d'une 
maniere allegorique, nous le voile d'une parabole, le mystere du Christ. C'est ainsi qu'il 
s'exprime : 

« Rejouis-toi, fille de Sion, loue le Seigneur ! voila que je viens et j'habiterai au milieu de toi, 
dit Jehovah, et les nations viendront en foule vers le Seigneur en ce jour; elles seront mon 
peuple, et j'habiterai au milieu de toi et tu sauras que Jehovah, le Dieu des armees, m'a envoye 
vers toi. 2 Jehovah possedera Juda comme son heritage dans la terre-sainte , il choisira 
Jerusalem. Que toute chair se taise en presence de Jehovah, car il s'est reveille de son 
sommeil, il s'est leve de sa demeure sainte, et le Seigneur me montra le grand-pretre Jesus 
debout devant l'ange de Jehovah; et Satan etait a sa droite pour s'opposer a lui ; et Jehovah dit 
a Satan : Jehovah te reprimera ; Jehovah, qui a choisi Jerusalem , te reprimera, tu n'es qu'on 
tison arrache au feu. » 

3 Tryphon s'appretait a m'interrompre. Attendez un moment, lai dis-je, ecoutez ou j'en veux 
venir. Vous vous imaginez sans doute que je veux faire entendre qu'il n'existait point de pretre 
du nom de Jesus dans la terre de Babylone ou votre peuple fut captif; ce n'est pas la ma 
pensee. Si cependant je voulais le prouver, je ne manquerais pas de raisons : je pourrais vous 
dire que si vous aviez eu a cette epoque un pretre du nom de Jesus, le prophete ne l'aurait pas 
vu en revelation, mais bien en realite ; de meme qu'il a vu le demon et l'ange du Seigneur dans 
un moment d'extase ou de vision, et non pas reellement places sous ses yeux. Mais voila tout 
simplement ce que je veux etablir: 

4 De meme que l'Ecriture nous dit que, par la vertu du non de Jesus, le fils de Nave fit des 
prodiges et des actions qui etaient autant de figures de ce que devait faire un jour notre Christ, 
de meme je me borne a vous dire que la revelation qui eut lieu a l'epoque de ce Jesus, pretre 
des Hebreux, au temps de la captivite de Babylone, etait une prophetie de ce que devait faire 
notre pretre, Dieu et Christ, fils du Dieu createur de tout ce qui existe. 

5 Aussi je me suis etonne de vous voir si tranquilles et de n'eprouver de votre part aucune 
contradiction, lorsque je vous ai dit que, seul d'entre les chefs partis avec lui de l'Egypte, le 
fils de Nave etait entre dans la terre-sainte, a la tete de la jeunesse de cette epoque ; car 
habituellement, vous ressemblez aux mouches qui cherchent les ulceres et s'y attachent de 
preference. 6 Aussi, entre mille choses remarquables , qu'on laisse echapper un mot qui vous 
blesse ou que vous ne compreniez pas, ou qui soit inexact, vous oubliez tout ce qu'on a pu 
vous dire de beau, d'interessant, pour vous saisir de ce seul mot, le grossir, et en faire un crime 
irremissible. 

Vous jugez severement ; Dieu vous jugera de meme. H vous demandera compte a bien plus 
juste titre de vos actions mauvaises, de vos crimes affreux, de tant de fausses interpretations 
que vous avez donnees aux divines Ecritures en les alterant. N'est-il pas juste que vous soyez 
juges comme vous avez juge les autres? 
CXVI. 

1 Mais revenons a la prophetie qui nous occupe et fui regarde Jesus-Christ. Je reprends la 
suite de mes idees, et je dis que cette prophetie nous regarde aussi, nous qui croyons au 
Christ, ce pontife par excellence, mort par le supplice de la croix. Nous etions souilles de 
toutes sortes de crimes et de desordres; c'est lui qui, par sa grace, d'apres la volonte de son 
pere, nous a purifies de toutes les souillures dont nous etions couverts. Le demon est toujours 
la comme un ennemi qui nous observe et qui veut nous attirer a lui. Mais l'ange de Dieu, c'est- 



a-dire la grace de Dieu qui nous est envoyee par Jesus-Christ, repousse sans cesse le demon et 
le met en fuite. 2 Nous avons ete comme arraches au feu par cette grace qui nous purifie de 
nos peches et qui doit nous delivrer de toutes les tribulations a l'avenir, aussi bien que des 
feux eternels ou Satan et ses ministres voulaient nous plonger ; car Jesus, le fils de Dieu, nous 
a promis de nous en arracher, de nous revetir des habits de gloire qu'il nous a prepares, et de 
nous ouvrir son royaume eternel, si nous observons ses commandements. 3 De meme que le 
Jesus, appele du nom de Pretre par le prophete, se montra couvert de vetements souilles aux 
yeux d'Israel, parce qu'il avait, dit l'Ecriture, epouse une prostituee, et fut comme un tison, 
arrache du feu, parce qu'il obtint la remission de son peche, a la grande confusion du demon, 
qui voulait ressaisir sa proie; de meme, nous, qui tous ensemble ne faisons qu'un, en quelque 
sorte, en Jesus-Christ par notre unanimite a croire un seul Dieu createur de toutes choses, nous 
avons ete, grace a son fils unique, delivres des vetements d'ignominie, c'est-a-dire de nos 
peches, et enflammes par le feu de la parole qui nous appelait; nous sommes devenus la 
veritable race sacerdotale du Seigneur, ainsi qu'il l'atteste lui-meme, lorsqu'il dit que 
maintenant, en tous lieux, chez les nations, on lui offre des sacrifices purs et agreables. Qui ne 
sait que Dieu ne recoit de sacrifices que des mains de ses pretres ? 
CXVII. 

1 Le sacrifice offert partout en son nom est celui que Jesus-Christ a institue et present d'offrir, 
je veux dire le sacrifice eucharistique du pain et du vin, que les Chretiens offrent en tous lieux 
; aussi lui sont-ils tous agreables, ainsi qu'il le declare, tandis qu'il rejette vos sacrifices et 
ceux de vos pretres; temoins ses propres paroles : 

« Je ne recevrai plus d'offrandes de votre main ; depuis le lever du soleil jusqu'au coucher, 
mon nom est glorifie chez les nations, et vous, vous le profanez. » 

2 Toujours pousses par l'esprit de contention, vous dites qu'a la verite le Seigneur ne recoit 
plus de sacrifices a Jerusalem de la part de ceux qui l'habiterent autrefois sons le nom 
d'Israelites, mais que, dans leur dispersion chez les peuples, leurs prieres ne laissent pas de lui 
etre agreables, et que ces prieres sont ici designees sous le nom de sacrifices. Je conviens que 
les prieres et les actions de grace faites par des cceurs purs sont les seuls sacrifices parfaits et 
agreables au Seigneur ; 3 et voila ceux en effet que les Chretiens ont appris a lui offrir en 
reconnaissance des alimenta qu'ils recoivent de lui, et en memoire de la passion que le fils de 
Dieu a soufferte pour eux. Mais vos princes des pretres et vos docteurs n'ont rien omis pour 
que le nom du Seigneur fut profane et devint un objet de blaspheme chez tous les peuples ; 
vous avez jete comme un manteau d'ignominie sur tous ceux qui portent le nom de Jesus et 
qu'on appelle Chretiens; mais Dieu le fera disparaitre un jour, quand il nous ressuscitera tous, 
qu'il enverra les uns incorruptibles, immortels, impassibles, dans son royaume eternel, ce 
royaume qui ne passera point, et qu'il precipitera les autres au milieu de feux et de supplices 
qui n'auront pas de fin. 4 Vous et vos maitres, vous vous abusez par votre maniere d'entendre 
l'Ecriture et de vous persuader qu'il s'agit ici de votre dispersion chez les autres peuples, et de 
vos prieres, et de vos sacrifices comme s'ils etaient purs et agreables au Seigneur en tous 
lieux. Reconnaissez d'abord que votre interpretation est un mensonge, et que vous ne cherchez 
en toute chose qu'a vous tromper vous-memes; car enfin, votre nation n'est pas encore 
repandue du couchant a l'aurore : combien de contrees ou personne d'entre vous n'a pu encore 
penetrer ! 5 Mais il n'y a pas un seul peuple, ou grec ou barbare, de quel nom on l'appelle ; 
soit chez les Scythes, qui passent leur vie dans des chariots, soit chez les nomades, qui 
n'habitent point de maisons; soit chez les patres, qui logent sous des tentes ; oui, dis-je, il n'est 
pas un seul peuple ou Ton n'adresse a Dieu le pere des prieres et des actions de graces, au nom 
de Jesus crucifie. D'ailleurs remontons a l'epoque de la prophetie : etiez-vous, au temps de 
Malachie, disperses comme vous l'etes aujourd'hui? Non sans doute, ainsi qu'on peut s'en 
convaincre d'apres les Ecritures. 

CXVIII. 



1 Ah ! ne vaut-il pas mieux pour vous, mes amis, renoncer a tout esprit de contention et faire 

penitence avant l'arrivee de ce grand jour du jugement, ou se feront entendre les 

gemissements de tous ceux de vos tribus qui ont perce le Christ, comme vous l'annoncent les 

livres saints? Ces paroles de David: 

« Le Seigneur l'a jure, vous etes pretre selon l'ordre de Melchisedech, » 

je les ai citees et je vous ai developpe le sens de cette prediction; cet oracle d'Isaie: 

« Et sa sepulture a disparu du milieu de nous, » 

vous a montre qu'il devait mourir et ressusciter. Je me suis attache a vous prouver que le 

Christ devait aussi juger les vivants et les morts. 2 C'est en ces termes que Nathan parle de lui 

a David : « Je serai son pere et il sera mon fils; je ne retirerai point de lui ma misericorde ainsi 

que je l'ai retiree de ceux qui etaient avant lui; Je l'etablirai dans ma maison, et son trone sera 

affermi pour toujours. » Selon Ezechiel, il est le seul chef de la maison da Seigneur; car le 

Christ, en sa qualite de fils de Bien, est le Pretre par excellence, le Roi eternel. Ne croyez pas 

qu'il nous ait ete recommande par Isaie et par les autres prophetes, de nous preparer a son 

second avenement par des sacrifices de sang et des libations; il faut maintenant des sacrifices, 

non plus figuratifs, mais veritables et spirituels, la louange et Taction de graces. Notre 

croyance en Jesus n'est done pas une erreur; ceux qui nous ont appris a croire en lui ne nous 

ont pas trompes. 6 Providence admirable ! vous vous flattees vainement d'aimer Dieu, d'etre 

sages; les hommes vraiment sages, vraiment religieux, vous ne les trouvez plus que parmi 

ceux qui sont fideles a la vocation du testament nouveau et eternel, Je veux dire a la voix du 

Christ; 4 et voila precisement ce que disait Isaie dans un transport d'admiration : 

« Et les rois devant lui garderont le silence; car ceux a qui il n'a point ete annonce, verront; 

ceux qui n'en ont point entendu parler, comprendront. Seigneur, qui a cru a votre parole? A 

qui le bras de Dieu s'est-il revele? » 

Je resume toutes ces preuves, 6 Tryphon, le plus succinctement possible, pour l'instruction de 

ceux qui sont venus aujourd'hui avec vous. 

5 — Je vous en remercie, me dit-il, et bien que vous soyez revenu sur les memes choses a 

plusieurs reprises, je dois vous dire que nous vous entendons avec un extreme plaisir. 

CXIX. 

1 — Vous pensez bien, mes amis, repondis-je, que nous n'aurions jamais pu nous-memes 

comprendre les Ecritures, sans la volonte de celui dont la grace nous a donne l'intelligence; et 

il nous l'a donnee pour accomplir ce qui fut dit autrefois a Moise : 

« lis ont provoque mon courroux en adorant des dieux etrangers, et ils ont excite ma colere 

par des abominations; ils ont sacrifie aux demons et non a Dieu, a des dieux qu'ils ne 

connaissaient pas; il leur est venu des dieux nouveaux, des dieux d'un jour que leurs peres 

n'ont point adores. Le Dieu qui t'a engendre tu l'as delaisse, et tu as oublie le Dieu qui t'a 

nourri ; le Seigneur a vu, et son courroux s'est emu, parce que ses filles et ses fils l'ont 

provoque; et il a dit: Je leur cacherai ma face et je considererai leur fin; car c'est une race 

perverse et des enfants infideles; ils m'ont provoque par des dieux qui n'en sont pas, et ils 

m'ont irrite avec leurs vaines idoles, et moi je les provoquerai avec un peuple qui n'est pas le 

mien, et je les irriterai avec un peuple insense. Un feu s'est allume dans ma colere, et il briilera 

jusque dans les entrailles de l'enfer; il devorera la terre avec ses germes, et il consumera les 

fondements des montagnes ; j'assemblerai sur eux tous tes maux. » 

3 Et quand le juste eut ete mis a mort, nous, cet autre peuple dont il est ici parle, nous avons 

refleuri; nous nous sommes eleves de terre comme de jeunes et feconds epis; nous avons ete 

ces peuples dont parle le prophete : 

« Des nations viendront en foule au Seigneur en ce jour; elles seront mon peuple, et elles 

habiteront par toute la terre. » 

Nous ne sommes done pas simplement une nation, mais la nation sainte, pour me servir ici de 

l'expression du prophete : 



« On appellera saint le peuple rachete par le Seigneur. » 

4 Ainsi nous ne sommes pas un peuple que vous devez mepriser, une nation barbare, ou 
meme, si vous voulez, un peuple comme ceux de la Carie et de la Phrygie; nous sommes on 
peuple choisi de Dieu, auquel il a daigne se manifester lorsque nous ne le cherchions pas. 
« Je suis devenu, dit-il, le Dieu d'une nation qui ne songeait pas a m'invoquer. » 
Et voila la race que Dieu promit a Abraham, lorsqu'il lui annonca qu'il serait pere de plusieurs 
nations. II ne parlait pas alors des Arabes, ni des Egyptiens, ni des Idumeens; car Ismael et 
Esau furent peres de nations puissantes. Les Ammonites, qui formaient une tribu si 
considerable, existent encore. Noe fut le pere d Abraham et de presque toute la nouvelle race 
des hommes qui s'engendrerent les uns des autres. 5 Quelle etait done la faveur particuliere 
que le Christ reservait a Abraham? De meme qu'il l'appela, en lui commandant de quitter la 
contree qu'il habitait, ainsi nous avons tous ete appeles nous-memes; nous sommes sortis de la 
region malheureuse ou nous vivions, des voies criminelles ou nous etions engages avec le 
reste des hommes; aussi serons-nous avec Abraham les heritiers de la terre-sainte ; aussi 
avons-nous toujours en perspective cet heritage immortel , comme enfants d'Abraham, a 
raison de notre foi toute semblable a la sienne. II crut a la parole de Dieu, et sa foi lui fut 
imputee a justice ; 6 et nous aussi nous avons cru a la parole de Dieu, qui nous fut annoncee 
par les prophetes et prechee par les apotres ; et aussitot que nous avons entendu cette voix, 
nous avons renonce a tous les biens de ce monde pour la suivre, et nous renoncerions a la vie 
s'il le fallait. Dieu promettait done a Abraham une nation imitatrice de sa foi, attachee comme 
lui au culte du vrai Dieu, et qui serait un jour la joie de son pere; ainsi ce n'etait pas vous, 
puisque l'Ecriture vous appelle des enfants d'incredulite. 

cxx. 

1 Et voyez comme la meme promesse fut faite a Isaac et a Jacob. C'est ainsi que le Seigneur 
parle a Isaac : 

« Je benirai toutes les nations de la terre dans celui qui doit sortir de toi; » 

et a Jacob : 

« Toutes les tribus de la terre seront benies en toi et en ta posterite. » 

Et cette benediction, Dieu ne l'a donnee ni a Esau, ni a Ruben ou a tout autre, si ce n'est a ceux 

dont le Christ devait naitre dans l'ordre des ancetres de la vierge Marie. 

2 Voyez encore en quels termes est concue la benediction destinee a Juda, et votre 
comprendrez ce que je dis ici. La race de Jacob se partage et se continue en diverses branches, 
par Juda, par Phares, par Jesse, par David. Que signifiait ce partage? celui que nous voyons 
aujourd'hui. Quelques-uns des votres sont reconnus enfants d'Abraham et sont comptes parmi 
ceux qui forment l'heritage du Christ; d'autres, bien qu'issus de ce patriarche, ressemblent au 
sable sterile qui couvre le bord de la mer : ces grains de sables sont innombrables, mais ils ne 
produisent rien, ils s'abreuvent seulement de l'eau de la mer, et n'a-t-on pas fait avec raison a 
plusieurs d'entre vous le reproche de boire les doctrines ameres de l'impiete, et de repousser la 
parole de Dieu ? 3 Ce Dieu dit, en pariant de Juda : 

« Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa posterite, jusqu'a ce que viennent les 

choses qui sont promises et celui qui est l'attente des nations. » 

II est evident que cette prophetie ne regarde point Juda, mais le Christ. Nous autres, hommes 

de toutes les nations, ce n'est pas Juda que nous attendons, mais Jesus, qui avait aussi delivre 

vos peres de la servitude d'Egypte; car la prophetie assigne pour limite l'arrivee du Christ : 

«Jusqu'a ce que vienne celui a qui appartient le sceptre, et il sera l'attente des nations. » 

4 Or, il est venu, je vous l'ai prouve, et il doit venir de nouveau sur les nuees du ciel et remplir 

notre attente, ce Jesus dont vous profanez le nom et que vous faites blasphemer par toute la 

terre. Je pourrais ici contester avec vous sur les mots que vous rendez de cette maniere : 

« Jusqu'a ce que viennent les choses qui lui sont promises. » 

Ce n'est pas ainsi que traduisent les Septante, mais : 



« Jusqu'a ce que vienne celui a qui le sceptre appartient. » 

5 Comme la suite du passage fait voir clairement qu'il ne s'agit ici que du Christ, car ces 

paroles : 

« il sera l'attente des nations, » 

sont bien formelles, je ne disputerai point avec vous sur les mots qui precedent; je ne m'y 

arrete point, non plus qu'aux passages que vous ne voulez pas admettre, Je veux dire les 

paroles de Jeremie, d'Esdras et de David, que j'ai citees. 

Ce n'est point d'apres ces paroles que j'ai cherche a vous prouver que le Christ est venu, mais 

d'apres les passages que vous regardez vous-memes comme incontestables. Et si vos docteurs 

avaient pu comprendre qu'ils s'entendaient du Christ, soyez-en bien persuades, ils les auraient 

retrenches comme ils ont retranche ceux qui regardent la mort d'Isaie, dont vous avez coupe le 

corps avec une scie de bois. II y a encore ici un mystere qui cachait ce que devait faire le 

Christ ; car il partagera votre nation comme vous avez partage le corps du prophete; il recevra 

les uns, selon leurs merites, dans son royaume eternel, avec les saints patriarches et les saints 

prophetes, et il condamnera les autres a un feu qui ne s'eteindra jamais ; il les y precipitera 

avec ceux des autres nations qui leur ressemblent par leur incredulite et leur endurcissement. 

C'est lui-meme qui l'a declare: 

« Plusieurs, dit-il, viendront d'Orient et d'Occident, et auront part, avec Abraham, Isaac et 

Jacob, au royaume des cieux; tandis que les enfants du royaume seront jetes dans les tenebres 

exterieures. » 

Je vous parle ici d'apres les sentiments dont je suis parfaitement penetre; dans tout ce que j'ai 

pu vous dire, je n'ai cherche qu'a vous faire connaitre la verite, sans craindre personne; car je 

vous l'aurais dite quand vous auriez du, sur cette place, me mettre en lambeaux. 

Je me suis fort peu inquiete de ceux de ma nation, c'est-a-dire des Samaritains. Lorsque je 

m'adressai a Cesar et que je lui offris une requete, le priant d'en prendre acte, j'ai dit 

hautement qu'ils se laissaient tous grossierement abuser en ajoutant foi aux paroles du 

magicien Simon, Samaritain d'origine, dont ils font un dieu, et qu'ils placent au-dessus de 

toutes les puissances, de toutes les principautes, et de toutes les vertus des cieux. 

CXXI. 

1 Mes interlocuteurs gardant le silence, je continual : Remarquez, mes amis, que l'Ecriture, 

parlant du Christ par la bouche de David, ne dit pas que les nations seront benies en sa race, 

mais en lui-meme. Voici ses propres paroles : 

« Son nom, dans tous les siecles, s'elevera au-dessus du soleil , et en lui seront benies toutes 

les nations. » 

Si toutes les nations sont benies en lui, et si nous autres, qui croyons en son nom, nous faisons 

partie de ces nations, des-lors la benediction tombe sur nous, puisqu'il est le Christ. 2 Dieu 

avait souffert qu'on adorat le soleil; mais s'est-il trouve un seul homme qui voulut mourir en 

temoignage de sa foi au soleil? Vous trouvez, au contraire, dans toutes les conditions, des 

hommes qui ont souffert et qui souffrent encore tous les supplices imaginables pour le nom de 

Jesus, plutot que de le nier ; c'est que sa parole, toute de verite et de sagesse, est bien 

autrement vive, bien autrement eclatante, que la chaleur et la lumiere du soleil ; elle penetre 

dans tous les replis du cceur et de l'esprit ; voila pourquoi l'Ecriture nous dit : 

« Son nom s'elevera au-dessus du soleil. » 

Un autre prophete s 'eerie : 

« L'Orient est son nom. » 

Ce prophete, c'est Zacharie; il dit ailleurs, en parlant du Christ : 

« A son aspect les tribus d'Israel pousseront des gemissements. » 

3 Si des son premier avenement, qui etait celui des humiliations et des mepris, il a deja jete 

tant d'eclat et deploye une si grande force, qu'il a pu se faire connaitre de toutes les nations, 

ramener a la vertu des hommes plonges depuis si longtemps dans le crime, au point que les 



demons tremblent a son nom ; que les royaumes et les principautes le redoutent plus que 

toutes les puissances qui ont jamais existe, comment ne pourrait-il pas, au jour de son glorieux 

avenement, renverser ceux qui l'ont poursuivi de leur haine, ou qui l'ont indignement 

abandonne, et introduire dans son repos ses fideles serviteurs et les combler de tous les biens 

qu'il leur a promis ? 4 Par lui il nous a ete donne d'entendre et de comprendre et d'obtenir le 

salut, et de connaitre tout ce que Dieu le pere a voulu nous reveler; aussi Dieu le pere adresse 

t-il au Christ ces paroles : 

« II vous est glorieux d'etre appele mon serviteur, pour reparer les restes de Jacob et convertir 

les tribus d'Israel; je vous ai etabli la lumiere des nations et la salut des extremites de la terre. 

» 

CXXII. 

1 Vous croyez que ces paroles s'entendent des etrangers ou de vos proselytes. Elles n'ont de 
sens veritable qu'autant qu'elles s'appliquent a nous autres gentils, amenes a la lumiere par 
Jesus : s'il en etait autrement, il vous aurait rendu temoignage; mais qu'a-t-il dit a l'egard de 
vous? Que vous etiez doublement enfants de colere. Ainsi done ces paroles des prophetes 
s'entendent, non de vos proselytes, mais de nous autres, dont l'Ecriture parle en ces termes : 
«Je conduirai les aveugles dans une voie qu'ils ne connaissent pas, et je les ferai marcher dans 
des sentiers qu'ils ignorent C'est moi qui l'atteste, dit le Seigneur, et avec moi le serviteur que 
j'ai choisi. » 

2 A qui le Christ rend-il temoignage ? N'est-ce pas a ceux qui croient en lui? Non-seulement 
vos proselytes n'y croient pas, mais ils encherissent encore sur vous dans leurs blasphemes 
contre le nom de Jesus, et nous autres qui croyons, nous avons tout a souffrir de leur part: ils 
ne cherchent qu'a nous faire mourir ; enfin ils se montrent en toutes choses vos dignes emules. 

3 Ailleurs, le Seigneur dit encore : 

« Moi le souverain maitre, je t'ai appele dans les decrets de ma justice ; je te prendrai par la 
main, je te donnerai pour signe d'alliance a mon peuple, et pour lumiere aux nations ; tu 
ouvriras les yeux aux aveugles, tu brisera les fers des captifs. » 

Quand vous voyez si clairement que chaque parole se rapporte au Christ et aux nations qu'il 
eclairees, direz-vous encore que c'est la loi, que ce sont vos proselytes que le Seigneur avait 
en vue? 

4 Alors quelques-uns de ceux qui etaient venus la veille se mirent a crier, comme s'ils etaient 
au theatre : — Quoi done est-ce que tous ces passages ne s'entendent pas de la loi et de tous 
ceux qu'elle eclaire, e'est-a-dire des proselytes que nous pouvons faire? 

5 — Point du tout, repondis-je en regardant Tryphon; car si la loi suffit pour eclairer et les 
gentils et ceux qui vivent sous la loi, qu'etait-il besoin d'un testament nouveau ? Mais puisque 
Dieu a dit qu'il etablirait un commandement, un testament nouveau, une loi eternelle, nous 
voyons bien qu'il ne s'agit plus de l'ancienne loi, ni de ses proselytes, mais du Christ et des 
proselytes du Christ, e'est-a-dire de nous autres gentils qu'il a eclaires, comme il le dit ailleurs. 
Ainsi parle le Seigneur : 

« Je t'ai exauce au temps de misericorde, je t'ai secouru au jour de salut, je t'ai etabli comme le 
testament des nations, pour reconstituer la terre et recevoir en heritage les contrees 
abandonnees. » 

6 Quel est l'heritage du Christ? Ne sont-ce pas les gentils? Quel est le testament de Dieu? 
N'est-ce pas le Christ lui-meme? Ainsi qu'il le dit encore dans un autre endroit : 

« Tu es mon fils, je t'ai engendre aujourd'hui ; demande-moi les nations et je te les donnerai 

en heritage ; les confins de la terre seront les bornes de ton empire. » 

CXXIII. 

1 Reconnaissez done que tout, en effet, s'entend du Christ et ne peut s'expliquer autrement. 

Vos proselytes n'ont pas besoin de testament nouveau, puisque tous les circoncis sont compris 

sous une seule et meme loi; et l'Ecriture a dit, en parlant de ces derniers : 



« Les etrangers se joindront a eux ; ils s'uniront a la maison de Jacob. » 
Le proselyte a besoin d'etre circoncis pour s'unir au peuple et faire, aux yeux de tous, partie 
de la nation. Eh bien ! nous qu'on appelle le peuple choisi, nous juges dignes de Prendre ce 
titre, nous sommes la nation sainte, par la meme que nous ne sommes pas circoncis. 2 N'est-il 
pas ridicule de croire que les yeux de vos proselytes sont ouverts a la lumiere, tandis que les 
votres restent fermes ; qu'ils entendent et qu'ils voient, tandis que vous etes sourds et 
aveugles? Mais ne tombez-vous pas dans un plus grand ridicule, si vous dites que la loi fut 
donnee aux gentils, et que cette meme loi vous ne l'avez pas connue : assurement, si vous, 
l'aviez connue, 3 vous auriez redoute la colere de Dieu ; vous ne seriez pas des enfants 
d'iniquite, flottant ca et la au gre de l'erreur; vous vous seriez epargne ces reproches que vous 
adresse si souvent le Seigneur : 

« Veritables enfants d'incredulite; et qui est plus aveugle que mes serviteurs, plus sourd que 
ceux qui les gouvernent! Oui, les serviteurs de Dieu sont aujourd'hui dans l'aveuglement. 
Vous avez vu sans voir, vos oreilles etaient ouvertes, et vous n'avez pas entendu. » 

4 Quel bel eloge Dieu fait de vous ! Voila pour des serviteurs un glorieux temoignage, que 
celui qu'il vous rend! Quoi ! ne rougissez-vous pas d'entendre et de meriter toujours les 
memes reproches? ne tremblez-vous pas a toutes ces menaces du Seigneur? Mais non, vous 
etes un peuple insense, dont le cceur est endurci. 

« C'est pourquoi, dit le Seigneur, je ferai plus, je rejetterai ce peuple; oui, je le rejetterai, je 
perdrai la sagesse des sages, j'obscurcirai l'intelligence de ceux qui se croient habiles. » 
Et ne l'avez-vous pas merite? Vous n'avez ni sagesse, ni lumiere, je ne vois en vous que ruse 
et astuce; vous ne vous entendez bien qu'a faire le mal. Mais vous ne savez point penetrer les 
secrets de Dieu, distinguer son testament veritable, decouvrir ses sentiers eternels. 

5 « C'est pourquoi, dit le Seigneur, je semerai en la maison d'Israel et en la maison de Juda 
une semence d'hommes et une semence d'animaux. » 

II fait ainsi parler Isaie au sujet d'Israel : 

« En ce jour, Israel se joindra pour troisieme aux peuples d'Egypte et d'Assyrie; la benediction 
du Seigneur sera sur la terre; le Dieu des armees l'a benie, en disant : Je benis l'Egypte, elle 
devient mon peuple, ainsi que l'Assyrie; mais Israel est mon heritage. » 

6 Puisque Dieu benit ce peuple, l'appelle Israel et le proclame son heritage, comment ne 
faites-vous pas penitence et de votre orgueil, qui vous fait croire que vous etes le seul Israel, 
et de votre haine, qui voue a l'execration le peuple beni de Dieu? Car le Seigneur, apres s'etre 
adresse a Jerusalem et a toutes les contrees qui l'entourent, ajoute ces paroles : « Je ferai naitre 
des hommes a votre place qui deviendront mon peuple; ils vous possederont en heritage; vous 
tomberez en leur pouvoir, et vous ne pourrez les empecher de vous ravir vos enfants. » 

7 — Eh quoi done ! s'ecrie alors Tryphon, c'est vous qui etes Israel, c'est de vous que parle le 
prophete ! 

Si ce n'etait pas, lui dis-je, une de ces questions que j'ai bien discutees avec vous, je ne saurais 
plus si c'est faute de me comprendre que vous me faites ici une pareille demande. Mais 
comme c'est une affaire terminee, un point eclairci qui a pour lui ses preuves et votre 
assentiment , je ne puis croire qu'il vous reste ici le moindre doute, ou que l'esprit de 
contestation vous porte a soulever de nouvelles difficultes. Vous m'excitez plutot, je pense, a 
revenir sur les memes preuves pour l'instruction de nos nouveaux auditeurs. 

8 Tryphon me fit de l'ceil un signe d'approbation, et je continual : 

Si vous ne pretez une oreille bien attentive, vous comprendrez que Dieu, parlant du Christ en 
paraboles dans Isaie, l'appelle Jacob et Israel, temoin ce passage : 

« Jacob est mon serviteur, je prendrai sa defense ; Israel est celui que j'ai choisi. J'ai repandu 
sur lui mon esprit; il portera la justice parmi les nations ; il ne criera point, il ne contestera 
point; personne n'entendra sa voix sur les places publiques ; il ne foulera point aux pieds le 
roseau deja brise. II n'eteindra pas le lin qui fume encore, mais il jugera dans la verite; ses bras 



seront ouverts a tous; il ne brisera personne, jusqu'a ce qu'il ait etabli la justice sur la terre, et 
les nations espereront en son nom. » 

9 De meme que toute votre nation fut appelee Jacob et Israel, de Jacob surnomme Israel, de 
meme du Christ, qui nous a engendre au vrai Dieu, nous est venu le privilege d'etre appeles et 
d'etre, en effet, non pas seulement et Jacob et Israel, et Juda et Joseph, et David, mais encore 
les veritables enfants de Dieu, fideles observateurs des commandements du Christ. 
CXXIV. 

1 Les voyant tout troubles de ces dernieres paroles, j'allai au-devant de leurs questions : 
Ecoutez, leur dis-je, ecoutez, mes amis, en quels termes l'Esprit saint proclame tous ceux qui 
composent ce nouveau peuple, les fils du Tres-Haut, et nous annonce que le Christ en 
personne se trouvera au milieu d'eux pour juger tous les hommes. 2 Voici les paroles de 
David telles que vous les entendez vous-memes : 

« Dieu a pris sa seance dans l'assemblee des dieux et, assis au milieu, il juge les dieux. 
Jusques a quand prononcerez-vous l'iniquite? Jusques a quand accueillerez-vous le visage des 
mechants? Jugez pour le pauvre et pour le pupille; justifiez le pauvre et le faible ; arrachez le 
pauvre et l'indigent de la main du pecheur : ils n'ont pas compris, ils n'ont pas su, Us marchent 
dans les tenebres, tous les fondements de la terre seront ebranles. Je l'ai dit : Vous etes des 
dieux, vous etes tous les fils du Tres-Haut ; mais vous mourrez comme des hommes, et, 
comme un des rois, vous tomberez. Levez-vous, 6 dieux ! jugez la terre ; toutes les nations 
seront votre heritage. » 

3 La version des Septante porte : « Voici que vous mourez comme des hommes et que vous 
tombez comme un des rois. » Par ces mots, le prophete rappelle la desobeissance de l'homme, 
c'est-a-dire d'Adam et d'Eve, et la chute du chef des anges, c'est-a-dire de celui qui est appele 
serpent, et qui fit la chute la plus profonde pour avoir trompe Eve. 

4 Mais ce n'est pas la ce que je voulais etablir en vous citant ces paroles : je n'avais d'autre 
intention que de vous montrer sur quoi portait le reproche que l'Esprit saint fait aux hommes, 
lorsqu'il leur dit que, crees pour etre semblables au Seigneur, impassibles et immortels s'ils 
observent ses commandements , et honores du nom de fils de Dieu, ils se sont rendus 
semblables a Adam et a Eve en se donnant eux-memes la mort Cette explication du psaume 
n'est peut-etre pas la votre ; mais il n'en reste pas moins vrai qu'il a ete donne a tous de 
pouvoir etre des dieux et des enfants du Tres-Haut, et que chacun sera juge et condamne 
comme Eve et Adam Font ete. Que le Christ soit appele Dieu, vous avez pu vous en 
convaincre par les nombreux passages que j'ai cites. 

ccxv. 

1 Mais veuillez me dire, mes amis, quel sens vous donnez au mot Israel? Comme tous se 
taisaient, je repris la parole: 

Je vais vous dire a cet egard mon sentiment. II ne convient pas, je pense, de vous le taire ou 
de me laisser trop preoccuper par cette idee que vous le connaissez, mais que vous cherchez 
toujours par envie ou par une ignorance volontaire a vous abuser vous-meme. Je vous dirai 
done simplement et sans detour toute ma pensee. Et le maitre que je sers n'a-t-il pas dit qu'un 
homme etant sorti pour semer, une partie du grain tomba sur le chemin, une autre parmi les 
epines, une autre dans un endroit pierreux, une autre enfin dans une bonne terre? 2 II faut 
done parler dans l'esperance que cette bonne terre est quelque part. Car notre maitre, celui 
dont je vous parle, viendra, plein de force et de puissance, redemander a chacun de nous ses 
propres dons. II ne condamnera point l'econome qui aura place partout l'argent qu'il a recu, et 
qui se sera bien garde de l'enfouir sous aucun pretexte, parce qu'il savait que le maitre etait 
severe et qu'il devait venir un jour reclamer ce qu'il a confie. 

3 Le mot Israel signifie homme qui triomphe de la force ; car Isra veut dire homme qui 
triomphe, et el, force. Et voila ce que devait faire le Christ apres s'etre fait homme, comme 
l'annonce mysterieusement la lutte de Jacob contre le Verbe, qui alors ne lui paraissait qu'un 



homme, parce qu'il executait les ordres de son pere, mais qui etait Dieu en sa qualite de 
premier-ne de la creation ? 4 Quand il se fut fait homme le demon, ainsi que je l'ai deja 
rapporte, s'approcha de lui et, par le demon, j'entends cette puissance ennemie que nos 
appelons serpent ou Satan. Le demon tenta Jesus, il essaya de l'abattre, il lui demanda de 
l'adorer ; mais c'est le Christ qui l'abattit, qui le terrassa, lui montrant sa perversite, puisque, 
contrairement a l'Ecriture, il voulait se faire adorer comme un dieu, poussant jusque-la la 
trahison et la perfidie Le Christ lui repondit : II est ecrit : 
« Tu adoreras le Seigneur ton Dieu; tu ne serviras que lui seul. » 

Le demon se retira terrasse et confondu par cette parole. 5 Le Christ devait comme languir et 
dessecher dans les larmes et les souffrances lors qu'il serait mis en croix, et voila ce qu'il 
predit d'avance quand il toucha la cuisse de Jacob, qui se secha aussitot. H avait toujours eu ce 
nom d'Israel qu'il donna a Jacob. II le benit done de son propre nom, et par la, il nous 
annoncait que tous ceux qui par lui recourent a son pere sont cet Israel qu'il a beni. Mais vous 
ne comprenez pas tous ces mysteres et vous ne preparez pas votre esprit a les comprendre; et 
parce que vous etes enfants de Jacob selon la chair, vous vous flattez que vous serez tous 
sauves. Je vous ai assez longuement prouve que e'etait trop vous abuser vous-meme. 
CXXVI. 

I Si vous saviez quel est celui qui est appele ange du grand conseil et homme par Ezechiel, 
comme le Fils de l'homme par Daniel, petit enfant par Isaie, Christ et Dieu adorable par 
David, Christ et pierre par un grand nombre de prophetes, sagesse par Salomon, Joseph, Juda, 
etoile par Moise, orient par Zacharie, et, de nouveau par Isaie Passible, Jacob, Israel, sceptre, 
fleur, grande pierre angulaire; oui, dis-je, si vous le connaissiez, vous ne le poursuivriez pas 
de vos blasphemes comme vous le faites depuis qu'il est venu, qu'il est ne, qu'il a souffert, 
qu'il est monte aux cieux, lui qui doit revenir un jour. Quels gemissement feront entendre 
alors vos douze tribus! 2 Car, si vous aviez l'intelligence de toutes les paroles des prophetes, 
vous ne pourriez refuser de le connaitre comme Dieu et fils du Dieu unique, incree, 
inenarrable. N'est-ce pas lui que Moise fait parler en ces termes quelque part dans l'Exode? 

« Le Seigneur parla a Moise et lui dit : Je suis le Seigneur et je me suis montre a Abraham, a 

Isaac et a Jacob, car je suis leur Dieu. Je ne leur ai pas fait connaitre mon nom, mais je leur ai 

donne mon Testament. » 

3 Moise dit ailleurs : 

« Un homme lutta avec Jacob, » 

et il assure que cet homme etait Dieu; or il rapporte que Jacob s'ecria : 

«J'ai vu le Seigneur face a face, et mon ame a ete sauvee. » 

II ajoute que le lieu de cette lutte, de cette vision, de cette benediction du Seigneur, Jacob 
l'appela face de Dieu. 4 Dieu, dit Moise, se montra de meme pres du chene de Membre au 
patriarche Abraham, assis a la porte de sa tente vers l'heure de midi. «Alors Abraham, 
continue Moise, leva les yeux et vit trois hommes qui se tenaient debout devant lui; et 
lorsqu'il les eut vus, il alia a leur rencontre; quelques moments apres, l'un d'eux promit un fils 
a Abraham, et lui dit : 

« Pourquoi Sara s'est-elle mise a rire en s'ecriant : Est-ce que je pourrai enfanter, avancee en 

age comme je le suis? Y a-t-il quelque chose d'impossible a Dieu? Je reviendrai vers toi selon 

ma parole, en ce temps, et Sara aura un fils. » 

5 Alors ils quitterent Abraham, et Moise continuant a parler d'eux, ajoute ces paroles : 

« Ces hommes, se levant, tournerent les yeux vers Sodome. » 

II nous raconte ensuite comment celui qui est et qui etait s'entretint avec Abraham : 

« Je ne cacherai pas a mon serviteur Abraham ce que je vais faire. » 

Je rappelai les paroles de Moise qui viennent apres, et que j'ai citees plus haut, pour montrer 

que celui qui apparat a Abraham, a Isaac, a Jacob et aux autres patriarches preside a tout, sous 



le Dieu pere et souverain maitre, dont il execute les volontes, et qu'il est lui-meme appele 
Dieu dans les Ecritures. 6 A ces citations j'en ajoutai une nouvelle : 

Lorsque le peuple desira manger de la chair, Moise ne crut point a la parole de celui qui prend 
ici le nom d'ange, et qui lui promettait que Dieu donnerait au peuple, jusqu'a satiete, cette 
espece de nourriture qu'il desirait; et voici ce que fit et ce que dit en cette circonstance celui 
qui est Dieu et qui se presentait comme un ange envoye par Dieu le pere ; l'Ecriture nous le 
raconte en ces termes : 

« Le Seigneur dit a Moise : La main de Dieu est-elle affaiblie? Tu verras a l'ceuvre si ma 
parole sera accomplie. » 

Et dans un autre endroit l'Ecriture s'exprime ainsi : 

« Le Seigneur m'a parle; tu ne passeras point le fleuve du Jourdain ; le Seigneur ton Dieu qui 
marche devant toi exterminera lui-meme les nations. » 
CXXVII. 

1 J'aurais bien d'autres passages semblables a vous citer, de Moise et des prophetes, mais tous 
ceux-ci doivent suffire, je pense, pour vous convaincre lorsque vous lisez ces paroles : 
« Le Seigneur disparut de devant Abraham, » 
ou bien: 

« le Seigneur dit a Moise; » 
et ailleurs, 

« le Seigneur descendit pour voir la tour qu'avaient elevee les enfants des hommes ; » 
ou ces autres paroles : 
« Dieu ferma en dehors l'arche de Noe; » 

pour vous convaincre, dis-je, que ce n'est pas le Dieu incree qui est descendu ou monte de 
quelqu'endroit. 2 Car le pere, le souverain maitre de toutes choses, dont le nom est 
inenarrable, ne va pas d'un lieu a un autre, il ne marche, ni ne dort; il demeure dans son sejour 
qui est partout ; il n'est rien qu'il ne discerne , qu'il n'entende parfaitement sans yeux et sans 
oreilles; mais par sa seule vertu ineffable il voit tout, il entend tout; personne ne lui echappe, il 
ne change point de lieu ; l'espace, que dis-je, le monde tout entier, ne peut le contenir, car il 
etait avant le monde; et 3 comment pourrait-il parler ou apparaitre a quelqu'un, ou se montrer 
sur un petit coin de terre, puisque le peuple sur le mont Sinai ne put supporter l'eclat de celui 
qu'il avait envoye, puisque Moise lui-meme n'aurait pu entrer dans le tabernacle qu'il avait 
fait, si Dieu l'eut rempli de sa gloire; puisque le grand-pretre ne put se tenir debout a la porte 
du temple, quand Salomon fit entrer l'arche sainte dans la demeure qu'il venait d'elever au 
Tres-Haut a Jerusalem? 4 Ainsi done, ni Abraham, ni Isaac, ni Jacob, ni aucun homme n'a vu 
le souverain arbitre dont le nom est inenarrable, le Pere de toutes choses et du Christ lui- 
meme; mais ils ont vu celui qui, selon la volonte du Pere, est son fils et Dieu lui-meme, et son 
ange, parce qu'il execute ses ordres; e'est lui qui s'est fait homme et a voulu naitre d'une 
vierge, et qui autrefois s'etait entretenu du milieu d'un buisson avec Moise, sous la forme du 
feu. 5 Si ce n'etait pas le sens des divines Ecritures, qu'arriverait-il ? II faudrait dire que le 
Pere, le maitre de toutes choses, n'etait point dans le Ciel dans cette circonstance ou Moise 
nous dit: 

« Le Seigneur a fait tomber du ciel sur Sodome, par le Seigneur, une pluie de soufre et de feu; 
» 

ou lorsqu'il est dit ailleurs par David: 

« Princes, ouvrez vos portes, elevez vos portes eternelles, et le roi de gloire entrera; » 
ou bien lorsque le meme prophete dit encore: 

« Le Seigneur a dit a mon Seigneur : asseyez-vous a ma droite jusqu'a ce que je reduise vos 
ennemis a vous servir de marchepied » 
CXXVIII. 



1 II est bien demontre, par routes les preuves que vous ai apportees, que le Christ est 

veritablement Seigneur, Dieu et fils de Dieu ; et que, par l'effet de sa puissance, il s'est montre 

autrefois sous la forme d'un homme et sous celle d'un ange, et avec l'eclat du feu, comme dans 

le buisson et dans le jugement de Sodome, je rappelai de nouveau ce que j'avais cite de 

l'Exode sur la vision du buisson ardent, et sur le nom de Jesus donne au fils de Nave, et 

j'ajoutai : 

2 Si je reviens aussi souvent sur les memes passages, ne regardez pas ces redites comme de 

vaines superfluites de paroles. Je me les permets parce que je sais comment quelques-uns 

interpretent ces passages : ils disent qu'a la verite cette vertu qui apparut de la part du Dieu 

createur a Moise , ou a Abraham, ou a Jacob, est appelee ange lorsqu'elle apparait aux 

hommes, parce qu'elle leur transmet tes ordres du Pere de toutes choses; gloire, parce qu'elle 

se manifeste quelquefois par des visions, dont on ne peut soutenir l'eclat; homme, lorsqu'il 

plait a Dieu qu'elle prenne cette forme; vertu enfin, parce qu'elle fait entendre aux mortels la 

parole du Tres-Haut. 3 Mais cette vertu, selon eux, ne peut se detacher et se separer du Pere, 

comme la lumiere ne peut, sur la terre, se detacher et se separer du soleil qui est dans le ciel et 

finit lorsque le soleil se couche. « Ainsi, quand Dieu le veut, ajoutent-ils, sa vertu jaillit au 

loin, et quand il le veut elle rentre en lui-meme. » II est prouve que les anges sont des etres qui 

existent et demeurent toujours et ne rentrent point dans le neant d'ou ils sont sortis. Eh bien ! 

cette vertu que l'Esprit saint appelle Dieu et appelle ange, ainsi que nous l'avons montre par 

tant de passages, 4 j'ai fait voir plus haut qu'elle etait permanente et distinguee, non-seulement 

de nom comme le rayon du soleil, mais de nombre; oui, cette vertu est engendree du Pere par 

sa volonte et par sa puissance; mais ce n'est point par retranchement ou diminution, comme si 

sa substance etait divisee et diminuee, ainsi que les objets qui se partagent et se divisent 

cessent d'etre ce qu'ils etaient avant le partage et la division; et plus haut j'ai cite pour exemple 

les feux que nous voyons allumer a un autre feu : ces feux ne diminuent point le premier, il 

reste toujours le meme. 

CXXIX. 

1 Permettez-moi de reproduire ici les temoignages deja cites comme des preuves de cette 

verite. Lorsque l'Esprit saint dit : 

« Le Seigneur fit tomber du ciel par le Seigneur une pluie de feu, » 

il nous montre bien ici deux personnes distinctes; l'une sur la terre, descendue pour entendre 

la clameur elevee de Sodome; l'autre dans le ciel, c'est-a-dire le maitre du maitre qui se 

montrait sur la terre, le Dieu et pere qui lui communique sa puissance, et le fait Seigneur et 

Dieu. 2 Lorsque l'Ecriture rapporte que Dieu dit au commencement : 

« Voici qu'Adam a ete fait a la res semblance de l'un de nous, » 

elle indique encore clairement un nombre de personnes distinctes; ce n'est point ici une 

metaphore, comme veulent l'entendre les sophistes et ceux qui ne peuvent dire ni comprendre 

la verite, 3 mais voici ce que nous lisons dans le livre de la Sagesse : 

« Je vous annoncerai ce qui arrive dans le temps, je raconterai ce qui s'est fait depuis le 

commencement des siecles ; le Seigneur m'a cree au commencement de ses voies, avant ses 

ceuvres; j'etais dans le principe avant les siecles; la terre n'etait pas, ni les abimes, et j'etais 

engendre. II m'engendra avant les sources, avant les montagnes, avant les collines. » 

4 Je m'adressai ensuite a mes auditeurs : Mes amis, leur dis-je, si vous m'avez ecoute, vous 

avez compris que l'Ecriture declare formellement que Dieu le pere engendra son fils avant 

toutes les choses creees; or, vous avouerez tous que celui qui est engendre est une personne 

distincte de celui qui l'engendre. 

cxxx. 

1 Tous firent un mouvement d'approbation, et je continual. Produisons d'autres temoignages 
dont je ne me suis pas encore servi. Moise, ce fidele serviteur de Dieu, s'exprime d'une 
maniere mysterieuse en ces termes: 



« Nations, rejouissez-vous avec lui; que tous les anges du ciel l'adorent. » 

Et j'ajoutai les paroles qui suivent dans l'Ecriture: 

« Nations, rejouissez-vous avec son peuple; que les anges du Ciel lui donnent leur force parce 

qu'il venge et qu'il vengera ses fils, qu'il tirera vengeance de ceux qui le haissent, et qu'il 

purgera la terre de son peuple. » 

2 Ainsi, te prophete dit hautement que nous autres gentils nous nous jouissons avec son 

peuple, c'est-a-dire avec Abraham, Isaac, Jacob, avec les prophetes, en un mot, avec tous ceux 

d'entre vous qui ont ete agreables au Seigneur, ainsi que nous sommes convenus de l'entendre. 

Par son peuple, en effet, nous ne pouvons pas entendre tous ceux qui composent votre nation, 

puisque nous savons d'Isaie que les membres des prevaricateurs seront devores par les vers et 

par un feu qui ne s'eteindra jamais; qu'ils seront indestructibles pour etre un exemple et un 

spectacle offert a tous les hommes. 3 Outre ces temoignages, je veux encore vous en citer 

d'autres, tires egalement des livres de Moise : ils vous apprendront que Dieu autrefois dispersa 

les hommes et les separa en differentes races, selon leurs langues; qu'il choisit votre nation 

entre toutes les autres; qu'elle lui fut inutile; qu'elle se montra desobeissante et infidele ; que 

nous, au contraire, qui sommes devenus son peuple, peuple choisi comme vous d'entre tous 

les autres peuples, nous avons su obeir a sa volonte par la grace du Christ, qu'il appelle tantot 

Jacob, tantot Israel, et que des-lors nous devons etre le veritable Jacob, le veritable Israel. 

Lorsqu'il dit : 

4 « Nations, rejouissez-vous avec le peuple de Jacob, » 

il leur donne avec un heritage semblable un nom different; mais lorsqu'il dit que les nations se 

rejouissent avec son propre peuple, il veut vous faire rougir. Vous excitiez sa colere en 

adorant des idoles, et il appelle les idolatres; c'est a eux qu'il daigne faire la grace de connaitre 

ses volontes et d'entrer dans son heritage. 

CXXXI. 

1 Mais citons les paroles de l'Ecriture qui nous montrent Dieu faisant la separation des 

peuples; les voici: 

« Interroge ton pere, et il t'apprendra ; interroge tes ancetres, et ils te diront : quand le Tres- 

Haut divisait les nations, quand il separait les enfants d'Adam, il marqua les limites des 

peuples selon le nombre des fils d'Israel. Jacob est devenu le partage du Seigneur ; Israel est 

devenu son heritage. » 

Quant aux Septante, ajoutai-je, c'est ainsi qu'ils traduisent : 

« II marqua les limites des peuples selon le nombre des anges du Seigneur. » 

J'ai adopte votre sens, parce qu'il n'affaiblit en rien mon raisonnement. Voyons quel est le 

veritable Jacob, le veritable Israel. 2 Si vous voulez etre de bonne foi, vous avouerez que nous 

autres gentils que Dieu a appeles, par le mystere de la croix si abject et si honteux, nous que 

les demons et leurs suppots livrent aux supplices sans autre motif que celui de notre foi, de 

notre soumission et de notre piete, et poursuivent jusqu'a la mort par votre propre ministere, 

que vous ne leur refusez jamais; vous avouerez, dis-je, qu'il n'est point de tourments que nous 

ne supportions plutot que de renier, je ne dis pas de cceur, nais seulement de bouche , le Christ 

qui nous a appeles au saint prepare par son pere; vous conviendrez des-lors que nous sommes 

bien autrement fideles a Dieu que vous autres, qui cependant en avez recu tant de bienfaits. 3 

N'a-t-il pas deploye pour vous toute la force de son bras ? Ne vous a-t-il pas visites dans tout 

l'eclat de sa gloire, quand il vous a rachetes lie l'Egypte? N'a-t-il pas divise pour vous les eaux 

de la mer? Ne vous a-t-il pas ouvert un chemin a travers ses abimes ? N'a-t-il pas frappe de 

mort, dans ce chemin miraculeux, ceux qui vous poursuivaient avec tout l'appareil de leur 

puissance et dans des chars magnifiques? N'a-t-il pas referme sur eux la mer qu'il avait 

affermie sous vos pas ? Ne sommes-nous pas plus fideles que vous, aux yeux desquels il a fait 

briller une colonne de feu, et qui, seuls de tous les peuples, avez vu s'allumer tout expres pour 

vous un flambeau qui ne pouvait ni decroitre ni s'eteindre ; vous, qu'il a nourris d'un pain tout 



particulier, du pain meme des anges, quand il fit pleuvoir sur vous la manne du ciel, afin que 
vous n'eussiez pas meme besoin de vous occuper de votre nourriture ; vous, pour qui les eaux 
de Mara oublierent leur amertume et devinrent si douces a boire ; 4 vous enfin, sur qui, bien 
avant les temps marques, decoulerent toutes les graces des mysteres a venir, par une faveur 
toute particuliere de ce Dieu, envers qui vous vous etes toujours montres si ingrats ! N'avait-il 
pas, ainsi que je l'ai deja dit, place sous vos yeux le signe de celui qui devait etre mis en croix, 
lorsque des serpents vous couvrirent de leurs morsures; lorsqu'Amalec etait vaincu par la 
figure que formaient les bras etendus de Moise, et par le nom que portait celui qui fut 
surnomme Jesus ? Aussi Dieu voulut-il que le nom de Jesus se retrouvat partout, dans vos 
livres, et frappat sans cesse vos oreilles. C'est lui, vous disait-il, qui doit effacer de dessus la 
terre le souvenir d'Amalec. 5 Or, tout le monde sait que le nom dAmalec subsistait encore 
apres le fils de Nave. Tout ici etait done symbolique et annoncait Jesus crucifie, par qui les 
demons seraient chasses de toutes parts, dont le nom seul les ferait trembler, et serait 
egalement redoutable a toutes les puissances et principautes ; tandis qu'on verrait chez tous les 
peuples, dans ceux qui croient en ce meme nom, des hommes vraiment pieux et pacifiques ; 
n'est-ce pas, Tryphon, ce qu'attestent les Ecritures et ce que demontrent tous les passages que 
j'ai cites ! 6 Vous desiriez vous nourrir de chair, et il vous tomba une si grande quantite 
d'oiseaux que vous ne pouviez les compter. Pour vous, l'eau a jailli des rochers; sur vos tetes 
s'est etendu un nuage qui vous mettait a l'ombre contre l'ardeur du soleil, vous defendait 
contre la rigueur du froid et vous suivait partout, presentant comme l'image et la figure d'un 
nouveau ciel. Les courroies de vos chaussures ne se sont pas brisees ; vos chaussures elles- 
memes ne se sont pas usees non plus que vos vetements ; ils se renouvelaient sur le corps des 
plus jeunes. 
CXXXIL 

1 Et apres tous ces prodiges, vous vous etes fait un veau d'or; c'est aux filles des etrangers que 
vous avez livre vos cceurs, c'est a des idoles que vous avez porte votre encens; et cependant 
vous avez vu par quels prodiges la terre promise vous a ete livree; vous avez vu le soleil, a 
l'ordre de celui qui fut appele du nom de Jesus, s'arreter au milieu du ciel, vous donner 
pendant trente-six heures sa lumiere , et tant d'autres merveilles qui vous ont ete prodiguees a 
differentes epoques. H en est une que je crois important de rappeler ici, elle aura cet avantage 
de vous faire bien connaitre ce Jesus que nous reconnaissons pour le Christ et le fils de Dieu ; 
ce Jesus crucifie, ressuscite, monte aux cieux , et qui doit venir un jour juger tous les hommes, 
sans excepter Adam lui-meme. 2 Vous savez que les habitants d'Azot, vos ennemis, s'etant 
empares de l'arche d'alliance, et se voyant frappes de plaies horribles et incurables, prirent le 
parti de la placer sur un char attele de jeunes genisses qui n'avaient pas encore porte le joug ; 
ils voulaient s'assurer si la force du Tout-Puissant s'appesantissait sur eux a cause de l'arche, 
et si Dieu demandait qu'elle fut ramenee ou elle avait ete prise. 3 Ces genisses , sans que 
personne guidat leurs pas, se dirigerent, non vers l'endroit d'ou l'arche avait ete emportee, 
mais vers le champ d'un homme appele Auses; e'est-a-dire du meme nom que celui qui fut 
surnomme Jesus, et qui introduisit les Hebreux dans la terre promise et la leur distribua. 
Arrivees dans ce champ, elles s'arreterent ; ce qui vous prouve qu'elles etaient conduites par la 
vertu meme de ce nom, comme autrefois les restes d'Israel, epargnes dans le desert apres la 
sortie d'Egypte, furent introduits dans la terre promise par celui qui recut le nom de Jesus, et 
qui s'appelait auparavant Auses. 
CXXXI1L 

1 Vous avez eu sous les yeux, a diverses epoques, ces prodiges et d'autres semblables, et c'est 
vous cependant que les prophetes accusent d'immoler vos enfants aux demons, et d'ajouter a 
ces crimes les crimes les plus affreux encore que vous avez commis et que vous commettez 
tous les jours contre le Christ. Ah ! puissiez-vous, avec la misericorde de Dieu et la grace qui 
vient du Christ, obtenir le pardon de ces crimes et meriter le salut; 2 car Dieu qui, dans sa 



prescience, voyait a quels exces vous vous porteriez, vous a ainsi maudits par le prophete 
Isai'e : 

« Malheur a l'ame de ceux qui se laissent aller a de mauvais conseils contre eux-memes et qui 
disent : emprisonnons le juste, parce que sa vue nous gene ! lis devoreront le fruit de leurs 
ceuvres. Malheur a l'injuste, ses ceuvres tourneront contre lui ! O mon peuple ! vos tyrans vous 
ont depouille, des tyrans vous gouvernent 3 O mon peuple ! ceux qui t'appellent heureux te 
trompent; ils derobent a tes yeux le sentier ou tu dois marcher: le Seigneur est debout pour 
juger, il est sur son tribunal pour juger son peuple, le Seigneur interrogera les vieillards et les 
princes de son peuple; vous avez ravage ma vigne, et la depouille du pauvre est dans vos 
palais. Pourquoi avez-vous ecrase mon peuple et foule la tete du pauvre comme sous le 
pressoir? » 
4 Plus loin, le prophete s'ecrie dans le meme sens : 

« Malheur a vous, qui trainez l'iniquite comme de longues chaines, et le peche comme les 
traits d'un char; qui osez dire, qu'il se hate, que son ceuvre commence devant nous, et nous la 
verrons; qu'il approche, que les conseils du saint d'Israel nous soient manifestos, et nous 
saurons s'ils sont veritables ! Malheur a vous, qui appelez mal le bien, et bien le mal ; qui 
changez les tenebres en lumiere, et la lumiere en tenebres, l'amertume en douceur et la 
douceur en amertume ! malheur a vous, qui etes sages a vos propres yeux ! malheur a ceux 
qui croient a leur prudence ! 5 malheur a vous, qui mettez votre gloire a supporter le vin et 
votre force a remplir vos coupes de liqueurs enivrantes, qui justifiez l'homme inique a cause 
de ses dons, et qui ravissez a l'innocent la justice ! C'est pourquoi, comme le chaume est 
devore par la flamme, ainsi ce peuple sera seche jusque dans ses racines, et sa race se 
dissipera en poussiere; il a repudie l'alliance du Seigneur, il a blaspheme la parole du saint 
d'Israel, la colere du Seigneur, va eclater contre son peuple; il appesantira sa main sur lui; il l'a 
frappe; les montagnes se sont ebranlees ; repandus comme la boue, les cadavres ont couvert 
les places ; et malgre tous ces chatiments, ils ne sont pas encore corriges et leur main est 
encore etendue ! » 

6 Oui, votre main est encore etendue pour faire le mal. Vous avez mis a mort le Christ; loin 
d'en faire penitence, vous nous poursuivez de votre haine, ainsi que je l'ai deja dit, nous qui, 
par le Christ, croyons maintenant au Dieu createur et pere de toutes choses; et toutes les fois 
que vous le pouvez, vous ne manquez pas de nous mettre a mort. Avez-vous jamais cesse de 
charger de maledictions et le Christ, et tous ceux qui sortis de lui portent son nom? Quant a 
nous autres, nous ne savons que prier pour vous ri pour tous les hommes : ainsi nous l'a 
recommande le Christ, notre divin maitre; il nous a fait une loi de prier pour nos ennemis, 
d'aimer ceux qui nous detestent, de benir aux qui nous maudissent. 
CXXXIV. 

1 Si sa doctrine et celle des prophetes touchent vos cceurs, suivez plutot la voix de Dieu que la 
voix mensongere de ces maitres aveugles et insenses qui vous permettent encore maintenant 
d'avoir quatre ou cinq femmes a la fois; s'il s'en rencontre une dont la beaute les frappe, ils la 
desirent. Ils citent l'exemple de Jacob, surnomme Israel, et l'histoire des autres patriarches, et 
disent qu'ils ne font pas de mal en les imitant. Qu'ils sont insenses et dignes de pitie! 2 car, 
ainsi que je l'ai dit, toutes les actions de cette nature renfermaient et figuraient un grand 
mystere. Mais quel etait le dessein de Dieu en permettant le double mariage de Jacob? que 
figurait-il? H faut encore que je vous le dise pour tacher de vous convaincre que vos maitres 
n'ont jamais su remonter a la cause toute divine de chacun de ces faits, qu'ils ont mieux aime 
les rapporter a des affections corrompues. Ecoutez attentivement ce que je vais vous dire : 3 
Vous retrouvez encore dans les doubles noces de Jacob une figure de ce que devait faire le 
Christ. Jacob ne pouvait avoir les deux sceurs a la fois pour epouses. II servit Laban pour 
obtenir la plus jeune ; mais, trompe a son egard, il servit encore sept annees. Lia figurait votre 



peuple et la synagogue, Rachel, notre Eglise. Jusqu'a ce jour, le Christ sert, ou plutot travaille 
pour l'Eglise et sa synagogue, et pour les esclaves qui se trouvent dans l'une et l'autre. Noe eut 
trois fils : 4 des enfants du troisieme, il fit les esclaves des deux autres. Mais le Christ vint 
dans ce monde aussi bien pour le salut des descendants de ceux qui etaient les enfants libres, 
que pour le salut des esclaves qui vivaient parmi eux; car il eleve au meme rang tous ceux qui 
observent fidelement ses preceptes. C'est ainsi que Jacob mit sur la meme ligne et traita de la 
meme maniere tous les enfants qu'il eut de ses deux femmes libres et de ses serv antes. Ce qui 
devait arriver a chacun de nous, au temps marque d'apres les decrets de la sagesse divine, fut 
egalement figure par Jacob. 5 H servit aussi Laban pour en avoir des brebis de diverses 
especes et de differentes couleurs. Ainsi le Christ a servi et fut obeissant jusqu'a la mort de la 
croix pour les hommes de toutes les nations, aussi differents par leurs traits que par leurs 
habitudes. Et comment les a-t-il acquis? Par son sang et par le mystere de sa croix. Les yeux 
de Lia etaient malades ; les yeux de votre esprit l'etaient bien davantage; Rachel deroba les 
dieux de Laban et les tint caches jusqu'a ce jour : ainsi les dieux de nos peres, ces dieux de 
pierre que nous adorions sont enfouis et aneantis. 6 Jacob fut toujours en butte a la haine de 
son frere, et ne sommes-nous pas aussi nous et le Christ, sans cesse en butte a la haine de nos 
freres c'est-a-dire a la votre et a celle de tous les hommes? Qa nous sommes tous freres par 
nature ; et, pour achever le parallele, nous remarquerons que Jacob fut surnomme Israel et que 
le Christ appele et qui est en effet Jesus, fut aussi sui nomme Israel, ainsi que nous l'avons 
prouve. 

cxxxv. 

1 Et lorsque l'Ecriture dit : 

« Je suis le Seigneur le Dieu saint d'Israel, je vous ai donne Israel pour roi, » 

ne comprenez-vous pas que c'est le Christ qui est veritablement le Roi et le Roi eternel ? 

Avez-vous jamais entendu dire que Jacob, fils d'Isaac, ait ete roi? Aussi l'Ecriture, pour nous 

montrer quel est le roi designe par les noms de Jacob et d'Israel, ajoute : 

« Jacob est mon serviteur, je prendrai sa defense; Israel est celui que j'ai choisi, il sera l'objet 

de mes complaisances ; j'ai repandu mon esprit sur lui, il portera la justice parmi les nations, il 

ne criera point, on n'entendra point sa voix au-dehors, il n'ecrasera point le roseau brise, il 

n'eteindra pas le lin qui fume encore, jusqu'a ce qu'il remporte la victoire ; il jugera dans la 

verite, il ne brisera personne jusqu'a ce qu'il ait fait regner la justice sur la terre ; toutes les 

nations espereront en lui. » 

3 Mais les gentils, mais vous-memes, est-ce dans Jacob et non dans le Christ que vous esperez 

? Si Jesus-Christ est le veritable Israel, le veritable Jacob, nous qui sommes sortis de son sein, 

ne sommes- nous pas la veritable race d'Israel ? Mais faisons plutot attention au passage 

meme de l'Ecriture : 

« Je ferai sortir de Jacob et de Juda une posterite qui heritera de ma montagne sainte; mes elus 

la possederont, et mes serviteurs y etabliront leurs demeures. La vallee d'Achor sera le partage 

des brebis et des genisses de ceux qui m'auront cherche, et vous qui avez oublie le Seigneur et 

sa montagne sainte, qui elevez une table aux demons et y offrez des libations, vous serez 

comptes et livres au glaive, parce que je vous ai appeles et que vous ne m'avez pas repondu ; 

j'ai parle, mais en vain; vous avez fait le mal devant moi, et vous avez choisi ce que je n'ai pas 

voulu. » 

5 Le sens de ce passage est clair : vous voyez que l'Ecriture parle d'un autre Jacob, et qu'il ne 

s'agit plus ici de votre peuple, comme on pourrait peut-etre le croire; car il faudrait dire que 

ceux qui sont sortis de Jacob donnent la place a ceux qui sont sortis de Jacob, ce qui n'a pas de 

sens; ou bien supposer que Dieu, qui reproche a votre peuple de s'etre rendu indigne de son 

heritage, lui promet en meme temps cet heritage comme s'il Ten trouvait digne ce qui est 

absurde. Mais quand le prophete dit si clairement 



« Accourez, maison de Jacob; marchons a la lumiere du Seigneur; il a rejete son peuple, la 

maison de Jacob, pare que cette terre est remplie, comme autrefois, de divination et de 

sortileges, » 

comment ne pas comprendre qu'il y a deux races, deux posterites de Juda, comme il y a deux 

maison de Jacob, l'une nee du sang et de la chair, l'autre nee de la foi et de l'esprit? 

CXXXVI. 

I Voyez comment Dieu parle a son peuple. Apre avoir dit d'abord : 

« Quand on trouve un grain de raisin dans une grappe, on dit : Ne le perdons pas, il est beni. 
C'est ainsi que j'agirai a cause de celui qui me sert; en faveur de lui, je ne les perdrai pas tous. 
» 

II ajoute : 

« Et je ferai sorti de Jacob et de Juda cette race nouvelle. » 

Nulle obscurite dans ces paroles. Si Dieu s'irrite contre les uns, s'il les menace de n'en laisser 
subsister qu'un tres-petit nombre, il annonce qu'il en fera venir d'autres pour habiter la 
montagne sainte. 2 Et ces autres-la, quels sont-ils ? sinon les enfants qu'il a promis 
d'engendrer dans la suite, et qui doivent naitre de lui. Car vous, vous ne souffrez pas qu'il vous 
appelle, vous ne l'entendez pas quand il vous parle, et vous faites le mal en sa presence ; mais 
le comble de la perversite chez vous c'est que vous haissez encore le juste apres l'avoir mis 
mort, et, avec le juste, tous ceux qui ont recu de lui la grace d'etre ce qu'ils sont en effet, c'est- 
a-dire justes, pieux, humains. C'est pourquoi le Seigneur vous crie : 

« Malheur l'ame de ceux qui ont pris de mauvais conseils contre eux-memes, et qui ont dit : 
Meure le juste, car il nous est inutile. 3 Vous n'avez point, il est vrai, sacrifie a Baal comme 
vos peres ; vous n'avez point offert, dans des bois sacres, sur des lieux eleves, des mets 
delicats a la milice celeste, mais vous n'avez pas voulu recevoir le Christ de Dieu. Qui ne le 
connait pas, ignore la pensee de Dieu; qui l'outrage, qui le hait, hait et outrage celui qui l'a 
envoye; et si on ne croit pas en lui, il faut aussi refuser de croire aux oracles des prophetes qui 
l'annoncent et qui le prechent partout. » 
CXXXVI1. 

1 Oh ! mes freres, n'injuriez pas celui qui a ete crucifie, ne vous moquez pas de ses plaies, qui 
peuvent vous guerir tous tant que vous etes, comme elles nous ont gueris nous-memes ! Qu'il 
serait beau de vous rendre a l'evidence des Ecritures et de recevoir desormais la circoncision 
du cceur, et non plus celle que vous retenez par un reste d'habitude et de prejuge ! Elle vous 
fut donnee comme signe et non comme moyen de salut; vous etes forces de le reconnaitre 
d'apres les Ecritures. 2 Rendez-vous done a leur evidence, et n'insultez pas au fils de Dieu; ne 
poussez pas la complaisance pour les pharisiens, qui sont vos docteurs, jusqu'a vous permettre 
contre le roi d'Israel les indecentes railleries dont ils vous donnent la lecon et l'exemple dans 
vos synagogues, apres les prieres d'usage. Car, si toucher a celui qui offense Dieu, c'est 
toucher en quelque sorte a la prunelle meme de Dieu, que sera-ce done de toucher a son bien- 
aime? Que Jesus soit le bien-aime, nous l'avons assez prouve. 

3 Comme tous gardaient le silence, je repris la parole : Mes amis, leur dis-je, je retablis un 
certain passage de l'Ecriture, dans le sens que lui donnent les Septante. Quand je l'ai cite 
suivant le votre, j'ai voulu vous mettre a l'epreuve. En rappelant le passage ou il est dit : 

« Malheur a eux, car ils prennent des conseils contre eux-memes, » 

j'ai ajoute, d'apres la version des Septante : 

« Meure le juste, il nous est inutile ! » 

Au commencement de cet entretien, j'avais donne votre sens : 

« Meure le juste, sa vue nous importune ! » 

4 Votre esprit etait sans doute occupe d'autre chose, et voila pourquoi vous n'avez pas fait 
attention a mes dernieres paroles. Mais comme le jour baisse, car le soleil est deja sur son 



declin, je n'ajouterai plus qu'un mot a ce que j'ai dit, et je mettrai fin a cet entretien ; je l'ai 

deja dit, ce mot, mais je crois bon d'y revenir. 

CXXXVIII. 

1 Vous savez, mes amis, que Dieu parle en ces termes a Jerusalem, par la bouche d'lsaie : « 

C'est moi qui t'ai sauve du deluge de Noe. » Que signifient ces paroles, sinon que dans le 

deluge se trouvait une figure du salut des hommes. Le juste Noe et sa famille, c'est-a-dire sa 

femme, ses trois enfants et leurs epouses, formaient une reunion de huit personnes, qui etaient 

le symbole de ce huitieme jour ou s'accomplit la resurrection du Christ; c'etait le huitieme par 

le nombre, mais le premier par la grandeur du prodige qui le signala. 2 Le Christ, premier-ne 

de la creation, etait aussi le premier auteur ou le principe de cette race nouvelle qu'il a 

regeneree par l'eau du bapteme, par le merite de la foi, et par la vertu du bois, c'est-a-dire par 

le mystere de la croix ; comme Noe, porte sur l'eau, fut sauve par le bois avec les siens. 

Ces paroles du prophete : 

« Je t'ai sauve au temps de Noe, » 

designe le peuple fidele a Dieu comme le fut Noe, et sauve par le meme signe; car c'est avec 

le bois, c'est-a-dire avec la baguette qu'il tenait a la main , que Moise fit passer la mer a votre 

peuple. 3 Vous croyez que ces paroles s'entendent seulement de la terre ou de votre nation. 

Mais puisque la terre, comme le dit l'Ecriture, fut inondee et que l'eau s'eleva de quinze 

coudees au-dessus des plus hautes montagnes, il est evident que Dieu ne s'adressait pas a la 

terre, mais au peuple qui lui fut fidele, et auquel il avait prepare un lieu de repos dans 

Jerusalem, comme l'attestent les signes qui parlaient aux yeux a l'epoque du deluge ; je veux 

dire qui ceux dont le cceur est bien prepare par l'eau, la foi, le bois, et qui font penitence, 

echapperont au jugement a venir. 

CXXXIX. 

1 Mais l'Esprit saint nous annoncait encore au temps de Noe un autre mystere que vous 

ignorez ; le voici 

« Noe benit ses enfants et maudit son petit-fils. » 

Car ce n'etait pas sur le fils, qui fut beni avec ses freres, que la malediction de l'Esprit saint 

pouvait tomber ; mais comme la peine de ce peche devait s'etendre a toute la race de celui qui 

s'etait moque de la nudite de son pere, elle commenga dans la personne meme de son fils. 2 

Noe predit qu'aux descendants de Sem passeraient les terres et les maisons de Chanaan ; que 

les enfants de Japhet les enleveraient aux descendants de Sem; que ceux-ci en seraient 

depouilles comme ils en avaient eux-memes depouille les enfants de Chanaan. 3 Et voyez 

comme tout s'est parfaitement realise : vous qui descendez de Sem, selon l'ordre de Dieu, 

vous vous etes empares de la terre de Chanaan et vous l'avez possedee ; et il est egalement 

certain que les enfants de Japhet, ministres des jugements de Dieu a votre egard, sont venus 

fondre sur vous et ont possede la terre qu'ils vous avaient enlevee. Voici comme tous ces 

evenements ont ete annonces : 

« Noe, se reveillant de son ivresse, lorsqu'il apprit ce que le plus jeune de ses fils avait fait, dit 

que le fils de Chanaan serait maudit! II sera l'esclave de ses freres, » 

et il dit : 

« Beni soit le Seigneur, le fils de Sem ! et que Chanaan soit son esclave ! Que Dieu etende les 

possessions de Japhet et qu'il habite dans la tente meme, et que Chanaan soit son esclave ! » 

4 Ainsi done, deux peuples recurent la benediction, celui de Sem et celui de Jacob; les 

descendants de Sem s'emparerent les premiers des possessions de Chanaan, en vertu de l'arret 

porte contre lui; et les enfants de Japhet passerent egalement entre les mains des descendants 

de Sem, suivant la prediction de Noe, et un seul peuple, celui de Chanaan, se trouva 

successivement l'esclave des deux autres. 



Alors arriva le Christ, revetu de la force du Tout-Puissant ; il les invita tous egalement a faire 

penitence, a entrer dans son amitie, dans sa benediction, dans son alliance, et promit que tous 

les saints seraient mis un jour en possession d'une meme terre, ainsi que je l'ai deja dit. 

5 Aussi les hommes de toutes conditions, libres ou esclaves qui croient au Christ et professent 

la verite qu'ils ont recue de lui et des prophetes, savent bien qu'ils habiteront ensemble avec 

lui dans cette terre heureuse, et qu'ils recevront en heritage des biens eternels et incorruptibles. 

CXL. 

1 Et c'est encore pour cette raison que Jacob, qui etait, ainsi que je vous l'ai dit, la figure du 

Christ, epousa les servantes de ces deux femmes libres, et eut d'elles des enfants. Par la, 

l'esprit prophetique nous annongait que le Christ recevrait egalement les descendants de 

Japhet et ceux de Chanaan, et qu'ils seraient tous des enfants appeles au meme heritage. Nous 

sommes ces enfants, heritiers des memes biens : voila ce que vous ne pouvez comprendre, 

parce qui vous ne buvez pas a la source vive qui est en Dieu, et qui vous preferez puiser a des 

citernes entr'ouvertes qui ne peuvent contenir leurs eaux, pour me servir des expressions 

meme de l'Ecriture. 2 Or, ces citernes, qui les a creusees, sinon vos docteurs qui enseignent 

leur propre doctrine , doctrine toute humaine, comme le declarent formellement les livres 

saints ? Us vous trompent, ils se trompent eux-memes, quant ils s'imaginent que tous ceux qui 

sont nes d'Abraham, selon la chair, eussent-ils ete pecheurs, incredules, rebelles a Dieu auront 

part au royaume eternel, bien que l'Ecriture assure le contraire; 3 et, s'il en etait autrement, 

est-ce qu'Isaie aurai dit : 

« Si le Dieu des armees ne nous eut donne son fils, nous serions devenus comme Sodome et 

Gomorrhe. » 

Est-ce qu'Ezechiel se serait eerie : 

« Quand Noe, Jacob, Daniel, interviendraient pour leurs fils, pour leurs filles, il ne leur serait 

point fait grace? » 

Ainsi le pere ne mourra point a cause de son fils, ni le fils a cause de son pere, mais chacun 

portera la peine de son peche, comme aussi chacun sera sauve d'apres le bien qu'il aura fait. 

Ecoutez encore ce que dit ailleurs Isaie : « Ils verront les cadavres des prevaricateurs de la loi 

le ver qui les ronge ne mourra pas, le feu qui les devore ne doit pas s'eteindre, et toute chair 

les verra dans cet etat. 

4 Je le repete, s'il en etait autrement, notre maitre ne nous aurait pas dit au nom de Dieu le 

pere, du souverain arbitre de toutes choses qui l'a envoye : 

«Ils viendront d'Orient et d'Occident; ils seront assis aupres d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, 

dans le royaume des cieux, tandis que les enfants du royaume seront jetes dans les tenebres 

exterieures. » 

Mais ceux d'entre les anges et les hommes que l'Esprit saint nous montre d'avance comme des 

prevaricateurs, ne deviennent pas mechants par la faute de Dieu ; leur coupable disposition 

seule les rend ce qu'ils paraitront un jour, ainsi que je l'ai deja dit plus haut. 

CXLL 

1 Je n'ai pas voulu que vous pussiez dire qu'il fallait de toute necessite que le Christ fut mis en 

croix, et que des hommes d'entre vous devinssent prevaricateurs; aussi me suis-je attache 

precedemment a vous montrer en peu de mots que Dieu, qui voulait que l'ange et l'homme 

obeissent a sa volonte, les crea libres, afin qu'ils se portassent de leur plein gre a la pratique de 

la justice, et leur donna en meme temps la raison, pour connaitre celui dont ils ont recu l'etre 

et la vie, a la condition d'etre un jour juges par lui, s'ils agissaient contrairement a cette raison. 

C'est pourquoi, qui que nous soyons, anges ou hommes, il suffira de notre temoignage pour 

nous condamner si nous avons peche sans avoir fait penitence. 2 Quand l'Esprit saint nous 

annonce que des anges ou des hommes seront punis, c'est qu'il prevoit que , devenus 

coupables, ils n'auront pas voulu changer; mais il ne veut pas dire que Dieu les ait rendus tels 



qu'ils auront ete. Qu'ils fassent done penitence, et ils pourront tous, s'ils le voulaient, obtenir 
misericorde. L'Ecriture elle meme les declare heureux : 

« Heureux, en effet, nous dit-elle, l'homme a qui Dieu n'aura pas impute son peche ! » 
Ce qui veut dire simplement qu'en faisant penitence de ses peches , il en obtiendra le pardon, 
et non pas que Dieu vous pardonnera les votres, pourvu que vous ayez connu son saint nom; 
car voila ce que vous dites, et e'est ainsi que vous vous abusez, vous et ceux qui vous 
ressemblent sur ce point. 3 Nous pouvons appeler, en temoignage du sens que nous donnons a 
ces paroles, la faute meme que commit David par un mouvement de vanite : son peche lui fut 
remis, il est vrai ; mais e'est parce qu'il l'a pleure, qu'il en a gemi, comme l'atteste l'Ecriture. 
Or, s'il a fallu que David fit penitence pour obtenir grace et misericorde ; s'il a pleure, s'il s'est 
ainsi humilie, ce roi puissant, l'oint, le prophete du Seigneur, comment des hommes aussi 
impurs, d'une vie aussi deplorable, peuvent- ils se flatter d'obtenir le pardon de leurs peches 
sans les pleurer, sans en gemir? 4 La conduite de David a l'egard de la femme d'Urie, et la 
penitence qu'il fit de son peche, prouvent bien, 6 mes amis! que les patriarches, en epousant 
plusieurs femmes, ne suivaient pas l'attrait des sens, mais figuraient, par leur conduite pleine 
de mysteres, quelques evenements futurs. Car, s'il eut ete permis a quelqu'un d'avoir a son gre, 
et de la maniere qu'il aurait voulu, autant de femmes qui lui aurait plu d'en avoir, ainsi que le 
font encore plusieurs d'entre vous, qui prennent partout des femmes sous le nom d'epouses, 
dans quelque pays qu'ils arrivent ou qu'ils soient envoyes, personne n'etait plus en droit que 
David de se le permettre. 

5 C'est ainsi, mon cher Marcus Pompee, que je terminal la discussion. 
CXLH. 

1 Tryphon , apres un moment de silence, me dit : — Vous voyez qu'il ne vous a pas fallu faire 
un grand effort pour entrer en conversation avec nous. 

Je ne puis vous dire combien cet entretien m'a ete agreable, et je suis persuade que tous ceux 
qui m'entourent ont partage ce plaisir. 

Assurement il nous a ete plus utile que nous ne l'esperions, et que nous n'aurions ose l'esperer; 
s'il nous etait possible d'en jouir plus souvent, nous retirerions bien plus de fruits encore de 
cette maniere d'approfondir les divines Ecritures. Mais vous etes sur le point de partir ; vous 
n'attendez plus que le moment de mettre a la voile : quand vous nous aurez quittes, ne perdez 
pas notre souvenir ; pensez a nous comme a des amis. 

2 — Si je n'etais pas oblige de vous quitter, repondis-je, voila les entretiens que je voudrais 
voir s'etablir tous les jours entre nous ; mais, au moment de m'embarquer, avec la permission 
et le secours de Dieu, je vous recommande de ne rien negliger dans l'interet de votre salut, 
pour vous affranchir de vos docteurs, et de savoir leur preferer le Christ du Dieu tout-puissant. 

3 Apres ces mots, ils me quitterent en me souhaitant un heureux voyage, une navigation 
exempte de tous dangers. 

Je formai pour eux, a mon tour, les vceux les plus ardents : puisque vous comprenez si bien, 
leur dis-je, que la raison a ete donnee a l'homme pour lui servir de guide, tout ce que je puis 
vous souhaiter de plus heureux, c'est que vous sachiez faire un bon usage de cette raison pour 
arriver a reconnaitre, comme nous, que Jesus est le Christ de Dieu. 



(1) On voit ici la divinite du Verbe incarne bien etablie par saint Justin. 



Le martyre de St Justin 

le Philosophe 

a Rome 




Traduction par Dom H. Leclercq, 

dans 

"Les martyrs" 

Recueil de pieces authentiques sur les martyrs depuis les 

origines du christianisme jusqu'au XX siecle 

1903-1924 

Edition numerisee par PAbbaye Saint-Benoit de Port-Valais (Suisse) 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/martyrs/default.htm 

ACTES 

DE SAINT JUSTIN, PHILOSOPHIE, 

ET DE SES COMPAGNONS 

Justin et ceux qui demeuraient avec lui furent amenes au prefet de Rome, Rustique. Des qu'ils 

furent devant le tribunal, Rustique dit a Justin : "Soumets-toi aux dieux et obeis aux 

empereurs." 

Justin repondit : "Personne ne peut etre blame ou condamne pour avoir suivi les lois de Notre - 
Seigneur Jesus-Christ." 
Rustique : "Quelle science etudies-tu ? 

- J'ai successivement etudie toutes les sciences. J'ai fini par m'arreter a la doctrine des 
Chretiens, bien qu'elle deplaise a ceux qui sont entraines par l'erreur. 

- Et voila, malheureux, la science que tu aimes? 

- Eh ! oui. Je suis les Chretiens parce qu'ils possedent la vraie doctrine. 

- Quelle est cette doctrine ? 

- C'est la doctrine que les Chretiens suivent religieusement, et la voici : "Croire en un seul 
Dieu, createur de "toutes les choses visibles et invisibles. Confesser Jesus-Christ, Fils de 
Dieu, autrefois predit par les prophetes, juge futur du genre humain, messager du salut, maitre 
pour tous ceux qui veulent bien se laisser enseigner par lui. Moi, homme debile, je suis trop 
faible pour pouvoir parler dignement de sa divinite infinie ; c'est l'oeuvre des prophetes. 
Depuis des siecles, par l'inspiration d'en haut, ils ont annonce la venue dans le monde de Celui 
que j'ai appele le Fils de Dieu." 

Le prefet demanda en quel lieu les Chretiens s'assemblaient. 
"La ou ils peuvent le faire", repondit Justin. "Crois-tu, continua-t-il, que nous nous 
rassemblons tous dans un meme lieu ? Pas le moins du monde. Le Dieu des chretiens n'est pas 
enferme quelque part; invisible, il remplit le ciel et la terre, en tous lieux ses fideles l'adorent 
et le louent. 

- Allons, dis-moi le lieu de vos reunions et ou tu rassembles tes disciples. 

- J'ai demeure jusqu'a ce jour pres de la maison d'un nomme Martin, a cote des Thermes de 
Timothee. C'est la seconde fois que je viens a Rome, et je n'y connais pas d'autre demeure que 
celle-la. Tous ceux qui ont voulu venir m'y trouver, je leur ai fait part de la vraie doctrine. 

- Tu es done chretien ? 

- Oui, je suis chretien." 



Le prefet a Chariton : "Es-tu chretien, toi aussi?" 

- Avec l'aide de Dieu je le suis. 

Le prefet dit a Charita : "Suis-tu aussi la foi de Christ?" 

Elle repondit : "Par la grace de Dieu, moi aussi, je suis chretienne." 

Rustique a Evelpiste : "Et toi, qui es-tu? " 

- Je suis esclave de Cesar; mais, chretien, j'ai recu du Christ la liberte ; par ses bienfaits, par sa 
grace, j'ai la meme esperance que ceux-ci." 

Rustique a Hierax : "Es-tu chretien ?" 

- Assurement, je suis chretien; j'aime et j'adore le meme Dieu que ceux-ci." 
Rustique : "Est-ce Justin qui vous a rendus Chretiens ?" 

Hierax : "J'ai toujours ete chretien et je le serai toujours." 

Paeon se leva et dit : "Moi aussi, je suis chretien." 

Le prefet : "Qui t'a instruit?" 

Paeon : "Je tiens de mes parents cette bonne doctrine." 

Evelpiste reprit : "Moi j'ecoutais avec grand plaisir les lecons de Justin, mais j'avais appris de 

mes parents la religion chretienne. 

Le prefet lui dit : "Ou sont tes parents ?" 

Evelpiste : "En Cappadoce." 

Le prefet a Hierax : "Et toi, de quel pays sont tes parents ?" 

Hierax : "Notre vrai pere, c'est le Christ, et notre mere, la foi, par laquelle nous croyons en lui; 

mes parents selon la chair sont morts. Du reste, je fus amene ici d'Iconium en Phrygie." 

Le prefet dit a Liberien : "Comment t'appelles-tu? Es-tu chretien, toi aussi, et impie envers les 

dieux?" 

Liberien : "Je suis chretien, j'aime et j'adore le vrai Dieu." 

Le prefet revint a Justin : "Ecoute-moi, toi que Ton dit eloquent, et qui crois posseder la 

doctrine veritable; si je te fais fouetter, puis decapiter, croiras-tu que tu doives ensuite monter 

au ciel." 

Justin dit : "J'espere recevoir la recompense destinee a ceux qui gardent les commandements 

du Christ si je souffre les supplices que tu m'annonces. Je sais que ceux qui auront vecu de la 

sorte, conserveront la faveur divine jusqu'a la consommation du monde." 

Rustique : "Tu penses done que tu monteras au ciel, pour y recevoir une recompense? 

- Je ne le pense pas, je le sais, et j'en suis si assure que je n'en doute d'aucune facon. 

- Au fait ; approchez et tous ensemble sacrifiez aux dieux. 

Justin : "Personne, dans son bon sens, n'abandonne la piete pour l'erreur." 

- Si vous n'obeissez pas a nos ordres, vous serez tortures sans merci. 

Justin : "C'est la notre plus vif desir, souffrir a cause de Notre-Seigneur Jesus-Christ et etre 

sauves. De la sorte nous nous presenterons assures et tranquilles au terrible tribunal de notre 

meme Dieu et Sauveur, ou, selon l'ordre divin, le monde entier passera." 

Tous ensemble : "Fais vite ce que tu veux, nous sommes Chretiens et nous ne sacrifions pas 

aux idoles." 

La-dessus le prefet rendit la sentence : "Que ceux qui n'ont pas voulu sacrifier aux dieux et 

obeir aux ordres de l'empereur soient fouettes et emmenes pour subir la peine capitale, 

conformement aux lois." 

En consequence, les saints martyrs, glorifiant Dieu, furent conduits au lieu ordinaire des 

executions, et apres la flagellation ils furent decapites, consommant ainsi le martyre dans la 

confession du Christ. 

Quelques fideles enleverent leurs corps secretement et, les placerent dans un lieu convenable, 

soutenus par la grace de Notre-Seigneur Jesus-Christ, a qui revient la gloire dans les siecles 

des siecles. Amen.